• Davos: l’union incestueuse de la carpe et du lapin est stérile

    Davos: l’union incestueuse de la carpe et du lapin est stérile

    Par Danielle Bleitrach

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    Davos est le lieu où l’on cause et on refait entre grands l’avenir de la planète, ce qui apparaît de plus en plus c’est que ces gens usurpent leurs privilèges. Ils ont toujours été des exploiteurs, désormais ils apparaissent comme incapables de faire face à leurs actes. Chateaubriand disait qu’il y a trois temps, celui où une classe conquiert ses privilèges au fil de l’épée ou par ses capacités, celui où elle exerce ses privilèges, les légitime en apparaissant comme l’élite compétente et il y a en fait le temps où elle perd ses privilèges en témoignant de son incapacité et de sa nocivité. Nous sommes au dernier stade de l’évolution de cette classe capitaliste et de son petit personnel.


     

    Déjà l’an dernier, notre caricature nationale,  Sarkozy avait piqué dans ce lieu, une crise contre les financiers. Il les avait menacés de ses foudres avec le succès que l’on sait. Cette année, il s’est fait porter pâle, on a raclé les fonds de tiroirs et Copé s’y est collé.  Les trois vedettes ont été le FMI qui a joué la sinistrose: en gros tout va mal et ce sera sûrement pire en 2012, en particulier pour la zone euro mais selon Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, la zone euro va entraîner dans sa chute le reste de l’humanité qui a toute chance de connaître une récession mondiale. Le grand astrologue en chef du FMI bien sûr n’y est pour rien, comme les autres. Les solutions mises en œuvre en Grèce n’ont joué aucun rôle. Débrouillez- vous c’est la catastrophe, l’expert vous l’affirme.

     

    Enfin Zorro-Soros vint…

     

    Face à cette situation au demeurant navrante, deux interventions ont marqué les esprits, d’abord celle du spéculateur (il s’affirme à la retraite) américain d’origine hongroise Soros. Il était venu assurer la promotion de son livre (« financial Turmoil in Europe and the united States ») et il en a rajouté une couche dans les prévisions pessimistes. Honnêtement ce genre d’individu mériterait quelques années de prison, mais à Davos il donne des conseils et fait salle comble.  Tous ceux qui vénèrent la capacité de faire de l’argent à n’importe quel prix et qui se disent sur le fond que dans la crise il doit y avoir le moyen de quoi gratter de quoi encore accumuler ne sont pas tous là mais ceux qui sont là sont comme ça. A commencer par notre président : « Je ne ferai plus de politique a-t-il confié aux journalistes, il y a de l’argent à gagner ».  Bien sûr Soros s’est présenté comme le Zorro de l’économie européenne: si l’Europe a-t-il expliqué poursuivait la spirale de l’austérité déflationniste imposée par l’Allemagne, elle était alors vouée politiquement à une solution politique autoritaire à la hongroise face aux tensions sociales et au désespoir qu’une telle politique engendre. Si on adopte sa solution une fusion du FESF (devenu MES) et un futur mécanisme de change européen, lesquels se financeraient auprès de la BCE prêtant par exemple contre des bons d’Etat  à l’Espagne, à l’Italie voir à la France à 1% Bref pour faire simple, un Trésor à l’échelle européenne.

    Soros, sur le ton de l’oracle, de l’expert en déconfiture d’Etat, dit ce que tout le monde à commencer par l’agence de notation S&P a énoncé, à savoir que l’austérité va aggraver les problèmes de l’endettement. Austérité égale dette accrue par impossibilité de remboursement, ce qu’un enfant de huit ans finirait par comprendre à condition qu’il entende la spécificité des dettes souveraines qui anticipent nécessairement sur la croissance et donc pas sur l’austérité mais sur ce qui est productif et pas spéculatif. Il a également souligné une autre évidence à savoir  qu’il y a un problème de gouvernance de la zone euro qui risque de conduire à l’éclatement de la zone et même de l’Europe. Il a dénoncé la manière dont de sommet en sommet sous la pression du « couple » franco-allemand on en a toujours fait trop peu et trop tard, avançant à reculons. Il faut donc selon lui, qui dit vouloir empêcher l’éclatement de la zone euro et la déflagration mondiale qui s’en suivrait, construire à la hâte un système qui tenterait de pallier les disparités de ladite zone et irait vers plus d’intégration.

