• La crise de la dette souveraine vraiment pas résolue


    Le monde de la finance tremble toujours devant les dettes publiques américaines et européennes. La succession de plans de sauvetage et d'austérité n'y fait apparemment rien. La spéculation s'est à nouveau emballée ce mercredi vis-à-vis des dettes américaines, espagnoles et italiennes.

     

    L'adoption d'un compromis sur le relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis n'aura pas suffi à ramener le calme sur les marchés. Et les craintes suscitées par l'imbroglio américain ont par ricochet ravivé les tensions dans les pays les plus fragiles de la zone euro, notamment l'Italie et l'Espagne. (à lire: Les ressorts d'une crise sans précédent)

     

    Les agences de notation scrutent les Etats-Unis

     

     

    Peu après l'adoption finale au Sénat d'un texte évitant un défaut de paiement aux Etats-Unis, l'agence de notation Moody's a assorti la note du pays d'une perspective négative. En clair, le pays pourrait perdre à moyen terme son triple A, meilleure note possible. En Asie, les places boursières ont également reculé: Tokyo a cédé 2,11%, Hong Kong 1,91%, et Shanghai a terminé quasiment stable. Et les craintes de contagion de la crise de la dette s'accentuent en zone euro.

     

    Berlusconi et Zapatero montent au créneau

     

    Soucieux de faire retomber la fièvre des marchés, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a exhorté les dirigeants européens à "envoyer un signal sans ambiguïté montrant que la zone euro va résoudre la crise de la dette souveraine". A Berlin, un porte-parole du gouvernement allemand a assuré qu'il n'y avait "aucune raison de s'énerver". En vain. Les Bourses européennes restaient très nerveuses, poursuivant pour la plupart leur recul.

     

    En Italie et en Espagne, la mobilisation est maximale pour tenter d'enrayer cette spirale infernale. Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi devait intervenir mercredi soir devant le Parlement et pourrait annoncer des mesures pour tenter de rassurer les marchés. L'Italie pèse à elle seule plus de deux fois plus que les trois pays sauvés à ce jour de la banqueroute: Grèce, Irlande et Portugal. Si elle cédait, toute la zone euro serait menacée.

     

     

    A Madrid, le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, interrompant ses vacances, a convoqué une réunion de crise et a exigé une réponse européenne pour apaiser les marchés. Signe de la défiance des investisseurs, les primes de risque (mesurées par l'écart entre les taux des emprunts allemands et des autres pays) avaient atteint dans la matinée de nouveaux plus hauts, à 407 points de base pour l'Espagne et 391 pour l'Italie, avant de diminuer.

     

     

     

    • A lire sur la dette souveraine européenne:

     

    Quelle Europe, quelles solutions? Les propositions de la gauche

     

    Les ressorts d'une crise sans précédent

     

     

     

    • A lire notre dossier sur la dette américaine:

     

    "Banqueroute fiscale et faillite idéologique"

     

    Un accord à haut risque sur la dette

     

    Obama cale, les ultralibéraux gagnent

    Les perdants ne sont pas à Wall Street, l'éditorial de Jean-Paul Piéro


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  • Une crise de la finance dérégulée ?

    Bien plus qu’une crise du libéralisme et de la finance dérégulée, tout cela témoigne d’une maturation nouvelle de la crise systémique du capitalisme mondialisé. Le système est devenu “ fou ”, non parce qu’il aurait dévié d’un capitalisme “ normal ” et “ sain ”, comme le prétend N. Sarkozy, mais parce que sa logique de rentabilité financière, “ l’argent pour l’argent ”, est poussée à son paroxysme.

    C’est donc des règles fondamentales du capitalisme qu’il faut commencer à s’émanciper, au lieu de parler de “ moralisation ” ou de “ transparence ” sans avancer sur de nouvelles règles.

    Surtout, on ne peut revenir en arrière vers “ le capitalisme de grand papa ”.

    Le capitalisme s’est beaucoup transformé depuis les années 1970. Ce système s’est exacerbé en devant financier. C’est “ un capitalisme au carré ” dans lequel la spéculation prend une dimension structurelle .

    En effet, les débuts de la révolution technologique informationnelle diminuent fortement le besoin pour les entreprises de dépenser pour les salaires et les équipements du fait de formidables gains de productivité. Cela rend disponible des masses considérables d’argent pour la spéculation, tandis que la mise en concurrence des salariés du monde entier, à partir des bas salaires des pays émergents, incite en permanence à la recherche de très hauts taux de profit.

    De plus, depuis 1971, avec le décrochage des monnaies de l’or, le dollar est devenu une monnaie commune mondiale de fait. Il permet aux Etats-Unis de s’endetter énormément auprès du reste du monde dans leur propre monnaie et de rembourser leurs prêts par l’émission de nouvelles dettes libellées en dollars. D’où une inflation folle de billets verts dans le monde favorisant et accentuant la spéculation.

    D’où aujourd’hui cette exacerbation de l’opposition entre les intérêts du capital et ceux des populations. Le système tourne de plus en plus en rond, pour lui-même, de façon perverse. Une obsession domine : faire de l’argent pour l’argent, contre la vie et l’avenir de l’immense majorité des populations, avec l’explosion du parasitisme, de l’immoralité de la rentabilité financière intrinsèque au capitalisme.

    Ces transformations sont irréversibles et rendent illusoire la promesse d’un “ bon capitalisme ” des entrepreneurs contre le “ mauvais capitalisme ” des spéculateurs comme dit Sarkozy. Elles appellent un dépassement du capitalisme, le maintien des règles fondamentales de ce système conduisant désormais à la catastrophe. C’est dire si les prétentions des uns à mieux le “ réguler ” et des autres à le “ refonder ” sont autant de pare-feux pour tenter de conserver l’ordre existant, alors qu’il faut commencer à le révolutionner.

    Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

    L’étincelle est partie des Etats-Unis. Mais le feu s’est rapidement propagé au monde entier, tant le terrain avait été rendu sec par des années de fuite en avant dans la croissance financière des capitaux et la spéculation, à partir du levier de l’endettement, contre l’emploi, les salaires, les services publics.

    Des crédits “ à risque ” (subprimes) ont été largement distribués, outre-atlantique, à des ménages aux revenus de plus en plus modestes pour des achats de plus en plus coûteux de maisons, garantis par leurs hypothèques. Il s’agissait alors pour le gouvernement américain de soutenir la demande des ménages rendue fléchissante par l’insuffisance des salaires.

    Les banques ont transformé ces créances de plus en plus risquées en titres négociables sur le marché (titrisation) pour s’en débarrasser auprès de fonds financiers plus ou moins spéculatifs. L’offre de ces crédits a donc pu s’amplifier, permettant une explosion des transactions, des prix et de la spéculation sur les logements. En même temps les créances transformées en “ titres pourris ” ont été disséminées dans le monde entier.

    Tout cela a explosé quand les prix immobiliers, qui avaient pu énormément augmenter, se sont retournés et que les taux d’intérêt ont été relevés. Les non-remboursements de crédits et les ventes en catastrophe de logements se sont multipliés, les victimes se retrouvant sur le pavé, plus pauvres que Job.

    Mais la montée des impayés de crédit a suscité la crainte des défaillances des emprunteurs. Une méfiance durable s’est installée chez les banques jusqu’à les rendre réticentes à se prêter entre elles, tandis que la crise contaminait d’autres segments du marché.

    La paralysie des échanges interbancaires* a obligé alors les banques centrales* à injecter des centaines de milliards de liquidités. Mais rien n’y a fait.

