• "Avant chaque conseil, je récite mon chapelet"

     

    Politique - le 30 Avril 2013

    Extrême droite

    Intégrisme : "Avant chaque conseil, je récite mon chapelet"

    Plusieurs mouvements d’intégristes catholiques 
se sont retrouvés 
ce week-end à Paris pour un Congrès de la France catholique, durant lequel 
ils ont décidé de peser politiquement sur les élections municipales de 2014. Enquête.

    Depuis l’élection de François Hollande, la France réactionnaire ne se mobilise pas que dans la rue. D’autres terrains d’action l’appellent. Ainsi les catholiques intégristes, qui organisaient le week-end dernier(1) le Congrès de la France catholique. Si la séquence contre le mariage pour tous n’est pas achevée, ils estiment que les élections municipales de 2014 sont une étape obligatoire. Le « premier pas dans l’installation du règne de Christ roi ».

    « Comment un catholique peut-il s’engager à l’échelon municipal ? » Charles Perrot, conseiller régional de Rhône-Alpes du Front national (dont il a été secrétaire départemental, dans la Loire), s’appuie sur la doctrine du pape Pie X pour expliquer « où doit se faire l’engagement des catholiques » : la commune est le « bon niveau d’action ». Selon l’ancien mandataire financier des deux dernières campagnes présidentielles de Jean-Marie Le Pen, on peut y « agir librement : pas d’investiture d’un parti, pas d’inféodation à un programme » dans une certaine mesure. Car Charles Perrot cite également de mémoire monseigneur Lefebvre, le chef de file des catholiques intégristes français : « Vous n’avez pas le droit de laisser votre pays envahi par les socialistes et les communistes. »

    Antisuffrage universel, antirépublicain, royaliste…

    Antisuffrage universel, antirépublicain, royaliste… Ces catégories, citées par Perrot, auront du mal à s’intégrer dans le jeu démocratique pour se faire élire. Qu’importe, puisqu’il pense que « la petite commune échappe au principe du suffrage universel ». Charles Berthollet, maire de Rouvray, un village de 368 habitants de l’Yonne, typique de ces communes visées, livre sa recette : la liste unique. Cadres, employés, femmes, personnes âgées, « plus la liste est ‘‘représentative’’, plus vous excluez la présence d’une liste concurrente ». Le frontiste Perrot approuve. Selon lui, dans ces communes, on place le « sens du réel (sic), l’honnêteté, la disponibilité, etc., avant l’étiquette politique ». Quant au suffrage universel, « je vous rassure, je suis contre moi aussi ». Autant pour le discours officiel de la présidente de son parti, Marine Le Pen. Pour rappel, l’abbé Laguérie, membre de la Fraternité Saint-Pie X jusqu’en 2004, avait reconnu en 1991 le Front national comme « le parti le moins éloigné du droit naturel ». Ce même ordre « naturel » qui les fait se confronter à la « loi des hommes », jusqu’à vouloir continuer d’organiser le « chahut des ministres » contre le mariage pour tous, « jusqu’à ce qu’ils cèdent, qu’ils tombent, qu’ils disparaissent ».

    Loin de ces « chahuts », ces catholiques extrémistes recherchent donc une implantation locale. Une position plus discrète, mais pour y faire quoi, au juste ? Au sein du conseil municipal, on peut « augmenter l’influence catholique », estime un participant. Rouvray est une de ces communes « qui échappent au système de la partitocratie », représentative de celles que les organisateurs ciblent. « Avant chaque conseil municipal, je récite mon chapelet pour demander à la Sainte Vierge de venir présider », lâche son maire. Sans doute est-ce elle qui lui aura soufflé cet acte de charité : « Cette année, nous avons supprimé la dernière subvention que nous accordions encore : une participation aux repas de la cantine scolaire. »

    "Riposter. Comme Jésus a chassé les marchands du temple"

    Frédéric Abraham, conseiller municipal de Bois-Guillaume-Bihorel, 13 000 habitants, en Seine-Maritime, a bien retenu la leçon de Charles Perrot : s’implanter dans un exécutif municipal, c’est « apprendre le fonctionnement » de l’institution politique pour « aller plus loin ». En intégrant par exemple la commission menus des écoles « pour supprimer la viande le vendredi », comme le suggère Frédéric Abraham, ou la commission culture, pour « favoriser de bonnes manifestations ». Et parfois, « on arrive à impliquer d’autres membres de la municipalité », comme pour « s’opposer à cette histoire de morale laïque à l’école », en préservant « la possibilité pour les enfants d’aller au catéchisme ». « Le maire s’y est engagé », plastronne-t-il.

