• Austérité créatrice de chômage en France et en Europe

    Austérité créatrice de chômage en France et en Europe

     
     

    François Hollande et les gouvernants européens nous emmènent dans le mur car ils ne sont pas guidés par l’intérêt collectif mais par les marchés financiers… C’est en quelque sorte ce que nous disent les chiffres que l'institut européen de statistiques Eurostat publie mardi les chiffres du chômage du mois de mars dans la zone euro. Un nouveau record absolu est atteint avec 19,2 millions de chômeurs, soit 12,1 % de la population active. La Grèce est toujours en tête avec 27,2 % de chômeurs, et 59,1 % chez les jeunes.
    Les dirigeants européens se doivent de refermer la « parenthèse libérale » et de cesser de s'accrocher au « mythe » de l'efficacité des marchés libres pour réguler l'économie, avec l'équilibre budgétaire et l'inflation nulle pour principes. L’Europe et les pays de l’OCDE traversent une des plus graves crises qu’ils aient connue, si ce n’est la plus grave, depuis la révolution industrielle. Si les effets de la crise actuelle apparaissent moins criants que ceux de la Grande Dépression, associée dans l’imaginaire collectif à des queues sans fin de pauvres hères affamés à la porte des soupes populaires, le choc aujourd’hui n’en est pas moins rude. Les pertes d’emploi, la déqualification, la désocialisation, des vies brisées, c’est toujours ça la crise.

     
     
    L'Europe du Sud est submergée par le chômage. A l'opposé de cette déferlante, l'Europe du Nord est présentée comme apaisée... Il est vrai que les taux de chômage y ont moins mauvaise allure, mais cette présentation est en trompe-l'œil. Elle tend à accréditer l'idée que le pragmatisme nordique permettrait de mieux tirer son épingle du jeu que la prétendue rigidité prévalant au Sud. L'aire méditerranéenne gagnerait, nous affirme-t-on, à goûter enfin aux plaisirs de la flexibilité.

    La réalité est tout autre. Ainsi, dans nombre de pays de l'Europe du Nord, le chômage est minoré par l'importance du travail à temps partiel. Celui-ci représente près de la moitié des emplois aux Pays-Bas, 26,5%, plus du quart, en Allemagne et en Suède, 25,7% en Autriche, 25% en Belgique,... contre 7,è% en Grèce, 14,7% en Espagne, 17% en Italie et 18% en France. En Allemagne, par exemple, il y a un sous-emploi caché. 1,8 million de travailleurs à temps partiel préféreraient travailler à plein-temps. Ils représenteraient 17,1% de l'ensemble des temps partiels et 4,5% du total des emplois. Si on les ajoute aux chômeurs officiellement recensés, on atteint un taux de chômage supérieurs à 9%. De plus, la proportion de travailleurs ayant un bas salaire est, outre-Rhin, l'une des plus fortes d'Europe. Des centaines de milliers d'entre eux sont ainsi payés 450 euros par mois. En vérité, le sous-emploi, la précarité progressent au Nord comme au Sud de l'Europe. Certes un inventaire des différents modèles s'impose et, par exemple, le dispositif allemand de chômage partiel mérite attention même si là aussi il s'agit d'y jeter un regard critique.

    Cependant, dans chacune de ces régions du continent, c'est un nouveau modèle social qui est à inventer. Le besoin d'une sécurisation de l'emploi et de la formation est devenu une donnée universelle même s'il peut prendre ici ou là des formes différentes. Sécuriser l'emploi est l'une des conditions essentielles  pour sortir d'une crise du capitalisme nourrie par des nouvelles technologies aujourd'hui sous la tutelle des marchés.

    Pour mettre un terme à ce désastre, il faut promouvoir une nouvelle croissance équilibrée, écologique et partagée, créer des emplois qualifiés de qualité, il faut mettre la révolution informationnelle au service du développement humain.