    Pire, cela a permis de sauver la mise des spéculateurs qui, s’étant brûlés les ailes sur l’immobilier, ont joué sur d’autres marchés rendus spéculatifs par une demande supérieure à l’offre : le pétrole , les matières premières, l’alimentation…Les hausses de prix sur ces produits indispensables ont pesé sur la demande globale, miné un peu plus l’emploi, freinant la croissance mondiale.

    Au bout du compte, de grandes institutions financières se sont retrouvées en situation de faillite, obligeant, des deux côtés de l’Atlantique, à de premières interventions en catastrophe des Etats, avec des nationalisations partielles et ponctuelles.

    Aux Etats-Unis, cependant, les dirigeants, sous prétexte de refuser de sauver la mise des spéculateurs, ont laissé une grande banque (Lehmann brothers) faire faillite. Cela a engendré un panique mondiale bien plus grande encore, obligeant alors les Etats à des interventions systématiques de grande ampleur.


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  • Dans son rapport annuel publié mercredi, le Fonds monétaire international, désormais présidé par Christine Lagarde, salue les efforts de la France, mais l'exhorte à aller plus loin dans la lutte pour la réduction du déficit public.

     

    C’est un peu Christine Lagarde présidente du FMI qui donne la leçon à Christine Lagarde ancienne ministre de l’économie en revoyant à la baisse les prévisions de croissance de la France pourtant réalisées par l’ancienne ministre. Le FMI demande à la France de durcir sa cure d’austérité. Le FMI prône notamment une nouvelle réforme des retraites et des économies dans le domaine de la santé.

     

    Au même moment, Sarkozy veut faire inscrire dans le marbre de la constitution la rigueur budgétaire sur les finances publiques, sa fameuse « règle d’or ». C’est avant tout la politique du chef de l’État qui est responsable de la dégradation des comptes publics.  Car  sous la présidence de qui cette dette s'est-elle accrue ? (voir tableau ci-dessous). Les recettes ont été fortement réduites par les somptueux cadeaux fiscaux octroyés aux grandes fortunes et aux actionnaires des grands groupes.

     

    Demander un nouveau cycle d’efforts à une majorité de Français, qui peine à assurer le quotidien, pour combler les pertes creusées par les spéculateurs et l’appétit sans fin des financiers, ce serait condamner les Français à l’austérité à perpétuité.

     

    Non à l’inscription dans la constitution de cette « règle d’or » !

     

    dette-publique.jpg

    http://jcoutant.over-blog.com/article-la-regle-d-or-ce-serait-la-poursuite-des-inegalites-80415447.html


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  •  Après avoir chaudement approuvé le plan "d'aide à la Grèce" adopté à Bruxelles ce 22 juillet, le candidat à la primaire socialiste, Manuel Valls, en appelle, à l'instar de Ségolène Royal, à un "grand rassemblement" avec les centristes, François Bayrou et Dominique de Villepin. Si l'idée n'est pas neuve, elle interpelle la gauche.

     Comment ne pas remarquer qu'au même moment, dans sa lettre aux parlementaires, le président de la République plaide en matière de politique européenne pour une alliance "au-delà des intérêts partisans", à une "union sacrée pour la maîtrise des déficits publics" ? Ces appels vibrants à l'union nationale de Nicolas Sarkozy relayés par des dirigeants du Parti socialiste permettraient, s'ils étaient entendus, d'obtenir la majorité nécessaire à l'adoption par les parlementaires de la "règle d'or" qui prévoit d'inscrire dans la Constitution l'obligation "du retour à l'équilibre budgétaire", autrement dit l'austérité. Manifestement les grandes manœuvres ont commencé ! L'heure est grave pour la France et pour l'Europe : l'inscription dans la constitution de la règle d'or va rendre quasi pérennes les politiques d'austérité imposées par les marchés financiers.

     De la dictature au totalitarisme des marchés, il n'y a qu'un pas et ce pas, c'est la règle d'or ! Le Parti communiste français en appelle à la mobilisation des forces de progrès, au rassemblement et à l'action des citoyens pour faire échec à l'Europe des financiers et spéculateurs.


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  • Comment rompre avec le libre-échange

     

    La démondialisation et ses ennemis

     

    Diplo 03

    Perchées sur le fil de la dette, les économies occidentales flageolent de crise en crise. Réunions et sommets « exceptionnels » où se joue le sort d’un pays, d’un continent, constituent désormais l’ordinaire des responsables politiques. Depuis trois ans, ces derniers ont endossé le rôle de voiture-balai de la finance. Mais une autre piste s’ouvre, suscitant déjà craintes et controverses : qui a peur de la démondialisation ?


    Par Frédéric Lordon

    Au commencement, les choses étaient simples : il y avait la raison — qui procédait par cercles (avec M. Alain Minc au milieu) —, et puis il y avait la maladie mentale. Les raisonnables avaient établi que la mondialisation était la réalisation du bonheur ; tous ceux qui n’avaient pas le bon goût d’y croire étaient à enfermer. « Raison » cependant confrontée à un léger problème de cohérence interne puisque, se voulant l’idéal de la discussion conduite selon les normes de la vérité et du meilleur argument, elle n’en aura pas moins interdit le débat pendant deux décennies et n’aura consenti à le laisser s’ouvrir qu’au spectacle de la plus grande crise du capitalisme.

    La suite de l'article


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    Comment rompre avec le libre-échange

     

     

    La démondialisation et ses ennemis


     

    Diplo 03

    Perchées sur le fil de la dette, les économies occidentales flageolent de crise en crise. Réunions et sommets « exceptionnels » où se joue le sort d’un pays, d’un continent, constituent désormais l’ordinaire des responsables politiques. Depuis trois ans, ces derniers ont endossé le rôle de voiture-balai de la finance. Mais une autre piste s’ouvre, suscitant déjà craintes et controverses : qui a peur de la démondialisation ?


    Par Frédéric Lordon

    Au commencement, les choses étaient simples : il y avait la raison — qui procédait par cercles (avec M. Alain Minc au milieu) —, et puis il y avait la maladie mentale. Les raisonnables avaient établi que la mondialisation était la réalisation du bonheur ; tous ceux qui n’avaient pas le bon goût d’y croire étaient à enfermer. « Raison » cependant confrontée à un léger problème de cohérence interne puisque, se voulant l’idéal de la discussion conduite selon les normes de la vérité et du meilleur argument, elle n’en aura pas moins interdit le débat pendant deux décennies et n’aura consenti à le laisser s’ouvrir qu’au spectacle de la plus grande crise du capitalisme.


     

    Diplo 04

    JERRY WALDEN. — «Reconstructing Deconstructing Jerry #75 (Between the Lines) », 2010


     

    Le Monde n’hésite pas à souhaiter la « bienvenue au grand débat sur la démondialisation », et l’introduit (en guise de « bienvenue », sans doute) par une tribune expliquant que la démondialisation est« absurde » et, pour l’équité des points de vue, par un entretien certifiant qu’elle est « réactionnaire » — en effet ça n’est pas la même chose et les deux méritaient d’être mentionnés.

     

    La temporalité de la macroéconomie voudra que les effets terribles de la méga-austérité européenne se fassent réellement sentir en France à partir du premier semestre 2012. Au carrefour du délire de la finance, des politiques économiques sous tutelle des marchés et des délocalisations qui continuent pendant la crise, la mondialisation promet de se montrer sous ses plus chatoyants atours... Contraindra-t-elle enfin le débat présidentiel à poser les vraies questions ? Lesquelles — chômage, précarité, inégalités, pertes de souveraineté populaire — se ramènent synthétiquement à une seule : la mondialisation. La rupture avec les alternances sans alternative prend alors le nom simple de « démondialisation ».

