• Robert FREEMAN


    Grand Soir 33Il n’y a pas beaucoup de sujets dans l’histoire des Etats-Unis – à part, peut-être, l’esclavagisme – aussi chargés que celui des bombes atomiques sur le Japon. Était-ce nécessaire ?

     

    Le simple fait de poser la question provoque indignation et même colère.

     

    Prenez l’exemple des cris d’hystérie qui ont provoqué la fermeture de l’exhibition au (musée) Smithsonian en 1995 qui avait simplement osé poser la question, cinquante ans après les faits. Aujourd’hui, onze ans plus tard, les états-uniens ont encore des problèmes pour faire face à la réalité.

     

    Mais la colère n’est pas un argument. L’hystérie ne se substitue pas à l’Histoire. La décision de lancer la bombe a été passée au filtre de l’appareil à fabriquer des mythes états-unien et a été transformée en tout et n’importe quoi, y compris en une sorte d’acte de préservation des Japonais de la part des Etats-Unis, comme si l’incinération de 200 000 êtres humains en une fraction de seconde pouvait constituer en quelque sorte un acte de bonté.

     

    Et pourtant la question revient sans cesse, et c’est une bonne chose : le lancement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki était-il une nécessité militaire ?

     

    La décision était-elle justifiée par l’urgence de sauver des vies ou y avait-il d’autres motivations en jeu ?


     La question de la nécessité militaire peut être rapidement écartée. « Le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires. » Ces paroles ne sont pas celles d’un révisionniste ou d’un écrivain gauchiste. Ce ne sont certainement pas les paroles d’un anti-américain primaire. Ces sont les paroles de Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des Etats-Unis. Eisenhower savait, comme toute la hiérarchie militaire des Etats-Unis, qu’au milieu de l’année 1945 le Japon était sans défense.

     

    Après la destruction de la flotte japonaise dans le golfe de Leyte en 1944, les Etats-Unis pouvaient bombarder sans risque les villes japonaises, y compris des bombardements incendiaires dantesques sur Tokyo et Osaka. C’est ce que le général en commande des forces aériennes des Etats-Unis, Henry H. Arnold, voulait dire lorsqu’il observa que « la situation des Japonais était sans espoir avant même le largage de la première bombe atomique parce que les Japonais avaient perdu le contrôle de leur propre espace aérien. » De plus, sans leur flotte, les Japonais, pauvres en ressources, avaient perdu la capacité d’importer les aliments, le pétrole, les fournitures industrielles indispensables pour mener une guerre mondiale.

     

    Suite à l’évidente futilité de toute résistance, les Japonais avaient pris contact avec les Russes pour tenter de négocier la fin de la guerre. Les Etats-Unis savaient déjà depuis longtemps décoder les messages japonais et savaient donc que les Japonais cherchaient depuis des mois à déposer les armes.

     

    L’amiral Chester W. Nimitz, Commandant en Chef de la flotte US du Pacifique, fit écho à cette réalité lorsqu’il écrivit, « En fait, les Japonais avaient déjà avoué leur défaite, la bombe atomique n’a joué aucun rôle sur le plan strictement militaire»

     

    L’Amiral William D. Leahy, chef de cabinet du Président Truman, a dit la même chose : « L’emploi des (bombes atomiques) sur Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune utilité dans la guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. »

     

    Les autorités civiles, et plus particulièrement Truman en personne, tenteront plus tard de récrire l’histoire en affirmant que les bombes ont été larguées pour sauver des millions de vies états-uniennes. Mais il n’y a tout simplement rien à l’époque qui puisse le confirmer. Au contraire, le document « US Strategic Bombing Survey » indiquait que « certainement avant le 31 décembre 1945, et probablement même avant le 1er novembre 1945, le Japon se serait rendu même si les bombes atomiques n’avaient pas été lancées. » La date du 1er novembre est importante parce que les Etats-Unis ne pouvaient pas organiser un débarquement au Japon avant cette date.

     

    En d’autres termes, l’opinion unanime et générale des officiers supérieurs les mieux informés de l’armée US est sans équivoque : il n’y avait aucune urgence militaire pour larguer des bombes atomiques sur le Japon.

     

    Mais si les bombes n’étaient pas justifiées sur le plan militaire, pourquoi ont-elles été employées ?