    Le taux de chômage à 12,1% dans la zone euro
     
    À 10,9% dans l'UE27
     
    Dans la zone euro (1) (ZE17), le taux de chômage (2) corrigé des variations saisonnières (3) s’est établi à 12,1% en mars 2013, en hausse par rapport au taux de 12,0% de février (4). Dans l’UE271, le taux de chômage a été de 10,9%, stable par rapport au taux de février (4). Dans les deux zones, les taux ont augmenté de façon significative par rapport à mars 2012, où ils se situaient respectivement à 11,0% et 10,3%. Ces chiffres sont publiés par Eurostat, l’office statistique de l'Union européenne.
     
    Selon les estimations d’Eurostat, 26,521 millions d’hommes et de femmes étaient au chômage en mars 2013 dans l’UE27, dont 19,211 millions dans la zone euro. Par rapport à février 2013, le nombre de chômeurs a augmenté de 69 000 dans l'UE27 et de 62 000 dans la zone euro. Comparé à mars 2012, le chômage s'est accru de 1,814 million dans l'UE27 et de 1,723 million dans la zone euro.
     
    Parmi les États membres, les taux de chômage les plus faibles ont été enregistrés en Autriche (4,7%), en Allemagne (5,4%) ainsi qu’au Luxembourg (5,7%), et les plus élevés en Grèce (27,2% en janvier 2013), en Espagne (26,7%) et au Portugal (17,5%).
     
    Sur un an, le taux de chômage a augmenté dans dix-neuf États membres et a baissé dans huit. Les plus fortes hausses ont été enregistrées en Grèce (de 21,5% à 27,2% entre janvier 2012 et janvier 2013), à Chypre (de 10,7% à 14,2%), en Espagne (de 24,1% à 26,7%) et au Portugal (de 15,1% à 17,5%). Les baisses les plus marquées ont été observées en Lettonie (de 15,6% à 14,3% entre les quatrièmes trimestres 2011 et 2012), en Estonie (de 10,6% à 9,4% entre février 2012 et février 2013) et en Irlande (de 15,0% à 14,1%).
     
    Entre mars 2012 et mars 2013, le taux de chômage des hommes a augmenté, passant de 10,8% à 11,9% dans la zone euro et de 10,2% à 10,9% dans l’UE27. Le taux de chômage des femmes s'est également accru, passant de 11,3% à 12,2% dans la zone euro et de 10,4% à 11,0% dans l’UE27.
     
    En mars 2013, 5,690 millions de jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage dans l'UE27, dont 3,599 millions dans la zone euro. Par rapport à mars 2012, le nombre de jeunes chômeurs a augmenté de 177 000 dans l'UE27 et de 184 000 dans la zone euro. En mars 2013, le taux de chômage des jeunes s'est élevé à 23,5% dans l’UE27 et à 24,0% dans la zone euro, contre respectivement 22,6% et 22,5% en mars 2012. Les taux les plus bas en mars 2013 ont été observés en Allemagne et en Autriche (7,6% chacun) ainsi qu’aux Pays-Bas (10,5%), et les plus élevés en Grèce (59,1% en janvier 2013), en Espagne (55,9%), en Italie (38,4%) et au Portugal (38,3%).
     
    En mars 2013, le taux de chômage était de 7,6% aux États-Unis. Il était de 4,3% au Japon en février 2013.
     
    Taux de chômage en mars 2013, données corrigées des variations saisonnières* Janvier 2013 ** Février 2013 *** 4ème trimestre 2012
     
    1. La zone euro (ZE17) comprend la Belgique, l'Allemagne, l'Estonie, l'Irlande, la Grèce, l'Espagne, la France, l'Italie, Chypre, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, l'Autriche, le Portugal, la Slovénie, la Slovaquie et la Finlande.
     
    L'UE27 comprend la Belgique (BE), la Bulgarie (BG), la République tchèque (CZ), le Danemark (DK), l’Allemagne (DE), l’Estonie (EE), l’Irlande (IE), la Grèce (EL), l’Espagne (ES), la France (FR), l’Italie (IT), Chypre (CY), la Lettonie (LV), la Lituanie (LT), le Luxembourg (LU), la Hongrie (HU), Malte (MT), les Pays-Bas (NL), l’Autriche (AT), la Pologne (PL), le Portugal (PT), la Roumanie (RO), la Slovénie (SI), la Slovaquie (SK), la Finlande (FI), la Suède (SE) et le Royaume-Uni (UK).
     