     

    Le nom est simple mais le débat compliqué, où la dispute intellectuelle redessine le paysage politique, avec ses fractures inattendues et ses récupérations douteuses, mais toujours contre le syndicat des intérêts dominants : ceux qui ne veulent pas apparaître chaque fois qu’on pose la question « A qui profite la mondiali­sation ? » et qui, après avoir lutté pour que le débat n'ait pas lieu, luttent maintenant pour lui faire dire «encore ».

     

    C'est un travail d'historien qu'appel­lerait le redéploiement complet de l'éventail des arguments mondialisateurs, des plus stupides (la « mondialisation heureuse », de ce point de vue déjà assurée d'une place dans l'histoire) aux plus spécieux, dont tous n'ont pas été abandonnés aujourd'hui car toutes les munitions sont bonnes pour sauver ce qui peut l'être. Ainsi, par exemple, répétant le geste de La mondia­lisation n'est pas coupable du Paul Krugman de 1998 (pas encore « Prix Nobel » d'économie), qu'il avait d'ailleurs imité en stigmatisant les « ennemis de la mondialisation (2) », l'économiste Daniel Cohen prend toujours grand soin d'exclure la financiarisation du périmètre de la mondialisation — il est vrai qu'elle n'a jamais été très commode à défendre, moins encore depuis 2007, on la laissera donc prudemment à l'écart de ce débat.

     

    On reconnaîtra là un procédé typique, longtemps en usage au sein de ce qu'on pourrait appeler la gauche pleurnicheuse, très attachée à continuer de se montrer solidaire avec le salariat souffrant (elle est de gauche tout de même), déplorant à chaudes larmes qu'il y ait des inégalités, de la précarité et bien du malheur, mais décidée à ne surtout pas les rapporter à leurs causes structurelles : la libéralisation financière et le pouvoir actionnarial, la construction européenne telle qu'elle choisit délibérément d'exposer les politiques économiques à la discipline des marchés financiers, la concurrence libre et non faussée, bref toutes ces choses intou­chables qui ont implicitement constitué, si l'on ose cette audace géométrique, le cadre du cercle de la raison, c'est-à-dire du cercle de ceux qui « veulent en être », le cadre des choses à dire (contre l'enfer des choses à ne pas dire) pour continuer de toucher la main du ministre, d'être invité à la télévision, consulté par les partis (de gauche de droite) — en un mot aimé des institutions.

     

    Cauchemar à grand spectacle

     

    Mais voilà la crise qui emporte tout — et sa terrible menace du ridicule. L'enfer, ça n'est pas les autres, ce sont les archives ! Aussi tous rament très fort (mais, rassurons-nous, sans jamais sacrifier l'essentiel) pour faire oublier leurs positions du passé : feu la Fondation Saint-Simon. La République des idées. Terra et autres jolis morceaux de l'appareil idéologique de la mondialisation qui n'auront pas eu leurs pareils pour organiser l'esquive et la déflexion. Reste que les moyens discursifs du passé doivent être révisés. N'« en » pas parler restait possible tant que la mondialisation n'avait pas tourné au cauchemar à grand spectacle. On soulagerait le sort des malheureux par des procédés exclusivement internes et prenant soin de demeurer dans le « cadre », sans rien en mettre en question : réforme fiscale (à coup sûr utile) et puis surtout é-du-ca-tion !

     

    On allait éduquer les « perdants » — pour les rendre « compétitifs par le haut ». Ah ! l'éducation, l'économie du savoir, la knowledge-based economy qui a fait les délices de la Commission européenne, motif parfait pour remettre aux idiots la responsabilité de se rendre employables et ne plus parler des causes structurelles qui détruisent l'emploi. Sans compter ses agréables horizons, nécessairement de long terme (car c'est toute une affaire de former les imbéciles), qui autorisent à ne rien faire dans l'intervalle. Or des « choses structurelles » connues sous le nom de mondialisation, il devient difficile de ne plus parler, car leurs dégâts, tolérables tant qu'ils étaient silencieux, ont soudain eu le mauvais goût de devenir bruyants.

     

    Bien sûr, on pourra s'efforcer de main­tenir quelques arguments d'ancienne facture. Ainsi par exemple de la thèse de la « technologie », qui tient que le malheur du peuple ne vient pas de la mondiali­sation mais des ordinateurs — sur lesquels vous ne voudriez tout de même pas qu'on revienne?, interroge M. Pascal Lamy (3). Daniel Cohen, qui maintient encore ce qui reste de cette thèse — parfaitement adé­quate à celle de l'économie du savoir —, met au compte de la productivité par la technologie, et non à celui de la mondia­lisation, les destructions d'emplois et les inégalités (4) : car seuls les bien-éduqués s'en sortent avec les ordinateurs et raflent la mise réservée aux compétents — les autres, hélas... Curieusement, les enjeux de la mondialisation (déjà réduite aux échanges) et de la « productivité », qui sont évoqués sous l'espèce d'une anti­nomie (soit l'un, soit l'autre, et plutôt le second que le premier), ne sont jamais montrés dans leur possible rapport de complémentarité, peut-être même de causalité : car après tout, qu'est-ce qui soutient la course folle à la productivité sinon à la fois les formidables pressions de la concurrence « non faussée » (avec des salariés chinois à 100 euros mensuels, on ne peut pas dire que la concurrence n'est pas loyale... On verra ce qu'on verra quand l'Afrique à 15 euros entrera dans le jeu!) et l'injonction au relèvement permanent de la rentabilité financière, expression même de l'empire de la finance actionnariale (5), soit les piliers de ce qu'on peut nommer mondialisation ?

     

    L'économiste Patrick Artus, qui avait pourtant annoncé en 2008 à propos de la « globalisation » que « le pire [était] à venir (6) », y a depuis réfléchi à deux fois et pense désormais qu'il serait fou de « refuser la mondialisation (7) » avec, à défaut d'un sens très ferme de la conti­nuité, un argument plein d'espérance : « ça » a bien été un peu dur jusqu'ici, mais il ne faut surtout pas lâcher maintenant, « ça » va bientôt payer ! Schème néolibéral usé jusqu'à la corde mais drolatiquement remis au goût du jour, l'appel à la patience émouvra sans doute tous ceux qui se souviennent des quinze années de désin­flation compétitive à base d'ajustements de long terme et de patience qui allaient porter leurs fruits, mais « à la fin » — qu'on attend toujours.

     

    Oui, sans doute, la Chine finira par se doter d'institutions salariales matures propres à solvabiliser un marché intérieur et, de grande exportatrice, elle deviendra notre grande cliente — mais quand exactement? Dans dix ans? Quinze? Une solution pour tenir jusque-là? Ou bien le patience-ça-va-bientôt-payer? Et quid de l'idée que, comme la Chine à 150 euros deviendra à son tour victime des délocalisations au Vietnam à 75, la mondialisation ne connaisse un prévisible rebond en direction du continent africain — encore entièrement à enrôler ! et qui, lui, cassera tous les prix. Encore une dernière tournée de patience pour un petit demi-siècle afin que l'Afrique ait accompli son propre parcours?

     

    Evidemment, le désastre présent bouscule les anciens amis de la mondia­lisation qui, ne se résolvant pas à se déclarer ses ennemis, éprouvent cependant le besoin d'effacer l'impression d'avoir si peu trouvé à redire. Par une série de correc­tions de trajectoire devant réaliser la perfor­mance d'être insensibles comme telles — ne pas se mettre en contradiction flagrante, encore moins laisser entendre qu'on aurait pu se tromper — tout en opérant de réels effets de repositionnement, les uns et les autres s'efforcent donc de trouver à « redire ». Mais seulement le minimum, et selon ce que les événements en cours autorisent, pour toujours se maintenir au centre de gravité du discours légitime — tel qu'il exige maintenant par exemple de se montrer ferme, au moins en mots, avec la finance — et ainsi continuer d'« en être ». Alors, oui, pressés par le cours des choses, Daniel Cohen consent des réserves qu'il avait sans doute longtemps retenues sur le pouvoir action­narial, et Artus se livre à d'improbables distinctions entre « mondialisation » et « globalisation » pour sauver ce qui peut l'être... mais aussi se laisser un petit reste à critiquer. Même M. Lawrence Summers, ex-conseiller économique de M. Barack Obama et grand déréglementateur auprès du président William Clinton (1993-2001), admet que les salariés américains ont « de bonnes raisons » de penser que « ce qui est bon pour l'économie globale n'est pas forcément bon pour eux » (8)...