     

    La réponse se trouve en filigrane dans l’attitude des Etats-Unis envers les Russes, comment la guerre a pris fin en Europe et la situation en Asie.

     

    Depuis le début, les dirigeants états-uniens détestaient le gouvernement Russe. En 1919, les Etats-Unis ont mené une invasion de la Russie – la fameuse « Contre-Révolution blanche » - pour tenter de renverser la révolution Bolchévique qui a vu les communistes prendre le pouvoir en 1917. L’invasion a échoué et il a fallu attendre 1932 pour que les Etats-Unis rétablissent toutes leurs relations diplomatiques avec la Russie.


     Ensuite, au cours de la Grande Dépression, lorsque l’économie des Etats-Unis s’est effondrée, l’économie Russe a connu un essor, avec une croissance de près de 500%. Les dirigeants états-uniens craignaient, avec la fin de la guerre, de voir leur pays retomber dans une nouvelle Dépression. Et la Deuxième Guerre Mondiale n’a pas été gagnée par un système économique libéral, celui du laisser-faire, mais par un système économique hiérarchisé, pyramidal, planifié et contrôlé, comme celui préconisé par les Russes. En d’autres termes, le système Russe semblait efficace alors que celui des Etats-Unis était miné par de graves crises et une perte de confiance.

     

    De plus, pour vaincre l’Allemagne, l’armée russe avait marché sur Berlin à travers l’Europe de l’est. Elle occupait et contrôlait environ 600.000 km2, une zone qui couvrait la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Yougoslavie (pas sûr pour ce dernier – NdT). A Yalta, en février 1945, Staline a exigé de garder ces nouveaux territoires. La Russie, affirmait Staline avec raison, a été constamment envahie par les puissances occidentales, de Napoléon aux Allemands au cours de la première guerre mondiale et enfin par Hitler. La Russie a perdu plus de 20 millions d’hommes dans le Deuxième Guerre Mondiale et Staline voulait créer une zone tampon contre de futures invasions.


     A ce stade, en février 1945, les Etats-Unis ne savaient pas encore si la bombe allait fonctionner. Mais ils avaient sans aucun doute besoin de la Russie pour gagner la guerre à la fois en Europe que dans le Pacifique. Cette réalité militaire n’a pas échappé à Roosevelt : sans armée pour repousser les Russes en Europe et ayant besoin du soutien des Russes ailleurs, Roosevelt leur a concédé l’Europe de l’est et les Russes ont ainsi obtenu la plus grosse prise territoriale de la guerre.

     

    Ensuite, et c’est peut-être le plus important, à Yalta, Staline a accepté qu’à la fin de la guerre en Europe ses forces soient transférées en Asie et entrent en guerre dans le Pacifique contre le Japon, dans un délai de trois mois. Et c’est ici que le calendrier prend toute son importance. La guerre en Europe s’est terminée le 8 mai 1945.

     

    Ajoutez trois mois et vous tombez sur le 8 Août. Si les Etats-Unis voulaient empêcher la Russie d’occuper des territoires en Asie comme elle l’avait fait en Europe, il leur fallait mettre fin à la guerre le plus tôt possible.

     

    L’enjeu des territoires en Asie était particulièrement important parce qu’avant que la guerre avec le Japon n’éclate, la Chine avait connue une guerre civile entre le général nationaliste Chiang Kai Shek, soutenu par les Etats-Unis, et les communistes dirigés par Mao Ze Dong. Si la Russie communiste devait conquérir des territoires en Asie, elle aurait appuyé Mao avec sa puissance militaire considérable et la victoire de Mao aurait été inévitable.

     

    Après avoir vérifié que la bombe fonctionnait, le 15 juillet 1945, les évènements se sont précipités. Il n’y avait plus de temps à perdre en négociations avec les Japonais. Chaque jour perdu signifiait plus de territoires pour les Russes et donc plus de chances d’une victoire communiste dans la guerre civile en Chine. Toute l’Asie pouvait devenir communiste. Cela aurait été une catastrophe stratégique pour les Etats-Unis que d’avoir gagné une guerre contre les fascistes pour ensuite la remettre à ses ennemis héréditaires, les communistes. Les Etats-Unis devaient mettre fin à la guerre, non en l’espace de quelques mois, ni de quelques semaines, mais de quelques jours.