    2. Eurostat calcule des taux de chômage harmonisés pour les États membres, la zone euro et l'UE. Ces taux sont basés sur les définitions recommandées par l’Organisation internationale du travail (OIT). Le calcul est basé sur une source harmonisée, l'enquête communautaire sur les forces de travail.
     
    Sur la base de la définition de l’Organisation internationale du travail, Eurostat définit les personnes au chômage comme les personnes de 15 à 74 ans qui:
     
    - sont sans travail;
     
    - sont disponibles pour commencer à travailler dans les deux semaines;
     
    - et ont activement recherché un emploi pendant les quatre semaines précédentes.
     
    Le taux de chômage correspond au nombre de chômeurs en pourcentage de la population active. La population active regroupe quant à elle l’ensemble des personnes ayant un emploi et des chômeurs. Dans ce communiqué de presse, les taux de chômage se basent sur les données de l'emploi et du chômage couvrant les personnes âgées de 15 à 74 ans, à l'exception de l'Espagne, de l'Italie et du Royaume-Uni, pour lesquels la limite d'âge inférieure est de 16 ans (en Espagne et en Italie, c'est l’âge minimum légal pour travailler). En outre, les données sur le chômage utilisées pour l'Italie incluent également les plus de 74 ans.
     
    Le nombre de chômeurs et le taux de chômage mensuel sont estimés sur la base des données de l’enquête communautaire sur les forces de travail, qui est une enquête auprès des ménages réalisée dans tous les pays sur la base de définitions arrêtées d’u n commun accord. Les résultats sont interpolés/extrapolés en données mensuelles, en utilisant les données d’enquêtes nationales et les statistiques mensuelles nationales sur le chômage enregistré. Les données les plus récentes sont donc provisoires. Les résultats de l’enquête sur les forces de travail sont disponibles 90 jours après la fin de la période de référence pour la plupart des États membres.
     
    Les séries mensuelles sur le chômage et l’emploi sont calculées dans un premier temps au niveau de quatre catégories (hommes et femmes de 15 à 24 ans, hommes et femmes de 25 à 74 ans) pour chaque État membre. Ces séries sont ensuite corrigées des variations saisonnières et tous les agrégats au niveau national et européen sont calculés.
     
    Les États membres peuvent également publier d’autres taux, par exemple ceux basés sur les chômeurs enregistrés ou des taux basés sur des enquêtes nationales sur les forces de travail ou sur des enquêtes équivalentes. Ces taux peuvent différer dans une faible mesure de ceux publiés par Eurostat en raison de définitions ou de choix méthodologiques différents.
     
    3. Les données non-ajustées des variations saisonnières ainsi que la tendance-cycle sont disponibles dans la base de données statistiques sur le site web d'Eurostat.
     
    4. Par rapport aux taux publiés dans le communiqué de presse 50/2013 du 2 avril 2013, les taux de chômage du mois de février 2013 pour la ZE17 et pour l'UE27 sont restés inchangés respectivement à 12,0% et à 10,9%. Parmi les États membres, le taux a été révisé de 0,2 point de pourcentage pour l’Espagne et de 0,7 point de pourcentage pour la Grèce (pour décembre 2012). Les révisions résultent principalement de l'intégration, dans le processus de calcul, des données les plus récentes de l’enquête communautaire sur les forces de travail ainsi que des mises à jour des séries corrigées des variations saisonnières.
     
    Les données de l'enquête sur les forces de travail mentionnées ci-dessous ont été utilisées dans le calcul des taux de chômage mensuels publiés dans ce communiqué de presse:
     
    Pour la République tchèque, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, l'Autriche, la Roumanie, la Finlande et la Suède: données mensuelles jusqu'en mars 2013.
     