     

    Les craquements du système et les gifles répétées du réel ont fini par ouvrir des brèches où les arguments trop longtemps interdits ont trouvé à faire résurgence — il est vrai qu'un système dont la défense contraint ses amis à la rhétorique du « globalement positif(9) » est généralement plus près des poubelles de l'histoire que de son apothéose. Légèrement déboussolé, l'économiste Elie Cohen constate que « le discours de la mondialisation heureuse est difficile (sic) à tenir aujourd'hui (10) ».

     

    Le mot de « démondialisation », dont il est maintenant convenu d'attribuer la paternité à l'économiste philippin Walden Bello (11), est devenu assez logiquement le signifiant d'un horizon politique désirable pour toutes les colères sociales que la mondialisation ne cesse de faire naître. Car à la fin des fins, les choses sont plutôt simples : si un accord s'est fait assez aisément pour nommer «mondialisation» la configuration présente du capitalisme, alors il devrait s'en faire un aussi facilement pour entendre dans « démon­dialisation » l'affirmation d'un projet de rupture avec cet ordre.

     

    Il est vrai cependant qu'il y a plusieurs manières de «rompre ». Celle du député socialiste Arnaud Montebourg (12) reste européenne — on lui souhaite bon courage avec l'Allemagne quand il s'agira de revenir sur la soumission des politiques économiques à la discipline des marchés et sur l'indépendance de la Banque centrale... Un peu à l'image de l'« effet Fabius » en 2005 (qui avait pris parti pour le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen), M. Monte­bourg, candidat respectable aux primaires d'un parti « respectable », a indiscuta­blement fait faire un saut quantique de légitimité au débat sur la démondialisation. Et par là rendu audibles des discours qui ne pouvaient pas l'être. Comme celui de l'économiste Jacques Sapir, dont la manière est plus radicale, puisque, dans l'éventail des solutions qu'il envisage, il n'hésite pas à inclure l'option de la restau­ration de souveraineté nationale (par la sortie de 1 'euro) si toutes les autres venaient à échouer (13).

     

    C'est en ce point précis que le débat vient à se crisper à gauche. On n'aurait pas imaginé en effet que des membres du conseil scientifique de l'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (Attac) pussent s'alarmer de la mise en circulation du thème de la démondialisation, moins encore dans les termes de la stigmatisation du « repli national » qui résonnent étran­gement avec les habituelles fulminations de l'éditorialisme libéral, et préparent le terrain de l'assimilation aux « politiques brunes [qui] se frayent un chemin sous les déguisements les plus divers (14) ».

     

    On reste confondu de cette contribution peut-être involontaire, mais en tout cas objectivement constituée, d'une partie de la gauche critique aux pires défigurations de la démondialisation, et notamment celle qui persiste dans la fantasmagorie obsidionale, le « syndrome de la forte­resse », à base de remparts, de ponts-levis et d'économie autarcique. On croyait réservée au chroniqueur du Figaro Alexandre Adler l'antinomie qui ne conçoit que la Corée du Nord et la forme « royaume-ermite » comme opposé dialec­tique de la mondialisation, mais voilà que les allusions des signataires d'Attac viennent alimenter à leur tour cette figure imaginaire qu'un regard jeté sur une histoire économique récente suffit pour­tant à invalider.


     Car si, rapportée à nos normes (d'ail­leurs singulièrement, et symptomati­quement, déplacées) d'aujourd'hui, la configuration fordiste du capitalisme d'après-guerre a tout de la démondiali­sation, on y chercherait en vain les barbelés et les miradors, les économies herméti­quement closes et les projets d'autosuffi­sance. Terrible infirmité de la pensée du tiers exclu qui ne conçoit que le monde mondialisé ou bien l'enfer des nations, mais rien entre les deux, et contre laquelle il faut rappeler sans cesse la possibilité de l'international, qu'il faudrait peut-être écrire inter-national pour lui faire encore mieux dire ce qu'il veut dire, à savoir qu'il peut y avoir des nations et des liens entre les nations.

     

    On ne sache pas en effet que la période 1945-1985 ait ignoré les échanges exté­rieurs — sans doute le commerce interna­tional était-il moins développé qu'au­jourd'hui... mais il n'est pas certain que ce soit une tare. On ne sache pas non plus que cette restriction, dans un régime d'échange que nos normes d'aujourd'hui qualifieraient indiscutablement de protec­tionniste, ait porté la guerre que nous promet M. Lamy chaque fois qu'il est question de ne pas tout sacrifier au libre-échange — et, catastrophique convergence rhétorique, certains altermondialistes annoncent que des droits de douane « nourri[raient] la xénophobie et le natio­nalisme (15) », soit, lu à l'aveugle, du Lamy dans le texte.

     

    Aussi aimerait-on rappeler que l'« horreur national-protectionniste » fordiste a été une époque, sans doute imparfaite, de plein-emploi, de croissance — il est vrai sans conscience écologique ­et de paix entre pays avancés, certes relative seulement, mais tout de même... On ne sache pas davantage que le principe national ait été aboli même dans le monde supposé mondialisé car, informons les libéraux et les altermondialistes, il y a encore des nations ! Il y a la Chine, il y a les Etats-Unis, dont curieusement on ne questionne jamais ni le nationalisme ni les affirmations de souveraineté. Ces deux-là riraient beaucoup si on leur demandait de se fondre dans de plus vastes ensembles. Et, chose plus surprenante, ces indécrot­tables nations ne se font pas nécessai­rement la guerre, et elles ne nous la font pas non plus !

     

    On ne sache pas enfin que les rapports entre les nations doivent se concevoir sous l'exclusive perspective de la marchandise, et l'on reste un peu sidéré que la Javel libérale ait fini par lessiver les entende­ments au point de faire oublier qu'entraver un peu la circulation des conteneurs et des capitaux n'interdit nullement de pro­mouvoir la plus grande circulation des œuvres, des étudiants, des artistes, des chercheurs, des touristes, comme si la circulation marchande était devenue la jauge exclusive du degré d'ouverture des nations ! — et seule la mauvaise foi peut prêter à la démondialisation de vouloir liquider les «bonnes» circulations avec les « mauvaises ».

     

    Mais, dira-t-on, Attac s'était rapidement défaite de sa première étiquette « anti-mondialisation », précisément pour se redéfinir comme « altermondialisation ». C'est peut-être là que passe la ligne de partage des eaux théoriques, comme l'indique la crainte récurrente des signa­taires de voir « un conflit de classes trans­formé en conflits de nations (16) ». Partant d'une question profonde, cet énoncé est pourtant voué à l'inanité s'il pense pouvoir opérer le déni du fait national, ou plutôt des faits nationaux, et des rapports d'anta­gonisme qui s'ensuivent presque néces­sairement. Mais là encore, et toujours par le même effet tragique du tiers exclu, « antagonisme » est aussitôt compris comme « guerre », et comme négation absolue de rapports de coopération qui pourraient être noués par ailleurs.

