• Textile

    Des marques françaises impliquées dans un nouveau drame au Bangladesh

    Par Ivan du Roy (28 janvier 2013)

    Sept ouvrières sont mortes dans un nouvel incendie d’une usine textile au Bangladesh, le 26 janvier. Deux des ouvrières décédées étaient âgées de 15 et 16 ans. Elles travaillaient pour l’usine textile Smart Fashion, située à Dhaka, qui emploie environ 700 personnes. Au moment de l’incendie, l’usine était en train de produire des vêtements pour les marques françaises Sol’s et Fox & Scott, toutes deux basées à Paris, ainsi que pour la marque espagnole Lefties, qui appartient au groupe Inditex, propriétaire de Zara. Des membres d’une organisation internationale de défense des travailleurs (Institute for Global Labour and Human Rights) ont pu pénétrer dans l’usine sinistrée et relever les étiquettes des vêtements en cours de confection.

    Chacune des marques assure « respecter la liberté d’association et de négociation collective », ne pas recourir au travail forcé ni à des « horaires de travail excessifs ». L’entreprise Solo Invest, propriétaire de la marque Sol’s, est même adhérente de plusieurs chartes éthiques et codes de conduite. Les familles des ouvrières tuées seront probablement heureuses d’apprendre toute l’attention qui était portée à leurs conditions de travail…

    Solo Invest a notamment conclu des partenariats avec l’ONG états-unienne Wrap (Worldwide responsible accredited production) et l’association de commerce équitable Max Havelaar, qui labellise l’une de ses collections « bi-ethic ». Contacté par Basta !, Max Havelaar France ne disposait pas encore de ces informations.

    Fin novembre, 112 ouvrières avaient été tuées, brûlées vives dans un incendie d’une autre usine textile à Dakha. Le groupe Tuba, à qui appartenait l’usine, travaille notamment comme fournisseur pour les marques Auchan, C&A, Carrefour, Casino, Go Sport, Pimkie, Walmart. A qui le tour ?

    http://www.bastamag.net/article2908.html


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  •  L’économie chinoise a une responsabilité envers elle-même mais aussi envers le monde

    L’économie chinoise a une responsabilité envers elle-même mais aussi envers le monde Quel que soit le côté duquel on observe les salaires dans les pays émergents, on ne peut que constater leur augmentation. En dépit la crise, mais avec des variations très disparates d’un pays à l’autre. Toujours est-il qu’ils augmentent. Et ce phénomène crée un dilemme au patronat occidental : soit désinvestir, parce que produire dans ces pays augmente désormais le coût de production, soit continuer dans la voie de la délocalisation, car l’augmentation des salaires crée des besoins nouveaux et permet une hausse de la consommation.

     

    L’exemple le plus frappant est encore une fois celui de la Chine, où les salaires ont triplé ces dix dernières années selon l’OIT (organisation internationale du travail). China Daily affirme d’ailleurs que les salaires continueront d’y augmenter l’an prochain à hauteur de 9 %. Or, l’évolution réelle a toujours été bien supérieure à ce qui avait été annoncé les années précédentes par la voie officielle. Les salaires chinois pourraient donc encore croître en 2013 bien au-delà des prévisions. 

     

    Au niveau mondial, les salaires moyens mensuels ajustés pour tenir compte de l’inflation – ce qu’on appelle les salaires  moyens réels – ont augmenté globalement de 1,2 % en 2011. En raison de sa taille et de sa forte performance économique, la Chine a un poids considérable dans ce calcul du chiffre mondial. Si l’on omet la Chine, les salaires moyens réels n’ont augmenté que de 0,2 % au niveau mondial en 2011. Pékin contribue ainsi de manière tout à fait significative à la croissance annuelle moyenne des salaires révélée par l’OIT.

     

    Les salaires des travailleurs chinois augmentent parce que les entreprises chinoises veulent garder leurs meilleurs talents… mais aussi parce que le gouvernement le veut. Il faut stimuler la demande intérieure si on veut tenir ferme le gouvernail de la croissance, même quand les exportations sont en légère baisse. C’est pourquoi les salaires qui augmentent le plus en Chine le sont sans les entreprises d’État.

     

    Aujourd’hui, un travailleur chinois gagne entre 190 et 335 euros par mois, selon qu’il exerce son métier dans une entreprise publique ou privée. C’est peu par rapport aux quelque 2.000 euros des Français, mais si on compare cette somme au pouvoir d’achat réel, voici que ce salaire oscille entre 300 et 540 euros. Et l’écart des salaires entre la Chine et les pays occidentaux ne cesse de diminuer au fil des ans.

     

    À ceux qui doutent des possibilités de l’Empire du milieu et des menaces que fait peser le « surcoût salarial », Louis Kuijs, directeur de projet au Fung Global Institute, un organisme de recherche spécialisée sur les économies asiatiques, répond que « la plus grande part des augmentations de salaire a été compensée par une hausse de la productivité des ouvriers chinois ». La productivité du travail a même augmenté plus vite que les salaires dans le delta de la Rivière des Perles (sud), au cœur de « l'usine du monde », d'après 200 entreprises interrogées au début de l'année par la banque Standard Chartered.

     

    Jin Canrong travaille à l'Université du Peuple, à Beijing. Vice-recteur de l'Institut des relations internationales, il résume tous les défis auxquels la Chine est désormais confrontée : « progresser de manière stable est le fil rouge dont a besoin aussi la planète. Car l'Europe s'est éteinte. Je crois que le Japon va s'éteindre à son tour. La force motrice des États-Unis n'est pas terrible. La Chine, elle, persiste encore. Si les choses allaient mal en Chine, ce serait catastrophique. Par conséquent, l'économie chinoise a une responsabilité envers elle-même, mais aussi envers le monde. D'abord, il faut faire en sorte qu'elle ne déraille pas. Puis, elle doit maintenir sa force, son énergie. De la sorte, elle pourra apporter une grande contribution au monde ».

     

    Capitaine Martin

    http://www.resistance-politique.fr


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  • Inde : La cata du coton OGM au Maharashtra...

    Par Napakatbra

    Selon le Daily news & analysis of India, l’État indien du Maharashtra a officiellement reconnu que le rendement des cultures de coton Bt OGM continuait inexorablement de chuter. Les pertes globales subies par les agriculteurs s’élèvent cette année à près de 3 milliards d’euros.