    Rien de bien nouveau, si ce n’est que Soros vient se joindre aux voix qui dénoncent la déflation engendrée par l’austérité imposée comme seul remède, mais ce chœur se heurte à un os de taille, le refus de l’Allemagne. Et sans l’Allemagne le montage proposé par Soros s’effondre faute de garantie, vu que la France n’est même plus cette garantie.

     

    L’Europe sur le modèle fédéral allemand, le saint empire romain germanique ?

     

    Et là, sans donner dans la Germanophobie, on commence à trouver que le coup du « couple franco-allemand » ça commence à faire bien,  depuis les tenants de l’Europe chrétienne et de la CECA (communauté charbon acier) sous houlette Etatsunienne, Adenauer, Robert Schumann et jean Monnet, toujours l’alliance entre les hommes devenus des « idées » (le citoyen des droits de l’homme et des libertés) et les hommes devenus des « marchandises » chère au capitalisme, d’un côté la pierre philosophale de la chrétienté tandis qu’on battait monnaie unique. Toujours suivant cette logique des technocrates se référant avec des sanglots dans la voix aux « pères de l’Europe » installaient l’usine à gaz par strates successives.  Nous vécûmes l’émotion des mains serrées de  Mitterrand le socialiste et de Kohle le tenant d’un libéralisme fort pur et dur, le productivisme de l’un et l’accélération de la financiarisation de l’autre. Comme on s’est moqué du PCF qui demandait de produire français, on l’accusait de chauvinisme, voire de pire. Aujourd’hui je vois les mêmes avoir les yeux de Chimène pour Rodrigue-Hollande qui réclame une industrialisation, alors qu’ils ont condamnés le PCF quand celui-ci a quitté le gouvernement de Mitterrand parce qu’il n’acceptait pas le bradage restructuration de l’industrie française.

     

    Bref, aujourd’hui la zone euro est le produit de ce ménage diabolique jusqu’à Merkel Sarkozy, l’union incestueuse de la carpe et du lapin. Mais l’incapacité à sortir des ornières fut-ce du pire est telle que de Mélenchon à Hollande sans parler des autres il faut continuer sur cette lancée et tous se rêvent étreignant la main de leur alter ego d’outre-Rhin en paraissant oublier que l’Allemagne au lendemain de la deuxième guerre mondiale a été construite par les alliés puis par des gouvernements successifs d’une manière telle qu’elle ne peut pas plus changer que l’Europe elle-même. Pour le meilleur et pour le pire elle est l’Allemagne fédérale et tout ce qu’elle propose c’est d’étendre à l’Europe la construction allemande, les régions devenant une des dimensions du détricotage national… Mais revenons à Davos…

     

    Donc après l’astrologue du FMI, le docteur tant pis et le mage de la spéculation Soros, on attendait l’oracle Madame Merkel. C’était sans grand espoir  vu qu’elle ne cesse d’expliquer dans la presse qu’elle ne veut pas renoncer aux bénéfices de la zone euro et de l’Europe mais sans pour autant payer trop. Elle est intervenue longuement et calmement – au point à ce qu’on dit de plonger une part de l’assistance dans la torpeur – pour avancer son propre diagnostic :

     

    La question européenne est simple, résume-t-elle : dans un monde de 7 milliards d’habitants où l’Europe ne pèse plus que 7% de la population mondiale, mais 20% de sa richesse produite, il faut savoir ce que l’on veut : veut-on se satisfaire d’être dans une position moyenne ou bien est-on prêt à faire les réformes nécessaires, des dépenses publiques et du marché du travail, pour figurer parmi les meilleurs ? L’Allemagne, elle, a fait son choix. Les Etats-Unis d’Europe seront allemands, sur le plan économique, ou ne seront pas. L’Allemagne veut une solution fédérale mais sur le modèle allemand, les autres pays acceptant plus ou moins d’être des landers gérés à l’allemande avec trois règles : La discipline budgétaire, la concurrence et la solidarité. En fait de solidarité on mesure mal ce qu’elle entend par là… On a le sentiment que l’Allemagne de madame Merkel est déjà rentrée dans cette logique et l’applique, l’Europe, la zone euro relèvent désormais de la politique intérieure de l’Allemagne et la France a toute chance d’être la zone des plaisirs et des résidences secondaires pour la poignée de fortunés qui goûteront notre luxe.

