• Des partis comme des lasagnes…

    L'édito du Droit de l'Employé d'avril 2013 : Des partis comme des lasagnes...

    Des partis comme des lasagnes…


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    Pendant que chez nous débutent, en vue des élections générales de 2014, les petits jeux entre meilleurs ennemis et la préparation des futures grandes alliances d’occupation du pouvoir, l’actualité française vient nous montrer qu’on peut très bien être, 15 ans durant, un dirigeant puis un ministre socialiste, tout en accumulant des millions d’euros dans des activités plus ou moins honorables. Bien sûr, c’est le fait de planquer cette fortune dans des paradis fiscaux, puis de mentir effrontément, qui a sensiblement aggravé le dossier de J. Cahuzac. Mais est-il encore permis de poser cette question impolie : même sans ce dossier de fraude, quelqu’un qui a consacré sa vie à accumuler des profits, et qui gère une fortune personnelle de cet ordre, est-il un représentant légitime (et crédible) des intérêts des travailleurs et des travailleuses, avec ou sans emploi ?
     
    Comment quelqu’un qui croule sous l’argent peut-il défendre (ou simplement comprendre) la vie quotidienne et les intérêts de celles et ceux qui ont chaque mois besoin d’un salaire, d’une pension ou d’une allocation ? De celles et ceux pour qui le problème n’est pas de planquer l’argent pour qu’il s’accumule plus vite, mais d’en gagner assez pour vivre dignement ?
    Imaginerait-on l’inverse ? Peut-on imaginer que de grandes banques ou multinationales décident de confier la défense de leurs intérêts aux travailleurs licenciés de chez Caterpillar, ou aux jeunes sans emploi ? Pourquoi ce qui paraît absurde lorsqu’il s’agit des intérêts du capital a pu vous sembler acceptable pour les intérêts des travailleurs et de leur famille ?
     

    Lasagnes  

    L’explication de ce mystère, c’est un autre fait de l’actualité récente qui nous l’apporte. Qu’un parti s’affiche « de gauche » n’a pas plus de signification réelle qu’une lasagne prétendue « pur bœuf ». De la même façon qu’on peut mettre du cheval (donc aussi n’importe quoi d’autre) dans une lasagne « pur bœuf », et pour les mêmes raisons, on mettra, si c’est plus facile, si c’est plus rentable, du libéralisme, de l’austérité et de la compétitivité dans des partis étiquetés « pur socialisme », « pur démocrate » ou « pur écologiste ». Faut-il demander, comme certains le font pour la viande, la traçabilité de nos hommes politiques, de leurs idées et de leurs engagements concrets ?
    La CNE, qui garde l’ambition de défendre clairement (et démocratiquement) les intérêts de ses affilié-es et des travailleurs de Wallonie et de Bruxelles, va mettre en débat avec ses militant-es une autre proposition : écrire nous-mêmes la recette de nos lasagnes, et décider des ingrédients.
    Non pas devenir un parti, ni en créer un, ni en soutenir un (on resterait alors au niveau de l’étiquette) : mais partir des intérêts collectifs de nos membres, des travailleurs, des chômeurs, des pensionnés, des étudiants ; choisir nous-mêmes quelles sont les questions importantes, et quelles réponses correspondent à nos intérêts.
     

    Deux exemples  

    Prenons un exemple simple : il y a un an, N. Sarkozy et A. Merkel ont concocté un traité monstrueux, le « Pacte Budgétaire », dont A. Merkel elle-même a fièrement proclamé « qu’il imposerait l’austérité pour toujours ». Chez nous, Paul Magnette, devenu depuis président du PS, avait très justement protesté qu’un tel traité « nous plongerait dans l’austérité et la récession pour 15 ans ». Pourvu qu’il s’en souvienne : ce traité « Merkozy » arrive dans les semaines qui viennent devant nos parlements (fédéral et régionaux). Que les députés libéraux le soutiennent serait logique : ils défendraient ainsi les intérêts de leur clientèle réelle, du profit et de la fortune. Mais chaque parlementaire se prétendant de gauche qui votera ce traité de capitulation nous signifiera une fois pour toutes « mon étiquette ne veut rien dire du tout, je suis juste là pour vous vendre ma viande avariée ». Et nous saurons nous en souvenir.
     
    Second exemple : il faut harmoniser les statuts des ouvriers et des employés. Il est évident que la seule façon qui soit conforme à leurs intérêts (ceux des ouvriers et des employés, présents et à venir), passe par le relèvement des préavis des ouvriers vers celui des employés. Les bobards patronaux qui présentent cette harmonisation vers le haut comme impossible ou trop coûteuse n’ont qu’un but : pouvoir nous virer plus vite et pas cher. C’est le gouvernement qui va trancher entre nos intérêts d’employés, de cadres, d’ouvriers, et les intérêts des actionnaires. Un gouvernement avec beaucoup de partis libéraux, et quelques partis qui affirment défendre les travailleurs. Vu la confiance que nous accordons aux étiquettes, nous avons décidé d’une première journée de grève et d’actions ce jeudi 25 avril. Nous mènerons ces actions dans tous nos secteurs avec nos collègues du SETCa. Toutes les discriminations entre ouvriers et employés doivent disparaître au profit d’un meilleur statut commun, avec un préavis suffisamment cher pour dissuader les entreprises de licencier à tour de bras.
     
    Pour la sécurité d’emploi et pour un meilleur statut commun, la CNE sera en action ce 25 avril. Soutenez vos délégué-es ! Il ne s’agit de rien de moins que de défendre nos droits, les droits futurs de nos enfants. C’est notre vision de la démocratie : nous mêler de ce qui nous regarde, plutôt que faire une confiance aveugle à des lasagnes surgelées.
     
    Secrétaire général
    Felipe Van Keirsbilck

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