    Selon DNA India, un rapport publié par le ministère de l’agriculture de l’État du Maharashtra évalue la perte économique nette directe (liée à la baisse de rendement uniquement) des producteurs de coton OGM Bt à 840 millions d’euros. Les prix des semences, des engrais et des pesticides ayant nettement augmenté cette année, les pertes totales sont susceptibles d’atteindre les 2,8 milliards d’euros. C’est la troisième année consécutive que les rendements du coton Bt chutent fortement dans le Mahahrashtra. L’an dernier, l’État avait déjà dû verser 280 millions d’euros de compensation aux 4 millions de cultivateurs touchés. C’est coton...

     

    L’État du Maharashtra cultive le coton (dont 90 % de coton Bt) sur plus de 4 millions d’hectares, soit un tiers de la surface cultivée en Inde. C’est le premier État producteur de coton du pays. Selon la dernière estimation officielle, le rendement moyen se rapproche des 3 quintaux par hectare, revenant ainsi aux niveaux de 2002. Sauf qu’à cette époque, les OGM n’avaient pas encore fait leur apparition, les semences étaient donc beaucoup moins chères, et les coûts de production aussi. Tout ça pour ça...

     

    Vers une interdiction pure et simple

    Coûts trop élevés, mauvais rendements, pratiques commerciales trompeuses... Début 2012, le ministère indien de l’agriculture a pour la première fois reconnu un "lien" entre la vague de suicides des paysans et l’adoption du coton OGM. En février, le gouvernement du Maharashtra a ordonné à la filiale locale de Bayer de payer 62 000 euros de compensation aux 164 paysans dont les semences de coton Bt n’avaient pas donné le rendement promis. Et en aout dernier, suite à de nombreuses plaintes d’agriculteurs, ce même État du Maharashtra a suspendu les autorisations de commercialisation de coton OGM de la firme Mahyco-Monsanto, le plus gros pourvoyeur d’OGM du pays.

    Un coup d’épée dans l’O... GM ?

    (sources : dnaindia.com, infogm.org, ens-newswire.com, economictimes.indiatimes.com, timesofindia.indiatimes.com, hindustantimes.com)

    lesmotsontunsens.com


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  • Un exemple d’État socialiste, modèle de développement humain, en lutte contre la mondialisation : le Kerala

    Vendredi 20 Juillet 2012

    Par Anny Fradin, membre de la Fondation Copernic

     
    Un exemple d’État socialiste, modèle de développement humain, en lutte contre la mondialisation : le Kerala
     
    Au retour d’un voyage en Inde du Sud, lorsqu’on explique à des collègues qu’on est passé par le Kérala, un État indien essentiellement géré par les communistes depuis plus de cinquante ans, et qu’on a pu y ressentir un bien-être particulier chez ses habitants, on se rend compte, par la surprise et l’interrogation qu’on suscite (ex : « mais ils ont le droit de sortir ? ») que l’idée qu’un État communiste ne peut être que totalitaire et liberticide est bien ancrée dans notre société !

    L’État du Kérala, en Inde du Sud, est un bel exemple du contraire...

    Géré dès 1957 par le Parti Communiste (de tendance marxiste, élu démocratiquement), avec plus tard quelques alternances, le Kérala (33 millions d’habitants actuellement), l’un des 28 États de la République Fédérale Indienne, situé dans le Sud-Ouest de l’Inde, fut le premier État communiste indien. Cette gestion a été caractérisée par des politiques sociales exemplaires :

    En ce qui concerne l’éducation, tous les enfants, sans distinction de sexe ni de caste, sont scolarisés jusqu’au niveau équivalent de fin de collège ; 98 % des enfants ont une école à moins de 2 km. La gratuité inclut les livres scolaires, les uniformes, le déjeuner et les transports. Cette politique d’éducation gratuite pour tous a déjà bénéficié à deux générations et se traduit actuellement par un taux d’alphabétisation de la population de 94%, 92% pour les femmes et 96% pour les hommes, loin devant les taux nationaux indiens de 48,3% pour les femmes et 60% pour les hommes. Sept grandes universités accueillent un nombre croissant d’étudiants pour des études supérieures de qualité. L’État du Kerala est reconnu aujourd’hui comme le seul État de l’Inde complètement alphabétisé et comme un pôle culturel exceptionnel.

    Les transports en commun, bus et train, y sont considérablement développés et très peu onéreux, et de ce fait largement utilisés par la population, ceci étant vrai, de façon générale, en Inde. Nul besoin de voiture individuelle.

    Il y existe un système de santé publique universel et gratuit unique qui a fait passer l’espérance de vie au Kérala à 77 ans, la moyenne en Inde étant de 67 ans ; 95% des accouchements se font en hôpital, avec une offre de soins aux enfants très développée, ce qui a permis d’abaisser la mortalité infantile à 12/1000, contre 55/1000 en Inde (en comparaison, elle est de 6/1000 dans les pays développés). Les hôpitaux sont nombreux, y compris en zones rurales, avec un personnel hautement qualifié, des traitements médicaux innovants et une offre de soins palliatifs exceptionnelle.

    Un grand programme de planification familiale a permis d’éliminer la discrimination filles/garçons sévissant dans le reste de l’Inde et de faire diminuer fortement le taux de natalité (14,6/1000, contre 22/1000 en Inde). Le Kérala est le seul État indien où le « sex-ratio » est en faveur des femmes.

    L’indépendance et la sécurité alimentaire de l’État ont été assurées grâce à des politiques agricoles redistributrices intelligentes mettant à profit la richesse naturelle du sol et la nature du climat, permettant une polyculture très diversifiée, riz, manioc, agrumes, canne, coco, épices, bananes, ananas et autres fruits tropicaux ainsi que les plantations de thé et café dans les « Ghats »(montagnes). Une Réforme agraire générale fut mise en place à partir de 1957, attribuant aux paysans des lopins de terre, abolissant le système de location des terres, limitant la taille des exploitations et garantissant les revenus des paysans. Cette réforme fut accueillie chaleureusement par la population et a largement contribué à la confiance envers la gestion communiste.

    À l’heure actuelle, la distribution des denrées de base est assurée pour les plus pauvres et une majorité de la population a accès à des magasins subventionnés. L’activité de pêche est très importante, aussi bien au niveau local (nombreux villages de pêcheurs tout du long de la côte, avec un système de partage équitable de la récolte) que dans les grands ports (40% des exportations de produits halieutiques totales de l’Inde viennent du Kérala) ; l’aquaculture, poissons, crevettes en particulier, y est très développée, les « back-waters » étant propices à ce genre de production.

