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    Euro 06

    Article placé le 06 sept 2011, par Horizons & Débats (Zürich)

     

    La crise financière se trouve maintenant dans sa troisième phase. Dans la première phase, les banques se trouvèrent en difficulté du fait des amortissements conséquents pour les emprunts hypothécaires garantis et furent sauvées grâce à la communautarisation de leurs pertes, Lehmann Brother mis à part. Dans une deuxième phase, des pays périphériques de l’UE furent entraînés sur une pente savonneuse du fait que le niveau de leur endettement ne permettait plus d’imaginer qu’ils s’en sortiraient. On tenta de stabiliser par des plans de sauvetage qui devaient être financés, et le furent, par les retraités et d’autres groupes dépendant des Etats, ainsi que par les pays du nord de l’UE, économiquement plus solides. Dans une troisième phase, le doute quant à la solvabilité des pays s’est étendu aux pays phares de l’économie mondiale, notamment les Etats-Unis, mais aussi l’Italie, en dernier la France, tous ces pays étant entraînés dans le tumulte.

     

    Ces différentes étapes de la crise font apparaître un système de gestion de la confiance dans lequel la perte de confiance de certains acteurs d’un niveau donné est récupérée par les garanties données par les acteurs d’un niveau plus élevé. Mais au lieu que la situation se stabilise, ces garanties provoquent un doute quant à la confiance qu’on peut accorder aux sauveteurs. En fait, il n’y a plus de marges de manœuvre dans le domaine de la confiance.

     

    Le doute qui s’empare de la confiance à accorder aux obligations des Etats-Unis est particulièrement dramatique, du fait de l’étendue du marché américain de l’endettement public, mais aussi parce que cette insécurité s’étend à l’ensemble des marchés financiers. Cela est perceptible suite à la spéculation apparue contre la France dès que les agences de notation eurent procédé à une rétrogradation. L’Allemagne sera également touchée, dans la mesure où elle accordera d’autres garanties, provoquant de nouvelles dettes et une coresponsabilité des dettes des autres pays de l’UE. Les achats d’emprunts d’Etats par la Banque centrale européenne et la discussion concernant les eurobonds préparent déjà une intervention allemande.

     

    Après quatre années de crise, on n’en voit toujours pas le bout. Le mal s’étend à toujours plus de pays en lesquels on a perdu toute confiance. Le monde politique apparaît dépassé par les événements. Les marchés financiers n’ont pas été régulés, le système bancaire est toujours affaibli, le développement économique stagne. Tout ceci interpelle quant à la prochaine étape de la crise. Quant à nous, nous n’envisageons pas que la crise se résorbe bientôt. Pour cela il faudrait assainir sérieusement les budgets publics, notamment en redonnant confiance aux créanciers, en relançant la croissance dans les pays de l’Union européenne et aux Etats-Unis. Mais, rien n’apparaît à l’horizon. Et il faut être bien conscient que cette crise financière qui n’en finit pas va déclencher une crise sociale et politique.

     

    Quatre solutions se présentent pour en finir avec cette crise de l’endettement.

    I. : En réduisant les dépenses publiques et en augmentant la croissance économique on réduirait le montant des dettes, redonnant aux créanciers une confiance dans les capacités de remboursement des débiteurs étatiques.

    II. : En prélevant des impôts on améliorerait l’état des finances publiques et l’on diminuerait le montant des dettes.

    III. : Les débiteurs étatiques mettent un terme au service de la dette et négocient avec les créanciers en vue d’une cessation de paiement.

    IV. : Les Etats renoncent à la stabilité monétaire et se lancent dans une période d’inflation qui leur permettrait de faire fondre leurs dettes. Toutefois ces quatre scénarios ne resteraient pas sans conséquences et ne s’en tiendraient pas qu’au système économique et financier, mais conduiraient dans une étape ultérieure à une déstabilisation sociale et politique.

    En ce qui concerne la première solution, on préfère remettre en selle la croissance économique en réduisant les dépenses publiques. Mais le succès est improbable. La politique d’économie, telle qu’elle est imposée à des pays comme l’Irlande, le Portugal et la Grèce, diminue les impulsions primordiales de la demande. Les conséquences sont visibles en Grèce par la faible performance économique. Cette dernière cause une réduction des rentrées fiscales et, de ce fait, il n’y a pas de diminution de la dette publique.

     

    Il reste toutefois l’espoir d’améliorer à moyen terme la compétitivité économique des pays en cause au travers de réformes structurelles. Mais il y a de forts doutes quant à la réussite de telles réformes – il suffit d’observer l’échec des efforts entrepris depuis des décennies, et à grands prix, par l’Etat italien dans sa tentative de moderniser le Mezzogiorno. Un pays ne peut se développer si sa couche sociale supérieure n’est pas disposée à investir son argent dans le pays plutôt qu’à l’étranger. L’Irlande n’a pas besoin de réformes structurelles en dehors de son système bancaire. La Grande Bretagne et les Etats-Unis souffrent des conséquences de leur désindustrialisation et de leur concentration, voulue politiquement, sur les services qui ont failli provoquer l’effondrement du capitalisme en 2008. Dans les deux pays il faudrait, pour remettre à flot la compétitivité industrielle, engager d’importants investissements publics, à long terme, tant dans la formation que dans les infrastructures – mais il n’y a pas d’argent pour cela.

     

    Dans tous les pays concernés, il s’agit de coupures importantes dans les institutions de l’Etat social, mais aussi dans les dépenses pour la formation et la santé, ainsi que dans les investissements publics. Cette politique se manifeste aux Etats-Unis par une stagnation des salaires réels et une situation dans laquelle le maintien d’un niveau de vie décent se paie par de l’endettement privé et une augmentation constante des heures de travail dans les familles. En Grèce, en Espagne, mais aussi en Angleterre, on entrevoit la venue de conflits sociaux, dus aux mesures d’économie. Les pays qui ont bénéficié des mesures de secours perdent une bonne part de leur souveraineté. Les institutions centrales et démocratiques de la politique économique et fiscale se trouvent neutralisées pour longtemps. On peut donc s’attendre à ce qu’une bonne part de la population se détourne des instruments politiques et économiques fondés sur les constitutions.

     

    Une deuxième solution consisterait en une augmentation des impôts. En fait, il semble que ce soit la seule voie possible – dans la mesure où ce serait politiquement possible. Les conflits nés dans l’affrontement à propos du niveau de dettes aux Etats-Unis ont démontré que la volonté de ne pas augmenter les impôts est bien ancrée, alors même que les taux fiscaux dans ce pays sont toujours bien bas.

     

    Il semble bien que de riches propriétaires, comme les frères Koch, soient en mesure de mettre sur pied un mouvement tel que le «Tea Party Movement», lequel empêche les républicains de tenter d’augmenter les impôts, voire de supprimer des diminutions d’impôts accordées sur un court terme. En fait, et dans un souci d’équité, il faudrait imposer des augmentations d’impôts aux couches les plus favorisées – celles qui ont le plus profité des baisses d’impôts au cours des décennies précédentes, mais aussi des intérêts de l’argent placé dans les titres des rentes publiques. Elles ont le plus profité et concentrent toutes les augmentations des revenus sur elles.

     

    On ne peut pas non plus imaginer une augmentation des impôts indirects au vu de la diminution du standard social de la grande masse du peuple américain. En général, les augmentations de l’imposition fiscale pour rembourser des dettes ne peuvent pas être populaires, car il s’agit de payer des biens déjà consommés et des services déjà fournis. Finalement, on tente de nous faire gober que les augmentations d’impôts, surtout dans les couches supérieures, pourraient entraver la croissance économique. Il faudrait aussi s’attendre à des fuites, surtout dans l’imposition des fortunes.

     

    La troisième solution consistant en la suspension des paiements, voire une remise partielle des dettes fut, dernière en date, pratiquée par l’Argentine qui bénéficia d’un désendettement partiel. La Grèce a obtenu pratiquement une remise partielle grâce aux dernières décisions de l’UE. Dans ce cas, il s’agit en fait d’une économie nationale de relativement petite taille, dont les dettes apparaissent énormes comparées aux performances économiques, mais qui ne le sont pas en chiffres absolus. Ce qui fait que les dettes pourraient être supportées par les autres Etats et en partie même par les créanciers privés. Ce qui n’est pas le cas des grandes économies européennes ou de l’américaine. Un défaut de paiement de ces pays ruinerait non seulement leur système bancaire, mais aussi celui d’autres pays. Les budgets publics épuisés ne pourraient plus accorder un plan de sauvetage comme celui de 2008.

     

    Même s’il était possible d’éviter un effondrement de l’économie mondiale, on aurait affaire à une crise sociale démesurée. En effet, une grande part des dettes des Etats sont tenues par les caisses de retraite et les assurances, qui assurent leurs prestations sur la base de ces capitaux. Le changement d’orientation vers les retraites capitalisées, au cours de ces dernières décennies, a rendu un grand nombre de retraités dépendants du marché des capitaux. La faillite, ne serait-ce que d’un pays, aurait pour conséquence assurée une augmentation des coûts de refinancement pour la plupart des pays. Vu l’énorme volume actuel de dettes publiques, la part des budgets publics pour honorer le service de la dette prendrait des dimensions telles que la nécessité d’économiser serait de plus en plus forte. C’est bien pourquoi les Etats peu touchés mettent tout en œuvre pour éviter une faillite de la Grèce ou de l’Irlande.

     

    En quatrième lieu, on peut imaginer une baisse de la valeur réelle du volume des dettes par le déclenchement d’une inflation voulue. Dans ce but, le gouvernement peut emprunter des crédits auprès de la banque centrale et ainsi augmenter la masse monétaire au-delà de la croissance réelle. Mais cette option devrait affronter des coûts sociaux considérables. Une dévaluation de la fortune amoindrit aujourd’hui les prestations des systèmes de pension pour une large part de la population. De plus, l’inflation provoque une baisse des revenus de toutes les personnes dépendant d’un salaire ou bénéficiant d’un revenu de transfert. Ce qui signifie que presque toute la population serait touchée. Il faudrait donc s’attendre à des protestations sociales et à l’exigence d’une indexation des salaires et des prestations sociales. La suite possible serait une augmentation «galopante» du taux d’inflation. Par ailleurs, toute dévaluation monétaire provoque des coûts de refinancement des dettes publiques plus élevés sur les marchés.