     

    Vœux pieux et rapports concrets


     Sauf à poursuivre la chimère d'une humanité entièrement réconciliée, il faudra bien se faire à l'idée que la communauté humaine au sens large est nécessairement traversée d'antagonismes, et que certains d'entre eux s'établissent selon les tracés des nations.


     Il est très évident cependant que tous les antagonismes ne répondent pas à la grammaire nationale, mais aussi à des grammaires autres, et parfois transversales — l'antagonisme de classe, par exemple. Mais l'on ne saurait retenir parmi ces multiples grammaires seulement celle de sa préférence ! Quant à savoir si l'une d'elles jouit de quelque primat, c'est une question qui n'admet aucune réponse générale, mais se trouve chaque fois déter­minée par la configuration particulière des structures du capitalisme. On peut bien observer que le salariat chinois et le salariat français se situent dans le même rapport d'antagonisme de classe chacun vis-à-vis de « son » capital, il n'en demeure pas moins que les structures de la mondiali­sation économique les placent aussi et objectivement dans un rapport d'antago­nisme mutuel — contre lequel aucune dénégation ne pourra rien.

     

    En appeler à la solidarité de classe franco-chinoise procède d'un universa­lisme abstrait ignorant des données struc­turelles concrètes et de leur pouvoir de configurer des conflits objectifs — soit iro­niquement tout ce que Karl Marx repro­chait aux « jeunes hégéliens de gauche » : plutôt que d'escompter des « essences » (I'« essence » du salariat ou l'« essence » de la lutte des classes) qu'elles produisent toutes seules d'improbables effets, il vaudrait mieux songer à refaire les struc­tures réelles qui déterminent réellement les (multiples) rapports dans lesquels entrent les divers groupes sociaux.

     

    Ainsi, dans certains pays, les structures de la finance actionnariale et des retraites capitalisées placent objectivement en conflit diverses fractions du salariat même : pensionnés (qui ont intérêt à la rentabilité financière) contre salariés (de qui on l'extrait), salariés-licenciés d'un centre de production contre salariés-actionnaires du même groupe (dont les titres vont s'apprécier), etc. Il est absolument vain d'appeler tous ces gens à des solidarités de classe abstraites contre les structures qui les détruisent concrètement et confi­gurent objectivement leurs intérêts sous des rapports antagoniques — plus utile en revanche de refaire les structures (anéantir la finance actionnariale, promouvoir sans cesse la répartition) pour créer les condi­tions concrètes propres à reconstituer les unités brisées et, alors, à pouvoir faire prévaloir une certaine grammaire d'anta­gonisme contre les autres.

     

    De même, les structures présentes du libre-échange et de la circulation des inves­tissements directs interdisent que s'actua­lisent les solidarités possibles entre salariés français et salariés chinois. Voici donc le paradoxe inaperçu des « mondialisateurs ». Loin, comme on l'entend souvent, qu'un protectionnisme raisonné et négocié nuise aux intérêts des salariés des pays émergents (on remarquera au passage que systématiquement, dans cette discussion, le sort des salariés nationaux est tenu pour parfaitement négligeable...), il se pourrait au contraire qu'il leur permette de hâter, par désincitation à tout miser sur les expor­tations, le passage à des régimes de crois­sance plus autocentrés, appelant fonction­nellement l'extension et la stabilisation du revenu salarial.

     

    Ce n'est que lorsque les salariats nationaux sont soustraits aux rapports antagoniques auxquels les voue le libre-échange inégal que peuvent se déployer des solidarités transversales (transnatio­nales), faisant alors prévaloir la grammaire classiste sur la grammaire nationaliste — en somme, respecter le «fait national» pourrait être le meilleur moyen de donner sa chance (internationale) au « fait de classe » salarial. De même que la «con­currence non faussée» n'est en réalité qu'un protectionnisme déguisé (et de la pire espèce) (17), il se pourrait donc, à l'encontre de ce que croient certains alter­mondialistes, que des formes de protec­tionnisme transparentes et rationnellement négociées aient d'assez bonnes propriétés coopératives en ménageant des possibi­lités de développement autonomes, quoique (raisonnablement) interagissantes, et en créant les conditions concrètes des solidarités transnationales de classe.

     

    Mais la question de la démondialisation ne s'épuise nullement dans celle du protectionnisme (où les mondialisateurs voudraient tant la cantonner), encore moins dans ces quelques arguments néces­sairement parcellaires. Elle appellerait davantage à y entrer non par des consi­dérations économiques, mais par le problème fondamental sous lequel elle prend vraiment sens, problème propre­ment politique de la souveraineté et de ses circonscriptions possibles (18) — qui ne se limitent nullement au périmètre des actuelles nations. Donnée fondamentale de la vie des peuples, la souveraineté est, mais sur le mode de l'oubli, le point commun de tous les défenseurs de la mondialisation, qui en ignorent systé­matiquement les réquisits les plus essen­tiels, comme en témoigne le filandreux concept de « gouvernance ». « Le problème central est celui de la gouvernance mondiale », répète symptomatiquement Daniel Cohen (19). Non ! Le problème

     

    Une définition finalement très simple

     

    MAIS l'on pourrait aussi, à l'exact opposé, ramener la controverse de la démondialisation à une question d'iden­tification conventionnelle finalement très simple, sous la lumière crue de la conjoncture présente. La concurrence non faussée entre économies à standards salariaux abyssalement différents ; la menace permanente de délocalisation; la contrainte actionnariale exigeant des renta­bilités financières sans limites, telles que leur combinaison opère une compression constante des revenus salariaux ; le développement de l'endettement chronique des ménages qui s'ensuit; l'absolue licence de la finance de déployer ses opérations spéculatives déstabilisatrices, le cas échéant à partir des dettes portées par les ménages (comme dans le cas des subprime); la prise en otage des pouvoirs publics sommés de venir au secours des institutions financières déconfites par les crises récurrentes ; le portage du coût macroéconomique de ces crises par les chômeurs, de leur coût pour les finances publiques par les contribuables, les usagers, les fonctionnaires et les pen­sionnés ; la dépossession des citoyens de toute emprise sur la politique économique, désormais réglée d'après les seuls desiderata des créanciers internationaux et quoi qu'il en coûte aux corps sociaux; central est celui de la constitution d'entités politiques authentiquement souveraines, seules à même d'être dotées de la force capable de s'opposer à la force du capital. Et dont le déni est entretenu dans la chimère des « institutions internationales fortes » (20), ce parfait oxymore qui fait néanmoins dire à Daniel Cohen que « sans institutions internationales fortes, on restera dans le chaos », qu'il faut alors réécrire : « on restera dans le chaos ». S'il y avait donc un seul principe général pour gouverner le débat sur la mondialisation, ce pourrait être celui-ci : on ne peut pas laisser les peuples longtemps sans solutions de souveraineté ; la remise de la politique monétaire à une institution indépendante hors de tout contrôle politique : c'est tout cela qu'on pourrait, par une convention de langage peu exigeante, décider de nommer mon­dialisation.


     D'où suit, toujours aussi simplement, que se dire favorable à la démondialisation n'est alors, génériquement, pas autre chose que déclarer ne plus vouloir de ça!

     

     

    Frédéric Lordon


     Economiste, auteur de D’un retournement l’autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins, Seuil, Paris, 2011.

    La Crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, Fayard, 2009

    .

     (1) Le Monde : éditorial, 1er Juillet 2011 ; Zarki Laïdi, « Absurbe démondialisation », 29 Juin 2011 ; Pascal Lamy , « La démondialisation est un concept réactionnaire », 1er Juillet 2011.

    (2) Daniel Cohen, La Mondialisation et ses ennemis, Grasset, Paris, 2004.

    (3) Pascal Lamy, op. cit.