     

    Ainsi, le 6 août 1945, deux jours avant la date prévue de la déclaration de guerre de la Russie contre le Japon, les Etats-Unis ont largué la bombe sur Hiroshima. Les forces US ne couraient aucun risque à cette date et attendaient une réponse des Japonais qui avaient été sommés de se rendre. La première invasion de l’île était prévue dans trois mois et les Etats-Unis contrôlaient le déroulement de toutes les opérations militaires dans le Pacifique. Mais la question des Russes planait et précipita la prise de décision. Ensuite, trois jours plus tard, les Etats-Unis ont largué une deuxième bombe sur Nagasaki. Les Japonais se sont rendus le 14 août 1945, huit jours après l’explosion de la première bombe.

     

    Le général-major Curtis LeMay a commenté l’emploi de la bombe : « La guerre aurait pris fin en deux semaines, sans l’intervention des Russes et sans la bombe. La bombe atomique n’avait rien à voir avec la fin de la guerre. » Sauf qu’elle l’a accélérée pour priver les Russes de territoires en Asie.

     

    La justification de la bombe pour des raisons militaires qui a été rapidement bricolée après la fin de la guerre ne résiste pas à l’examen des réalités militaires de l’époque.

     

    A l’inverse, l’emploi de la bombe pour stopper l’expansion Russe et rendre les Russes, selon le terme révélateur de Truman, « plus faciles à gérer », est conforté par toutes les données connues et surtout par les motivations et intérêts des Etats-Unis.

     

    Quelle version de l’histoire faut-il accepter ? Celle qui ne tient pas la route mais qui a été sacrée par le dogme national ou celle qui tient la route mais ternit l’image que nous avons de nous-mêmes ? Notre façon de répondre dit tout sur notre degré de maturité et d’honnêteté intellectuelle.

     

    Il est parfois difficile pour un peuple de réconcilier son histoire avec ses mythes nationaux – des mythes d’innocence éternelle nimbée d’une morale Divine. C’est d’autant plus difficile que ce pays est engagé dans une nouvelle guerre et le pouvoir de tels mythes est indispensable pour obtenir l’adhésion de la population malgré une réalité moins glorieuse.


     

    Mais le but de l’histoire n’est pas de soutenir des mythes mais plutôt de les dénoncer afin que les générations futures puissent agir en meilleure connaissance de cause pour éviter que les tragédies du passé ne se reproduisent. Il faudra peut-être encore 60 ou 600 ans, mais la vérité sur la bombe finira par s’écrire non pas dans la mythologie mais dans l’histoire. Espérons que par la suite le monde sera plus en sécurité.

    Robert Freeman

    http://www.commondreams.org/views06/0806-25.htm

    Traduction « c’était qui le BHL de l’époque ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement les dégâts et retombées habituels.

    URL de cet article 14333 
    http://www.legrandsoir.info/etait-il-necessaire-de-lancer-des-bombes-atomiques-sur-le-japon-common-dreams.html


    votre commentaire
  • PCF Paris 15, 6 août 2011

     

    Il faut l’anniversaire des bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki pour que l’on reparle, un peu, de la menace de guerre nucléaire qui pèse sur le monde.

    L’accident de la centrale Fukushima a relancé un large débat sur le nucléaire civil, alimenté par les rivalités des multinationales de l’énergie (ce qui n’empêche pas les inquiétudes d’être sérieuses et fondées).

    Mais rien sur le nucléaire militaire, qui est pourtant, lui, développe de l’énergie uniquement pour tuer.

     

    Les bombes nucléaires seraient des armes dont on ne sert pas, paraît-il ?

     

    110807_Nagasaki.jpg Mais à Hiroshima le 6 août 1945, puis à Nagasaki le 9 août, les bombes ont bien été lâchées. Les destructions « massives », totales, ont fait quelque 200.000 morts sur le coup, des dizaines de milliers ensuite. Des rescapés, leur descendance, souffrent toujours des conséquences des radiations.

     

    Le crime des dirigeants des Etats-Unis avait un but militaire et politique.

    Il s’agissait peut-être de précipiter la reddition du Japon, sûrement d’affirmer la force du clan capitaliste face à l’Union Soviétique.