    Pour la Grèce: données mensuelles jusqu'en janvier 2013.
     
    Pour l'Estonie et la Hongrie: données mensuelles (moyenne mobile sur 3 mois) jusqu'en janvier, février et mars 2013.
     
    Pour le Royaume-Uni: données mensuelles (moyenne mobile sur 3 mois) jusqu'en décembre 2012, janvier et février 2013.
     
    Pour l’Espagne : données trimestrielles jusqu’au 1er trimestre 2013.
     
    Pour la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, l'Irlande, la France, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, la Pologne, le Portugal, la Slovénie et la Slovaquie: données trimestrielles jusqu'au 4ème trimestre 2012.
     
    5. L'Italie a mis en œuvre une méthode pour produire des données mensuelles du chômage exclusivement basées sur l'enquête sur les forces de travail. Pour le moment, ces données doivent être considérées comme provisoires.
     
    6. Lettonie: données trimestrielles pour toutes les séries.
     
    Chypre, Roumanie et Slovénie: données trimestrielles pour le chômage des jeunes.
     
    7. Pour l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande et l’Islande, la tendance-cycle a été utilisée à la place des données corrigées des variations saisonnières jugées trop volatiles.
     
    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-30042013-BP/FR/3-30042013-BP-FR.PDF
     
     


    Le taux d’inflation annuel de la zone euro en baisse à 1,2%
    Le taux d'inflation annuel1 de la zone euro2 est estimé à 1,2% en avril 2013, en baisse par rapport au mois de mars3, où il était de 1,7%, selon une estimation rapide4 publiée par Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne.
    S'agissant des principales composantes de l'inflation de la zone euro, l'alimentation, les boissons alcoolisées & le tabac devraient connaître le taux annuel le plus élevé en avril (2,9% contre 2,7% en mars), suivis des services (1,1% contre 1,8% en mars), des biens industriels hors énergie (0,8% contre 1,0% en mars) et de l'énergie (-0,4% contre 1,7% en mars).
     
     
    Les marchés libres n’assurent pas un fonctionnement harmonieux de l’économie. La poursuite des intérêts particuliers ne garantit aucunement la réalisation du bonheur commun comme les économistes libéraux des années 1920-30 voulaient nous le faire croire. Aujourd’hui, plus qu’hier encore, nous n’avons aucune raison de croire aux vertus du marché libre.
     
    Mais les mythes ont la vie dure, les fables simplistes se retiennent facilement et le jeu complexe de la recherche des petits et des gros intérêts de chacun peut contribuer à en assurer la survie, alors même que les disciplines qui les ont vu naître ne permettent plus de les fonder. La révolution libérale qui a atteint son apogée au début des années 1980, avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux Etats-Unis, n’a pas fait long feu du point de vue théorique.
     
    Les monétaristes et les nouveaux-classiques, dont le programme de recherche consistait explicitement à réhabiliter la vision classique smithienne du fonctionnement de l’économie, dans sa version la plus simpliste, et à décrédibiliser l’action publique et les politiques macroéconomiques conjoncturelles, ont échoué, même s’ils ont laissé une empreinte très forte sur la théorie économique contemporaine, pour le meilleur et pour le pire.
     
    Pourtant, la parenthèse libérale ne semble pas vouloir se refermer en pratique. Nos décideurs politiques, comme la plupart des commentateurs économiques, continuent de raisonner dans un cadre théorique où l’efficacité des marchés serait la règle plutôt que l’exception et s’arc-boutent sur des dogmes libéraux, sans fondements théoriques solides, aujourd’hui érigés en principes de vertu : l’inflation nulle et l’équilibre budgétaire. En se pliant à ces principes, de manière aussi aveugle que stupide, les gouvernements européens se privent de toute marge de manœuvre conjoncturelle pour peser sur l’activité économique.
     
    Mener une politique budgétaire procyclique en plein cœur d’une récession sans précédent, ne peut qu’aggraver dangereusement la récession.
     