    (4) «La mondialisation est-elle coupable ?», entretien avec Daniel Cohen et Jacques Sapir, Alternatives écono­miques, n° 303, Paris, juin 2011.

    (5) Lire Isabelle Pivert, « La religion des quinze pour cent ». Le Monde diplomatique. mars 2009.

    (6) Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Globali­sation, le pire est à venir, La Découverte, Paris, 2008.

    (7) Patrick Artus, «Ce n'est pas le moment de refuser la mondialisation », Flash économie, Natixis, n° 472, 21 juin 2011.

    (8) Lawrence Summers, «A strategy to promote healthy globalisation», Financial Times, Londres, 5 mai 2008.

    (9) Daniel Cohen, «Sortir de la crise », Le Nouvel Observateur, Paris, 7 septembre 2009.

    (10) Elie Cohen, «L'idéologie de Davos a buté sur la crise », Nouvelobs.com, 26 janvier 2010.

    (11) Walden Bello, Deglobalization : ldeas for a New World Economy, Zed Books, Londres - New York, 2002. Le mot a d'abord été employé par Bernard Cassen en 1996: «Et maintenant... démondialiser pour inter­nationaliser», Manière de voir, n° 32, novembre 1996.

    (12) Arnaud Montebourg, Votez pour la démondia­lisation!, Flammarion, Paris, 2011.

    (13) Jacques Sapir, La Démondialisation, Seuil, Paris, 2011. Cf aussi, du même auteur, « S'il faut sortir de l'euro...», document de travail CEMI-EHESS, Paris, avril 2011.

    (14) « La démondialisation, un concept superficiel et simpliste», par neuf membres du conseil scienti­fique d'Attac, Mediapart, 6 juin 2011.

    (15) Pierre Khalfa, «Les impasses de la démon­dialisation. Réponse à quelques contradicteurs», Mediapart, 20 juin 2011.

    (16) Ibid.; Jean-Marie Harribey, «La démondiali­sation heureuse ?», blog d'Alternatives économiques, Paris, 16 juin 2011.

    (17) Lire «La "menace protectionniste", ce concept vide de sens», dans La Crise de trop, Fayard, Paris. 2009.

    (18) « Qui a peur de la démondialisation? », La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 13 juin 2011.

    (19) « La mondialisation est-elle coupable?», op. cit.

    (20) Ibid.

     


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  • On ne change pas ce qu'on ne comprend pas. Où alors, on le change sans cohérence et à ses risques et périls. En lisant les diverses réactions à la crise de l'Euro et à l'accord de jeudi dernier (accord qui ne résout rien, mais j'y reviendrai) je m'aperçois que beaucoup de commentateurs ou d'hommes politiques traitent la question des taux d'intérêt un peu comme les catholiques traitent le dogme de la trinité: on y comprend rien, mais on est prié de croire. Pour une fois, pas de différence entre supposés libéraux et soi-disant anti-libéraux. Tout le monde communie dans l'idée que les taux d'intérêt sont magiques: les uns nous expliquent qu'avec des "fonds monétaires" on peut réduire les taux d'intérêt payés par la Grèce sans que cela coûte un sou à personne - puisque les autres pays européens ne font que donner des garanties, pas de l'argent sonnant et trébuchant - alors que les autres proposent que la BCE prête à des taux "bas" voire "nuls" aux pays qui en ont besoin. Tout ça n'est pas sérieux. La suite de l'article


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  • On ne change pas ce qu'on ne comprend pas. Où alors, on le change sans cohérence et à ses risques et périls. En lisant les diverses réactions à la crise de l'Euro et à l'accord de jeudi dernier (accord qui ne résout rien, mais j'y reviendrai) je m'aperçois que beaucoup de commentateurs ou d'hommes politiques traitent la question des taux d'intérêt un peu comme les catholiques traitent le dogme de la trinité: on y comprend rien, mais on est prié de croire. Pour une fois, pas de différence entre supposés libéraux et soi-disant anti-libéraux. Tout le monde communie dans l'idée que les taux d'intérêt sont magiques: les uns nous expliquent qu'avec des "fonds monétaires" on peut réduire les taux d'intérêt payés par la Grèce sans que cela coûte un sou à personne - puisque les autres pays européens ne font que donner des garanties, pas de l'argent sonnant et trébuchant - alors que les autres proposent que la BCE prête à des taux "bas" voire "nuls" aux pays qui en ont besoin. Tout ça n'est pas sérieux. 

    Alors, faisons un peu de pédagogie. Qu'est-ce que c'est exactement un taux d'intérêt ? Comment se forme-t-il ? Prenons un exemple précis: vous voulez vous acheter un bien qui coûte 10.000 €, et vous le voulez aujourd'hui, pas dans dix ans. Or, avec ce que vous pouvez épargner sur vos revenus, vous pourrez vous offrir ce bien dans dix ans, pas aujourd'hui. Comment faire ? Et bien, vous vous adressez à quelqu'un qui a de l'argent, et vous lui proposez de vous le remettre. Ainsi, vous pourrez acheter votre bien. Chaque mois, vous lui rendrez une partie de ce qu'il vous a prêté, et dans dix ans l'ensemble de la somme aura été remboursé. Dans ce montage, vous pouvez jouir du bien désiré sans avoir à attendre dix ans, et le prêteur ne perd rien, puisqu'il récupéré en fin de compte son argent. Voilà en quelques mots la logique du crédit: elle permet d'avancer la jouissance d'un bien. 

    Seulement, lorsque je dis que "le prêteur ne perd rien, puisqu'il récupère en fin de compte son argent", je ne suis pas tout à fait juste: le prêteur perd en fait la jouissance de son argent pendant le temps du remboursement. Imaginons qu'il ait lui même des projets qu'il entendait financer avec ces 10.000 €. Pour vous permettre de réaliser le votre, il faut que lui renonce, pendant dix ans, au sien. Pour ce "renoncement", il demandera certainement une compensation. Cette compensation est la première composante du "taux d'intérêt", c'est ce qu'on appelle le "cout de renoncement". Elle répond à la question "combien faut-il me payer pour que je renonce à quelque chose pendant un temps donné" ? 

    De quoi dépend le coût du renoncement ? On voit bien que cela dépend seulement des caractéristiques du prêteur. A-t-il beaucoup de projets ou au contraire garde-t-il son argent pour un "coup dur" ? Est-ce que certains d'entre eux lui tiennent à coeur ou s'agit-il au contraire de projets secondaires dans son mode de vie ? En tout cas, le coût du renoncement n'a aucun rapport avec l'identité de l'emprunteur: que ce soit l'Etat grec ou l'Etat allemand, ENRON ou EDF, cela ne fait aucune différence. 

    Comment expliquer alors la différence des taux d'intérêt pratiqués selon la "qualité" de l'emprunteur ? C'est qu'il y a une deuxième partie dans le taux d'intérêt, et c'est ce qu'on appelle la prime de risque. Revenons à notre premier exemple: Imaginons que votre prêteur demande 300 € pour retarder ses projets, il se posera ensuite une deuxième question: est-ce que vous serez en mesure de rembourser le prêt ? Car il peut vous arriver beaucoup de choses en dix ans: vous pouvez perdre votre emploi, vous pouvez partir sans laisser d'adresse... Le prêteur doit prendre en compte ce risque. Si l'on considère un prêt unique, c'est difficile à faire: soit vous remboursez, soit vous ne remboursez pas, et on ne peut pas compenser la défaillance des uns par un surcoût pour les autres. C'est pourquoi dans les sociétés primitives où le crédit est rare, on ne prête qu'à des débiteurs dont on est sur et certain qu'ils pourront rembourser. Mais à mesure que les prêts se multiplient, on peut utiliser une approche statistique: ainsi, votre prêteur examinera vos comptes, votre situation familiale, professionnelle, financière... et déduira une probabilité de non-remboursement. Disons par exemple qu'il estime que vous avez une chance sur 100 de ne pas rembourser. Alors, s'il a prêté 10.000 € chacune à 100 personnes comme vous, il demandera à chacune de lui verser non seulement les 300 € du coût de renoncement, mais 100 € supplémentaires. S'il a bien fait ses calculs, alors 99 emprunteurs le rembourseront comme prévu, et les 100 € de prime que chaque emprunteur aura payé multiplié par 100 permettront de couvrir la somme due par l'emprunteur défaillant. 