     

    Jusqu’à présent on a tenté de maîtriser les crises en les reportant à un niveau plus élevé, bénéficiant de plus de confiance. Les banques furent sauvées par les Etats, les petits pays par les grands. Mais cette stratégie a atteint sa fin. La perte de confiance est largement répandue. Dans la prochaine étape, la crise se répandra sur le système social tout entier. On le remarque déjà dans l’augmentation du taux de chômage, l’accroissement de l’émigration et l’amplification de la violence dans les pays particulièrement touchés. Que cela arrive à travers une politique d’économies, la réduction du montant des dettes ou l’inflation, la réduction massive imminente des fortunes et des revenus provoquera des conflits. De là au conflit politique, il n’y a qu’un pas qui poussera la population à accorder sa confiance à des mouvements populistes, tels le Front national en France ou le Tea Party aux Etats-Unis.

     

    Il apparaît donc que la solution de la crise de l’endettement passe par la question de la répartition. Qui paiera les dépenses déjà engagées, mais jamais remboursées, dans une situation où les créanciers ont perdu toute confiance et réclament le remboursement de leurs avoirs? Ce dont il est question, c’est du produit brut intérieur de toute une année, voire beaucoup plus, dans un certain nombre de pays. Etant donné que les fruits de la croissance sont allés, au cours des trente dernières années, au bénéfice des couches sociales riches, il se pose la question, dans cette crise d’endettement, de savoir si cette partie de la population est déterminée à défendre ses privilèges, même au prix d’une crise sociale et politique massive. On ne peut pas exclure, qu’elle ne veuille toujours pas comprendre les signaux d’alarme évidents qui s’inscrivent actuellement sous nos yeux.

    Horizons & Débats

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  • Au secours, la Chine rachète nos dettes !

     

    15 septembre 2011

     

    Chine 30Le premier ministre chinois a affirmé que son pays était prêt à financer une partie de la dette européenne. Voilà une nouvelle qui devrait faire rebondir des marchés boursiers, même si cette aide est liée à une condition. Celle-ci est la reconnaissance du système économique de marché, chose que réclame la Chine depuis des années.

     

    Si cette demande n’est pas nouvelle, c’est la première fois que la Chine lie une aide quelconque à cette décision.

     

    Étant déjà intervenue en Grèce, en Irlande et au Portugal, la Chine se dit prête à acheter de la dette italienne, ce qui confirme les rumeurs d’une intervention dans ce pays alors que celles-ci avaient été démenties. Si les dirigeants européens ne voient aucun obstacle à ces soutiens successifs, le premier ministre chinois a toutefois souligné qu’il était hors de question de n’acheter que des dettes plus ou moins recouvrables, et que ces aides devraient s’accompagner d’une plus large ouverture des portes aux investissements chinois.

     

    Cette demande expresse, qui vient s’ajouter à celle faite aux responsables européens de mieux gérer leurs membres, risque de provoquer une réaction cutanée dans la partie de l’opinion publique la plus arriérée, soit celle s’épanchant par exemple dans la partie commentaires de certains médias dont le Figaro.

     

    La Chine esclavagiste rachète l’Europe, la Chine envahit l’Europe, tels étaient déjà quelques phrases qui ont jonché les dessous de certains articles, prouvant s’il en était besoin que les évolutions technologiques ne sont pas toujours en parallèle avec celle de cerveaux visiblement en panne.

     

    Il faudrait un jour qu’un courageux personnage politique, bien que ce terme soit antinomique, explique que si la Chine intervient dans les problèmes de dette, c’est parce que les moyens financiers de l’Europe ne lui permettent pas de régler seule cette situation.

     

    Si ces mêmes détracteurs se sentent la fibre européenne assez forte pour qu’un prélèvement fiscal supplémentaire vienne boucher les multiples trous, la Chine n’y verra sans doute aucun inconvénient.

     

    À expliquer également que lorsque la Chine rachète une société occidentale, elle le fait parce que les lois du pays concerné le lui permettent. La Chine, pas plus que d’autres, n’ayant de plaisir à acheter des bouts de papier sans valeur, il est logique qu’elle achète ce qui est à vendre et au meilleur prix. Un exemple pour imager de manière simplissime mon propos de manière à ce que les esprits les plus fermés comprennent :

     

    Lorsque vous allez faire vos courses au supermarché du coin, vous mettez dans votre caddie un certain nombre de produits. Dans l’immense majorité des cas vous devez ensuite passer par la caisse où en échange de vos emplettes vous remettrez quel qu’en soit la forme une somme d’argent qui correspond à la valeur de ces mêmes produits. Cette manière de fonctionner qui se nomme commerce est courante et parfaitement assimilée par le plus grand nombre sans que cela pose de questions existentielles majeures.

     

    Et bien dites-vous que la Chine agit de la même manière que vous, ce qui n’a rien donc d’extraordinaire. Lorsque la Chine a acheté il y a quelques années une partie du port du Pirée, c’est parce que ces installations étaient à vendre de la même manière que Gelly a racheté Volvo. Il en est de même lorsque les Chinois achètent des Airbus, des cosmétiques, du lait ou des centrales nucléaires, tous ces produits sont vendus et donc payés, ce qui ne fait que conforter cette notion de commerce si difficile à assimiler par certains. Pour pousser volontairement un peu plus loin le bouchon, les « pleureurs chroniques » s’épanchant sur la situation d’une Chine envahissante devraient se plaindre auprès de leurs commerçants bien français de leur manque de patriotisme. Sauf preuve du contraire, je n’ai en effet pas vu des hordes de commerciaux chinois menacer de représailles le gérant d’un supermarché s’il n’achetait pas ses produits. Je n’ai pas davantage constaté qu’un consommateur avait un canon dans le dos pour choisir un produit plutôt qu’un autre. Le prix me direz-vous !

     

    Certes, mais alors où est donc ce même patriotisme de ceux qui préfèrent faire des économies dans un pays pourtant dit riche et donneur de leçons ?

     

    La sauvegarde de millions d’emplois ne vaut-elle pas un léger sacrifice financier ?

     

    Tout cela pour vous dire que l’immobilisme convenu d’une économie figée par des accords entre « amis » touche à sa fin et qu’il est temps de se rendre compte que les changements que nous vivons ont été ceux qui ont mis fin à de grandes civilisations à une époque prédominante. S’il est toujours difficile de se trouver à une de ces époques charnières, rien n’empêche de s’adapter à ces évolutions d’un monde que rien n’a jamais arrêté, même pas l’homme avec son orgueil pourtant souvent démesuré.

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  • ARGUMENTAIRE
    Dette publique et crise financière.

    Dette publique et crise financière


    Version 1er septembre 2011
    Secteur communication PCF

    (Un argumentaire ce n'est pas un essai mais un document d'aide à la réflexion personnelle en évolution, note du rédacteur du blog)


    Ils nous ont imposé, traité après traité, loi après loi, la plus totale déréglementation de nos législations
    et de notre économie. Les mêmes prétendaient : « maîtriser la crise », « refonder le
    capitalisme », « sanctionner les patrons voyous », sans parler de « brider les pratiques spéculatives
    » ou encore de « créer de la moindre relance ». Ils ont totalement échoué !


    Et pourtant, ils continuent.
    Pour mieux faire oublier leur totale soumission aux marchés financiers ils nous parlent d’une
    « gouvernance économique européenne ».
    Pour mieux masquer la réalité des responsabilités et tuer l'espoir d'une alternative, ils culpabilisent
    chaque jour les peuples, parlent d'une « règle d'Or ».


    Mais cela trompe de moins en moins notre peuple.


    Cette crise financière, l'importance de la dette publique, sont le résultat de choix politiques
    mises en oeuvre pour accroître sans cesse la part des richesses qu'accapare une minorité......

     

    Suite en cliquant sur ce lien :

    http://bdr.pcf.fr/sites/default/files/fiches_crise_et_dette_publique-2_0.pdf


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  • Un spectre hante l’Europe… Le marché par Danielle Bleitrach

     

     

    Chgt societe 12On se souvient de l’incipit du Manifeste de Marx: « Une spectre hante l’Europe… » Que les bonnets de nuit et les résidents de la place des Vosges se rassurent aujourd’hui  il ne s’agit pas du communisme mais du marché et on peut même dire que ce spectre hante le monde… Au point qu’il semble logique d’offrir à ce Moloch des sacrifices humains, des pays entiers…


     

    Qu’est ce que ce spectre, ce serait tout simplement le crédit sans lequel l’économie menace de s’arrêter. Mais remontons dans le temps depuis août 2007 jusqu’à ce moment précis pour voir comment nous n’avons cessé d’avancer vers l’abime poussés dans le dos par cette menace.

     

    En août 2007, c’est la crise dite des subprimes où déjà l’animal renâcle, il y aurait dans le portefeuille des banques et des institutions financières des produits non solvables, on aurait prêté inconsidérément à des pauvres qui ne pourraient rembourser. On nous présente cela comme un phénomène circonscrit alors qu’il s’agit d’une crise systémique qui loin de se limiter à des ménages non solvables et à l’achat de logements en fait témoigne du foutoir généralisé qu’est devenu le système financier (vois article de cette époque la crise expliquée à des nuls par une nulle).

     

    Faut-il faire partir cette crise de la décision de Nixon de détacher le dollar de la réserve d’or? Certainement mais cela a été encore aggravé par trois phénomènes essentiels, le premier est la prolifération de pratiques financières qui sont de véritables usines à gaz  et jouent sur les titres de crédit, les spéculations. Le second est le coût des budgets d’armement en particulier les Etats-Unis, mais les français ne sont pas mal placés non plus. Et il y a le plus important, le phénomène structurel: une pression continuelle s’est exercée contre les salaires, les retraites, les protections sociales et la consommation n’a été soutenu que par l’endettement. On retrouve à l’échelle mondiale le même mécanisme, il a été fait pression sur les pays du sud, sur leur agriculture, sur leurs ressources avec le choix forcé de l’endettement.