    Ainsi, Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, affirmait déjà en mai 2010 : « L'Europe va dans la mauvaise direction […], elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n'est pas ce qu'il faut faire. »
     
    Olivier Blanchard, directeur du département des études du Fonds monétaire international, déclarait le 24 janvier 2012, après l’annonce du FMI d’une révision à la baisse de ses prévisions de croissance de la zone Euro : « Il faut continuer de rééquilibrer les budgets, mais à un rythme approprié. La réduction de la dette, c'est un marathon, et pas un sprint. Une action trop rapide tuera la croissance et torpillera la reprise. »
     
    En France, Thomas Piketty, lauréat 2013 du prestigieux prix Yrjö Jahnsson du meilleur économiste européen de moins de 45 ans, affirmait, en septembre 2012 : « On se retrouve à faire de l'austérité à marche forcée, soit disant pour rétablir notre crédibilité, alors que tout le monde sait que cette politique conduira à plus de récession et plus d'endettement. »
     
    Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, déclarait en septembre 2012 : « Mon propos contre les politiques d'austérité s'adresse aux pays qui ont encore le choix. Ni l'Espagne ni la Grèce ne pouvaient s'affranchir des exigences allemandes et prendre le risque de se faire couper les vivres. Mais, de mon point de vue, la France n'est pas dans une situation budgétaire critique et n'a pas autant besoin d'une politique de rigueur. »
     
    Maurice Obstfeld, grand spécialiste d’économie internationale, professeur à l’Université de Berkeley, écrivait, en janvier 2013 : « Des politiques trop ambitieuses de réduction des dettes nationales et des déficits publics ne devraient pas être mises en œuvre en temps de récession, en particulier dans les récessions telles que celles de la crise actuelle qui affectent tous les pays en même temps. »
     
    Charles Wyplosz, économiste français, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (Genève), spécialiste internationalement reconnu des crises monétaires, écrivait encore, le 29 mars 2013 : « On sait bien qu’un pays qui se retrouve avec une dette trop élevée ne peut la ramener à un niveau confortable que très, très lentement, sur plusieurs décennies. Rien ne presse donc, et le faire à marche forcée en situation de récession et de chômage en augmentation n’a aucun sens économique. »
     
    Mais alors, jusqu’où nous conduira-t-on dans la récession et pour quels bénéfices ?
     
    A force de prévoir des reprises qui ne viennent pas, de prévoir des taux de croissance qui ne se réalisent pas, de laisser le discours libéral le plus crasse s’accréditer dans les milieux d’affaires, le monde des experts et le monde technocratique, alors que dans le même temps, les peuples ne font que constater une réalité sociale qui se durcit, comment les économistes pourraient-ils encore être entendus dans l’opinion ?
     
    Comment s’étonner que personne ne s’inquiète des mises en garde du FMI, lui qui n’a eu de cesse de défendre et d’imposer, dans la plupart des pays en développement, avec le peu de succès qu’on leur connaît, depuis près de quarante ans maintenant et de manière inflexible, les mêmes politiques d’austérité ?
     
    Si la rupture entre les peuples européens et leurs élites s’accroît (voir l'eurobaromètre), c’est que les peuples ont compris que la politique menée actuellement en Europe, en approfondissant la crise, servait les intérêts à courte vue des banques et des industriels.
     
    L’intérêt des banques aujourd’hui, tant qu’elles savent qu’en dernier recours les gouvernements les sauveront, est d’exiger des taux d’intérêt toujours plus élevés au fur et à mesure que les pays s’enfoncent dans la crise.
     
    L’intérêt des entreprises est de voir se développer le chômage de masse et d’invoquer la récession et la compétitivité pour finir de démanteler les systèmes de régulation, de protection et de redistribution afin d’accroître leur profit en pesant toujours plus sur les salaires.
     
    Or les intérêts de court terme sont bien souvent incompatibles avec les intérêts de long terme. Rationnels, les acteurs le sont, à l’horizon qui est le leur. Ce faisant, qu’ils en aient ou non conscience, ils minent les sources de la croissance future et appauvrissent l’ensemble de la société. La situation actuelle n’est que l’illustration de la faillite de la main invisible du marché.
     