    Un système de Société de Développement Communautaire (CDS) a été élaboré dans les années 80, qui a ouvert la voie à un processus d’implication de la base dans le développement local en fonction des besoins de la communauté, ceci en vue d’éradiquer la pauvreté. En 1993, une modification de la Constitution indienne accordant une plus grande autonomie aux collectivités locales a été mise à profit par le gouvernement du Kérala pour aller vers une décentralisation au niveau local des décisions et des actions de développement. Une véritable Démocratie Participative a ainsi été instaurée, les projets devant être conçus et discutés par les élus locaux et par les habitants eux-mêmes, les femmes y étant particulièrement actives. Cette organisation permet en outre d’éviter ou en tout cas de limiter détournements de fonds et corruption qui sévissent à tous les niveaux en Inde en général et contre lesquels de vastes mouvements citoyens se sont élevés dernièrement. Le système de coopératives est largement développé au Kérala.

    L’industrie y est peu développée (14% du PIB). Les secteurs sont divers : agroalimentaire, textile, bois, fibre de coco, latex, électricité, chimie. Les entreprises étrangères hésitent à s’y installer en raison du fort taux de syndicalisation, du « droit du travail » et des salaires minimum élevés par rapport aux autres États indiens. L’économie repose donc essentiellement sur une production agricole importante exportée en grande part vers les autres États de l’Inde et les pays étrangers : riz, thé, épices, coprah, coco, noix de cajou, caoutchouc naturel …Le secteur tertiaire, transports, banques, tourisme représente 40% du PIB. Il faut ajouter que 20% du PIB provient des envois de fonds de Kéralais émigrés à l’étranger, en particulier dans les pays du Golfe.
     

    Un exemple d’État socialiste, modèle de développement humain, en lutte contre la mondialisation : le KeralaLe modèle économique et social du Kérala à l’épreuve de la mondialisation

    L’année 1991, marquée en Inde par l’assassinat par des séparatistes Tamouls, en pleine campagne électorale, de Rajiv Gandhi, leader du Parti du Congrès (à la tête de l’État Indien, qualifié de Centre-Gauche), a vu ce parti gagner, quelques semaines après cet événement, les élections au Kérala, ce qui s’est traduit, en accord avec les préconisations du gouvernement central, par une insertion dans la mondialisation et une libéralisation de l’économie en général, avec privatisation partielle des secteurs publics et traditionnels et, conséquemment, un « dumping » fiscal et social.

    Cette politique anti-sociale a provoqué un mécontentement général des travailleurs du Kérala, d’importantes tensions sociales et des grandes grèves au début des années 2000. Grâce à leur implication active dans la vie politique et leur forte syndicalisation, les Kéralais ont su lutter pour garder leurs acquis sociaux, sauvegarder leurs services publics traditionnellement exemplaires, et tout ce qu’ils considèrent comme bien public.

    Leur engagement citoyen s’est particulièrement fait remarquer en 2004, qui s’est traduit par une révolte des habitants contre la multinationale Coca Cola installée au Kérala, qui pompait abusivement l’eau des nappes phréatiques, asséchait les puits des paysans et, de plus, polluait l’eau et les sols par des pesticides et des métaux lourds ; cette révolte citoyenne a permis, après plusieurs années de lutte, et avec l’aide des élus locaux, la fermeture de l’usine, avec demande de dédommagement. Les femmes en particulier ont été actives dans ce combat (ref « les femmes du Kérala contre Coca-Cola », Le Monde Diplomatique, mars 2005). Cette lutte et cette victoire ont été exemplaires puisque, Coca Cola ayant récidivé ailleurs, en particulier cette fois au Rajasthan, les paysans subissant les mêmes conséquences ont violemment protesté, très récemment, contre la présence de cette multinationale venant, de façon honteuse, voler l’eau des pays pauvres et profiter du bas coût de la main d’œuvre.
    Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres ailleurs en Inde ou dans le monde, d’accaparement par des multinationales des biens naturels de pays pauvres ou en voie de développement. Ces luttes citoyennes sont malheureusement souvent violemment réprimées par les autorités locales soumises à ces multinationales et à la manne financière qu’elles représentent.

    L’année 1991 avait donc vu la coalition du Congrès reprendre le pouvoir et tenter une libéralisation de l’économie, mais la coalition menée par le CPI (Parti Communiste Indien), après avoir regagné en 1996, reperdu en 2001, a regagné les élections en 2006 par 48% des suffrages au premier tour. L’alternative des communistes au consensus libéral a été de sortir de la crise par le renforcement des services publics, par des travaux d’infrastructure, la consolidation d’aides sociales, le développement d’entreprises publiques et la taxation des plus riches.

    Aux dernières élections, en avril 2011, la Coalition communiste a, de façon inattendue, reperdu, de très peu (à 1% de voix près), au profit d’une coalition régionale, le Front Démocratique Uni, menée par le Parti du Congrès.

    Le 28 février 2012, une grève générale historique réunissant 100 millions de grévistes, salariés du privé et du public, paysans et ouvriers, a paralysé l’Inde entière.

    À l’initiative de tous les syndicats réunis (11 fédérations y compris celles affiliées au Parti du Congrès, plus de nombreux syndicats indépendants), cette grève s’élevait contre les politiques anti-sociales du gouvernement central (dérégulation du code du travail, suppression du salaire minimum, généralisation des contrats précaires), contre l’augmentation du coût de la vie (matières premières et denrées de base), contre les privatisations, la sous-traitance et les délocalisations, etc. Les secteurs les plus concernés ont été les transports, les télécommunications, les services postaux, les banques, les mines, la métallurgie et les ports. Les mobilisations ont été les plus fortes dans les villes, dans les États les plus politisés, en particulier au Kérala où, malgré les menaces dissuasives du gouvernement de diminuer les salaires des grévistes, la mobilisation a été quasiment totale. Dans le reste de l’Inde, de nombreuses pressions ont été exercées pour dissuader les grévistes, menace de suppression de la retraite, d’abaissements de salaires et nombreuses arrestations de fait.

