• Comment on bidonne les déficits publics

    Nicolas Sarkozy, François Baroin, Christine Lagarde se sont réjouis des «bons chiffres» du déficit public 2010, qui est officiellement de 7%, en baisse de 0,7 point par rapport à la prévision. Hélas, ce déficit a une forte odeur de manipulation. Par Hervé Nathan

    François Baroin et Christine lagardeQuand on aime, on en conte pas. Ou plutôt on ne compte pas… bien. C’est certainement par amour de la France que l’Insee, le gouvernement et l’Elysée ont affiché un «bon» chiffre » du déficit public en 2010. Officiellement, il ne s’élève «qu’à» 7% du PIB. C’est quand même une sorte de record, juste après l’année 2009 , avec -7,5%. Mais, comme disent les enfants, c’est «moins pire» que la prévision initiale, qui était de 7,7% du produit intérieur brut. Evidemment, les communiqués divers (de Bercy, de l’Elysée) ont voulu y voir la preuve de l’efficacité de la politique économique actuelle. 
    «Ces résultats de finances publiques confortent la stratégie d’assainissement de nos comptes publics engagée par le Gouvernement après la crise de 2008-2009, fondée sur la combinaison de réformes porteuses de croissance et d’une maîtrise stricte et durable des dépenses publiques. La poursuite de cette stratégie sera naturellement au cœur du prochain programme de stabilité, qui sera présenté au Parlement à la mi-avril 2011 avant sa transmission officielle aux institutions européennes», analysent ainsi Christine Lagarde et François Baroin dans un communiqué commun. 

    Félicitons nous donc, de la bonne mauvaise nouvelle. Sauf qu’à regarder de près le communiqué de l’Insee, intitulé «Informations rapides numéro 81, comptes nationaux des administrations publiques année 2010, premiers résultats», qu’on trouve sur le site Insee.fr, quelques doutes nous gagnent. Notamment à la lecture de la page 2, deuxième colonne, lorsque l’Insee nous révèle un «détail» : «Fin 2010, la dette nette des administrations publiques s’élève à 1478,6 milliards d’euros (…) Cette plus forte hausse s’explique par une diminution de la trésorerie de l’Etat» de 22,5 milliards d’euros, soit 1,1% du PIB. Selon un très bon connaisseur des finances publiques, cela signifierait que l’Etat a pompé sa trésorerie jusqu’au dernier centime pour réduire le déficit de l’année 2010. Mais il a dû emprunter, pour compenser son manque de cash, et donc le joli gain sur l’affichage du déficit se retrouve en augmentation de la dette publique. Un calcul à courte vue car le coût de la dette augmente, comme le reconnaît l’Insee. Après avoir baissé de 14,5% en 2009, à cause de la baisse généralisée des taux d’intérêts pendant la crise, il progresse de 5,2%. La rétribution des créanciers de la France coûte 50 milliards d’euros chaque année, et bien davantage dans le futur. 

    Au fait pourquoi une telle manip’ ? Sans doute parce que Bercy est obsédé par l’affichage du différentiel franco-allemand. Berlin a annoncé un déficit de 3,3% du PIB, lui aussi en amélioration par rapport à la prévision initiale (-3,5%). Or beaucoup de responsables français considèrent que les marchés ont jusqu’ici toujours considéré la « qualité » de la dette française comme équivalente à celle de l’Allemagne, et redoutent que l’affichage d’un différentiel considérable (du simple au double) ne conduisent vers la rupture de ce consensus qui permet à la France d’emprunter au même prix ou presque que l’Allemagne. Conclusion : il arrive qu’on mente pour la bonne cause. Mais faut-il pour autant se payer de mots ?


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