     

    Mais passons aux remèdes qui ont été appliqués au moment de la crise des subprimes et surtout quand elle a atteint les institutions financières à savoir en février 2008. Notez par parenthèse que si la crise des subprimes d’août 2007 débute par la banque de Paris et des Pays Bas, celle de février 2008 touche en premier la Société générale. Ce n’est pas un hasard, le capital français à coup de nationalisations bidon et de dénationalisations pour les copains (Mitterrand et Jospin) est devenu un des plus usuraires du monde. Etonnez-vous si « les marchés » aujourd’hui témoignent d’une certaine fébrilité à l’égard du secteur bancaire français dont les clients (la Grèce par exemple) risquent de n’être pas plus solvables que les ménages ouvriers nord-américains, du moins le craignent-ils. Parce que  pour que le tableau soit complet il faut savoir que « le marché », les jeux boursiers, ne vivent et ne prospèrent qu’en créant des rumeurs qui permettent des rachats en sous-main et des reventes à prix fort. Ce qu’il faut voir actuellement, c’est que l’attaque contre les banques françaises semblent partir des Etats-Unis et que le capital allemand est en train de couler l’Italie, mais passons…

     

    Revenons aux choix qui avaient été fait en 2008 devant les menaces de thrombose financière: apparemment fini le libéralisme fort pur et dur, on est retourné à l’Etat, on a parlé de régulation, on se croyait revenu à Keynes… Oui mais ce qui a été réalisé a été du Keynes à l’envers. Face à la carence des investissements privés, ce foutu marché, Keynes proposait des investissements publics portant sur les grands travaux créateurs d’emplois et d’augmentation du pouvoir d’achat en renforçant les protections sociales.


     Notons que les seuls qui se sont engouffrés dans quelque chose qui ressemblait au keynesisme sont les Chinois, ce qui a fait d’eux le moteur de la croissance mondiale et encore aujourd’hui ils continuent à l’être alors même que leurs exportations diminuent.

     

    En revanche ce qui a été fait dans les pays occidentaux a été exactement le contraire, il a été poursuivi la pression sur les salaires et les protections sociales donc sur le pouvoir d’achat alors même que sans le moindre contrôle étatique on déversait des sommes fantastiques dans les institutions financières. Ce qui devait arriver arriva: cet argent loin de servir à dynamiser l’économie est retourné dans les jeux spéculatifs et au lieu que cela débouche sur des productions de richesses, de la consommation cela est devenu de la monnaie de singe donc augmentation des prix en particulier alimentaire, énergie, etc…

     

    Si vous ajoutez à cela le coût dément des expéditions bellicistes vous avez à peu près les conditions de la crise à son stade actuel, celui où l’on ne cesse de nous parler de l’endettement des Etats en refusant de considérer les déséquilibres structurels que l’on a cessé d’aggraver et que l’on poursuit sous la « pression du marché »… C’est-à-dire les capitaux qui s’inquiètent de savoir s’il reste au malade une pinthe de sang à vampiriser.

    Danielle Bleitrach


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    L'austérité et les profits

    « CAC 40 : la crise, quelle crise? titre un éditorialiste des "Echos".

    Toute la presse confirme. Les grandes entreprises françaises du CAC 40 se portent très bien.

    Les résultats du 1er semestre 2011 montrent que tous les indicateurs sont à la hausse, chiffres d'affaires et profits en premier.

    Chiffre d'affaire global: 657 milliards d'euros + 7,3%

    Profits: 46,2 milliards + 9,5%

    Et ce n'est pas fini. Les analystes s'attendent également à une nette croissance dans le futur. Ils prévoient autour de 94 milliards de bénéfices en 2011 soit une hausse de plus de 9%. Ils anticipent quelques 104 milliards en 2012, un montant proche du record de 2007 (106,5 milliards).

    Tous ces grands groupes accélèrent leur croissance financière:

    - par les fusions acquisitions dans le monde entier. Ils s'étendent mondialement et conquièrent ainsi de nouveaux marchés.

    Ces fusions acquisitions ont augmenté de 31% en volume dans le monde et de 51% en France  sur les douze derniers mois. 23 entreprises du CAC 40 en ont opérées... Elles précisent qu'elles utilisent pour ce faire leurs liquidités (elles disposent de 173 milliards dans leurs caisses).

    - par la spéculation. Elles achètent leurs propres actions.

    Le système est simple, les spéculateurs observent, achètent ou vendent en fonction de la fluctuation des cours de la Bourse. Exemple: Bouygues  profitant de la baisse de la Bourse  a racheté  pour 1,25 milliards d'euros de ses propres actions, soit 11,7% de son capital.

    La spéculation est un élément central du développement du capitalisme.

    Faire payer les riches ?

    Les bons milliardaires veulent payer plus d'impôts. Chaque jour apporte son lot d'annonces. Même les patrons s'y mettent, Ainsi Beigbeder, membre du MEDEF prône une sécu à plusieurs vitesses pour moins rembourser les riches...

    Le partage des richesses est le grand slogan à la mode, de la droite au PS et Cie.

    De grandes déclarations la main sur le cœur qui ne coûtent rien à ceux qui les font ni surtout à ceux qui possèdent tout. Pendant ce temps, le pouvoir poursuit son plan d'austérité pour faire payer le peuple de plus en plus cher. La pauvreté se développe, 8.500.000 personnes au-dessous du seuil de pauvreté, 7 millions d'autres au bord de la pauvreté.

    Les capitalistes et leurs milliardaires ne lâcheront rien de bon gré. Il n'y a que la lutte pour les contraindre.

    Pour que ça change, il faut extirper la racine du mal. Pour libérer les forces productives, permettre le développement de la société, satisfaire les besoins humains, pas d'autre solution que d'arracher la propriété au capitalisme.

    Le capitalisme, on est pour ou on est contre et on le combat. La ligne de partage se situe là.

    Nous appelons à le combattre sans ambiguïté.

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    Quelques exemples des profits du 1er semestre,  en milliards d'euros:

    TOTAL: 6,672   - BNP PARIBAS : 4,744 - AXA : 3, 999 - GDF SUEZ : 2,738  - VIVENDI : 2,558 - EDF: 2,554  - SANOFI: 2,224  - France Télécom: 1,945  - ARCELOR MITTAL: 1,854 - SOCIETE GENERALE : 1,663  - CREDIT AGRICOLE: 1,339  - LVMH : 1,310 - RENAULT : 1,220  - DANONE: 861 millions - SCHNEIDER ELECTRIC : 802 millions - MICHELIN : 667 millions - BOUYGUES 391 millions.

    Source : « site communistes »


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  • Petit rappel historique sur celui qui avait compris l’arnaque de ce faux étalon papier émis par un pays : le "dollar".

    Dès 1958, il a ordonné à la Banque de France d’accélérer le rythme auquel elle transformait ses réserves de nouveaux dollars en or physique. Rien qu’en 1965, il a envoyé la Marine française de l’autre côté de l’Atlantique pour emporter 150 millions de dollars en or ; en 1967, les proportions des réserves nationales françaises détenues en or étaient passées de 71,4% à 91,9%. La moyenne européenne n’était qu’à 78,1% à l’époque.
    En 1968, De Gaulle s’était retiré du Gold Pool de Londres.

    Bien entendu tout ça n’a pas été apprécié par les stazunis, qui ont tout fait pour déstabiliser De Gaulle..


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  • Libye: le pétrole et les réserves d'or de la Lybie

     

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    Encore une fois la chaine de télévision Russia Today offre un point de vue intéressant sur les véritables raisons de l'attaque en Lybie.

    Le pétrole est certes une explication possible mais il s'agirait surtout d'empecher Kadhafi de vendre son pétrole en Gold Dinars (en or) au détriment du dollars, de changer le système bancaire de la nation Lybienne en imposant une banque centrale privée et mettre la main sur les réserves d'Or colossales de la Lybie.

    La Lybie vend pour des milliards de dollars de pétrole chaque année, comme tous les pays producteurs de pétrole elle doit vendre son pétrole en dollars ce qui soutien le cours du dollars en créant une demande d'achat de dollars necessaire à l'achat de pétrole.

    Le cours du dollars est dépendant de l'offre et de la demande, plus y a de demande plus le cours augmente, plus les gens ont confiance dans le dollars.

    Autrement dit vous devez d'abord acheter des dollars avant de pouvoir acheter du pétrole car les achats/ventes de dollars se font dans la monnaie de réserve internationale, le dollars.

    Kadhafi en menaçant de vendre son pétrole en Or (Gold Dinar) aurait tout simplement diminué drastiquement la demande en dollars, ce qui aurait eu des répercutions sur le cours du dollars, provoquant sa chute et accélérant la chute du système monétaire actuel.

    Pour rappel, le dernier chef d'état ayant menacé de vendre son pétrole en Or est Saddam Hussein.

    http://pcfcapcorse.over-blog.com


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  • Robert BIBEAU

     

    Grand Soir 36Nous abordons aujourd’hui le problème récurrent et fort complexe des déficits publics américains et du gonflement vertigineux de leur dette souveraine. Nous expliquerons le mécanisme économique qui engendre ces déficits et qui suscite le gonflement de leur dette souveraine, le défaut de paiement et la dévaluation du dollar US.



    Nous verrons que ce processus est inhérent au modèle de développement impérialiste et qu’à terme il engendre la création de gigantesques entreprises multinationales sans patrie, sans allégeance, sans foi et sans loi, prêtes à flouer l’économie américaine si nécessaire afin de poursuivre leur marche inexorable vers l’accumulation de profits.


     

    LE MODÈLE DE LA « PLATEFORME »

     

    Un nouveau « modèle de division internationale du travail » serait en train de se répandre sur la planète. À commencer par les États-Unis d’Amérique, les grandes multinationales, américaines d’abord, canadiennes, australiennes, israéliennes et européennes ensuite, auraient développé une nouvelle façon de produire et de vendre des marchandises en accumulant des profits astronomiques.

     

    En fait, il s’agit de l’implantation systématique du modèle de division du travail impérialiste, mais à une échelle jamais égalée auparavant. Selon l’économiste Charles Gave ce nouveau mode de division internationale du travail, que les technologies de l’information et de la communication facilitent grandement, s’appelle faute de mieux le système de la « Plateforme » (1).

     

    C’est la systématisation de ce modèle de développement économique impérialiste qui provoque les présentes perturbations économiques, budgétaires, monétaires et commerciales mondiales. Ce ne sont pas les mauvaises décisions des banquiers, des spéculateurs boursiers, des industriels ou des politiciens qui engendrent ces crises systémiques répétitives qui s’abattent comme la peste sur les peuples du monde. Mais l’application mécanique des lois inexorables du développement impérialiste redécouvertes par Charles Gave.

     

    Nous savons tous que chaque pays tient une comptabilité nationale d’où l’on peut observer annuellement les fluctuations de sa balance commerciale (2), de sa balance des paiements (3), de son PIB (4), de son endettement cumulatif et de ses déficits budgétaires (5), de ses emprunts et de la valeur de sa monnaie nationale. Selon l’économiste Charles Gave, toute cette comptabilité nationale est de moins en moins pertinente et elle permet de moins en moins d’analyser et de comprendre les crises économiques et financières mondiales.

