5/ Vient le moment où les dettes s’accumulant, les « marchés » augmentent les taux d’intérêt

Je n’ai pas encore utiliser le mot « Grèce ». C’est normal, le mécanisme général qui nous mène au bord du défaut de paiement n’est pas un problème grec. Cette série d’article tente de mettre en évidence que c’est en réalité un problème politique mondial causé par les options dominantes depuis au moins 30 ans. Pourquoi alors la Grèce est-elle particulièrement exposée? Parmi les raisons, il y a le fait sa dette juste avant 2008 était déjà élevée en pourcentage (proche de 100% ), comme celle de l’Italie. Le fait que la Grèce soit le paradis fiscal des armateurs n’y est pas pour rien. Mais en plus, elle reposait sur un plus petit PIB (environ 200Md€ pour la Grèce contre 1500Md€ pour l’Italie).

Or, il existe en Capitalye un principe bien connu : la valeur cardinale est le rentier. Il faut donc protéger sa monnaie (c’est l’euro fort), et couvrir ses risques. Donc, plus tu es en difficulté, plus le prêteur te fait payer. C’est d’ailleurs tout à fait le principe des assurances privées : « plus tu es en difficulté, moins on t’aide ». C’est aussi le principe des « agences de notation ». Là aussi, c’est un choix éminemment politique que de polariser toute la société par l’intérêt des rentiers, c’est à dire des capitalistes.

Ainsi, considérant que la dette de certains pays avait des chances de ne pas être remboursée, les capitalistes ont augmenté les taux d’intérêts qui se sont mis à exploser en Grèce, en Irlande, au Portugal, et plus récemment en Italie et en Espagne.

Et cette explosion est à l’origine du défaut de paiement.

Du coup, lors de le réunion du 21 juillet 2011, les chefs de gouvernement ont dû accepter qu’une partie de la dette des Etats soit rachetée indirectement par la Banque Centrale Européenne et par le Fonds Européen de Stabilité Financière alimenté par des emprunts d’Etats sur les marchés. Ils ont même dû accepter d’annuler une toute petite partie de la dette grecque. Les banques chiffrent cette perte pour eux à 5Md€ (une goutte d’eau). Mais l’intervention de la BCE et du FESF se fait en contrepartie de politiques encore plus dures pour la population, et qui sont exposées dans le Pacte pour l’Euro Plus, texte à vocation constitutionnelle, tout comme la Règle d’Or qui en est en réalité issue. La dette se paient maintenant 3 fois : une fois financièrement, une fois économiquement (donc chômage), et une fois politiquement (nous y reviendrons).

Comme au début de l’histoire, les spéculateurs et les banquiers s’enrichissent à nouveau sur le dos de la population, mais cette fois par l’intermédiaire des Etats et des institution européennes.

Et là encore, c’est un choix politique que de se plier aux lois des rentiers. Il existe d’autres possibilités, au rang desquelles l’annulation d’une partie importante des dettes, en tout cas de leur partie les plus illégitimes, liés aux taux usuriers (et ce n’est pas rien). Et non seulement c’est un choix politique, mais encore c’est un choix qui a déjà été fait partout dans le monde. Rappelez-vous le mot d’ordre dans les années 80 : « annulation de la dette du tiers monde ». Et oui, le colonialisme par la dette.

L’explosion boursière actuelle, quant à elle, est probablement due à des perspectives de récession qui sont de plus en plus évidentes compte tenu de la mobilisation colossale de crédit par les opérations spéculatives, et compte tenu de l’état de la population à qui on ne peut plus demander de jouer le rôle de « débouché » dans la société de consommation de masse.

Évidemment, faire avaler ça à la population sans qu’elle se révolte, c’est dur. Entre autres moyen, vous avez la très à la mode chanson de la compétitivité qui sert à tout justifier, y compris de travailler sans salaire. Et vous remarquerez une chose très importante : à chaque nouvelle progression du système, on trouve une décision politique. Mais il est temps de faire un point sur le raisonnement : si le système économique implique la course à la compétitivité, et que cette compétitivité nécessite effectivement de sacrifier les conditions de vie de la population, c’est que le système économique implique de sacrifier les conditions de vie de la population. Conclusion : choisissez votre camp !

Sylvain JEAN