    De quoi dépend la prime de risque ? Alors que le coût de renoncement ne dépend que des caractéristiques du prêteur, la prime de risque, elle, ne dépend que des caractéristiques de l'emprunteur. Si l'emprunteur est solvable, s'il a une réputation à maintenir, s'il est connu pour être honnête, s'il peut apporter des garanties, alors la prime de risque sera négligeable puisque le prêteur estimera un risque de défaillance minime. Par contre, si l'emprunteur a aligné par le passé les promesses non tenues et les incidents de payement, s'il n'a pas un sou vaillant, alors le risque sera estimé à un niveau tel que la prime de risque peut devenir prohibitive. 

    Combien coûtera donc votre emprunt ? Et bien, 300 € de coût de renoncement plus 100 € de prime de risque, cela fait 400 €. Soit 4% des 10.000 €. Ces 4%, c'est ce qu'on appelle vulgairement le "taux d'intérêt". Mais il faut garder en tête que ce taux est le résultat de deux composantes qui sont déterminées séparément. Une variation du taux d'intérêt peut donc être le résultat d'un changement du coût de renoncement ou d'une variation de la prime de risque. Il est important de distinguer les uns des autres...
     

    Première conséquence: du besoin des agences de notation

     Dans notre société victimiste, toute difficulté donne lieu à la recherche d'un coupable. Aujourd'hui, il est facile de rejeter la faute des difficultés sur les agences de notation - dernier avatar de la technique qui consiste à casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre. Mais avant de les critiquer, il faut comprendre à quoi elles servent et comment elles fonctionnent. 

    Revenons à la prime de risque. Pour fixer son taux d'intérêt, le banquier a besoin d'évaluer le risque que son emprunteur ne rembourse pas. Mais comment faire pour évaluer ce risque ? Lorsqu'il s'agit de petits crédits accordés en grand nombre (comme par exemple le crédit à la consommation ou le crédit immobilier) il serait trop coûteux de faire une enquête approfondie sur la situation de chaque emprunteur. On fait alors appel à des profils statistiques. Ainsi, par exemple, on peut calculer la probabilité de défaillance selon que la personne est fonctionnaire, salariée d'une grande entreprise, salarié d'une PME, etc. On peut aussi calculer la probabilité de défaillance en fonction de l'Etat civil (marié, célibataire, pacsé, etc.), selon l'âge, selon l'origine... et à partir de ces calculs on peut construire des "profils" et calculer pour chacun d'entre eux une probabilité moyenne. Lorsque vous poussez la porte de votre banque, le banquier vous posera des questions qui lui permettent de déterminer votre "profil" et donc de vous appliquer la prime de risque correspondante. En d'autres termes, on ne vous applique pas votre véritable risque, mais le risque moyen des gens qui vous ressemblent.

     Mais lorsque les sommes en jeu sont très importantes et les emprunteurs peu nombreux, cette méthode des "profils" n'est pas suffisante. D'une part, parce que les emprunteurs sont moins nombreux et plus différents les uns des autres, il est difficile de faire des statistiques significatives pour chaque profil. Et d'autre part, l'importance des sommes en jeu justifie qu'on colle au plus près au risque réel. On ne peut donc se contenter de statistiques globales, il faut faire des véritables enquêtes pour vérifier la solvabilité de l'emprunteur, ses garanties, ses perspectives à court, moyen et long terme, etc. 

    Qui dit enquête dit détective... et c'est précisément ce que sont les agences de notation. Le but de ces agences est d'enquêter sur les entreprises et les états qui sollicitent une cotation, et de calculer le risque de défaillance que supporteront ceux qui leur prêteront de l'argent. Ce risque pourrait - et devrait, à mon avis - être exprimé en termes de probabilité, mais pour d'obscures raisons historiques on l'exprime plutôt en termes de "note" sur une échelle inventée par chaque agence. C'est de là que sortent les notes qui vont de AAA (la meilleure, probabilité de défaillance quasi nulle) à D (défaillance certaine). 

    Les agences de notation sont donc le thermomètre du risque. Comme tout thermomètre, elles sont faillibles et on se souvient de quelques erreurs insignes (par exemple, l'excellente note accordée aux titres d'ENRON quelques jours avant sa faillite). Mais il ne faut pas prendre l'exception pour la généralité: dans la plupart des cas, les notes fournies par les agences reflètent la réalité des difficultés ou des atouts d'un emprunteur, et permettent de fixer des primes de risque qui reflètent la réalité économique. Vouloir brûler les agences de notation est une réaction puérile: quelles sont les alternatives ? Que chaque prêteur fasse sa propre enquête ? Cela amènerait à dupliquer les recherches coûteuses sans aucun bénéfice palpable pour la collectivité. Il est puérile aussi de leur reprocher la banqueroute de la Grèce. Dès lors qu'il existe un risque de défaillance, il est juste et normal que les prêteurs en soient informés, pour qu'ils puissent demander des primes de risque qui couvrent effectivement le risque encouru. Mettez-vous à leur place: accepteriez-vous de prêter de l'argent à un inconnu dans la rue, sans savoir quelles sont vos chances de récupérer votre argent ? Que penseriez-vous d'un conseiller qui ne vous préviendrait pas du risque ? 

    Bien entendu, tout n'est pas rose dans le système. La manière dont les agences sont rémunérées (en général, par les entreprises et les états qui sollicitent une notation de leur dette) pousse les agences à minimiser les risques. Et d'un autre côté, certaines notations négatives tiennent de la prophétie autoréalistatrice, puisqu'en dégradant la note d'un pays on augmente mécaniquement ses chances de défaillance et qu'à l'inverse en améliorant la notation d'un pays on l'aide a se financer. Mais ces défauts sont inévitables toute logique de notation - n'importe quel professeur vous le dira.
     

    Deuxième conséquence: baisse des taux et transfert des risques 

    L'une des propositions pour faire face à la crise de la dette grecque a été de lui offrir des prêts à des taux inférieurs à celui du marché. C'est celle qui a été choisie lors du premier plan de secours à la Grèce. L'hypothèse derrière cette politique est que les marchés ont au départ sur-évalué le risque de défaillance grec, et fixent des taux d'intérêt sans rapport avec le risque réel. Dans ces conditions, prêter à la Grèce à travers d'un fonds de secours européen à des taux faibles avait pour objectif de montrer aux prêteurs que le risque n'est pas aussi grand qu'ils le craignent, et donc les encourager à revenir à la réalité en baissant leurs prime de risque. 

    Il peut paraître curieux qu'une telle hypothèse, qui revient à supposer que ce sont les Etats qui estiment correctement les risques alors que les marchés se trompent, ait été soutenue par des gouvernements qui adhèrent habituellement à une doxa libérale qui soutient exactement le contraire. Mais il faut les comprendre: admettre que les marchés ont raison impliquait accepter que la Grèce ne pouvait pas payer sa dette, et donc mettre la Grèce en défaut de paiement. C'était politiquement inacceptable, et les dirigeants européens sont suffisamment pragmatiques pour sacrifier les idées libérales sur l'autel de la réalité. On a donc décidé que le risque grec n'est pas de plus de 7%, comme les prêteurs le pensent, mais de 2%. 