     

    D’après l’éminent économiste, la logique de la comptabilité nationale est sans intérêt.

     

    En fait, que les sociétés multinationales se proclament « Américaines », « Canadiennes », « Israéliennes », « Européennes » ou « Chinoises », elles domicilient où elles le veulent leurs déficits commerciaux : « les marchés n’ont pas compris que nous sommes en train d’assister à la privatisation des balances commerciales (nationales et internationales NDLR). » (6).

     

    Dans son article de macro économie Charles Gave donne l’exemple de la société de micro-informatique DELL dont le siège social est situé au Texas.


    Tous leurs ordinateurs sont conceptualisés de façon « virtuelle » dans leurs centres de recherche. Aucune de leurs machines vendues aux États-Unis n’est construite sur place. Elles sont toutes montées au Mexique ou en Chine, et importées en Amérique après coup. L’originalité est dans le fait que Dell ne possède pas les usines dans lesquelles ses machines sont assemblées (ce qui est différent de la délocalisation industrielle). La seule chose que fait l’entreprise Texane est de préciser les caractéristiques techniques que devront avoir ses ordinateurs. Ensuite, des industriels indépendants de Dell s’engagent à les produire au coût fixé par Dell.

     

    Des trois fonctions nécessaires à la commercialisation d’un produit – conceptualisation, fabrication et vente – Dell a réussi à externaliser la plus dangereuse et la plus cyclique, la fabrication. Charles Gave explique ensuite que par une telle division internationale du travail un ordinateur construit en Asie, vendu 700 $ aux États-Unis, muni d’un système d’exploitation Microsoft (dont le siège social est à Seattle mais la production délocalisée), équipé d’un processeur Intel (dont le siège social est aux USA mais la production délocalisée), monté d’un écran fabriqué à Taiwan dans un boîtier – clavier fabriqué en Chine, la part du produit de la vente empochée par des firmes dites de « nationalités américaines » sera de 300 $ (et leur marge bénéficiaires de 262 $ soit 87 %) et la part des entreprises dont le siège social est en Asie de 365 $ (et leur marge bénéficiaire de 28 $ soit 7,7 %). (7).

     

    Les impérialistes internationaux trouvent ce mode de division internationale du travail très avantageux et il se répand chaque jour davantage. Cependant, quand l’ordinateur vendu en ligne par Internet entre aux États-Unis, ce pays enregistre une forte détérioration de sa balance commerciale.

     

    Dans l’exemple ci-dessus l’exportation dite « américaine » a été de 275 $ alors que l’importation aux États-Unis a été de 670 $ (bénéfice de Dell et taxes en sus), d’où les États-Unis enregistrent un déficit commercial de 395 $. Malgré cela la rentabilité des sociétés dites « Américaines » présente un certain nombre d’avantages fort désirables aux yeux de n’importe quel investisseur :

     

    1. Elle est très stable : la partie cyclique (la production) a été affermée à des industriels extérieurs. - Elle est très élevée : la recherche, le développement et la vente par Internet ne suscitent pas des besoins de fond de roulement importants. La rentabilité sur capital investi est donc forte. - Elle ne nécessite pas d’apports de capitaux nouveaux : Dell n’a pas besoin d’emprunter pour son développement.

     

    1. Elle est très transparente : si le coût du travail augmente trop fortement au Mexique, Dell ne renouvelle pas ses contrats de production au Mexique pour en signer de nouveaux au Brésil, ou en Chine… De ce fait, les prix à la production demeurent sans arrêt sous pression, d’où le peu d’inflation, du moins jusqu’à ce que les travailleurs du tiers-monde revendiquent des hausses salariales afin de bénéficier eux aussi du pactole du développement capitaliste dans leur pays.

     

    La Chine avec son système policier très répressif possède à cet égard un avantage certain et elle maintien ainsi les salaires de ses ouvriers aussi bas que possible.

     

    Toutefois, ceci n’empêche pas le Yuan chinois de subir des pressions à la hausse que le gouvernement chinois ne peut résorber, ce qui entraîne une augmentation du coût des importations américaines en Chine et l’exportation de l’inflation chinoise aux États-Unis.

     

    La balance commerciale

     

    Tout ceci a pour effet que les pays émergents se retrouvent avec des excédents commerciaux considérables vis-à-vis des États-Unis, qui pourtant ne veulent strictement rien dire selon l’économiste Gave, puisque la maîtrise des flux (importations de marchandises aux États-Unis) est à cent pourcent dans les mains de sociétés dites « Américaines ». De réclamer de ces pays de réévaluer leurs monnaies contre le dollar ne règlera rien (ce qui laisse entendre que les sénateurs américains pétitionnaires ne font que de la figuration pour le public américain) (8).

     

    De fait, ces pays émergents en voie d’industrialisation accélérée sont intégrés à la zone dollar. Ce qui veut dire en termes simples que la balance commerciale d’un pays où les sociétés s’organisent selon les principes de la « plateforme » ne veut plus rien dire. Pour raisonner à nouveau comme cet économiste, l’avantage comparatif qui crée le déficit américain n’est pas en Chine, mais aux États-Unis.

     

    Ce sont les sociétés américaines qui domicilient où elles le veulent le déficit américain. Si le Yuan est réévalué, Wallmart passera ses commandes au Vietnam.

     

    Le déficit US restera le même, mais il sera comptabilisé au Vietnam (si les entreprises œuvrant au Vietnam sont vietnamiennes, ce qui n’est pas assuré) plutôt qu’en Chine, et le chômage augmentera en Chine.


     Gave ajoute : « Les pays qui pour des raisons politiques (rejet de la globalisation et de la mondialisation) refuseront ce modèle de production verront leurs entreprises absolument laminées, car elles seront forcées de conserver des activités de production cycliques et peu rentables dans des zones où elles n’ont rien à faire. À terme, elles disparaîtront, et tous leurs emplois avec elles (et pas seulement les emplois industriels). Et le protectionnisme ne les sauvera pas plus qu’il n’a sauvé l’industrie textile en France. » (9).

     

    Le raisonnement de Gave laisse entendre que les investisseurs étrangers désirent détenir des actions de ces sociétés américaines, et que les dollars excédentaires qui entreraient ainsi aux États-Unis serviraient à acheter des actions de ces sociétés ou des obligations émises par les gouvernements des États-Unis. Ce qui signifierait que l’équilibre des paiements américains se ferait en prenant en compte les ventes d’actifs américains aux étrangers.

     

    Cette dernière hypothèse de l’éminent économiste est totalement faux cependant. La preuve en est que depuis 2008 les investissements étrangers (directs et de portefeuilles) ne cessent de diminuer aux États-Unis à cause de l’instabilité du dollar américain (10).

     

    Le modèle de division internationale du travail appelé « plateforme » entraîne la relocalisation de la production dans les pays pauvres ce qui réduit d’autant le pouvoir d’achat des travailleurs des pays riches car l’augmentation des emplois du secteur tertiaire ne compense pas la destruction des emplois dans le secteur secondaire, et qui plus est, les emplois tertiaires créés sont parfois si mal payés (Macdonald et Tim Horton) que les capacités de consommation des travailleurs d’occident sont réduits à presque rien, ce que les banques compensent pour un temps par l’élargissement du crédit à la consommation qui ne fait qu’accroître l’endettement des ménages jusqu’à la prochaine crise des « subprimes ».


     Plus loin Gave explique que les constructeurs asiatiques sont totalement dépendant du marché nord-américain pour survivre et que donc ils ne peuvent pas refuser de vendre leurs marchandises aux firmes ayant siège social aux États-Unis contre des dollars dont la masse internationale est toujours plus importante et la valeur marchande toujours plus réduite (le dollar ne vaudra bientôt plus qu’un demi euro).

     

    Ce raisonnement est également faux. À court terme le constat est exact, mais à moyen terme la Chine et l’Inde ont commencé à développer leurs immenses marchés domestiques et ils se rendront ainsi de plus en plus indépendants du marché nord-américain et alors ils refuseront les dollars plombés et c’en sera fini pour cette devise.

     

    Privatisatisation des balances commerciales

     

    L’économiste Gave ajoute : « Les marchés n’ont pas compris que nous sommes en train d’assister à la privatisation des balances commerciales nationales. Ce qui veut dire en termes simples que quiconque reste enfermé dans la logique de la comptabilité nationale pour effectuer ses investissements va tout droit à la ruine. » (11).


     Le développement impérialiste signifie la totale intégration du capital industriel et du capital bancaire en un capital financier international « off-shore », sans patrie, sans intérêt national et voué exclusivement à l’accumulation de profits et de dividendes internationaux.

     

    En cela Gave a raison de souligner que pour ces puissants spéculateurs boursiers et pour ces grandes entreprises multinationales la seule comptabilité globale qui vaille est la comptabilité internationale. C’est d’ailleurs pourquoi ces ploutocrates réclament l’internationalisation des organismes de gestion et des mécanismes de régulation économique.

     

    Ce qui provoque la présente crise budgétaire américaine (défaut de paiement de leur dette souveraine gigantesque de 15 000 milliards de dollars) est dû au fait que les dépenses du gouvernement fédéral et des États américains sont croissants alors que les revenus étatiques sont en baisses. Nous savons déjà pourquoi les dépenses américaines sont si importantes – guerres d’agression incessantes, subventions aux entreprises privés et aux banques soit - 1 200 milliards en 2008 seulement (12) – mais pourquoi les revenus des impôts sont-ils en baisse alors que les firmes américaines sont prospères et font des profits records ?

     

    Même si Barak Obama augmentait le taux d’imposition des entreprises américaines cela ne changerait rien.

     

    C’est que les entreprises dites « Américaines », c’est-à-dire ayant leur siège social aux États-Unis (alors que leurs manufactures et leurs centres d’affaires sont répartis un peu partout dans le monde) ne rapatrient plus leurs profits aux États-Unis afin d’éviter de les « dollariser » et de les voir dévaloriser par l’inflation et la dévaluation de cette monnaie. Les trusts et les entreprises multinationales Américaines choisissent de localiser leurs profits dans des centres bancaires « off-shore », dans des paradis fiscaux (Caïmans, Bahamas, Monaco, Macao, Israël, etc.) où ils se mélangent aux capitaux du monde interlope et une fois blanchies ils sont réinvestis dans les pays émergents ou dans des fonds boursiers spéculatifs.