    Les Etats-Unis engageaient une course à l’armement nucléaire qui n’est pas achevée. Des dizaines de milliers d’Hiroshima sont toujours en réserves. « La prolifération » continue sur la planète.

     

    Quel « équilibre de la terreur » pourrait en retenir l’utilisation ?

     

    Au sommet de l’OTAN en décembre 2010 à Lisbonne, a été réaffirmé que « la défense anti-missile ne saurait se substituer à la dissuasion nucléaire ».

    Les programmes de recherche, les essais en laboratoire, continuent à mettre au point des armements nucléaires, à impact « limité », utilisables dans le cadre d’ « opérations extérieures ».

    C’est toujours le cas, par exemple, au Laser Mégajoule sur le Bassin d’Arcachon pour la part française.

    Rien n’est plus clair aujourd’hui que l’intégration totale du pseudo-programme de dissuasion française, dès le départ, dans la force de frappe de l’OTAN. L’illusion, aussi dangereuse que la réalité, d’une défense nucléaire européenne, a fait long feu. Un impérialisme et des bombes européens indépendants seraient-ils meilleurs ?

     

    La bataille pour le désarmement nucléaire est toujours d’une actualité pressante alors que l’impérialisme multiplie les foyers de tension dans le monde.

    La campagne, qui n’a pas cessé, pour une éventuelle intervention militaire contre l’Iran, supposé développer l’arme atomique, ne saurait faire oublier qu’Israël en dispose déjà, menaçant ses voisins. Comme l’Inde et le Pakistan…

     

    L’Appel de Stockholm de 1950 lancé par Frédéric Joliot-Curie et le Conseil mondial de la paix (15 millions de signatures en France) pourrait toujours faire l’objet d’une campagne massive de pétition*.

    Aujourd’hui, exigeons en France :

     

    -          Le démantèlement unilatéral de la force de frappe nucléaire française (qui coûte 3,5 milliards d’euros au budget de la Nation).

    -          Un engagement de la France pour la stricte application du Traité de non prolifération et pour l’abolition de l’arme atomique. 

     

    N’oublions jamais Hiroshima et Nagasaki !

     

     

    TEXTE DE L’APPEL DE STOCKHOLM, 19 MARS 1950 :

     

    " Nous exigeons l'interdiction absolue de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination massive des populations.
    Nous exigeons l'établissement d'un rigoureux contrôle international pour assurer l'application de cette mesure d'interdiction.
    Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n'importe quel pays, l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme criminel de guerre.
    Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel."

    Par PCF - Section Paris 15ème


    votre commentaire
  • Tandis que les dirigeants US se demandent avec quelle lenteur ils vont retirer leurs troupes d’Afghanistan – et débattent pour décider s’il faut ou non se retirer de l’Irak d’ici la fin de l’année – une nouvelle alliance de pays asiatiques est en train de remplir le vide laissé par l’Empire US en déclin. D’ici mi-juin, l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) pourrait représenter plus de la moitié de la population mondiale.

    Lire la suite de l'article ...


    votre commentaire
  •    

    http://media.rtl.fr/online/image/2011/0404/7674420955_des-employes-de-tepco-sur-le-site-de-fukushima-daiichi.jpg

    Et pendant ce temps...

    C'est beau comme un raport d'accident de la Cogéma.

    C'est fort comme une déclaration de Bouton déshéritant Kerviel

    C'est ... ce n'est que le capital.

    lisez, soupesez et jugez, c'est brut de décoffrage :

    La compagnie d’électricité japonaise Tokyo Electric Power (Tepco) a fait état vendredi d’une perte nette record de    quelque 11 milliards d’euros pour l’année budgétaire bouclée en mars, et va remplacer son patron, à cause du très grave accident nucléaire de Fukushima.

    Au terme de l’exercice d’avril 2010 à mars 2011, Tepco a affiché un déficit net de 1.247,35 milliards de yens (10,9    milliards d’euros), le pire jamais enregistré par un groupe non financier japonais.

    Tepco a notamment été forcé de prendre en compte de massives dépréciations d’actifs résultant de l’arrêt brutal et    définitif d’au moins quatre des six réacteurs de la centrale Fukushima Daiichi (N°1), mise à mal par le terrible séisme et le tsunami géant du 11 mars.