    Ce faisant, on a fait un pari. S'il s'avère que les Etats ont raison, ils récupéreront leurs billes et on n'en parle plus. Mais que se passe-t-il si par malheur ce sont les prêteurs qui ont raison ? Dans ce cas, ce sera aux contribuables des pays prêteurs de payer la facture. Or, le fait qu'il ait fallu remettre l'affaire sur la table et s'accorder jeudi dernier sur un deuxième plan de secours encore plus important que le premier montre que selon toute vraisemblance, ce sont les prêteurs qui ont raison: la Grece ne pourra pas payer ses dettes, et réduire les primes de risque n'y changera rien.
     

    Troisième conséquence: quelle est la nature des taux fixés par la banque centrale ? 

    Il faut se méfier des mots. Lorsqu'on parle de "taux d'intérêt" à propos d'un prêt, on parle de l'agrégation de deux facteurs, la prime de risque et le coût du renoncement. Mais ces catégories sont elles applicables aux taux d'intérêt fixés par la banque centrale ? 

    La réponse est non. La banque centrale n'a pas de problème de "coût de renoncement", puisqu'elle n'a rien à "renoncer" (elle ne peut utiliser l'argent à rien d'autre qu'au prêt) et que maîtresse de la planche à billets elle peut prêter autant qu'elle veut. En fait, les taux de la banque centrale obéissent à une logique complètement différente, qui est celle du contrôle de la masse monétaire. 

    Lorsqu'on parle du "taux de la banque centrale", on oublie qu'en fait il y en a deux taux principaux (en général, très proches l'un de l'autre): il y a le taux auquel la banque centrale prête de l'argent aux banques (taux de refinancement), et il y a le taux que la banque centrale elle même paye sur l'argent que les banques déposent chez elle (taux de rémunération des dépôts). La banque centrale fixe ces taux non pas en considération du coût de renoncement ou de la prime de risque, mais en fonction de la masse monétaire. Lorsqu'elle veut réduire l'offre de monnaie (pour pousser l'inflation vers le bas, par exemple), elle augmente le taux de rémunération des dépôts et celui de refinancement: cela encourage les banques à emprunter moins auprès de la banque centrale et à déposer leurs liquidités chez elle, ce qui réduit la quantité de monnaie qui circule dans l'économie. Lorsque la banque centrale veut augmenter l'offre de monnaie, elle fait l'inverse. 

    Contrairement aux banques ordinaires, qui ne peuvent en définitive prêter que l'argent qui leur est confié par d'autres, la banque centrale prête de l'argent qu'elle peut fabriquer sans limite. Ce qui fait que ses interventions modifient l'équilibre monétaire. Ceux qui proposent que la banque centrale achète les titres de la dette grecque à faible taux d'intérêt doivent se poser la question suivante: dans quelles conditions ces titres seront remboursés ? Si l'on est d'accord que la Grèce ne peut payer sa dette, alors les titres qu'on demande à la BCE d'acheter n'ont aucune valeur, et leur achat équivaut à faire payer la dette de la Grèce par le contribuable européen à travers l'inflation.Ce n'est pas forcément négatif de le faire, mais il faut le dire clairement. 

     

    J'espère que cette petite note apportera à mes lecteurs quelques éclaircissements sur ce que sont les taux d'intérêt et comment ils sont fixés. La conclusion la plus importante de ce tour d'horizon est que le taux d'intérêt reflète deux paramètres: d'un côté la disponibilité du prêteur à se défaire de son argent, de l'autre le risque que présente l'emprunteur. Il n'y a donc pas de taux d'intérêt "juste" et de taux "injuste". La question est de savoir si un taux donné reflête l'état réel du risque ou pas. Et on ne peut pas en même temps soutenir que la Grèce ne pourra pas payer sa dette et ensuite se plaindre que les taux sont trop élévés...

     En tout cas, le débat est ouvert... 

    Descartes


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  • DETTES PUBLIQUES ET EURO : CHANGER DE LOGIQUE

    DETTES PUBLIQUES ET EURO : CHANGER DE LOGIQUE


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  • Pour Fillon, l'aide à la Grèce justifie l'austérité en France


    Pour Fillon, l'aide à la Grèce justifie l'austérité en France

    Quinze milliards d'euros. C'est ce que va coûter à la France le nouveau plan d'aide européen à la Grèce, selon François Fillon. Pour déminer cette annonce, le Premier ministre qui a communiqué ce chiffre ce vendredi midi, a expliqué qu'il s'agit d'une "conséquence indirecte" de l'accord qui devrait accroître l'endettement du pays et non son déficit. (à lire: Les ressorts d'une crise sans précédent)

    Une aide accordée à la Grèce...

    "Ces décisions n'ont pas de coût direct pour nos finances publiques", a assuré le Premier ministre, à l'issue d'une réunion à Matignon avec les principaux responsables du Parlement sur les suite du sommet de la zone euro tenu jeudi à Bruxelles. "Elles ont un coût indirect puisque nous allons participer à travers des garanties apportées sur les prêts qui seront consentis par le fonds de stabilité européen à la Grèce. Ceci aura donc une conséquence indirecte, c'est une augmentation d'ici 2014 de notre niveau d'endettement, compte tenu de l'intégration des garanties, à hauteur d'environ 15 milliards d'euros", a-t-il enchaîné.

    Matignon a insisté sur le fait que ces 15 milliards s'ajoutaient aux 1.600 milliards de l'endettement global du pays, mais pas à son déficit. Sous entendu: une goutte d'eau. Pour intégrer ces évolutions, le Premier ministre a annoncé la présentation d'une "loi de finance rectificative" pour "la rentrée parlementaire".

    ... qui justifie l'austérité en France...

    Malgré les précautions oratoires prises par François Fillon, les Français devront bien payer ces 15 milliards d'euros, via toutes les mesures d'austérité prises par le gouvernement pour réduire l'endettement public. Le Premier ministre l'a d'ailleurs réaffirmé ce vendredi. L'objectif de la France de ramener son déficit public en dessous de 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013 "doit être atteint. Les engagements que nous avons pris doivent être respectés."

    Cet objectif est "impératif", a insisté François Fillon. "Cela ne suppose pas d'effort supplémentaire (...) ça suppose de respecter à la lettre les engagements qui ont été pris dans le cadre de la loi de finance pluri-annuelle, de continuer à réduire les niches fiscales, de continuer à réduire la dépense publique, de continuer à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux, de continuer à demander aux collectivités locales de participer à l'effort collectif." Et voilà comment le plan d'aide à la Grèce sert à justifier la rigueur chère à Nicolas Sarkozy.

     

    ... et la carcan libéral de la "règle d'or"

    Le chef du gouvernement fait même coup double. Grâce à l'accord trouvé à Bruxelles jeudi soir, François Fillon justifie l'adoption de la règle d'or sur les règles de retour à l'équilibre budgétaire dans la constitution . "Ce que je souhaite, c'est que l'on puisse ajouter à l'ensemble de ces décisions et de ces dispositifs la révision de la Constitution (pour y inscrire la règle d'or, ndlr) de façon à nous engager vraiment sur la voie de la convergence des économies européennes (...) qui suppose que l'ensemble des Etats de la zone euro se dote des mêmes instruments, aient les mêmes engagements et acceptent les mêmes contraintes", a encore dit François Fillon.

    Députés et sénateurs doivent désormais être réunis en Congrès pour qu'il soit définitivement adopté, une réunion souhaitée par François Fillon, mais pas encore décidée par Nicolas Sarkozy.


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