     

    « Pour prendre la mesure du choc qui se prépare, il est utile de savoir que même les banques américaines commencent à réduire leur utilisation des bons du trésor US pour garantir leurs transactions par crainte des risques croissant pesant sur la dette publique US. Le groupe GEAB croit qu’un autre 15 000 milliards d’actifs-fantômes spéculatifs vont s’envoler en fumée dans les prochains mois de 2011 et 2012. En ce moment les grandes entreprises accumulent de la trésorerie en prévision de ce choc financier qui verra les trésoreries gouvernementales s’effondrer» (13).

     

    Inflation et dévaluation de la monnaie

     

    Au milieu de ce salmigondis la Fed (banque fédérale américaine) songe à un troisième épisode d’assouplissement quantitatif…Comprendre ici que la Fed songe à émettre de nouveaux dollars pour acheter les obligations d’épargnes des gouvernements américains que de moins en moins de spéculateurs (y compris les banques américaines) désirent acquérir car l’investissement est trop risqué. Cette troisième émission de monnaie engendrera la dévaluation du dollar et une inflation importante aux États-Unis ; méthodes par lesquelles le gouvernement américain transfert le coût de la crise de la dette souveraine sur le dos des petits salariés, des retraités, des pauvres et des démunis qui verront leur maigre pouvoir d’achat s’éroder encore davantage (14).


     Pour le gouvernement américain les bénéfices combinés de l’inflation et de l’émission de monnaies est double puisque d’une main il décharge le fardeau de la dette sur le peuple (par la hausse des prix et des recettes fiscales de l’État) et de l’autre il réduit d’autant sa dette extérieure en dévaluant les créances en dollars de ses créanciers. C’est la raison pour laquelle de nombreux pays dans le monde cherchent à transiger avec d’autres monnaies que le dollar américain, ce que nous avions déjà souligné dans une étude antérieure (15).

     

    Pendant ce temps, les immenses trusts internationaux, les multinationales de tout acabit, les spéculateurs boursiers et les banquiers internationaux observent l’économie mondiale, spéculent, jouent avec les actifs du monde entier et cherchent à tirer leur épingle de ce jeu macabre dont les lois inéluctables les entraînent inévitablement vers la catastrophe économique.

     

    Mais attention, ce système économique moribond ne s’effondrera pas de lui-même, il imposera encore et toujours plus de sacrifices aux peuples du monde entier afin de se maintenir à flot.


     Seule une révolte généralisée pourra l’abattre et construire un monde nouveau…Qu’attendons-nous pour le construire sur ses ruines ?

     

    Robert BIBEAU

     

    (1) http://www.geostrategique.net/viewtopic.php?p=77356&sid=...

    (2) http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceSt...

    (3) http://www.wikiberal.org/wiki/Balance_des_paiements

    (4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Produit_int%C3%A9rieur_brut

    (5) http://lexpansion.lexpress.fr/economie/etats-unis-vers-un-de...

    (6) http://www.geostrategique.net/viewtopic.php?p=77356&sid=...

    (7) http://www.geostrategique.net/viewtopic.php?p=77356&sid=...

    (8) http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/etat...

    (9) http://www.geostrategique.net/viewtopic.php?p=77356&sid=...

    (10) http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceSt...

    (11) http://www.geostrategique.net/viewtopic.php?p=77356&sid=...

    (12) http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/3298...

    (13) GEAB no 56 Spécial été 2011. Crise systémique globale – dernière alerte avant le choc de l’automne 2011. in L’Étoile du Nord, vol 9 no 3. Mai-juin 2011.

    (14) Aux Etats-Unis la Fed est poussée à injecter des liquidités dans l’économie. Le Monde, 17.08.2011. Page 11.

    (15) http://www.centpapiers.com/la-chine-imperialiste/74924

     

    URL de cet article 14472 
    http://www.legrandsoir.info/la-dette-souveraine-et-la-crise-de-l-imperialisme.html

    http://www.pcfbassin.fr


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  • par Frédéric Lordon

     

    Pareilles aux images aériennes du front de tsunami avançant inexorablement vers une côte japonaise dont le sort est scellé, le déploiement de la crise financière depuis trois ans donne une impression d’irrésistible fatalité, avec en prime cette sorte d’incrédulité un peu stupide de dirigeants qui croient encore pouvoir tout sauver quand tout est déjà compromis. Un choc de la magnitude de la crise dite « des subprime », crise dont on ne redira jamais assez qu’elle a été celle de la finance privée, était voué à produire, via le canal du crédit, une récession dont les conséquences sur les finances publiques s’annonçaient désastreuses.

     

    Plus encore impliquées dans la détention de titres souverains qu’elles ne l’ont été dans les titres privés hypothécaires, un choc massif dans l’un puis l’autre compartiment menace de mettre à bas tout le système des institutions financières. A ceci près que la puissance publique qui était encore disponible pour ramasser les morceaux du premier accident sera par construction aux abonnés absents si le second vient à survenir – ce qu’il est en train de faire. Et l’on admirera au passage cet élégant jeu de chassés-croisés privé/public (le sinistre des banques sinistre les Etats qui menacent de (re)sinistrer les banques) et Etats-Unis/Europe (les subprime, par récession interposée, ruinent les Etats européens qui, par la crise des dettes publiques, ruineront en retour le système bancaire étasunien (juste après l’européen), soit métaphoriquement : Lehman-Grèce-Goldman – ou le charme absolu de la mondialisation et de ses interdépendances qui rapprochent les peuples (dans le même bac à mouscaille).

     

    Quand les agences font de la politique

     

    Il n’est même pas certain que la dégradation de la note étasunienne ait suffi à produire le dessillement complet, mais quitte à ce que cette « fin » prenne encore quelque temps, on dira peut-être plus tard qu’elle aura trouvé ici son commencement symbolique. Standard & Poor’s pourrait donc bien avoir eu raison, mais pas du tout pour les raisons qu’elle imagine – probablement même exactement opposées à celles qu’elle allègue, non d’ailleurs sans difficulté pour les rendre présentables. A l’image de sa mise sous surveillance négative d’avril 2011, alors suivie en bon ordre par ses consœurs Moody’s et Fitch, il y a beau temps que les agences, en matière de notation souveraine, ne font plus d’analyse financière, mais bien de la politique. Tout au long du printemps, il s’agissait de mettre les pouvoirs publics étasuniens sous pression pour forcer la passation d’un compromis budgétaire (coextensif au relèvement du plafond de la dette). Pour avoir été finalement obtenu, mais in extremis et dans les pires conditions possibles, le résultat du Budget Control Act signé le 2 août n’a pas l’heur de plaire à Standard. Certes, l’agence s’emmêle un peu les crayons et, dans une première version de sa note, majore la dette à dix ans de 2 trillions de dollars puis, constatant son erreur, la déclare en fait négligeable et procède dans une deuxième version à un renversement souverainement ad hoc de son argumentaire pour expliquer que le problème n’est pas tant dans les chiffres que dans la situation politique étasunienne… C’était en fait déjà la raison avancée dans la note de mise sous surveillance négative d’avril dont le fond tient génériquement que le dissensus démocratique est un problème– et en effet : on ne sait pas à l’avance ce qui va en sortir ! A la vérité, ça n’est pas tant qu’on ne sache pas qui inquiète la finance que la possibilité qu’il sorte autre chose que ce qu’elle désire – un programme fermement anti-finance de marchés s’annoncerait-il comme issue certaine du débat démocratique, il y a tout lieu de croire que la finance n’aimerait pas cette certitude-.

     

    Les Etats-Unis à leur tour dans la lessiveuse

     

    Et pourtant, aux boulettes à deux trillions près, Standard pourrait bien avoir raison – mais pas du tout comme elle croit. Signalons rapidement que sa place dans la structure générale de la finance libéralisée, au point focal de la production de l’opinion collective, la dote des moyens d’avoir plus probablement raison que le commun des agents, en fait même de se donner raison, puisque les effets qui suivent d’une telle dégradation à grand fracas sont tout à fait susceptibles, indépendamment du bien-fondé de la dégradation en question, d’entraîner une série de réactions parmi lesquelles les séquences : 1) dégradation → tension brutale sur les taux → renchérissement du coût de la dette → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → tension supplémentaire sur les taux, etc. ; et 2) dégradation → austérité forcée → récession → détérioration de la situation budgétaire et emballement de la dette → austérité renforcée, etc. – I told you so ! Triomphe alors l’agence.

     

    La Grèce, l’Irlande, le Portugal ont connu tour à tour ces enchaînements fatals par lesquels l’opinion financière transforme des situations parfaitement gérables en inextricables crises. Voilà maintenant que les Etats-Unis sont invités à prendre leur place dans la lessiveuse. Bien sûr, toutes choses égales par ailleurs, les taux étasuniens résisteront mieux et plus longtemps que les autres, car, par sa profondeur, ses volumes de transactions et sa liquidité, le marché des Treasuries reste le biotope de la finance mondiale – qui est sans doute très capable de détruire son propre habitat, mais seulement après avoir rompu avec d’anciennes habitudes et que se soient dissipés les effets d’hystérésis de la croyance dollar. Par une incohérence typique de la finance, la chute présente des marchés d’actions étasuniens, entraînée par le remous sur la dette publique, a encore pour effet… un mouvement de report vers les bons du Trésor US, l’actif toujours réputé « sans risque » alors même que la dégradation signifie explicitement qu’il ne l’est pas !

     

    Si, toutes choses égales par ailleurs, la première séquence vicieuse (par les taux) s’activera plus tardivement que pour n’importe quel autre pays, la seconde (par l’austérité) est d’ores et déjà enclenchée. Car l’avis de Standard a pour effet de constituer la situation de la dette publique étasunienne comme problème, c’est-à-dire comme objet de préoccupation, désormais inscrit dans les têtes de la finance – dont on ne sort pas facilement –, matière à commentaire kilométrique et à surveillance permanente, par conséquent : entrée dans un régime tout autre que celui de benign neglect où la politique économique étasunienne a jusqu’ici trouvé ses marges de manœuvre. C’est précisément ce régime de focalisation de l’attention financière qui, dans la situation présente de récession, jette les politiques économiques dans de parfaites impasses en exigeant d’elles d’impossibles réductions de ratio de dette, et ceci par le simple fonctionnement mécanique de la logique démente voulant qu’une fois qu’un « problème » a été déclaré, fût-il imaginaire, alors il lui faut impérativement une solution – mais, elle, réelle. Ces réductions sont impossibles à obtenir en effet car l’environnement de récession et (surtout) de politiques d’austérité généralisées rend toute tentative d’ajustement budgétaire autodestructrice, comme l’ont déjà expérimenté les Grecs et comme le feront à leur tour tous les pays européens… Il y avait matière à s’étonner l’an dernier que les Anglo-saxons (Etats-Unis, Royaume-Uni) fussent passés si facilement sous les écrans radars. Voici les Etats-Unis rattrapés, et le Royaume-Uni ne perd rien pour attendre, son tour viendra très vite.

