• Comment en finir avec une propagande qui sournoisement marginalise les communistes?

    Comment en finir avec une propagande qui sournoisement marginalise les communistes?


    Avec Aragon, affirmons que c'est nous qui continuons la France

    Par Roland Weyl, avocat, premier vice-président de l'association internationale des juristes démocrates (AUD).

    « Nous continuons la France. » Le cri a d'abord été lancé par Paul Vaillant-Couturier puis repris par Aragon, tandis qu'en 1933


    Thorez avait exhorté: « Ne laissons pas à la droite (et encore moins à l'extrême droite) le drapeau tricolore et la Marseillaise, qui sont des valeurs révolutionnaires. »

    Il y a certes deux histoires de France, porteuses d'une alternance qui n'a pas été celle de deux gestions du libéralisme capitaliste, mais, au fil de combats incessants pétris de lutte de classes, entre souveraineté populaire et césarisme. Et les égarements patriotards, y compris militaristes, guerriers et colonialistes, ne sauraient fourvoyer à accepter les culpabilisations d'un Parti communiste qui serait disqualifié par une prétendue paternité soviétique, alors que, à l'inverse, ce dont il est l'héritier et le porteur, c'est de toute l'histoire révolutionnaire de la France, dont dans une certaine mesure l'épisode soviétique a été un produit, dont l'échec n'aura été dû qu'à sa dérive.

    Staline n'était pas né, ni même ses parents, quand c'est en France que Babeuf lançait pour la première fois le « label » du communisme. Marx a pu écrire dans son plaidoyer pour la Nouvelle Gazette rhénane que l'histoire aurait été différente si l'Allemagne avait été unifiée, non pas sous la houlette de la Prusse, mais avec à sa tête la Rhénanie, marquée par la Révolution française, et il n'est pas fortuit qu'il ait consacré un de ses travaux essentiels à la lutte de classes en France.

    Il faut en finir avec les falsifications qui donneraient à croire que, quand en 1920 le congrès de Tours a fondé le Parti communiste français, il avait pour objet la création d'une antenne du parti bolchevique, alors qu'il s'agissait d'un congrès du Parti socialiste destiné à condamner la trahison de ses dirigeants qui avaient, en 1914-18, accepté l'union sacrée pour la guerre, et en tirer toutes conséquences. Ce faisant, la création du Parti communiste français était une étape dans la continuité du mouvement révolutionnaire français.

    Cette continuité s'identifie dans le contenu, faisant de la souveraineté populaire la base de la démocratie : l'historicité nationale de cette notion de souveraineté populaire s'identifie dans la part, qu'y a prise la naissance, dès le Moyen Age, du mouvement communal instituant la logique du pouvoir par en bas, retrouvé ensuite dans la Convention, dans la révolution de 1848 (avec le volet économique des ateliers nationaux), puis la Commune de Paris, puis en son héritage les lois de 1884 sur les syndicats et sur l'introduction de l'élection municipale, et de 1901 avec la loi sur les associations, puis le Front populaire, puis le 10 juillet 1940; face à la victoire temporaire de ceux qui avaient répondu « plutôt Hitler que le Front populaire », l'appel historique de Maurice Thorez et Jacques Duclos « Nous ne serons jamais un peuple d'esclaves », et enfin à la Libération, parallèlement à l'introduction d'une amorce de pouvoir des travailleurs à l'entreprise, la bataille du communiste Étienne Fajon dans la commission préparatoire de la Constitution, pour parvenir à cette formule que n'ont pas pu enlever les constituants de 1958: « La souveraineté nationale appartient au peuple français qui l'exerce par ses-représentants élus. »

    « La création du Parti Communiste Français était une étape dans la continuité du mouvement révolutionnaire français »

    Et si l'on sait qu'en russe « soviet » veut dire « conseil », il n'est pas absurde de penser que Lénine, qui a séjourné pour un temps à Paris, rue Marie-Rose, n'a pas été étranger à son slogan: « Les soviets partout! » Surtout si l'on considère que le grand échec final des Soviétiques a été leur incapacité, sans doute pour des raisons objectives, à mettre en œuvre le mot d'ordre de Khrouchtchev en 1962 de « l'État du peuple entier ».


    Cet héritage historique ne se limite pas aux péripéties des combats sociopolitiques, mais a aussi ses lettres philosophiques. En 1946, paraissait une brochure de l'Union française universitaire consacrée à montrer la place des philosophes du siècle des Lumières dans l'héritage communiste. Bien sûr Rousseau, dont le Contrat social est une image d'une société purgée de l'oppression de classe, où les êtres humains sont des êtres sociaux dont la vie collective est fondée sur leur maîtrise consensuelle. Mais aussi tout le capital du matérialisme, dont on peut dire que, si Marx en est le père, ils en sont les grands-pères.


    Et qu'on ne dise pas que nous sombrons dans un péché nationaliste, car nombreux let les penseurs étrangers qui ont fait leurs ces mêmes références à l'apport de l'histoire révolutionnaire française, histoire pénétrée elle-même d'internationalisme. C'est évidemment Schiller fait citoyen d'honneur, mais c'est aussi le Polonais Dombrovski coacteur de la Commune, et surtout, c'est en France qu'est née l'Internationale.


    Il ne s'agit pas ici de 'revendiquer une sorte d'appropriation, mais d'en finir avec les méfaits résiduels et récurrents d'une propagande qui sournoisement continue sous les formes les plus subtiles, les plus non dites, à marginaliser les communistes comme des survivants et rescapés de ce « parti nationaliste étranger », comme l'avait qualifié en 1938, dans les préparatifs de la trahison des trusts, le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet, que Gabriel Péri avait en retour légitimement appelé « le ministre allemand des Affaires françaises ».


    Il faut enfin remettre en évidence que les communistes ont repris le flambeau tenu depuis deux siècles par la France des Lumières et des luttes populaires pour une autre société, que leur combat n'est autre que la continuité de ce combat, et que ce peut être une sacrée source d'énergie dont l'omission ne pourrait être qu'un grand gâchis.

    L’Humanité Tribunes et idées du 03/05/2012

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