    Avant l’accident, Tepco espérait terminer l’année budgétaire passée en dégageant un bénéfice net de 110 milliards    de yens (près d’un milliard d’euros), une hypothèse ruinée le 11 mars par la catastrophe naturelle qui a dévasté le nord-est du Japon et provoqué le plus grave accident nucléaire depuis celui de    Tchernobyl il y a 25 ans en Ukraine.

    Le groupe, qui va bénéficier d’un soutien de l’Etat pour indemniser les victimes de ce désastre, est incapable de    faire des prévisions financières pour les mois à venir, la situation dans la centrale étant impossible à stabiliser avant au moins six mois.

    Par ailleurs, Tepco a annoncé que son actuel patron, Masataka Shimizu, allait quitter son poste et être remplacé    par Toshio Nishizawa, une décision qui doit être confirmée lors de l’assemblée générale des actionnaires prévue fin juin.

          

    Même pas un mots pour les victimes pas un pour s'excuser des délicatesses prise avec les normes    internationales de sécurité qui ont laissé libérer comme un mortel amplificateur la mort rayonnante.

    Les indemnisations dans la colonne passif.

    L'arret de la centrale mortifère comme une dépréciattion d'actifs

    Pas un mots pour ces travailleurs qui en conscience se sacrifient pour la collectivité et qui meurent...    pour les profits des actionnaires.

     

    http://www.goodplanet.info/var/ezwebin_site/storage/images/contenu/depeche/tepco-une-compagnie-d-electricite-trop-importante-pour-etre-sacrifiee/337254-1-fre-FR/Tepco-une-compagnie-d-electricite-trop-importante-pour-etre-sacrifiee_img-left.jpg

     

    En jetant un oeil sur libé de ce jour, on trouve ceci qui éclaire d'une lumière glauque ce qui précède : 

     

    "Eviter toute panique excessive des populations résidant autour des  réacteurs. Soumis psychologiquement à rude épreuve depuis le 11 mars, des Japonais feignent d’y vivre normalement mais sont en vérité tétanisés. «Le problème est que les rejets radioactifs dans l’air, dans le sol et l’eau continuent. Or, plus ils se  poursuivent, plus les rejets volatiles de césium menacent la santé des populations. Des centaines de milliers de personnes sont concernées dans un rayon de 100 kilomètres autour des  réacteurs», assure-t-on à l’université de Tokyo. Quant aux risques posés par la contamination de la chaîne alimentaire, ils sont confirmés «dans un rayon de 300 kilomètres».

     

    La semaine passée, les producteurs de thé de Kanagawa (à 270 km au sud de Fukushima) ont annoncé que leurs plantations étaient«contaminées» et impropres à la consommation. Pour Atsushi Kasai, un ancien membre de  l’Institut de recherche de l’énergie atomique du Japon, «la catastrophe de Fukushima est plus  grave que celle de Tchernobyl car cette fois, personne ne peut prédire comment la situation va évoluer».«Elle est aussi plus sérieuse, renchérit un expert, faisant allusion au million de  personnes vivant à Sendai, à 80 km au nord des réacteurs. Or, nous constatons, ces jours-ci,  de nouveaux dépôts de césium. Idéalement, pour un souci de santé publique, il faudrait pouvoir évacuer les enfants et les jeunes femmes de Sendai.»

     

    Au même moment, Tepco, qui vient d’annoncer qu’il faudra encore «six à  huit mois» pour sécuriser ses réacteurs, est une fois de plus montré du doigt pour sa gestion calamiteuse de la crise. «Le gouvernement et Tepco sont moins intéressés par le souci de protéger les gens que par celui de préserver  le monopole de l’industrie nucléaire», dénonce le mensuelSentaku, qui  constate qu’on cherche à faire payer la facture au public. Tepco a en effet accepté six conditions menant à sa quasi-nationalisation. Les milieux d’affaires nippons et le Keidanren (le cercle  du patronat) - dont le PDG de Tepco, Masataka Shimizu, est l’un des responsables - essaient quant à eux d’éviter la descente aux enfers du géant électrique.