     

    Le chaos cognitif de la finance

     

    Avec le concours des décideurs publics, incapables de penser autrement, la finance se trouve alors plongée dans une situation de parfait chaos cognitif en exigeant des politiques d’ajustement draconiennes, dont elle observe rapidement les effets désastreux (il n’aura pas fallu un an pour que le contresens soit avéré à propos du cas grec), à quoi elle réagit en exigeant d’approfondir cela-même qu’elle voit échouer ! Aussi les différents locuteurs autorisés de la finance demandent-ils tout et son contraire : ils veulent la rigueur sans faille mais exigent le redémarrage de la croissance. Le dernier rapport du FMI consacré à l’économie britannique [1] est de ce point de vue éloquent qui s’alarme de ce que la croissance en plein effondrement rend très improbable d’atteindre les objectifs affichés, qui va même jusqu’à établir un lien possible entre cette improbabilité et la restriction forcenée que le pays s’impose (comme les autres)… pour finir par lui recommander de surtout bien se tenir à sa présente ligne de conduite et de n’en pas dévier ! Ce genre d’aberration cognitive va devenir monnaie courante et l’on verra de plus en plus l’opinion financière – agences, FMI, presse économique – osciller entre ces demandes contradictoires sans être capable d’en tirer la moindre synthèse.

     

    Car si la contradiction patente entre politiques d’austérité et relance de la croissance (qui en fait peut seule stabiliser les ratios Dette/PIB) est en effet intordable instantanément, elle pourrait cependant être résolue intertemporellement, mais à la condition bien sûr d’être capable de projection dans un horizon de moyen terme – c’est-à-dire de patience. La stimulation coordonnée relancerait les économies, moyennant d’abord une dégradation consentie des déficits et des dettes, mais temporaire seulement dès lors que les recettes fiscales reviendraient et stabiliseraient (par le dénominateur) le ratio Dette/PIB. Cette dynamique réenclenchée, il y aurait alors matière à réduire progressivement le dispositif de relance. C’est bien cette trajectoire que l’administration Obama avait l’intention d’emprunter… jusqu’à ce que les Républicains s’emploient à faire tout ce qu’il fallait de bruit pour faire prendre consistance à un « problème de la dette » s’imposant dès lors à l’agenda du débat public et à la préoccupation des marchés.

     

    Gageons que même sans les Républicains, la finance toute seule aurait fini par se saisir du « dossier » car voilà bien sa caractéristique principale : quoiqu’elle soit souvent complaisamment présentée comme l’art de la projection temporelle par excellence, la finance de marché est la plupart du temps incapable de moyen terme. Aussi imaginer pouvoir conduire un ajustement macroéconomique sous sa surveillance, sans tout lui accorder ou sans le secours de circonstances externes favorables, est-il un rêve de singe.

     

    L’entrée des Etats-Unis, et bientôt du Royaume-Uni, dans le club en expansion rapide des pays « à problème » a alors pour effet, en détruisant l’incarnation de « l’actif sans risque », de signifier symboliquement qu’il n’y aura bientôt plus nulle part de refuge offert au flight to quality, c’est-à-dire plus d’extériorité – nowhere to hide, comme disent les Américains –, et ceci même s’il faut sans doute attendre encore quelque temps pour que l’impasse de politique économique dans laquelle la dégradation vient de jeter les Etats-Unis commence à produire ses effets, c’est-à-dire à détériorer le ratio de dette publique et à « prouver » que, oui, il y avait bien, il y a bien, un problème !

     

    Le néolibéralisme, régime du surendettement généralisé

     

    Maintenant que sont bruyamment signifiées, à propos du cas a priori le plus favorable, l’impossibilité de le régler dans un horizon de moyen terme et l’injonction sans appel d’aller se jeter dans l’impasse de l’austérité, la certitude de la catastrophe finale commence à se profiler. C’est sous cette perspective qu’il est plus judicieux de reformuler le problème général de la dette – mais évidemment en de tout autres termes : la mondialisation néolibérale va périr par la dette parce que, à l’encontre de l’idée reçue qui le présente comme la raison économique même, le néolibéralisme est fondamentalement le régime économique du surendettement généralisé. Dette des ménages, dette des institutions financières, dettes des Etats : la dette globale a monstrueusement explosé en vingt ans de mondialisation dans la plupart des pays : de 220 à 500 points de PIB pour le Royaume-Uni entre 1990 et 2010, de 130 à 370 points de PIB pour l’Espagne, de 200 à 350 points de PIB pour la France, de 200 à 280 points de PIB pour les Etats-Unis [2]…

     

    La dette des ménages explose parce que seul le crédit leur permet de rester à flot pour leur consommation courante quand leur revenu est sous compression constante, du fait de la concurrence par les coûts du libre-échange et de la pression actionnariale à la rentabilité financière. La dette des institutions financière explose pour mobiliser l’effet levier et propulser les ROE (Return on Equity, rendement des capitaux propres). La dette des Etats explose sous l’effet du choc récessionniste occasionné par la crise financière, expression parfaite des désordres mêmes du néolibéralisme [3], mais surtout, en moyenne période, sous l’effet de la contre-révolution fiscale, un autre de ses produits typiques [4], qui réduit la contribution du capital et des plus fortunés. Vient forcément un moment où cette divergence proportionnelle n’est plus soutenable et où il n’y a plus d’autre solution que des annulations massives – nous en sommes là.

     

    Il y aura alors une période plus ou moins longue de décomposition chaotique avant que la finance, et les gouvernements, ne se rendent à cette solution. La dégradation des Etats-Unis en est l’un des éléments, qui signifie à terme la perte de l’ancrage-référence de tous les portefeuilles d’actifs. Incidemment, le simple fait que des titres de dette (quels qu’ils soient) aient pu être tenus pour « l’actif sans risque » en dit long sur la voracité de la finance et le déplacement de normes qui s’en est suivi. Car normalement, l’actif sans risque ne peut offrir autre chose qu’un rendement… nul. Fut un temps – antérieur à la déréglementation financière – où seul le cash pouvait être authentiquement considéré comme « actif sans risque » – et encore, compte non tenu des pertes de valeur réelle éventuellement impliquées par une détérioration inflationniste de la monnaie. Mais être protégé du risque sans rien gagner, c’était bien trop peu pour la finance et ses nouveaux appétits. Du rendement, mais à coup absolument sûr, voilà le désir qu’elle a formé et dont elle a investi certains titres particuliers. C’était méconnaître la possibilité toujours ouverte de conjonctures financières dans lesquelles la clé de voûte du système général de la liquidité peut être emportée à son tour, sans qu’un remplaçant indiscutable et capable de tenir le même rôle, à la même échelle, ait émergé pour prendre la suite. Tous les modèles de mesure du risque et de contrôle de la solvabilité bancaire supposent cette référence de l’actif sans risque, mais que se passe-t-il quand celui-ci fait défaut ? Vers quoi d’autre se tourner ?

     

    Quoiqu’il grimpe à des sommets, l’or n’est en aucun cas un actif de portefeuille au sens plein du terme : il n’est pas dématérialisé (ça n’est pas le tout d’acheter de l’or, il faut bien le stocker quelque part !), son marché n’est pas liquide car les transactions s’accommodent moins facilement des lingots que des écritures électroniques, et en fin de compte l’or n’est qu’une rémanence de fétichisme métallique, la ruée dont il est l’objet devant être surtout tenue pour un indicateur de l’extrême désarroi des investisseurs.

     

    Les autres titres souverains ayant conservé leur triple-A ? Mais aucun n’offre un marché d’une surface comparable à celui des Treasuries. Et surtout : caparaçonnée d’une impeccable logique, la finance est en train de raisonner que si les Etats-Unis, qui étaient la meilleure signature du monde, ont été dégradés, alors les autres, qui étaient moins bons, doivent nécessairement être révisés à leur tour… La grande revue de détail de tous les triple-A (enfin, ceux qui restent) s’annonce donc et il ne devra pas manquer un bouton de guêtre. Mais, à ce compte-là, le défilé promet d’être maigrelet. Le candidat le plus sérieux à la dégradation est évidemment la France. Depuis le lendemain (boursier) de la dégradation, la scie du commentaire financier s’acharne sur le spread des bons du Trésor contre leBund allemand, et chaque point de base supplémentaire écartant le premier du second est salué avec des frissons d’horreur et de jubilation mêlées – oui, la France n’est pas très populaire auprès de la finance anglo-saxonne. Or le drame dans cette affaire c’est que lorsqu’on est dans le collimateur de la « préoccupation » de la finance, on n’en sort plus : avoir été constitué par elle en « problème », c’est être voué par elle à avoir des problèmes…

     

    Fin de partie en Europe


     Dans le cas de la France, il faut bien reconnaître que cette construction n’est pas complètement dénuée de fondement. Car pour tous les remous survenus à la suite de la dégradation de la note étasunienne, il s’agirait de ne pas perdre de vue que, dans le paysage de la finance en implosion, la cause majeure demeure l’imbroglio européen. Dès l’origine, on pouvait identifier la malfaçon constitutive de l’EFSF (European Financial Stability Facility, le fonds de secours européen), qui consiste à fabriquer des surendettés futurs pour sauver les surendettés présents, quitte à croire aux propriétés magiques du bootstrapping à l’image du baron de Münchausen imaginant se sortir de la vase en tirant sur ses propres cheveux. Le vice congénital pouvait passer inaperçu tant qu’il s’agissait de secourir un petit nombre de « petits » pays et que la dilution de la contribution sur l’ensemble des participants à l’ESFS demeurait tolérable.

     

    Mais d’abord, le nombre des petits pays a crû, certains comme la Grèce réclamant même un deuxième service, de sorte que le cumul des sommes à mobiliser a commencé à grossir. Et voilà surtout que s’annoncent deux sérieux candidats au bureau des pleurs : l’Espagne et l’Italie. Il est à craindre que le coup soit fatal pour l’EFSF qui enregistrera le choc des deux côtés de son bilan.

