• Banques : les 40 jours qui ont fait bouger l'Europe

    Christine Lagarde, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en mars 2009.

    Christine Lagarde, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en mars 2009.AFP/ERIC FEFERBERG

    Bruxelles Bureau européen - Complot américain, "tam-tam très organisé"... En déclarant, le 27 août, qu'il faut procéder à une "reca-pitalisation urgente" des banques de la zone euro, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) avait provoqué des réactions -virulentes dans les milieux politique et entrepreneurial en Europe, particulièrement en France.

     

    "Le temps presse pour prendre des décisions.""Le capital des banques européennes doit être renforcé afin de leur donner une -marge de sécurité." Prononcées respectivement par la chancelière allemande, Angela Merkel et par la Commission européenne, les 5 et 6 octobre, ces deux petites -phrases marquent un changement radical de ton côté européen.

    Dimanche 9 octobre, à Berlin, Mme Merkel devrait recevoir le président français, Nicolas Sarkozy, qui, au préalable, a vu Mme Lagarde, samedi midi. Les dirigeants allemand et français doivent tenter de surmonter leurs divergences dans l'espoir de boucler un plan concerté d'aide aux banques d'ici au prochain sommet de la zone euro, mardi 18 octobre. Comment en est-on arrivé là ? Récit de six semaines de "résistance" côté européen.

     

    Christine Lagarde a été reçue à l'Elysée, samedi 8 octobre.

    Christine Lagarde a été reçue à l'Elysée, samedi 8 octobre.AFP/MIGUEL MEDINA

    PRESSION ET RUMEURS

    Mi-septembre à Wroclaw, en Pologne, Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, refuse de mettre "plus d'argent public" sur la table. Il répond au secrétaire d'Etat américain au trésor, Timothy Geithner, qui s'inquiète pour la stabilité du secteur financier et suggère à la zone euro de muscler au plus vite ses fonds de sauvetage afin de faire face à l'aggravation de la crise des dettes souveraines.

    De leur côté, les Français dénoncent une "campagne " contre leurs établissements bancaires, parmi les plus chahutés en Bourse. Et soupçonnent les banques rivales britanniques de mettre de l'huile sur le feu, en alimentant les plus folles rumeurs.

    La résistance des Européens face à la pression des marchés et de leurs partenaires internationaux s'effrite au fur et à mesure que "la crise des dettes se transforme en crise bancaire, au coeur de la zone euro", comme le relate un dirigeant du FMI.

    Mi-septembre déjà, les banques françaises - mais elles ne sont pas seules - commencent à avoir du mal à se financer en dollars auprès de leurs consoeurs américaines. Cet assèchement du marché interbancaire contraint la Banque centrale européenne (BCE) et ses homologues, dont la réserve fédérale américaine (FED), à mettre en place un dispositif exceptionnel de financement en devise américaine.

    Dans la foulée, la confiance entre banques européennes s'évapore aussi peu à peu, sur fond de contagion de la crise des dettes. Les banques sont jugées capables de supporter un défaut plus ou moins large de la Grèce, mais on -s'interroge sur leurs capacités de résistance en cas de naufrage de l'Italie ou de l'Espagne. Les stress tests, menés en juillet, n'ont pas fait toute la transparence. Les banques se ruent sur les liquidités offertes par la BCE.

    Ces financements n'offrent qu'un répit de courte durée. Les Etats-Unis et les pays émergents font le siège des ministres des finances de la zone euro, lors de l'assemblée du FMI, à Washington le 22 septembre, pour les forcer à agir rapidement.

    DEXIA ACCÉLÈRE LA PRISE DE CONSCIENCE

    Côté européen, deux écoles s'affrontent. A l'instar du Fonds monétaire international, certains Etats, comme le Royaume-Uni et la Suède, préconisent une intervention massive afin de créer un "choc de confiance". En face, la France se méfie d'une action précipitée, qui donnerait à croire aux marchés que les banques ont bien un problème. Paris craint de perdre son triple A en cas de plans massifs de recapitalisation.

    Pour respirer un peu, les banques françaises se lancent dans des cessions d'actifs. Exactement ce que cherche à éviter le FMI, qui se méfie d'un repli sur soi susceptible d'amplifier les risques de -récession.

    Mais la France n'entend pas -faire mouvement à moins d'impliquer le Fonds européen de stabilité financière dans la recapitalisation. Ce que refuse l'Allemagne, qui privilégie le recours au marché, et surtout, le financement national des plans d'aide. Les tensions font une première victime : Dexia, pas remise d'un premier sauvetage en septembre 2008.

    Le démantèlement en urgence de la banque franco-belge est sur le point d'être bouclé par les gouvernements français et belges. La chute du banquier des communes accélère la prise de conscience des Européens, et oblige les Français à bouger.

    Philippe Ricard

    "Aucune divergence franco-allemande"

    La France est favorable à une coordination au sein de la zone euro pour recapitaliser les banques européennes. Et ce afin de déterminer le capital nécessaire, le calendrier et les outils d'une telle opération, a-t-on déclaré au ministère des finances, vendredi 7 octobre. "Il n'y a aucune divergence -franco-allemande, ajoute-t-on à Bercy, nous sommes d'accord avec l'Allemagne sur le fait qu'il faut plus de capital dans les banques, y compris françaises." Ne serait-ce que pour satisfaire aux nouvelles normes internationales de Bâle-III, qui obligent les établissements financiers à renforcer leurs fonds propres et dont les grandes banques françaises ont déjà prévu d'accélérer la mise en oeuvre.

    "Les sources de capitalisation doivent d'abord être privées, poursuit Bercy, en dernier -ressort seulement il faudra faire appel à des injections de -capitaux publics."

    Reste à savoir quelle forme pourraient prendre les financements publics. "Nous n'en avons pas encore discuté au niveau européen", affirme le ministère.

    Article paru dans l'édition du 09.10.11 http://www.lemonde.fr/economie


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