• Déjà, on parle de rigueur rose

    Déjà, on parle de rigueur rose 
    Déjà les fédéralistes s’avancent 
    Déjà on discute de nouveaux abandons de souveraineté nationale


    Michel Stanislas Naudy

    Valmy 133

    Serait-on parvenu à la fin d’une époque ? Tout le montre. L’écrasante victoire des socialistes en est le signe le plus manifeste. Désormais, qu’on se le dise, l’exception française risque d’être rangée au magasin des accessoires : le bipartisme est en route et la pluralité politique en déroute. La normalisation est là et avec elle le culte de l’infime, la spectacularisation du politique et la mise au rencard des réprouvés du système.

     

    Les législatives ? Vous avez-vu des élections législatives vous ? Un débat national portant sur des programmes, un affrontement d’idées, des lignes claires de partage ?


    Que nenni. Par la grâce des socialistes et de la modification du calendrier électoral, la désignation de ce qu’on appelait naguère la représentation nationale est devenue une sorte de troisième tour de l’élection présidentielle, un simple scrutin de confirmation qui transforme le pouvoir législatif en pur appendice de l’exécutif. La constitution de la Vème République est allée au bout de sa logique : un homme seul tient désormais en main les reines d’une nation convoquée tous les cinq ans pour choisir un maître dont on changera au gré des circonstances et des apparences dans un cadre politique que l’on veut inamovible.

     

    Bien sûr le peuple renâcle comme il peut mais le seul moyen qui lui est désormais offert est de s’abstraire du jeu. Jamais depuis 1958 le taux d’abstention n’avait atteint pareils sommets : près de 43% au premier tour, plus de 44% au second. Une condamnation silencieuse, un désaveu muet qui s’accroit régulièrement depuis 1988 et dont personne ne semble vraiment se préoccuper tant ces catégories sont jugées hors-système : 53% des employés, 49% des ouvriers et pas moins de 66% des jeunes de 18 à 24 ans détournent les yeux quand moins l’on a de revenu et plus on reste chez soi. Entre les deux tours des législatives, Mme Duflot parlait, elle, de la dépénalisation du cannabis tandis que la compagne du président faisait irruption dans l’arène politique pour une querelle de préséance dans le cœur présidentiel... Les ragots familiers des principautés d’opérette ne sont plus très loin quand Le Monde ne consacra pas moins de trois pages et d’un éditorial à la mauvaise humeur de la nouvelle dame et à la rage contenue de l’ancienne. On avait connu plus d’élévation au journal de référence. La chronique politique va-t-elle devenir désormais le monopole des échotiers de la Cour ?

     

    Il y aurait pourtant beaucoup à réfléchir sur d’autres phénomènes. Un des succès majeurs de Mme Le Pen par exemple qui fut moins de faire entrer deux ou trois des siens à l’Assemblée que de commencer à s’implanter durablement dans le paysage au gré même de ses évolutions sociologiques. On observe, en effet, que non seulement elle a peu perdu de suffrages entre les deux élections mais qu’elle réalise ses meilleurs résultats dans les grandes zones péri-urbaines là où résident de plus en plus les sacrifiés du système, là où les services publics disparaissent où les liens se distendent, où l’autre fait peur. Là où on souffre, précisément. Et le pillage de son fonds de commerce par Sarkozy et les siens n’y a rien changé. Au contraire, peut-être. On aurait tort de se satisfaire du renvoi à leurs chères études des plus droitiers des sarkozystes tant l’imprégnation idéologique de la droite par son extrême progresse chaque fois. La mise sur le même pied du Front National et du Front de gauche par M. Copé n’a pas d’autre sens et son « ni, ni » n’est qu’une forme transitoire d’acclimatation des idées les plus extrêmes de la droite.

     

    Quant au Front de Gauche, l’illusion n’aura duré que le temps d’un premier tour des présidentielles d’ailleurs fort décevant pour ses partisans. Un accord de pure tactique entre le PCF et le PG (tu me donnes tes militants, je te donne ton candidat) n’a pas résisté bien longtemps faute d’avoir mis en chantier les formes nouvelles de la réappropriation de la politique par les couches populaires quand trois fois plus d’ouvriers ont préféré Mme Le Pen à M. Mélenchon.

     

    On voit ici les limites des prestations explosives devant les caméras, des coups de gueule et des coups de menton. Le théâtre n’est pas le terrain, les spectateurs ne sont pas des propagandistes et la recherche effrénée de la notoriété dans le Pas-de-Calais ne fut rien d’autre qu’un « coup » destiné à se perpétuer sur les antennes sinon dans les urnes. A l’arrivée les communistes perdent près de la moitié de leur groupe parlementaire et devront chercher quelques arrangements pour tenter d’en former un. Gennevilliers, Saint-Denis, Ivry : trois bastions, trois échecs. Les dernières places fortes s’écroulent, les socialistes débarquent.

     

    Et le « succès » tant évoqué tient en une simple addition : 7,70% des suffrages pour l’extrême-gauche et le PCF aux législatives de 2007, 7,92% cette année. 0,2 %...La modestie serait la bienvenue.

     

    C’est que désormais le Parti Socialiste décide tout. Combien de Verts, de radicaux de gauche, de chevènementistes siégeraient-ils au Palais Bourbon sans eux et les accords d’arrière-boutique ? Les « alliés » sont placés sous tente à oxygène et ne respirent qu’autant qu’ils peuvent être utiles.

     

    Mais désormais finies les amusettes. Tous les pouvoirs en main, les dominants du jour n’auront plus la moindre excuse. Les marchés financiers sont là qui les attendent et avec eux on ne plaisante pas. Déjà, on parle de rigueur rose, déjà les fédéralistes s’avancent, déjà on discute de nouveaux abandons de souveraineté nationale. Déjà.

     

    Michel Stanislas Naudy

    Le Kanal N° 29 Juin 2012

    URL article : http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2593


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