    L’abbé Xavier Beauvais, admirateur du dirigeant d’extrême droite belge Léon Degrelle et l’une des figures de la Fraternité Saint-Pie X, veut accélérer : 2014 sera une « occasion essentielle d’installer des îlots de chrétienté dans un monde en tourment. Des lieux d’où devront partir des mouvements de reconquête ». C’est ce qu’Alain Escada, président de l’association Civitas, en première ligne dans tous les combats intégristes du moment, appelle le « besoin de résistance » face à « un monde qui s’effondre ». Et de prendre en exemple un illustre prédécesseur : « Ce n’est que justice de riposter. Comme Jésus a chassé les marchands du temple », les intégristes veulent eux aussi jeter dehors « les ennemis de la patrie » et les « ennemis de la foi ». C’est d’ailleurs le mot d’ordre d’une manifestation, le 26 mai. En attendant mieux, car il faut « agir dans le monde dans lequel on est », dans une démocratie ou, « pire » encore, une République. « Évidemment, on aimerait pouvoir prendre son épée et imposer la volonté du bon Dieu partout », dira Frédéric Abraham. Évidemment…

    (1) Civitas, l’Association catholique des infirmières et médecins et le groupe anti-avortement Laissez-les vivre.

    Société - le 2 Mai 2013

    Cactus persona non grata

    Marc Le Fur(ieux), le député de la calotte

    Cactus. Persona non grata. Dans l’Humanité, on ne cède pas aux jeux de mots vaseux sur les noms de famille. Mais venant d’un député qui s’est permis d’appeler la ministre d’origine 
coréenne «pot de Fleur Pellerin», c’est plus fort que nous. Le député UMP des Côtes-d’Armor ne volera pas le surnom de Marc Le Fur(ieux). Sur Twitter, il est souvent hashtagué « #Marc le Führ(er) », c’est dire notre mesure. Mais tout de même, c’est un sacré personnage, ce député breton.

    Né à Dakar au Sénégal en 1956 parce que, comme il l’écrit sur son blog, son père, « comme bien des Bretons de sa génération, a dû s’expatrier pour travailler successivement en Afrique puis à Paris », il a à son actif plus de quarante interventions contre la loi ouvrant le mariage à toutes et tous. Avec citations du penseur facho Charles Maurras et bagarre violente dans l’Assemblée qui lui vaut d’être privé pendant un mois du quart de son indemnité parlementaire (moins 1 400 euros environ). Chapeau pour celui qui représente l’UMP au bureau de l’Assemblée nationale, organe disciplinaire du Palais Bourbon !

    En 2012, Le Fur(ieux) a sauvé son siège de la vague rose. Victoire bénie par les catholiques intégristes qu’il avait défendus lorsqu’ils s’opposaient avec violence à la pièce de Castellucci, Sur le concept du visage de Dieu. Cette victoire, il l’a décrochée en ôtant toute référence directe à l’UMP et en laissant traîner sur Internet des propositions datant de 2005, comme «la hausse du Smic qui devra être suivie par tous les salaires et notamment les plus modestes» et le départ à la retraite « avant 60 ans de 
tous les Français qui ont commencé à travailler très jeunes».

    Le 18 avril dernier, aux Invalides, Marc Le Fur(ieux) a entendu les jeunes membres 
extrêmes droitisants, pendant la manif des anti-mariage pour tous, scander « Taubira tête de rat ». Mais il est resté, bien après les appels à se disperser, pour défendre cette « jeunesse pacifique », face aux forces de l’ordre, qui selon lui avaient sans doute reçu « des instructions disproportionnées pour accomplir une tâche qui est pour le coup inquiétante ». Inquiétant, surtout, de le voir, lui, vice-président de l’Assemblée nationale, jouer les provocateurs, allant jusqu’à coller une calotte à un gendarme, faisant valser son calot sur le pavé. Aucun coup de matraque en retour. Pas grave, le député trouve toujours quelque chose à twitter. Il a même atteint le seuil maximal de 5 000 amis sur Facebook. Qu’à cela ne tienne, il a créé une page illimitée. On n’arrête pas le(ur) progrès ?

    «Internet peut provoquer des rassemblements qui posent de lourds problèmes sanitaires.» Mais Le Fur tweete et baigne dans les manifs anti-mariage gay.


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