     

    Ce à quoi Soros, né hongrois et obligé de devenir américain pour des raisons qui ont avoir avec les effets des crises économiques sur l’Europe, prévoit une fascisation de ce continent si on continue à suivre ce schéma déflationniste. Le « tombeur de la livre », qui n’a cessé d’intervenir pour financer des « révolutions de couleur » est mal placé pour venir donner des conseils d’équilibre social, mais il est bien pauvre celui qui ne sait pas donner de conseil et chacun sait que Soros est riche.

     

    Et pour couronner le tout il a précisé que l’Europe ne pouvait vraiment pas compter sur l’aide des Etats-Unis, non seulement ceux-ci avaient d’autres problèmes mais en campagne électorale on ne s’occupe pas des autres.

     

    On espérerait presque ce retour à la doctrine Monroe des USA, ce serait dommage pour l’Amérique latine mais lâcherait un peu la grappe sur le reste de la planète,  pourtant qui peut y croire ?  A  voir la manière dont l’Europe en pleine débandade trouve encore le moyen de voter des sanctions contre l’Iran quitte à priver l’Italie, l’Espagne et surtout la Grèce du fournisseur iranien, la cerise sur le gâteau pour ces pays dont la facture pétrolière va encore s’accroître…

     

    Etape avant une intervention, contre l’Iran. Un scénario à la Libyenne avec le succès que l’on sait: on torture et on étripe comme de la volaille dans les sables de la tripolitaine…

     

    Et vous remarquerez que pourtant  partout de l’Assemblée nationale française à Davos en passant par les rassemblements de campagne électorale personne ne souffle mot du poids des expéditions militaires… Tournent, tournent les sous-marins nucléaires autour de la planète, se déploient les porte-avions et les contingents armés et personne ne les voit… A ce qu’on dit la Grèce continue à acheter du matériel militaire…

     

    Parce que tandis que monte au firmament un fédéralisme de l’Allemagne étendu à la zone européenne se mettent en place des liens économiques plus étroits avec le marché nord-américain et une intégration toujours plus poussée à la machine de guerre nord-américaine et à son bellicisme planétaire.

     

    On a beaucoup parlé des états d’âme de Sarkozy hanté par l’échec et le retrait. Toutes les interprétations ont été avancées peut-être est-ce simplement une crise de lucidité, un constat d’échec, la conscience enfin de son incapacité à faire face à un tel bordel. Le seul ennui est que je ne vois personne en capacité à faire face et à prendre des décisions au niveau où la situation l’exige, chacun suit sa pente en se disant que ça durera bien autant que lui ou elle.

     

    Pendant ce temps-là des milliers de gens vivent des drames insoutenables, sont chassés de leur emploi, ne savent plus comment s’en sortir. 2 ,87 millions de chômeurs en France, sans compter l’onde de choc autour d’eux, en famille… .Les pitres de Davos ne nous font plus rire.

     

    Quant aux élections présidentielles, toujours le même problème, par exemple je ne sais toujours pas à quoi je vais me résigner:  il faut virer Sarkozy et empêcher la montée de ce que Soros appelle « une solution à la hongroise » (1), donc lutter contre la montée du Front national  qui effectivement devient un vrai danger mais je suis bien consciente que tout vote est un choix à court terme qui ne résoud rien sur le fond. Là aussi nous sommes devant le trop peu et trop tard…

     

    Danielle Bleitrach

     

    (1) par parenthèse ce que je trouve extraordinaire est la réaction de Cohn Bendit découvrant qu’un des « dissidents » de jadis, Orban un tombeur du communisme, comme Vaclav Havel ou Lech Walesa, était comme eux sur le fond un réactionnaire dont la logique était de s’allier avec Hitler plutôt qu’avec le Front populaire. L’extraordinaire de Cohn Bendit  qui veut passer pour un politique subtil est que lui aussi poursuit sa propre ornière et  il se contente de dire à Orban que s’il continue il va ressembler à… Castro ou Chavez… C’est ça l’Europe

     

    URL article : http://histoireetsociete.wordpress.com/2012/01/26/davos-lunion-incestueuse-de-la-carpe-et-du-lapin-est-sterile-par-danielle-bleitrach/


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