    Rescousse. Après avoir dévissé de 2 100 yens  (18 euros) à 292 après le 11 mars, l’action Tepco vaut à peine 500 yens aujourd’hui. L’Etat nippon a décidé malgré tout de voler à sa rescousse, alors que ses avoirs sont  estimés à 60 milliards d’euros. Surprenant ? A peine. Ils sont en effet détenus par les grandes compagnies d’assurance et institutions financières - privées ou publiques - du pays . Le  premier financier de Tepco, la Banque de développement du Japon (propriété de l’Etat à 100%) lui a prêté, à ce jour, 300 milliards de yens. Après le 11 mars, les banques  Sumitomo et Mitsui lui ont versé des lignes de crédit de 600 milliards de yens. Le capital de Tepco est détenu par 600 000 actionnaires,  parmi lesquels de nombreux fonds de pension. 20% de ses avoirs sont détenus par des investisseurs étrangers. Jusqu’aux Etats-Unis, où certains se mordent les doigts d’avoir  investi dans ce géant synonyme de fiasco." 

     

    Le voila le modèle du capitalisme...rayonnant  

     

    Par canaille le rouge

     

     


    votre commentaire
  • Retrait d'Afghanistan: le gouvernement noie le poisson

    Théorie marxiste

    La France va prendre "le temps de la réflexion" concernant sa présence en Afghanistan, a déclaré ce mardi le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, alors qu'un débat est relancé sur le maintien de troupes françaises dans ce pays après la mort d'Oussama Ben Laden. (à lire aussi: Ben Laden localisé "grâce à" la torture)

    • Juppé et Longuet procrastinent

    "Retirer prématurément nos troupes d'Afghanistan, ce serait abandonner le gouvernement afghan qui nous demande de l'aider dans son combat contre le terrorisme et pour assurer à son peuple les conditions d'un développement démocratique harmonieux, explique Alain Juppé. C'est la raison pour laquelle la France en liaison avec ses alliés va prendre sur sa présence en Afghanistan le temps de la réflexion."

    Lors de la même séance des questions au gouvernement, son collègue de la Défense, Gérard Longuet, a demandé devant les députés du "sang-froid", du "réalisme", et de pouvoir "mesurer le travail" réalisé par les forces françaises sur le terrain.

    • Le but de guerre est atteint, explique Ayrault

    Le débat sur le retrait des troupes françaises d'Afghanistan a été relancé ce mardi matin par le président du groupe PS à l'Assemblée. Se félicitant que "le symbole du terrorisme soit tombé", Jean-Marc Ayrault avait estimé qu'il fallait "amorcer un retrait: l'objectif qui a conduit à l'engagement de la France en Afghanistan est largement atteint... Il y a besoin maintenant de changer de stratégie. Il faut amorcer un retrait des troupes françaises qui sont engagées", a-t-il ajouté. "Bien sûr, il faut le concerter avec nos partenaires", a-t-il précisé. Il faut "donner des signes qu'on se réoriente dans une autre direction", appelant à un débat "serein" et "très responsable" sur le sujet.

    • "Guerre illégitime" pour le PCF

    Pour le PCF, la mort de Ben Laden est un «événement important» pour «les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2011» et pour tous ceux «que les logiques terroristes plongent dans l’horreur». Le PCF souligne qu’avec cette disparition, 
la guerre en Afghanistan est « encore plus illégitime qu’elle ne 
l’a jamais été». «Le terrorisme ne légitime pas (…) les politiques de puissance», continue le communiqué, qui souligne 
que ce sont ces politiques qui ont « contribué aux soulèvements dans le monde arabe ».

     

    • A lire:

    72% des Français refusent la guerre en Afghanistan

    Les choses sont désormais entendues sauf à l'Élysée et à Matignon. 72 % des Français sont opposés à l'intervention militaire en Afghanistan. Soit 2 % de plus qu'en juillet de l'année dernière. Fait marquant et hautement significatif : une majorité des sympathisants de l'UMP (55 %) affichent désormais leur hostilité à cette guerre. Lire la suite...


    • A voir: Le dispositif français en chiffres

    La France compte 4.000 soldats déployés en Afghanistan dans le cadre de la coalition internationale dépêchée en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001. 56 soldats français y ont été tués depuis fin 2001.

     

    votre commentaire
  • Les entreprises japonaises recrutent des personnes sans-abri pour nettoyer les centrales nucléaires. Beaucoup meurent de cancer. La Cronica a parlé avec les protagonistes de ce scandale inconcevable. 

