• Conseil européen: un sommet d’hypocrisie à Bruxelles

    François Hollande et Manuel Barroso lors du dernier conseil européen

    Politique - le 28 Juin 2013

    Europe

    Conseil européen: un sommet d’hypocrisie à Bruxelles

    Alors que se tient un Conseil européen, François Hollande fait mine de secouer l’UE lorsqu’il est en France, pour en accepter les recommandations lorsqu’il se trouve à Bruxelles. La réforme des retraites, en particulier, y trouve l’essentiel de son inspiration, dont le recul de l’âge de départ.

    La vindicte alimentée à Paris contre José Manuel Barroso est une belle trouvaille. Pour un gouvernement, secouer un peu l’Union européenne et la charger de tous les maux reste une facilité, et le commissaire européen, il faut le dire, jugeant « réactionnaire » la notion d’exception culturelle, s’y prête bien. Alors que s’est ouvert hier soir un Conseil européen crucial, qui doit endosser les recommandations adressées le 29 mai par Bruxelles aux pays de l’Union européenne, la France demandait une réécriture de ces dernières la concernant, pour y supprimer en particulier la mention d’un report éventuel de l’âge légal de la retraite parmi les mesures ordonnées, en échange du report de deux ans de l’équilibre budgétaire. La Commission européenne demande à la France de prendre des mesures d’ici à la fin 2013 pour « équilibrer durablement » ses régimes de pension, « par exemple (...) en augmentant encore l’âge légal de départ à la retraite ». Elle évoque aussi une adaptation des règles d’indexation des pensions, un allongement de la durée de cotisation, le réexamen des régimes spéciaux, « tout en évitant une augmentation des cotisations sociales patronales ». Une réforme des retraites clés en main, mais écrite par la Commission de Bruxelles : inacceptable pour un chef d’État.

    La France ne déroge pas à ses engagements

    Le jeu est rodé désormais : d’un côté, le président de la République, qui tonne que la Commission « n’a pas à dicter » ce qu’il doit faire, tempête contre une Europe qui « punit », qui, si elle reste dédiée « à ce qui empêche, à ce qui entrave, alors il y aura cette rupture que l’on constate aujourd’hui entre les citoyens et l’Europe ». De l’autre, un ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, qui met de l’huile dans les rouages et assure à ses partenaires que la France ne dérogera pas à ses engagements. Cruel décalage entre un gouvernement dont la porte-parole, Najat Vallaud-Belkacem, admet à Paris partager « sur le fond » les propos d’Arnaud Montebourg accusant José Manuel Barroso d’être « le carburant du Front national », et un Pierre Moscovici qui, cinq jours plus tôt, le 21 juin à Luxembourg, approuve avec ses collègues ministres des Finances européens les projets, quasiment à l’identique, de recommandations économiques rédigées par la Commission en mai dernier. À la marge, Paris a ainsi obtenu de remplacer dans le texte « âge légal » de départ par « âge effectif ». Des « modifications acceptables », selon Pierre Moscovici, bien que la possibilité de « relever encore l’âge minimal de départ à la retraite et l’âge de départ à la retraite à taux plein » demeure en toutes lettres… dans un autre paragraphe.

    François Hollande pris en tenaille

    On comprend que le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, en perde son latin et se dise « stupéfait » par la réaction courroucée de François Hollande, au moment où Paris et Berlin semblaient s’accorder sur la nécessité et les grandes lignes d’une gouvernance économique de la zone euro.

    C’est que le chef de l’État français est dans un étau, pris entre l’obligation d’obtenir le report à 2015 de l’exigence de descendre les déficits publics à 3 % du PIB – avec son corollaire, bien décrit par la Commission : réduction des dépenses sociales, libéralisation accrue des marchés – et le calendrier électoral.

    Les dernières élections législatives partielles, catastrophiques pour le PS, sans que les scores du FN, sur une base antieuropéenne prononcée, ne donnent lieu à une analyse poussée rue de Solferino, font que François Hollande se méfie, à un an des élections municipales puis européennes, d’un euroscepticisme dont le parti au pouvoir pâtirait. D’où la prise de distance d’un Laurent Fabius contre le « Barroso-bashing » : « Le débat avec la Commission, oui, mais tout ce qui est pugilat, non », a dit le ministre des Affaires étrangères, quand son collègue à l’Économie solidaire, Benoît Hamon, relevait que « la désespérance, ça mène parfois au Front national ». Pas sûr que d’autres points des recommandations faites au mois de mai, comme l’ouverture à la concurrence du trafic des voyageurs de la SNCF, ou la fin des tarifs réglementés de l’énergie pour les entreprises, n’y mènent pas, à la désespérance.