     

    D’abord du côté de ses emplois, car le volume des opérations change d’un coup singulièrement de format. L’Espagne affiche un encours de dette souveraine de 638 milliards d’euros, et l’Italie de 1 840 milliards d’euros (données Eurostat, fin 2010), à comparer aux 328 milliards de la Grèce, 148 milliards de l’Irlande et 160 milliards du Portugal… et venant s’y ajouter ! Sachant que les plans « Grèce (1 et 2) », « Portugal » et « Irlande », représentent un engagement total de l’EFSF de 236 milliards d’euros [5], l’extrapolation à l’Espagne et à l’Italie du coefficient Concours EFSF / Dette publique calculé pour les trois précédents [6] aboutit à l’estimation (tout à fait grossière) d’un total d’engagement de l’EFSF de 1 150 milliards d’euros… The Economist, qui propose un autre calcul sur la base d’une hypothèse où l’EFSF aurait à couvrir les deux tiers des dettes maturant à l’échéance de 2015, arrive à une estimation d’environ 800 milliards d’euros [7] – toutes estimations à comparer à la capacité actuelle de l’EFSF de 250 milliards d’euros et à sa capacité rehaussée de 440 milliards d’euros (laquelle ne sera active que lorsqu’aura été satisfaite la condition de validation par tous les Etats-membres des décisions du sommet européen du 21 juillet 2011…).

     

    La situation de l’EFSF n’est pas moins grave du côté de ses ressources. Car, par un délicieux effet de vases communicants, les entrants dans la colonne « à sauver » sont ipso facto des sortants de la colonne « sauveteurs » (garants). Le poids des garanties est alors à répartir entre ceux qui restent, et la clause initialement prévue par l’accord-cadre instituant l’EFSF selon laquelle toute sortie d’un contributeur se solderait par une réduction à due concurrence de l’enveloppe globale du fonds ne tient pas une seule seconde : il n’est question que de son insuffisance et de l’augmenter comme on peut. L’Espagne et l’Italie supposées passées du mauvais côté du guichet, ce sont évidemment l’Allemagne et la France qui apparaîtront pour les garants-en-chef [8], mais alors au prix de quelques inquiétudes quant aux dangereux cumuls d’engagements variés (liabilities) auxquels elles sont en train de se soumettre. Alors oui, la France doit déjà lutter pour conserver son triple-A envers et contre la progression de sa propre dette publique interne, mais que sera-ce quand, les défauts européens se succédant, les garanties seront appelées ?...

     

    Or l’effet « collimateur-et-problème » n’est pas près de s’arrêter. Il l’est même d’autant moins que la gestion européenne de la crise depuis mars 2010 fait un parcours à peu près sans faute… de toutes les erreurs possibles à commettre. Juridisme (qui rend difficiles les décisions rapides – à l’image de la montée en puissance de l’EFSF qui devra attendre la rentrée), fractionnement décisionnel du fait du contexte institutionnel et intergouvernemental, et surtout divergences stratégiques profondes, d’où résultent conflits intestins, atermoiements et mauvais gré dans l’exécution. Ainsi l’ajustement des capacités de l’EFSF est-il l’objet d’une épuisante guerre de tranchées pour fléchir l’Allemagne. Mais le pire vient sans doute de la position de la BCE. On lui devait déjà l’invraisemblable psychodrame qui a précédé le sommet de juillet, lorsqu’il s’est agi de décider d’un second paquet grec et qu’elle s’est opposée autant qu’elle l’a pu à toute formule d’implication des créanciers. On lui doit maintenant ses hésitations à endiguer l’extension de la crise souveraine à des débiteurs, l’Espagne et l’Italie, dont on est au moins bien certain qu’ils feront sauter tout le dispositif européen si jamais ils viennent à tomber.

     

    La Banque centrale en effet est la seule à pouvoir se mettre en travers d’une dynamique spéculative naissante, comme celle qui est déjà en train de prendre à parti les taux italiens et espagnols (belges également). Or on ne saurait davantage traîner les pieds que la BCE dans cette affaire-là, en faisant savoir qu’elle n’entendait offrir qu’une solution aussi transitoire que possible avant que l’EFSF « augmenté » soit en charge des opérations de rachats sur les marchés secondaires. Confier des opérations d’intervention et de soutien de cours à un fonds est pourtant le plus sûr moyen d’échouer, car, par définition, un fonds a des ressources limitées, incapables de faire face aux masses de capitaux mobilisables par la communauté des investisseurs, et qu’il s’en trouve bon nombre parmi ceux-ci qui n’ont pas d’autre idée que d’aller « tester » la capacité de l’« intervenant » et de l’amener aux limites. Seule une banque centrale, en tant qu’elle est capable de mobiliser des moyens par définition illimités, est capable d’intimider la spéculation qui sait dès le départ qu’elle n’en verra pas le bout. Le retard à intervenir, le contrecœur manifeste avec lequel elle le fait, et pour finir l’annonce de son retrait programmé : tout concourt à miner le rempart indécis élevé par la BCE pour protéger l’Espagne et l’Italie, comme si personne ne semblait avoir conscience parmi les décideurs européens que nous sommes pour ainsi dire à la dernière station avant l’autoroute – soit en parcourant de l’aval à l’amont les enchaînements prévisibles du désastre : que l’Italie et l’Espagne sautent et tout saute ; que la spéculation contre leurs dettes souveraines ait pris tant soit peu d’ampleur et elle sera inarrêtable ; que les « autorités européennes » ne fassent pas tout pour tuer la spéculation naissante et elle passera le seuil critique…

     

    L’illusion du « miracle fédéraliste »

     

    Légèrement transpirants, les euro-réjouis, ceux-là mêmes qui ont répété pendant deux décennies que l’Europe n’avait rien de libéral, qu’elle était même le bouclier contre la mondialisation, que jamais main de l’homme n’avait produit construction institutionnelle si merveilleusement agencée, fondent leurs derniers espoirs d’éviter la ruine finale sur un miraculeux sursaut politique qui au tout dernier moment accoucherait enfin du « fédéralisme ». Mais cet espoir-là ne vaut pas mieux que tous ceux qui avaient précédé. Car le fédéralisme raisonnablement à portée de main politique sera encore très incomplet – le plus probablement consistera-t-il en la fusion des dettes publiques européennes, ou d’une part d’entre elles, en eurobonds communs et indifférenciés.

     

    Mais c’est faire l’hypothèse héroïque que les marchés oublieraient instantanément que sous la surface commune des eurobonds se tient toujours une pluralité d’émetteurs d’inégales signatures. Les investisseurs savent encore faire la différence du tout et de ses parties, à plus forte raison quand le tout ne peut offrir qu’un degré d’intégration limité et demeure hautement composite.

     

    Aussi des eurobonds n’empêcheraient-ils nullement que les analystes continuent de guetter les déficits de la Grèce, du Portugal, de l’Italie, etc. Dira-t-on que les parties seront soumises à de rigoureuses règles encadrant leurs politiques économiques ? Mais c’est redécouvrir exactement l’actuel problème de la zone euro, qui s’est déjà dotée de telles règles… avec le succès que l’on sait. Voudra-t-on imposer d’irréfragables « règles d’or » à tous les Etats-membres ? Mais c’est oublier que, dans des circonstances telles qu’une crise financière géante, la « règle d’or » n’est que la forme constitutionnalisée de l’austérité autodestructrice. Quant à l’idée que l’inscription dans les textes sacrés vaudrait certitude granitique d’application, il suffit d’en parler aux Argentins, qui ont envoyé paître leur currency-board en 2002, tout constitutionnel qu’il fût, pour ne pas même évoquer les multiples offenses dont les traités européens sont déjà silencieusement l’objet.

     

    Mais surtout : pour que le « saut fédéral » soit à la hauteur du problème, il faudrait bien davantage, et notamment une intégration si poussée qu’elle ne laisserait aux nations membres qu’une importance financière résiduelle, le poids relatif de l’Etat fédéral et des Etats fédérés basculant jusqu’à atteindre des proportions équivalentes à celle des Etats-Unis, ou de l’Espagne dans ses rapport avec ses régions – et encore : une possible déconfiture des munibonds, ces titres émis par les Etats et les collectivités locales des Etats-Unis, ne manquerait pas d’attirer l’attention sur l’alourdissement supplémentaire de la dette fédérale, de même que les déficits des régions sont en train de devenir un motif de préoccupation pour les investisseurs exposés aux titres souverains espagnols. Mais qui peut imaginer le surgissement d’un Etat fédéral européen pesant budgétairement autant que les Etats-membres réunis (comme aux Etats-Unis) avec tout ce qu’il appelle de progrès politiques : de vraies institutions politiques fédérales, la constitution d’une citoyenneté politique européenne unique, primant sur les citoyennetés « locales », etc., seules avancées capables de soutenir une politique financière commune ? Ou, plus exactement, qui peut imaginer que ce qu’il faut bien nommer par son nom : un authentique processus constituant, puisse survenir avant que nous ne finissions au milieu des ruines fumantes ?

     

    Par où la sortie ? Création monétaire et révolution institutionnelle !


     Il faut s’y faire : les ruines fumantes, l’insuffisance générale des dynamiques politiques européennes, nous y conduit tout droit. Si l’Espagne et l’Italie basculent, adieu Berthe ! L’EFSF saute comme un bouchon de champagne, la spéculation se déchaîne contre toutes les dettes souveraines, plus aucun dispositif ne peut l’enrayer, une série de défauts importants devient quasi-certaine, les systèmes bancaires européens, puis étasunien, s’écroulent dans un fracas qui fera passer la chute de Lehman pour une animation d’ambiance. Rendu à cette extrémité, il n’y a plus qu’une voie de recours : on ne sortira de pareil effondrement que par une opération de création monétaire inouïe et tout ça se finira dans un océan de liquidités.

     

    Incapables de faire face à leurs engagements de paiement interne, les Etats qui sont en déficit primaire se tourneront vers la banque centrale pour financer leur solde. Mais, sans même s’attarder à la lettre des traités, la BCE est-elle capable de répondre favorablement à une demande de ce genre ? Poser la question c’est y répondre. Tout l’habitus du banquier central européen s’y oppose. Dans ces conditions, les pays concernés reprendront barre sur leur banque centrale nationale, de fait extraite du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), pour lui faire émettre des euros en quantité ad hoc. A ce moment précis, constatant l’apparition dans la zone euro d’une source de création monétaire anarchique, affranchie des règles du SEBC, donc susceptible de mélanger ses euros impurs aux euros purs (et par là de les corrompre), l’Allemagne considérera que le point de l’intolérable a été atteint et, faute d’avoir les moyens d’exclure le(s) contrevenant(s) [9], jugera que sa propre conservation monétaire lui fait devoir de quitter les lieux. Fin du voyage pour l’euro, en tout cas dans sa forme originelle.