    Il y a toujours un emploi dans le réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire de Fukushima pour ceux qui n'ont rien à perdre. Matsushita dormait dans les quatre cartons qui sont devenus sa maison dans un parc de Tokyo, lorsque deux hommes sont venus lui faire une proposition. Aucune compétence particulière n'est nécessitée, ils paieront pour le travail le double du salaire de son dernier emploi en tant que manœuvre et il sera de retour sous 48 heures. Deux jours plus tard, cet ancien exécutif ruiné et dix autres mendiants ont été transférés à l'usine, située à 200 kilomètres au nord de la capitale, et enregistrés comme nettoyeurs. 

    «Nettoyeurs de quoi ?» demanda quelqu'un au contremaître qui distribuait les combinaisons spéciales et qui les a conduit à une immense salle métallique de forme cylindrique. La température à l'intérieur, qui variait entre 30 et 50 degrés, et l'humidité forçaient les travailleurs à respirer de l'air toutes les trois minutes. Les jauges de radioactivité avaient tellement dépassé le maximum qu'ils pensaient qu'elles devaient avoir été brisées. Un par un, les hommes ôtèrent leurs masques pour protéger leur visage. «Le cristal des verres était couvert de buée des verres et nous ne pouvions pas voir. Nous avons dû terminer le travail à l'heure et nous n'avons pas été payés quoi que ce soit», se souvient Matsushita, 53 ans. «Un homme s'est approché de moi et m'a dit : “Nous sommes dans un réacteur nucléaire”.» 

    Trois ans après cette visite à l'usine de Fukushima, un panneau jaune écrit en caractères japonais alerte les vagabonds du parc Shinjuku à Tokyo de ne pas aller travailler dans les centrales nucléaires. Vous pouvez lire «Ne prends pas le travail, il va te tuer». Cet avis est arrivé trop tard pour beaucoup d'entre eux. 

    Le recrutement des mendiants, des petits délinquants, des immigrés et des pauvres pour les postes les plus exposés dans les centrales nucléaires japonaises a été une pratique courante depuis plus de trois décennies. Et elle l'est encore aujourd'hui. Entre 700 et 1.000 personnes sans-abri sont mortes et des milliers d'autres sont tombées malades atteintes de cancer pendant cette période, selon une étude menée par le Professeur de physique Yuko Fujita, de la prestigieuse université japonaise de Keio. 

    SECRET TOTAL 

    Les esclaves nucléaires sont l'un des secrets les mieux gardés du Japon. Très peu de gens connaissent une pratique qui implique certaines des plus grandes sociétés du pays et la redoutée mafia yakuza, laquelle est responsable de la recherche, de la sélection et de l'embauche des sans-abri pour les compagnies électriques. «Les mafias sont des intermédiaires. Les entreprises paient ¥ 30,000 (215 euros) pour une journée de travail, mais l'entrepreneur ne reçoit que 20'000 (€ 142). Les yakuzas empochent la différence», explique Kenji Higuchi, un journaliste japonais qui a effectué 30 ans de recherches et a documenté avec des photos le sort des sans-abris du Japon. 

    Higuchi et le professeur Fujita visitent chaque semaine les lieux fréquentés par les sans-abris pour les mettre en garde contre les risques et les inciter à porter leur cas devant la justice. Higuchi avec son appareil photo est l'auteur des photographies contenues dans cet article, et Fujita avec l'étude des effets de la radioactivité, ont défié le gouvernement japonais, les multinationales de l'énergie et les réseaux de recrutement dans une tentative pour arrêter un abus qui a commencé en silence dans les années 70 et a été étendu afin de rendre les centrales nucléaires complètement dépendantes du recrutement de personnes sans-abri pour mener à bien leurs opérations. «Le Japon est le berceau de la modernité et du soleil levant, mais le monde doit savoir que c'est aussi un enfer pour ces gens», explique Higuchi. 

    Le Japon a été le protagoniste de l'une des transformations les plus remarquables du siècle passé, il est passé du statut d'un pays en ruines après la Seconde Guerre mondiale à la société la plus technologiquement avancés au monde. Le changement a entraîné une demande d'électricité qui a fait de la nation japonaise l'une des plus dépendantes de l'énergie nucléaire dans le monde. 