    L’UE a (presque) un budget. Les présidents de la Commission, du Conseil et 
du Parlement ont annoncé, hier, être parvenus à 
un accord sur le budget européen 2014-2020, qui s’établira 
à 960 milliards d’euros, en deçà du montant voulu par 
le Parlement. « En donnant son accord au cadre financier pluriannuel, sans consultation préalable des groupes politiques 
au Parlement, Martin Schulz (le président du Parlement) 
a négligé les principes démocratiques », ont dénoncé les députés de la Gauche unitaire européenne.

    Lionel Venturini

    Le rideau de fumée nommé Barroso, l'éditorial de Jean-Paul Piérot

    Les critiques, pour justifiées qu’elles soient, qui ont été exprimées au cours de ces derniers jours par plusieurs responsables français à l’encontre de José Manuel Barroso ne seront-elles qu’un rideau de fumée destiné à dissimuler un accord sur l’orientation austéritaire de l’Union européenne ?

    Alors que se réunissent à Bruxelles 
les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, c’est malheureusement l’hypothèse la plus probable. Jamais auparavant l’austère président de la Commission européenne n’avait occupé une telle place dans la communication gouvernementale après qu’Arnaud Montebourg, réagissant à la défaite de Villeneuve-sur-Lot, l’eut qualifié de « carburant du Front national ». Sans doute Barroso l’avait-il bien cherché, en taxant 
de réactionnaire l’exception culturelle, c’est-à-dire 
la protection des activités culturelles de la marchandisation généralisée, prônée par l’accord transatlantique de libre-échange. Mais enfin, ses positions ultralibérales n’étaient pas une découverte, il est plus grave en revanche qu’il ait été nommé pendant deux mandats à la tête de la Commission avec l’assentiment des dirigeants des pays membres.

    Ces controverses montées en mayonnaise ont fait passer au second plan l’objectif premier de ce Conseil européen, qui doit avaliser les injonctions de la Commission européenne à l’adresse de chacun des États membres en matière de réformes structurelles, en d’autres termes, de nouveaux reculs sociaux. Paris s’est vu accorder un délai de deux ans supplémentaires pour atteindre des objectifs fixés de réduction des dépenses publiques, mais le report de l’âge de départ à la retraite au-delà de 62 ans est posé. L’attitude de François Hollande sera observée avec vigilance par les syndicats et l’ensemble du monde du travail. Au-delà des mots, allait-il faire entendre une voix ferme, ou s’apprêtait-il une nouvelle fois à s’incliner ? L’expérience de sa promesse non tenue d’obtenir après son élection une renégociation du traité européen n’incline guère à l’optimisme. « Tout le monde aura à veiller à ce qu’on trouve l’apaisement », précisait-on hier dans l’entourage du chef de l’État. À quel prix ?

    Les dirigeants européens ne peuvent pas ignorer les ravages des politiques d’austérité qui conduisent à la récession plusieurs pays européens et auxquelles se confrontent des mouvements de résistance sociale à répétition. En particulier, l’ancien premier ministre portugais que fut José Manuel Barroso a pu constater qu’à l’heure où se réunissait le sommet de Bruxelles, son propre pays était paralysé par une grève générale contre la suppression de 30 000 postes dans les services publics, l’allongement du temps de travail, le gel des pensions, la baisse des remboursements de la Sécurité sociale… Une politique d’austérité mise en place sous l’impulsion de la Commission et du FMI, lequel aujourd’hui reconnaît la nocivité de ses propres recettes, en Grèce et ailleurs.

    La lutte contre l’austérité dans chaque pays et au niveau de l’Union est-elle en passe de devenir un élément fédérateur d’un véritable mouvement social européen contre ceux qui s’acharnent à provoquer désespérance, colère et repliement ? Face à Barroso 
et à ses pairs, c’est à coup sûr le seul moyen de défendre l’idée européenne, un autre modèle européen.


    Par Jean-Paul Piérot


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