    Cette grève générale a été un événement phénoménal mais a été relativisée par les autorités dont les moyens radicaux de dissuasion ont assez bien fonctionné ! Sans savoir, à l’heure actuelle, si cette grève a poussé le Gouvernement Central à prendre des mesures répondant aux revendications, l’ampleur de ce mouvement a clairement démontré que la mondialisation frappe de la même manière les travailleurs du monde entier.

    Un exemple d’État socialiste, modèle de développement humain, en lutte contre la mondialisation : le Kerala
     
    Le Kérala, modèle de développement humain, et modèle de développement durable

    Le Kérala, État traditionnellement socialiste, avec une garantie alimentaire, énergétique (hydraulique et éolien), des services publics (éducation, santé, transports) efficaces de haute qualité garantissant le respect des droits fondamentaux, un niveau de culture élevé, des droits sociaux acquis et préservés (grâce à un fort taux de syndicalisation), une organisation égalitaire de la société, avec une redistribution des richesses et un droit de subsistance garanti à chacun ainsi qu’une participation active de tous les citoyens dans les décisions et la gestion des affaires grâce à un système depuis longtemps établi de démocratie participative, est un exemple d’organisation sociétale : son IDH (Indice de Développement Humain) est de loin le plus élevé de tous les États indiens, estimé à 0,775 (en comparaison : Inde 0,547, France 0,884, en baisse) ; de plus, son empreinte écologique est faible (peu d’industries). Le Kérala, alliant donc indicateur économique (PIB) modéré, empreinte écologique très raisonnable et indicateur de développement social (IDH) de haut niveau, apparaît être un exemple de développement durable à reproduire. En effet, là est le dilemme pour les partis politiques en place : doivent-ils suivre la logique de croissance à tout prix, ce qui implique l’acceptation des règles néolibérales, et un fort impact sur l’environnement, ou plutôt se contenter d’une croissance modérée en privilégiant qualité de vie et préservation de l’environnement ? Loin de subir leur sort, les Kéralais font eux-mêmes leur choix ; ils sont intellectuellement armés pour se sentir et être acteurs de leur vie et de leurs conditions de vie ; leur organisation sociétale le leur permet ; n’est-ce pas là que résident leur dignité, leur fierté et tout simplement leur bonheur ?

    Ils ont à affronter beaucoup de problèmes, bien sûr, chômage élevé (25%), (mais pourquoi ne pas partager le travail existant ?), émigration vers les pays du Golfe, surexploitation menaçante des sols et début d’ appauvrissement des eaux côtières, tentatives d’exploitation de minerais et de déforestation, mais gageons que la société kéralaise saura juguler les assauts intéressés et immoraux du capitalisme mondialisé pour préserver sa qualité de vie et son indépendance, contrairement à ce qui se passe ailleurs en Inde ou dans le monde, par exemple quand des dizaines de milliers de paysans indiens pris au piège de la mondialisation se suicident en ingérant les pesticides qu’ils ont achetés à Monsanto en même temps que ses semences OGM et qu’ils ne peuvent plus rembourser !

    Alors que le socialisme est aujourd’hui violemment critiqué par la droite capitaliste, bien sûr, car contraire à ses intérêts, mais aussi souvent plus largement, perçu comme un déni de liberté individuelle, une emprise de l’État Providence sur des individus qui seraient passifs, le Kérala et ses habitants montrent le contraire ; ils démontrent qu’un socialisme démocratique et participatif est non seulement possible, mais efficace, qui garantit une société juste et égalitaire où les droits fondamentaux sont assurés et où chaque individu se sent responsable et agit effectivement sur sa propre vie et celle de sa communauté, ce système instituant ainsi un esprit de solidarité et de coopération entre les hommes ; ils démontrent que, devant les éventuelles tentations des gouvernements de céder au libéralisme, ils sont capables, en tant que citoyens, de réagir et de se révolter pour préserver leurs acquis sociaux, leur qualité de vie et leur environnement, capables s’il le faut de contrer ce qu’ils estiment inacceptable.

    Cet esprit revendicatif qui les anime explique sans doute les alternances politiques qui ont eu lieu dès que les promesses ou les attentes n’étaient pas satisfaites, ou leur méfiance vis-à-vis du PC lui-même lorsque, par exemple, celui-ci s’est discrédité en se compromettant avec le marché mondial dans l’État du Bengale Occidental, autre fief du PC depuis 1977, où la volonté du gouvernement d’installer de grandes structures industrielles (voir les affaires TATA, WAL-MART, TESCO, CARREFOUR) a entraîné une révolte des habitants violemment réprimée par les autorités, ce qui a abouti à une défaite électorale totale du PCI dans cet État après plus de trente ans de gestion communiste. Au Kérala, les acquis sociaux sont solidement ancrés et un gouvernement qui tenterait d’y toucher, verrait le risque d’une réaction immédiate des syndicats et une révolte massive du peuple.

    Lorsqu’on est au Kérala, on ne voit pas de richesse extérieure, mais on n’y voit pas de misère, contrairement à l’Inde en général ; on ressent une dignité, une ouverture d’esprit et une joie de vivre particulière chez ses habitants ; on n’y voit pas de mendiant, on voit les gamins monter gaiement dans les bus le matin pour aller à l’école, on peut s’y faire offrir une rose par une petite écolière, on peut discuter de micro-finance (avec ses dérives) et du prix Nobel d’économie indien avec sa voisine de bus en sari, on est surpris de voir autant de mosquées ou d’églises que de temples hindous (la religion y tient une moindre importance et on sait que tous se côtoient dans la plus grande tolérance)…et on espère finalement que le capitalisme mondialisé et ses effets destructeurs n’atteindront jamais le bien-être de ce peuple cultivé, volontaire, solidaire et libre, ni jamais ne défigureront leur si bel environnement.

    Partout dans le monde une conscience collective se lève, contre l’oppression, contre des conditions de travail inadmissibles, contre l’exploitation des êtres humains et celle, désastreuse pour l’environnement, de la terre ; des hommes et des femmes luttent, à leurs risques et périls, bien souvent, contre les pouvoirs en place, contre les multinationales de toutes sortes qui font fi de toute morale humaine et environnementale ; des « indignés », partout, clament leur refus de ce monde insensé de la finance, de la spéculation, de la compétitivité, du profit à tout prix, à court terme, qui fait basculer les pays dans la pauvreté et la dépendance aux banquiers et aux spéculateurs ; ils rêvent et dessinent un monde totalement différent, non pas axé sur un consumérisme individuel forcené, mais basé sur la solidarité, la justice, le partage, l’entraide entre les pays, le respect de l’autre, le respect de la terre et de la biodiversité…ne faisons pas que rêver, coordonnons toutes ces luttes pour que soit exigée l’application de règles internationales qui feront que l’inadmissible ne soit plus possible, afin qu’enfin, le monde dont nous rêvons soit une réalité.