    Plus de 70.000 personnes travaillent en permanence dans les 17 centrales et 52 réacteurs répartis dans tout le pays. Bien que les centrales nucléaires ont leurs propres employés pour des travaux plus techniques, plus de 80% du personnel est constitué de travailleurs non qualifiés, embauchés sur une base temporaire dans les couches les plus défavorisées de la société. Les mendiants sont réservés pour des tâches plus risquées, nettoyage, la décontamination du réacteur où des fuites se produisent, ou le travail de réparation où un ingénieur n'aurait jamais osé approcher. 

    Nubuyuki Shimahashi a été utilisé pour certaines de ces tâches pendant environ huit ans avant sa mort en 1994. Le garçon est venu d'une famille pauvre d'Osaka, il a terminé ses études secondaires et il était dans la rue quand il lui a été offert un poste à la centrale nucléaire de Hamaoka Shizuoka, la deuxième plus grande du pays. «Pendant des années, j'étais aveugle, ne sachant pas où travaillait mon fils. Maintenant, je sais que sa mort était un assassinat», se lamente Michico, sa mère. 

    Les Shimahashi ont été la première famille à gagner au tribunal un long processus qui a établi la responsabilité de la centrale dans le cancer du sang et des os qui a consumé Nubuyuki, le clouant au lit pendant deux ans et lui faisant finir sa vie dans des douleurs atroces. Il mourut âgé de 29 ans. 

    La découverte des premiers abus dans l'industrie nucléaire n'a pas gelé le recrutement des pauvres. De temps en temps, des hommes dont personne ne sait qui ils représentent errent dans les parcs de Tokyo, Yokohama et d'autres villes pour offrir des postes vacants dans lesquels s'engagent les sans-abri, tout en dissimulant les risques qu'ils encourent. Les centrales ont besoin d'au moins 5.000 travailleurs temporaires chaque année et le professeur Fujita estime qu'au moins la moitié d'entre eux sont des mendiants. 

    Une fois, il n'y a pas si longtemps, les sans-abri étaient rares dans les rues japonaises. Aujourd'hui, il est difficile de ne pas en trouver, les centrales nucléaires ont de la main-d'œuvre excédentaire. Le Japon a passé 12 ans plongé dans une crise économique qui a envoyé des milliers d'employés à la rue et remis en question leur modèle de miracle économique, le même qui a placé le pays parmi les trois plus riches du monde pour le revenu par habitant. Beaucoup de chômeurs ne peuvent pas supporter l'humiliation de ne pas être en mesure de soutenir leur famille et font partie de cette armée de 30.000 personnes chaque année qui prennent leur propre vie. D'autres deviennent des sans-abri, errant dans les parcs et perdre le contact avec leur cercle social qui les rejette. 

    LES «TSIGANES NUCLÉAIRES» 

    Les mendiants qui acceptent de travailler dans les centrales nucléaires deviennent ce qu'on appelle Genpatsu Gypsies (gitans nucléaires). Le nom fait référence au mode de vie nomade qui les mène de bureau en bureau à la recherche d'emploi jusqu'à ce qu'ils tombent malades et dans les cas graves, meurent dans l'abandon. «L'embauche des pauvres n'est possible qu'avec la connivence du gouvernement», se plaint Kenji Higuchi, gagnant de plusieurs prix des droits de l'Homme. 

    Les autorités japonaises ont fixé à 50 mSv (millisievert) la quantité de radioactivité qu'une personne peut recevoir dans un an, bien au-dessus de 100 mSv sur cinq ans qui est la norme dans la plupart des pays. En théorie, les entreprises qui exploitent des centrales nucléaires emploient des sans-abris jusqu'à ce qu'ils aient reçu le maximum de rayonnement, puis elles les renvoient à la rue afin de protéger leur «bonne santé». La réalité est que ces mêmes travailleurs sont réembauchés quelques jours ou mois plus tard sous un faux nom. Cela explique pourquoi de nombreux employés ont été exposés pendant près d'une décennie à des doses de radioactivité des centaines de fois plus grandes que la norme autorisée. 

    (…)

     

    Traduit de l'espagnol (David Jiménez - El Mundo, 8 juin 2003),
    Indymedia Suisse romande, 27 mars 2011.
    http://juralibertaire.over-blog.com

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique