• Conférence sociale

    Le patronat en ordre de bataille autour de Laurence Parisot avant la conférence sociale

    Social-Eco - le 20 Juin 2013

    Conférence sociale

    Une conférence sous très haute pression

    Syndicats, patronat et gouvernement ont rendez-vous au palais d’Iéna pour deux jours de débats, ouverts par François Hollande. Sur l’emploi, la retraite, comme sur les services publics ou l’industrie, confrontations serrées en vue. 

    Pour l’un, Jean-Claude Mailly, de FO, le ton sera « plus dur que l’an passé ». Pour l’autre, Laurent Berger, de la CFDT, « il n’y a pas de miracle à attendre ». Tandis qu’aux yeux de Thierry Lepaon, de la CGT, il faut déjà envisager de mobiliser les salariés à la rentrée. Et que du côté du gouvernement, on affiche un certain réalisme en concédant, à l’image de Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique, que le ton sera « peut-être plus animé »… Pas de doute : comme la météo de ces jours derniers, la deuxième conférence sociale organisée par le gouvernement, qui s’ouvre ce matin au palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (Cese), avec la participation des syndicats et du patronat, se déroulera sous un ciel plombé.

    Bilan négatif

    D’abord par la situation économique et sociale du pays qui se dégrade sans cesse. Plombé ensuite par le bilan des chantiers ouverts il y a un an lors de la première conférence : comme nous le montrons ci-contre, on y cherche, en vain, trace de mesures représentant un véritable progrès social. Plombé encore, et surtout, par le choix politique de l’austérité fait par le président Hollande, et décliné chaque jour ou presque en de nouvelles mesures aux effets dramatiques. Quitte à faire voler en éclats la vitrine de démocratie sociale mise en avant via cet exercice de la conférence sociale, comme on vient de le voir avec l’annonce brutale, par voie de presse, sans concertation aucune, aux 5 millions de fonctionnaires, d’une prolongation pour la quatrième année consécutive du gel des salaires. Difficile de mieux dire le sort réellement fait au social par un gouvernement qui s’est délibérément placé sous l’emprise des marchés financiers. Et dans ces conditions, l’optimisme n’est évidemment pas de mise quant au traitement des deux sujets qui devraient dominer ce rendez-vous.

    Question des salaires

    Sur l’emploi, urgence des urgences, il n’y aurait, nous dit-on, qu’à attendre les très hypothétiques résultats des « outils » mis en place : les emplois aidés, forcément pas à la hauteur d’un chômage frappant près de 5 millions d’hommes et de femmes, la flexibilisation du marché du travail récemment votée par le Parlement ou l’enveloppe de 20 milliards de cadeaux fiscaux accordée aux entreprises sans contrepartie. Sur la réforme des retraites, la concertation, qui devrait démarrer à la conférence, s’annonce d’autant plus tendue que l’exécutif a déjà tracé la ligne: pas de salut pour notre système en dehors de nouveaux sacrifices sociaux.

    La recherche de nouveaux financements, prélevés sur le capital, les spéculateurs, n’entrant pas a priori dans le champ de la réflexion officielle. « Dans la boîte à outils, je ne vois qu’un marteau et une enclume, et entre les deux il y a les salariés et les retraités », résume le leader de la CGT, Thierry Lepaon. Si l’on ajoute au tableau l’exclusion de la question des salaires et du pouvoir d’achat du menu de cette conférence, on comprend l’absence d’enthousiasme côté syndical pour cet événement. Hier, recus par François Hollande avant le sommet de l’UE de la semaine prochaine, les dirigeants de la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, l’Unsa et de la Confédération européenne des syndicats ont appelé à « un changement de cap » à l’échelle de l’UE, par rapport à la politique d’austérité. Nul doute que la question marquera aussi les débats au palais d’Iéna.

    Yves Housson


     

    Hollande pose un cadre de négociation bien étriqué

    François Hollande a ouvert par un discours les deux jours de négociations de la conférence sociale. Il veut ainsi "inverser durablement la courbe du chômage" avec ses recettes habituelles et allonger la durer de cotisation pour les retraites. Une base de travail peu engageante pour les syndicats d’autant moins que les contreparties pour les travailleurs, salaires ou démocratie sociale, n'ont même pas été évoquées.

    Thierry Lepaon au sortir de ce discours, n’a pas masqué sa déception. C’est que les pistes proposées par François Hollande, pour aboutir à son ambition, inverser "durablement" la courbe du chômage à la fin de l'année, sont bien loin des aspirations de la CGT.

    • Première piste, les emplois aidés. Il a annoncé pour la fin juin le chiffre de 33.000 emplois d'avenir, destinés aux jeunes pas ou peu qualifiés. Il souhaite atteindre l'objectif de 100.000 à la fin de l'année, et en appelle pour ce faire aux collectivités locales et au secteur privé. Les contrats de génération sont à l’entendre "un indéniable succès", avec 1000 contrats signés par semaines. "Je demande aux entreprises concernées, aux organisations professionnelles, aux partenaires sociaux d'engager les négociations branche par branche", a ajouté François Hollande, fixant l'objectif de 75.000 contrats d'ici mars 2014, soit 150.000 personnes concernées.
    • Seconde piste proposée, mieux réorienter la formation professionnelle et des chômeurs pour pourvoir les 200 à 300.000 offres d’emplois qui ne trouvent pas preneur. François Hollande souhaite d’ailleurs qu’une partie des fonds allouée à la formation professionnelle soit consacrée à la formation des chômeurs.

    Sans surprise, voilà l’étendue des pistes proposées par François hollande pour l’emploi. Le président "ne nous a pas rassurés sur la préoccupation première des Français qui est les salaires, puisqu'il n'a même pas évoqué la question" a regretté Thierry Lepaon. "Il a évoqué les questions ayant trait aux emplois aidés (...) qui ne sont pas, de manière structurelle, fondateurs de croissance économique et sociale". Rien non plus sur les promesses de campagne ou de la première conférence sociale qui restent lettre morte : rien sur la démocratie en entreprise ni la représentativité, ni sur l’encadrement des licenciements. Un an a passé depuis la première conférence sociale, et comme le fait remarquer Jean-Claude Mailly de FO, "il y a plus de chômeurs que l'an dernier, le Smic n'a pas augmenté, il y a le gel du pouvoir d'achat des fonctionnaires, une contre-réforme des retraites en préparation. Ca fait quand même beaucoup".

    Les retraites : "rétablir les comptes"

    "Les chiffres sont implacables" avance François Hollande. Donc pour rétablir les comptes, "L'équilibre à long terme" du système des retraites, il avance une idée, là encore sans surprise. Pas de  report de l’âge légal de départ mais un allongement du temps de cotisation. "La mesure la plus juste" pour rétablir les comptes, "à condition de l'appliquer à tous et à tous les régimes" justifie-t-il. Un autre élément "doit être dans la discussion", c'est "l'allongement de la période des études qui appellera nécessairement un effort contributif calculé d'une manière différente d'aujourd'hui", a-t-il poursuivi, sibyllin. "Les efforts devront être équitablement répartis" a-t-il affirmé, oubliant de précisé : entre les salariés.

    Si pour le président, voilà la mesure la "plus juste", Jean-Claude Mailly reconnaît là "un désaccord de fond".  "Nous n'avons pas envie que les jeunes générations travaillent jusqu'à 70 ans". Thierry Lepaon a également regretté : "Il n'a pas évoqué la question du montant des pensions pour les retraités, qui est une question également importante."

    Pierre Laurent (archive)

    Hollande poursuit "le démantèlement du droit à la retraite à 60 ans" selon Pierre Laurent

    "Pour le président (de la République), allonger la durée de cotisations est la mesure la plus "juste". Rien de plus faux. Il n'y a aucune justice, aucune égalité, dans la poursuite du démantèlement du droit à la retraite à 60 ans, conquête historique de la gauche", écrit le secrétaire national du PCF ce jeudi.

    François Hollande a ouvert la deuxième conférence sociale du quinquennat en affirmant que, s'agissant de la réforme des retraites, "prolonger la durée de cotisation (était) la mesure la plus juste à condition qu'elle soit appliquée à tous et à tous les régimes".

    Pour Pierre Laurent, il s'agit d'"une erreur stratégique de calendrier et de méthode. Le rapport Moreau ne peut être une base sérieuse de négociation pour assurer l'avenir de la retraite par répartition, tant il ne prend pas en compte une dimension pourtant indispensable : l'emploi. C'est là que le bât blesse (...) dans ce défaitisme face au chômage, et dans le refus idéologique d'augmenter les salaires et de mettre à contribution les revenus financiers", a poursuivi le secrétaire national. Le co-animateur du Front de gauche appelle à "la plus large mobilisation" à l'encontre du choix de François Hollande "d'une réforme à la hussarde, en plein trêve estivale"


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