    Anny Fradin, docteure en Biologie, Université de Paris Sud.

    « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière asséchée, le dernier poisson pêché, l’homme va s’apercevoir que l’argent, ça ne se mange pas ! » Proverbe d’un chef indien d’Amérique.

    http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article700

    Un exemple d’État socialiste, modèle de développement humain, en lutte contre la mondialisation : le Kerala
     
     

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  • Aujourd’hui Le Japon du 3 avril 2012 rapporte que « Les poissonneries des zones dévastées par le tsunami et touchées par les retombées de Fukushima cherchent des consommateurs dans les pays en voie de développement. Le Programme alimentaire mondial a donné son feu vert pour que des sardines ou des maquereaux pêchés au large d'Aomori, d'Iwate, d'Ibaraki et de Chiba, soient envoyés en boîte vers le Cambodge et d'autres pays ciblés par l'aide alimentaire.

     

    Japon : le poisson des zones contaminées dans les cantines cambodgiennes

    Le but ? « Soutenir les pays en voie de développement tout en dissipant les craintes liées à la contamination radioactive », d'après le Sankei Shinbum, traduit en anglais par RT.

    Les aliments des régions proches de Fukushima sont boudés pas les Japonais par peur des conséquences de la catastrophe nucléaire.

    Un milliard de Yen de ces produits seront achetés par le Programme Alimentaire Mondial pour être distribués dans les cantines scolaires cambodgiens et d'autres pays non spécifiés. Malgré les garanties de contrôle annoncées par le ministère des Affaires Etrangères, plusieurs groupes citoyens ont protesté contre l'initiative, jugée irresponsable, la fiabilité des produits de la mer du Nord-Est du Japon étant toujours mise en doute. »

    Le Courrier international parle de « Du poisson douteux pour les écoliers cambodgiens ».

    http://amgar.blog.processalimentaire.com/?p=24931


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  • Fukushima-nuclear-Reactor.jpg

    http://blog.mondediplo.net/2012-03-07-Fukushima-et-les-chiens-de-garde-du-nucleaire

     Les médias japonais en accusation

    Fukushima et les chiens de garde du nucléaire

    par Yûki Takahata
     

    Le 11-mars sera commémoré par une minute de silence. Ce sera peut-être pour nombre de Japonais l’occasion de se rappeler que la catastrophe nucléaire de Fukushima qui débuta un an plus tôt a prospéré sur le silence des autorités, relayé par une presse bien complaisante à l’égard des informations reçues (lire l’écrivain Ikezawa Natsuki, « La catastrophe comme occasion », Le Monde diplomatique de mars, en kiosques).

    La grande presse (télévisions et principaux journaux) s’est en effet réveillée tardivement. Ce n’est qu’à partir du mois d’avril que certains médias, notamment les quotidiens Tokyo Shinbun (560 000 exemplaires) et Mainichi Shinbun (3,5 millions d’exemplaires) ont commencé à enquêter sur les mesures prises par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de Fukushima Daiichi, et par les autorités japonaises, ou à s’interroger sur la politique nucléaire du pays. Le deuxième grand quotidien japonais, Asahi Shinbun (7,9 millions d’exemplaires), n’a publié qu’à l’automne une série d’enquêtes soulignant les multiples dysfonctionnements et dissimulations qui ont conduit à la prise de mesures inadéquates (dysfonctionnements confirmés par le rapport intermédiaire du comité d’enquête sur l’accident de Fukushima, rendu public le 26 décembre).

    On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (melt down) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [1].

    Chantage à la publicité ?

    Plus grave encore, les grands médias japonais ont systématiquement relayé, sans analyse critique de la situation, les déclarations des porte-paroles de Tepco et du gouvernement. Cette atonie peut d’abord s’expliquer par le budget publicitaire colossal que Tepco distribue copieusement à chacun d’eux : 25 milliards de yens par an (230 millions d’euros) selon les chiffres officiels. Si l’on prend celui des dix compagnies électriques japonaises, on dépasse le milliard d’euros, plus que le budget publicitaire de Toyota. A cette pression sonnante et trébuchante s’ajoute un système traditionnel spécifiquement japonais appelé kisha club (club des journalistes), où la proximité excessive entre les journalistes et les organismes ou compagnies qu’ils sont chargés de « suivre » engendre de la connivence.

    De plus, au Japon, les télévisions, les radios et la presse écrite sont souvent affiliés aux grands groupes de communication et il n’existe pas d’organe de régulation audiovisuelle ni de commission indépendante. Un exemple significatif : celui du PDG du plus grand quotidien japonais, Yomiuri Shinbun (9,9 millions d’exemplaires), M. Matsutarô Shôriki, qui fut l’artisan majeur de l’introduction du nucléaire civil au Japon : la chaîne Nippon Television (NTV), qu’il venait de créer, fut utilisée pour la campagne pro-nucléaire de 1955. Ancien haut fonctionnaire de la police et criminel de guerre de classe A, il fut le premier président de la Commission japonaise de la sûreté nucléaire en 1956. Après l’accident de Fukushima, Yomiuri Shinbun persiste et signe son engagement pro-nucléaire.

    Seuls des journalistes japonais travaillant hors de ces circuits médiatiques (et quelques correspondants étrangers) ont permis de mettre en doute l’information diffusée par les autorités en se rendant immédiatement aux abords de la centrale pour mesurer la radioactivité et en poursuivant les enquêtes alors que les principaux organes d’information avaient rappelé leurs journalistes. De même, lors des conférences de presse de Tepco et des autorités, ils savaient poser des questions dérangeantes retransmises en direct sur Internet par un media indépendant (Web Iwakami)  [2].