    Le marché, on le sait, ne redistribue pas, il préserve le statu quo et tend à renforcer les positions dominantes. Il n’est donc pas surprenant de constater que le mouvement de libéralisation des économies, entamé au milieu des années 1970, se soit accompagné d’une tendance au creusement des inégalités à l’intérieur des pays. Dans une économie de marché, il y a des forces sous-jacentes puissantes de perpétuation et de renforcement des inégalités qui peuvent maintenir ou enclencher des dynamiques perverses.
     
    Le mouvement de dérégulation est allé si loin aujourd’hui, notamment dans le domaine financier, que les rentes de situation sont devenues gigantesques et les incitations pour sécuriser ces rentes et faire pression sur les gouvernements pour aller dans le sens de toujours plus de dérégulation et moins de redistribution se sont considérablement accrues.
     
    Nous avons de bonnes raisons de s’inquiéter de cette évolution des inégalités. La redistribution des revenus, en imposant une limite aux inégalités, joue un rôle majeur dans la perpétuation de la cohésion sociale et, ce faisant, elle renforce l’efficacité économique et bénéficie à chacun. C’est pourquoi Thomas Piketty insiste tant, et avec raison, sur la fiscalité. Une société riche en moyenne, dans laquelle l’essentiel de la richesse est concentré entre les mains d’un petit nombre d’individus, n’est socialement et donc économiquement pas tenable. Il y a une frontière à ne pas dépasser, c’est celle de l’instabilité sociale et politique.
     
    La vieille idée libérale selon laquelle l’enrichissement de quelques-uns finirait par bénéficier à tous n’est fondée ni théoriquement, ni empiriquement.
     
    Comment peut-on imaginer qu’une société, même riche en moyenne, puisse survivre durablement et paisiblement à un taux de chômage des jeunes de plus de 50% et à un taux de chômage moyen de près de 30% comme on l’observe actuellement en Espagne et en Grèce. Nous n’avons aucun exemple historique qui nous permette de le croire. En tissant des liens, à travers différentes pratiques de lobbying, ouvertes ou déguisées, qui garantissent aux élites des avantages substantiels et facilitent leurs petites affaires, les puissances industrielles et financières et les rentiers du monde entier orientent de plus en plus clairement les décisions politiques dans un sens qui leur est favorable et s’approprient ainsi une part de plus en plus grande de la richesse créée, en contraignant de plus en plus d’individus à la misère.
     
    Les peuples européens fondamentalement ont compris ce que leurs élites s’évertuent à nier en criant au populisme. Mais le populisme a de belles heures devant lui. Le populisme, pour se développer, a besoin d’un terreau fertile que nos gouvernements déversent aujourd’hui à la pelle, dans toute l’Europe.
     
    Comme toutes les institutions, organisations, un gouvernement est confronté au problème de la mise en cohérence des intérêts individuels des membres qui le constituent, dans la réalisation de fins qui les dépassent. La communauté scientifique, intellectuelle, comme les autres, est confrontée elle aussi à ce problème. Quand l’imbrication entre la communauté scientifique, le personnel politique et les milieux d’affaires se généralise, le risque d’instrumentalisation et de dérive s’accroît. Quand un économiste académique travaille parallèlement pour une banque, il est peu probable qu’il soit incité à s’intéresser aux potentielles dérives du système bancaire et financier. Quand un ministre du budget fraude le fisc, il est peu probable qu’il soit le mieux placé pour lutter contre la fraude fiscale.
     
    Le mouvement général de dérégulation a ouvert des brèches dans la digue, et le flot des intérêts particuliers pourrait bien tous nous emporter. Il nous faudrait aujourd’hui, plus que jamais, quelques idéalistes ou pragmatiques visionnaires pour les refermer. Angela Merkel et François Hollande ne le sont, pour l’heure, ni l’un ni l’autre et il est à craindre qu’ils poursuivront dans leur politique mortifère pour les Européens.
     
    Publié par LE RACO MARSEILLE

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