     

    Mais la création monétaire massive sera également nécessaire pour ramasser les banques effondrées, puisque cette fois-ci, par construction, il ne faudra pas compter sur les bonnes grâces des finances publiques… Recapitalisation et garantie des diverses catégories de dépôts (sous un certain plafond, par là doté de bonnes propriétés de justice sociale : il y a des très riches qui vont beaucoup perdre…) se feront par émission monétaire.

     

    La garantie des dépôts n’entraîne d’ailleurs pas nécessairement une création monétaire nette : s’agissant des dépôts à vue, elle viendrait simplement compenser la destruction monétaire qui suivrait de l’effondrement des banques et de la perte des encaisses en comptes courants. S’agissant des produits d’épargne, la garantie, si elle est crédible, n’a pas à être tirée : la banque n’était qu’un intermédiaire, si les comportements des déposants restent stables (comprendre : ne versent pas dans le run bancaire), il suffit d’attendre normalement l’arrivée à maturité des créances sur les débiteurs finaux (les agents à qui les fonds épargnés avaient été passés) pour que se débouclent toutes ces opérations sans qu’il soit besoin d’intervenir [10]. Quant aux recapitalisations bancaires, elles peuvent se faire par le truchement même des concours que la Banque centrale devrait de toute manière accorder aux banques privées pour les maintenir dans la liquidité : au lieu que ces concours prennent la forme usuelle de crédits, il consisteraient en avances non remboursables dont la contrepartie serait des titres de propriété, inscrits comme participation au bilan de la Banque centrale et comme fonds propres à celui des banques privées. Sous ces deux précisions, il en restera sans doute encore pour hurler au désastre de la création monétaire. On leur demande simplement d’essayer de se figurer la situation dans laquelle toutes les banques sont écroulées et les finances publiques définitivement incapables d’y remédier – puis de déclarer ce qu’ils auraient d’autre à proposer.

     

    Par une ironie dont l’histoire a le secret, le néolibéralisme pourrait donc bien mourir par sa dénégation préférée : la dette – dont il n’a cessé de crier les dangers… quand tous ses mécanismes conduisaient à son emballement généralisé. La création monétaire massive n’est pas une perspective réjouissante en soi. Mais lorsqu’il ne reste plus qu’elle pour extraire un corps social du dernier degré de la ruine – et il ne faut pas douter que l’effondrement bancaire total nous ramènerait en quelques jours à l’âge de pierre –, lorsque, donc, il ne reste qu’elle, il ne faut ni en diminuer les possibilités ni en exagérer les périls.

     

    Mais l’essentiel est ailleurs : il est dans le fait que jamais un groupe d’intérêt aussi puissant que celui qui s’est constitué autour de la financelato sensu ne renoncera de lui-même au moindre de ses privilèges, et que seuls peuvent le mettre à bas la force d’un mouvement insurrectionnel – puisqu’il est bien clair par ailleurs qu’aucun des partis de gouvernement nulle part n’a le réel désir de l’attaquer –, ou bien la puissance dévastatrice d’une catastrophe que son système aura lui-même engendré. A l’évidence, c’est cette dernière hypothèse qui tient la corde, et puisqu’elle déploie maintenant ses effets avec la force de fatalité du tsunami évoqué en ouverture, il ne reste plus qu’à attendre qu’elle accomplisse pleinement ses virtualités… pour en tirer le meilleur parti : reconstruire les institutions de la création monétaire souveraine [11], avec tout ce qu’elle suppose et de possibilités rouvertes et aussi de rigoureux encadrements [12] ; réinventer des structures bancaires qui à la fois échappent aux prises d’otage de la banque privée et dépassent la forme « nationalisation » vers un système socialisé du crédit [13] ; réduire au minimum minimorum la structure des marchés de capitaux pour lui ôter tout pouvoir de nuisance et d’usurpation [14]. Soit, sur les ruines, enfin tout rebâtir.

     

    Notes

    [1] IMF Country Report n° 11/220 (PDF), juillet 2011.

    [2] McKinsey Global Institute, « Debt and deleveraging. The global credit bubble and its economic consequences – updated research » (PDF), 2011.

    [3] Voir Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, épilogue, Raisons d’agir, 2008.

    [4] Voir sur ce blog « La dette publique, ou la reconquista des possédants », 26 mai 2010.

    [5] 45 milliards pour l’Irlande, 52 milliards pour le Portugal, 80 milliards pour Grèce-1, 59 milliards pour Grèce-2 (qu’on estime grossièrement à partir du total du paquet Grèce-2 de 109 milliards dont on retranche les 28 milliards de recettes de privatisation, soit 81 milliards d’euros, auxquels on applique un « coefficient de participation » des institutions européennes égal à celui de Grèce-1 – ce dernier était de 80/110, les 30 résiduels étant pris en charge par le FMI).

    [6] Ce coefficient moyenné sur la Grèce, le Portugal et l’Irlande est de (45 + 52 + 80 + 59)/636, soit 0,37.

    [7] « Bazooka or peashooter », The Economist, 30 juillet 2011.

    [8] Dans la configuration originelle de l’EFSF (mai 2010), elles portaient déjà respectivement 27% et 20% du total des garanties.

    [9] Puisque, curieusement, le traité de l’UE ne contient aucune disposition permettant l’exclusion d’un Etat membre.

    [10] Evidemment, il y aura création monétaire nette à concurrence de la part des épargnes ayant pour contrepartie le débiteur souverain puisque celui-ci aura fait défait sur sa dette.

    [11] Et cela quelle que soit la circonscription territoriale de cette souveraineté. A propos de ce débat, voir sur ce blog « Qui a peur de la démondialisation ? », 13 juin 2011, et dans Le Monde diplomatique d’août, actuellement en kiosques, « La démondialisation et ses ennemis ».

    [12] Voir sur ce blog « Au-delà de la Grèce : déficits, dettes et monnaie », 17 février 2010.

    [13] Voir sur ce blog « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009 (également in La Crise de trop, Fayard, Paris, 2009).

    [14] Voir sur ce blog « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières », 23 avril 2008 (également in Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir, Paris, 2008) ; et aussi « Si le G20 voulait... », 18 septembre 2009.

    http://www.pcfbassin.fr


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  • Nous à la diète, pour éponger leurs dettes?

     

    Sarkozy et Fillon annoncent un nouveau train de mesures d’austérité et les leaders socialistes s’empressent de le soutenir ! Martine Aubry promet comme Sarkozy de ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3 % du PIB. Et François Hollande précise qu’il faut « dire la vérité aux Français […] un effort devra être consenti » !

    Ils nous chantent que l’heure serait grave. Qu’il faudrait rétablir la confiance des investisseurs, ébranlée par la mauvaise note attribuée cet été à la dette américaine. En fait, promettre encore aux grands groupes financiers et industriels qui puisent directement dans les caisses des Etats mais en creusent encore les déficits en prêtant aux mêmes Etats contre des intérêts toujours plus élevés.

    L’emballement des dettes publiques, que les banquiers font mine de découvrir alors qu’il a commencé il y a plus de 20 ans, n’est nullement dû à l’augmentation des dépenses sociales ou des budgets des services publics. Il est dû aux cadeaux faits par les Etats aux banques, aux grandes entreprises et aux couches les plus riches de la population. Ces cadeaux se sont soldés en France à plusieurs dizaines de milliards de recettes en moins pour l’Etat avec notamment la suppression de la taxe professionnelle (7,8 milliards d’euros), la baisse de la TVA sur la restauration (3 milliards), la suppression d’impôts sur les plus-values réalisées par les grandes entreprises lors de la vente de filiales (6 milliards), la baisse de l’impôt sur la fortune (2 milliards). Ce qui s’est ajouté aux multiples réductions d’impôts et dégrèvements de charges pour les patrons instaurés depuis des années sous prétexte de « relance » ou « d’aide à l’emploi »… qui n’ont créé aucun emploi. Au contraire le chômage augmente. Et n’oublions pas les centaines de milliards de prêts ou garanties accordés aux banques à l’automne 2008 pour les sauver de la crise dans laquelle elles s’étaient elles-mêmes plongées par une orgie d’opérations spéculatives sur les prêts immobiliers, et par la multiplication de créances douteuses dont elles avaient inondé le marché.

    Pour tenter de faire passer la pilule, 16 grands patrons français ou possesseurs de grosses fortunes, du Pdg de Total à Liliane Bettencourt, patronne de L’Oréal, ont demandé à être eux aussi mis à contribution. « Dans des proportions raisonnables » précisent-ils. Entendus 5 sur 5 puisqu’une petite taxe sur les riches (pour les revenus annuels dépassant 500 000 €) figure en tête des mesures annoncées par Fillon… mais en queue pour ce qu’elle va rapporter : 200 petits millions sur 12 milliards de recettes supplémentaires envisagées. Précisons qu’à elle seule la nouvelle taxe annoncée sur les tabacs devrait rapporter 600 millions, celle sur les « complémentaires santé » plus d’un milliard… tandis que la « grosse fortune » Bettencourt pèse 17 milliards d’euros et n’est pas la seule !

    Fillon et Sarkozy conçoivent de toute évidence leurs mesures comme un premier acompte. C’est pas fini ! Le patronat va également prétexter de la crise pour chercher à écraser les salaires, embaucher moins voire licencier ou imposer de multiples formes de travail précaire. Depuis des années, les crises successives du capitalisme sont chacune l’occasion de nouvelles ponctions dans les finances publiques et de nouvelles attaques contre le monde du travail pour assurer aux banquiers et industriels la sauvegarde de leurs profits. Ces mêmes banquiers, renfloués en 2008 par les subventions d’Etat, qui aujourd’hui demandent encore et à nouveau aux Etats de faire payer les classes populaires.

    Mais ceux qui sèment la misère récoltent aussi la colère. En Grèce, en Espagne, dans le monde arabe comme tout récemment en Grande-Bretagne, travailleurs et jeunes réagissent. Manifestations, protestations, sit-in d’« indignés » voire révolutions et émeutes font aussi l’actualité. Toutes ensemble, les classes populaires et leur jeunesse vont devoir passer des réactions isolées aux actions concertées pour imposer leur propre programme de survie.

     

    Lundi 29 août 2011

    Source  http://www.convergencesrevolutionnaires.org/

    http://www.cyril-lazaro.com/article-les-plans-d-austerite-vont-se-succeder-les-refuser-c-est-se-battre-pour-notre-survie-82891401-comments.html#anchorComment


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