    Le rôle du Web a donc été capital. Dès le 12 mars, quelques scientifiques et ingénieurs ont alerté la population en présentant leurs propres analyses sur les dangers réels de la situation. Ces initiatives, diffusées sur leurs sites par des associations antinucléaires, ou au travers de blogs et de forums, ont rendu possible l’accès à des informations décrivant la gravité de la catastrophe en cours, pendant que les chaînes de télévision et les grands quotidiens, focalisés sur les seuls effets du tsunami, diffusaient uniquement les propos lénifiants des autorités et de leurs scientifiques « maison »  [3]. On pouvait lire ou entendre que la radioactivité « n’entraînerait pas de conséquences immédiates sur la santé » ou encore que telle « mesure de sécurité [ était prise] par précaution ». Des expressions emblématiques de ce déni.

    La plus grande manifestation antinucléaire

    La prise de conscience des citoyens s’est faite à travers les échanges sur les réseaux sociaux, à l’image des révoltes du monde arabe. Cependant, l’indignation des Japonais est restée cantonnée à la sphère d’Internet malgré des initiatives exceptionnelles, et notamment la manifestation du 19 septembre 2011 à laquelle participa l’écrivain Ōe Kenzaburō [4], et qui rassembla 60 000 personnes — un fait remarquable pour une population qui n’a pas l’habitude de manifester. Cependant, la majorité des Japonais ignorent l’existence d’un grand nombre d’actions citoyennes à travers lesquelles des militants continuent ici et là à informer par des conférences de spécialistes, à réclamer la sortie du nucléaire et une politique de transition énergétique, ou à appeler à la protection des habitants contraints de rester dans les zones hautement contaminées. C’est le cas, par exemple, du sit-in organisé fin octobre devant le ministère de l’économie et de l’industrie, à l’initiative de femmes résidant dans la Préfecture de Fukushima, et dont seuls les quotidiens Tokyo Shinbun et Mainichi Shinbun se sont faits l’écho ; aucune chaîne de télévision n’en a montré la moindre image. La vigie devant ce ministère emblématique a débuté le 11 septembre 2011 : avec leurs trois tentes plantées au cœur du quartier ministériel, c’est dans l’esprit du mouvement Occupy que des militants et des citoyens japonais essaient de créer un espace de contestation et d’échanges démocratiques.

    Peut-on y voir le début d’une fissure dans le consensus prôné pour faire face au plus grand désastre national depuis la défaite de 1945 ? Rien n’est moins sûr tant les vieux réflexes ont la vie dure. Et pour tous les grands médias, malgré quelques dissidences, la règle reste la même : caresser dans le sens du poil, ne pas susciter de polémique ni déplaire aux clients que sont les lecteurs-consommateurs et le monde économique, encore et toujours rassurer et, surtout, ne pas poser les questions qui dérangent. Ainsi, les propos des scientifiques ou des médecins critiquant les mesures gouvernementales sont rarement cités (alors que leurs livres se vendent pourtant comme des petits pains). La télévision montrera des scènes de décontamination, mais jamais celles où des habitants réclament un dédommagement pour pouvoir partir ailleurs.

    La catastrophe nucléaire est désormais un sujet parmi d’autres, et pas question de trop en dire sur la responsabilité de Tepco ou les mesures gouvernementales qui ont enfreint la loi sur le seuil d’irradiation non naturelle. La déclaration stupéfiante, le 16 décembre 2011, du gouvernement japonais proclamant « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima a certes suscité quelques critiques, mais les grands médias semblent plutôt vouloir privilégier une attitude aseptisée et policée, loin de l’angoisse, de la révolte et du désarroi d’une population plus que jamais préoccupée par la menace d’une contamination radioactive en expansion.

    On peut dire que ces grands médias ont participé à l’écriture du scénario inventé par Tepco et les autorités japonaises, qui veulent à tout prix nier la réalité afin de préserver leur pouvoir et leurs intérêts. En persistant à couvrir ce déni, c’est son rôle de contre-pouvoir que la grande presse sacrifie et avec lui les conditions d’existence d’une démocratie saine. A rebours de leur gouvernement qui affirme sa volonté de continuer le nucléaire, 85 % des Japonais désireraient en sortir [5]. Que choisiront de faire ces grands médias au milieu d’un pareil grand écart ? Et les nouveaux médias citoyens réussiront-ils à avoir enfin prise sur la société pour faire bouger les lignes ?

    Yûki Takahata est traductrice et auteure de plusieurs ouvrages sur la société française en japonais. Dernier ouvrage traduit en japonais : Yannick Haenel, Jan Karski.

    Notes

    [1] Sauf le 23 mars 2011, où le pouvoir a mis en ligne le résultat, aussitôt retiré du site. Rien ne sera plus publié jusqu’au 3 mai (cf. l’enquête publiée par le New York Times, « Japan Held Nuclear Data, Leaving Evacuees in Peril », 8 août 2011). L’agence de presse japonaise Kyodo News a révélé le 16 janvier que les résultats de la simulation étaient communiquées dès le 14 mars à l’armée et aux autorités américaines.

    [2] Un journaliste indépendant, Kazuo Hizumi (rédacteur en chef du site d’information News for the People in Japan) vient de publier, en collaboration avec un autre journaliste indépendant, Ryuichi Kino, un livre sur la dissimulation et le mensonge de Tepco et des autorités japonaises intitulé Vérification : l’accident nucléaire de Fukushima — La conférence de presse (en japonais) aux éditions Iwanami shoten.

    [3] A de rares exceptions près, notamment l’émission de radio locale d’Osaka « Tanemaki Journal », qui questionne tous les jours un physicien nucléaire et un théoricien anti-nucléaire, M. Hiroaki Koidé, dont les propos sont retransmis sur Internet (en japonais).

    [4] Le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oé sera présent au salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, qui rend hommage à la littérature japonaise.

    [5] Sondage effectué les 20-21 août par le quotidien Mainichi Shinbun : « sortie immédiate » à 11 %, « sortie progressive » à 74 %, « pas besoin de diminuer la part d’énergie nucléaire » à 13 %.

    http://camarade.over-blog.org


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  • Chine 107

    La chancelière allemande vient d’achever son cinquième voyage en Chine depuis son entrée en fonction. Au cours de cette visite de trois jours, Angela Merkel a pu rencontrer à Beijing le président Hu Jintao ainsi que le président de l’Assemblée populaire nationale Wu Bangguo. Elle a eu en outre des entretiens avec le Premier ministre Wen Jiabao.

    Elle a visité Guangzhou, capitale de la province méridionale du Guangdong, où elle a assisté avec le Premier ministre chinois à un séminaire commercial regroupant des hommes d’affaires de leurs deux nations. Elle s’est aussi rendue dans la succursale de la société allemande Herrenknecht AG, entreprise spécialisée dans la construction de tunneliers.


