• Chômage, dépression et impact sur une famille

    Nadine et François [1] vivent en couple et ils ont deux jeunes enfants de 5 ans et 2 ans. François est au chômage depuis plusieurs années, il n’a plus droit à l’Allocation Spécifique Solidarité. Il n’a pas non plus droit au RSA car les ressources de Nadine sont prises en compte. Nadine a tout à sa charge : le loyer, la nourriture, les assurances, etc.

    François sombre de plus en plus dans la dépression. Inscrit à Pôle Emploi, il ne reçoit qu’un vague suivi tous les trois mois. Alors, Nadine voit leur avenir s’assombrir : ses seuls revenus suffisent de moins en moins à couvrir les dépenses de la famille, et elle doit payer des impôts car elle ne s’est pas pacsée avec François. De toute façon, la situation de François laisse davantage émerger la question de la séparation que celle d’un pacs : Séparée de François, Nadine aura droit a l’Allocation de Soutien Familial : une pension alimentaire pour chaque enfant versée par la CAF, et une bouche de moins à nourrir : celle de François ! Séparé de Nadine, François aura droit au RSA, à la CMU et aux allocations logement.

    Alors François se renseigne pour un logement : « Vous n’avez droit à un logement qu’avec des ressources ». Alors François se renseigne pour le RSA : « Vous n’avez droit au RSA que si vous quittez votre conjointe ». Ainsi, François ne peut pas quitter Nadine s’il n’a pas d’endroit où aller, et il ne peut pas trouver de logement s’il n’a pas les ressources qu’il aurait en quittant Nadine... Des disputes explosent. Et l’entourage de Nadine s’indigne contre François. Mais François se sent dans une impasse. Il répond aux offres d’emploi mais n’obtient aucune réponse. Il pense à quitter Nadine afin de cesser d’être une charge pour elle, mais il craint de rejoindre les quelques 200 000 SDF de France.

    Nadine téléphone à une assistante sociale mais le standard téléphonique fait barrage. Lorsqu’un jour, une dispute se termine avec des couverts de table qui volent jusqu’au plafond, et un couteau de cuisine qui vient se planter dans le sol, tout près des petits pieds de leur fils de 2 ans. Nadine rappelle de nouveau l’assistante sociale, mais ne pouvant la joindre, elle laisse au standardiste ce message : « je souhaite joindre une assistante sociale parce que je pense que mes enfants sont en danger ! ». L’assistante sociale contacte alors Nadine, seulement par téléphone, pour lui conseiller d’emmener ses enfants chez leur mamie si cela venait à recommencer. Nadine est désemparée.

    Elle va voir un psy pour elle-même car elle sent qu’elle va de plus en plus mal et cela se ressent à son travail. Elle emmène aussi son fils de 5 ans chez un pédopsy car elle sent que, lui aussi, ne va pas très bien : « Il est dans sa bulle » lui explique la maîtresse... Enfin, elle arrive à convaincre François de rencontrer un psychiatre. Mais Nadine doit payer au préalable une mutuelle pour François et elle doit faire l’avance des frais de plusieurs consultations car les remboursements tardent longtemps. Lorsqu’un jour, François qui s’apprêtait à aller à son rendez-vous, découvre que des frais de tenue de compte bancaire ont absorbé son dernier remboursement de sécu. Il n’a donc plus l’argent pour payer sa séance et il n’ose pas en redemander à Nadine. Alors, François abandonne la cure.

    François fini par faire une demande auprès du Centre Médico Psychologique, mais l’attente est de plusieurs mois. Nadine propose, entre temps, une psychothérapie de couple. Le psychothérapeute de couple comprend alors le désarroi de François. Il explique à Nadine que François n’est pas en capacité de travailler. Il devrait avoir droit à une aide. Le CMP finit par contacter François, mais il ne lui propose qu’un suivi mensuel alors qu’il aurait besoin d’un suivi hebdomadaire. François se résigne. « Les centres médico-psychologiques sont débordés, ils font ce qu’ils peuvent... » dénonce N. Cherkasky, psychologue clinicienne, dans le reportage « Chômage et dépression : Attention, danger ! » [2]

    "J’ai besoin de gagner ma vie, j’ai trois enfants à charge. Mon indépendance financière est, comme pour des millions de Françaises, une réalité concrète et une priorité", explique Valérie Trierweiler, (AFP, 11 Mai 2012). Lorsque votre conjoint n’est pas « normal » mais malade et dépendant de vous, que penser de cette réalité concrète, de cette priorité : lorsque vous ne trouvez pas l’aide nécessaire auprès de psychiatres ou d’assistantes sociales ? Lorsque vous n’avez pas droit à l’Allocation de Soutien Familial alors que vous êtes seul(e) à subvenir aux besoins de vos enfants, et que vous devez, en plus, assurer l’alimentation, la mutuelle, etc., pour votre conjoint malade ? Lorsque vous payez des impôts car la situation sociale, si difficile, peine à se concrétiser ? Quelle aide la société apporte-t-elle aux personnes en dépression qui ne peuvent trouver un emploi ? Quelle aide est accordée à leur famille qui ont parfois même l’interdiction, de ce fait, de mettre leurs enfants à la cantine ? [3]

    « Tout comme le chômage, la dépression est un tabou » explique l’association Apnée [4] « [C’est au chômeur de se débrouiller avec son mal-être et d’aller frapper à des portes où sa souffrance, s’il n’a pas les moyens de s’offrir un psy, ne sera pas considérée ».

    Tandis que Valérie Trierweiler pense à son indépendance financière, pourrait-elle envisager une indépendance de chaque individu à travers l’idée d’un revenu social, universel et inconditionnel ? « Il permet une répartition ambitieuse des richesses pour que chacun puisse vivre dignement. » [5]

     

    [1] Les prénoms ont été changés

    [2] actuchomage.org

    [3] actuchomage.org

    [4] [http://www.actuchomage.org/2012060621102/L-actualite-du-site/enfants-de-chomeurs-interdits-de-cantine-la-justice-saisie.html]

    [5] pourunrevenusocial.org

    http://altermonde-sans-frontiere.com


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