    N’ayant pas perdu leur triple A, n’ayant pas participé à la Guerre contre la Libye, et s’étant montrés particulièrement discrets lors de la récente campagne en faveur d’une résolution contre la Syrie, à laquelle la Chine vient de s’opposer par deux fois au conseil de sécurité, les Allemands sont aujourd’hui en position favorable pour négocier avec le géant asiatique.

    L’Allemagne et la Chine ont observé ces dernières années une explosion de leurs échanges. Alors que les flux se limitaient à 6,3 milliards d’euros en 1990 et à 28 milliards d’euros en 2000, ils vont dépasser 132 milliards d’euros pour 2011.

    L’Allemagne est aujourd’hui le plus grand partenaire de Pékin dans la zone euro et la Chine pourrait devenir cette année le 2ème marché d’exportation dans le monde pour les entreprises allemandes.

    Mais surtout la Chine est devenue le premier partenaire de l’Allemagne, devant la France.

    Or le partenariat économique franco-allemand est la base même de l’Union européenne telle qu’elle a été conçue depuis la CECA.


    Alors que la France s’est tournée vers les puissances thalassocratiques du Royaume-Uni et des États-Unis, l’Allemagne a choisi une stratégie continentale eurasiatique.

    Pendant qu’Alain Juppé applique consciencieusement les directives de Hilary Clinton et de Bernard Henry Levy en matière de politique étrangère, Mme Merkel semble avoir d’autres ambitions pour ses concitoyens. Sans états d’âme, elle s’est engagée à soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française : pendant que la France sert les intérêts atlantistes, l’Allemagne a la voie libre vers l’Eurasie pour renforcer ses positions.


    Surtout, les Allemands tirent les conclusions du double véto russe et chinois au Conseil de sécurité : le rapport de force mondial vient de changer, un nouvel équilibre multipolaire principalement basé sur les pays du BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est en train de se mettre en place.

     URL article : http://www.voltairenet.org/La-Chine-devient-le-premier


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  • Tandis que tous les regards convergent vers la Libye, l'Egypte, Israël, la Syrie, l'Irak, l'Iran et l'Afghanistan, presque personne ne fait attention aux nouvelles intentions stratégiques en Extrême-Orient. Il semble bien qu'une nouvelle guerre froide se prépare, avec la Chine dans le rôle du croque mitaine.

    A la Maison Blanche, la Première ministre australienne Julia Guillard expose au Président américain Barack Obama les différences entre le football américain et australien. Ils ont également évoqué bien d'autres sujets (photo : White House Office)



    Obama rassure les Aussies


    A la mi-novembre 2011, le Président Barack Obama visitait un certain nombre de pays d'Extrême-Orient, les principaux étant l'Australie et l'Indonésie. Les grands médias n'y ont pratiquement pas prêté attention. A première vue en effet, il semble qu'il n'y ait rien de particulier à signaler.
    Les seules conséquences concrètes directes de cette visite sont la décision commune de stationner 250 marines dès 2012 à Darwin, dans le nord de l'Australie, et la vente de 24 avions de combat F-16 à l'Indonésie. L'accord militaire signé avec l'Australie prévoit un plan pour augmenter progressivement cette présence jusqu'à 2.500 marines. 
    Dans le même temps avait lieu une visite de la Secrétaire d'Etat d'Obama Hillary Clinton dans un certain nombre de pays de la région, la visite au Myanmar étant la plus remarquée. Il y avait en effet 54 ans qu'aucun représentant aussi haut placé des Etats-Unis n'avait visité ce pays. Par contre, la visite de Clinton aux Philippines a été peu remarquée, en dépit de son importance plus grande, parce que les intentions des USA dans la région y sont apparues plus explicitement.



    La Chine redevient le croque mitaine


    Les Philippines ont depuis longtemps un différend territorial avec la Chine à propos de quelques îles en Mer de Chine méridionale. La « Mer de Chine méridionale », c'est l'appellation officielle. Néanmoins, dans son discours, Clinton a évoqué le « conflit » dans la « Mer des Philippines occidentale » (terme que seuls certains Philippins utilisent).
    Cela peut sembler trivial, mais ce n'est pas le cas. Officiellement il ne s'agit que d'un conflit sur les droits de pêche. La marine philippine bloque les bateaux de pêche chinois dans une partie de cette mer, à tort selon la Chine. Cependant cette mer est cruciale pour la Chine notamment pour le transport de pétrole du Moyen-Orient qui se fait encore toujours par bateaux-citernes, mais aussi pour le commerce sans cesse croissant de ce pays. En outre, les Philippines sont en confit territorial historique avec la Malaisie, l'Indonésie et le Vietnam. Là-dessus, Clinton n'a pas dit un mot.



    Bien plus qu'un « accord commercial »


    Au cours de sa visite, Obama a conclu un accord commercial avec neuf pays de la région. Le 17 novembre 2011 il prononçait un discours sans détours devant le parlement australien. Bien qu'il confirme dans ce discours ce qu'il avait promis à la Chine en janvier 2011, ce discours n'en était pas moins l'amorce d'une nouvelle guerre froide avec ce même pays. Aussi la réaction de la Chine ne se fit-elle pas attendre.
     En effet, les Etats-Unis ont un « problème » dans le Pacifique. Notamment en raison des lourds efforts (et de la récession économique concomitante du pays) consentis en Irak et Afghanistan, ils ont dû renoncer à leur hégémonie – mais la désindustrialisation progressive des USA depuis les années '70 y joue également un rôle. Depuis quelques années, la Chine a donc les coudées franches et elle est devenue l'acteur économique dominant dans la région.
    Dans son récent discours, Obama a rassuré les alliés des USA dans la région Asie-Pacifique. Les restrictions annoncées en matière de défense ne se feront pas aux dépens de la présence militaire étasunienne en Extrême-Orient.



    L'Australie, fidèle alliée occidentale


    Le gouvernement du premier ministre australien Julia Guillard a bu du petit lait.
    Ce discours est un remerciement pour la collaboration continue et non critique de l'Australie avec les choix stratégiques étasuniens en Irak et en Afghanistan. Guillard dirige un gouvernement travailliste qui combine une politique intérieure modérément néolibérale avec une politique extérieure brutalement néolibérale. Sous son gouvernement, l'armée australienne continue de participer à la guerre en Afghanistan.
    Lorsque les révélations de Wikileaks démontrèrent que le gouvernement de son prédécesseur (du même parti) Kevin Rudd savait qu'il n'était pas question d'armes de destruction massive en Irak, Julia Guillard qualifia de criminel le fondateur de Wikileaks, son compatriote Julian Assange. C'est ce qu'elle persiste à dire, malgré le fait qu'une enquête judiciaire ouverte à sa propre demande a démontré qu'Assange n'a violé aucune loi australienne. Elle refuse aussi de se prononcer sur les menaces de mort à l'encontre d'Assange.



    Choisir la confrontation plutôt que la collaboration


    Une dame de fer, donc. Au lieu de resserrer les liens économiques avec la Chine, l'Australie opte ainsi, avec les Etats-Unis, pour la confrontation. A court terme cela fera sans doute la fortune de l'île (ou plutôt, du continent australien).
    Les Etats-Unis veulent également majorer la collaboration militaire avec Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Pour les deux premiers, c'est la poursuite d'une alliance maintenue depuis 1945. Mais pour le Vietnam c'est nouveau. Le Vietnam a toujours été un ennemi historique des Etats-Unis, mais aussi ... de la Chine.
    Non sans ironie, car c'est ce que les Etats-Unis ont toujours nié pendant la guerre du Vietnam : selon les dires de la propagande politiquement correcte d'alors, la Chine et l'Union Soviétique étaient des alliés communistes du Nord-Vietnam et de la guérilla sud-vietnamienne.
    Mais les gouvernements étasuniens ne rechignent pas à prendre le contre-pied d'un argument, du moment que cela les arrange. Aujourd'hui, le Vietnam devient donc un allié (si cela réussit, car un accord avec le Vietnam est tout sauf acquis).


    La Chine est préoccupée, à juste titre


    La Chine a de bonnes raisons de se faire du souci quant au nouvel engagement des Etats-Unis dans la région. Il y a quelque dix ans, la Chine avait déjà entamé sa croissance économique spectaculaire. Mais à ce moment, le pays n'utilisait que 3,3 millions de barils de brut par jour, dont 1,7 millions de barils importés, la majorité par oléoducs terrestres. En 2008 la Chine consommait déjà 7,8 millions de barils par jour. On prévoit que ce chiffre montera à 13,6 millions de barils par jour en 2020 et à 16,9 en 2035.

    Les Etats-Unis ne jurent que par le pétrole, coûte que coûte
    En 2001 les Etats-Unis consommaient quelque 19 ,6 millions de barils par jour, dont 10,6 importés (notamment du Venezuela). Pour leurs besoins d'importation croissants, les Etats-Unis s'efforcent de faire appel de plus en plus à des sources pétrolifères dans les régions des pôles, à des forages en eau profonde dans l'Atlantique et à des forages par fracturation hydraulique (fracking) au Canada et dans un certain nombre de territoires du nord-ouest.
    Le procédé de la fracturation hydraulique pour exploiter le pétrole dans des couches de sable bitumineux est excessivement polluant (il faut d'énormes quantités d'eau, qui, après usage, sont repompées dans le sol, fortement polluées), mais les forages dans les régions polaires et dans les hauts-fonds marins comportent également de sérieux risques écologiques (comme cela s'est déjà avéré dans le Golfe du Mexique – une catastrophe dont les médias de masse ne parlent quasi plus, alors que les répercussions catastrophiques sont toujours importantes).


    La Chine est acculée


    Le régime chinois n'a pas une conscience écologique particulièrement affûtée, mais il ne peut pas faire les choix qui sont ceux des Etats-Unis et il deviendra de plus en plus dépendant de l'importation de pétrole par bateaux-citernes. Il est vrai que le pays construit de coûteux oléoducs vers la Russie et les républiques d'Asie centrale mais selon les pronostics les plus positifs cela ne desservira qu'une part de plus en plus réduite de leurs besoins d'importation.
    En resserrant aussi fortement les liens avec les pays qui entourent la Chine et en majorant leur présence militaire dans la région, les Etats-Unis forcent la Chine à accroître elle aussi son effort militaire. Celui-ci portera notamment sur l'extension d'une armée de mer.
    La Chine est peut-être une puissance mondiale dans le domaine des armes nucléaires et de l'armée de terre, mais du point de vue de la puissance maritime elle n'est toujours qu'un petit joueur face aux Etats-Unis. La Chine n'a pas l'intention de se laisser couper sa voie d'approvisionnement de pétrole par la mer de Chine. Dès lors, la construction d'une grande force navale reste la seule option.



    Une nouvelle course à l'armement


    Une nouvelle course à l'armement se prépare donc en Extrême-Orient, ce qui fait courir le risque d'une répétition de la guerre froide avec l'Union soviétique. Outre la menace réactivée de nouvelles confrontations militaires, cela implique aussi le risque d'une guerre nucléaire. Mais même si les choses ne vont pas aussi loin, d'autres catastrophes menacent. Des forages pétroliers dans les régions polaires, en eaux profondes et dans les zones de sables bitumineux entraîneront inéluctablement des catastrophes écologiques.
    Ici également, Obama se montre tel qu'il a toujours été : un président du système, un président qui prend à cœur les intérêts des grandes entreprises et de l'élite économique de son pays en rejetant pour ce faire tout le reste. Mais n'oublions pas qu'il parle aussi pour les élites économiques de l'Union européenne.
    (Entre temps, cette élite européenne s'attelle à un combat similaire. L'inscription obligatoire de doctrines néolibérales dans les constitutions des Etats membres de l'UE n'est rien moins qu'une tentative de tuer dans l'oeuf toute résistance sociale dans l'avenir).


    Propagande et réalité


    Représentez-vous l'hypothèse suivante : la Chine possède une énorme marine qui effectue régulièrement des manœuvres devant la côte orientale et occidentale de l'Amérique ainsi que dans le golfe du Mexique. La Chine conclut des accords militaires avec le Canada, le Mexique et la plupart des Etats insulaires caribéens. Les Etats-Unis réagissent en augmentant eux aussi leurs forces navales. Une utopie ? Non, la réalité, j'ai simplement inversé les noms des pays.
    Les propagandistes du système à Washington, Londres, Paris et Bruxelles tiennent déjà prête leur version des « faits ». Dans quelques années on se mettra à écrire sur les « ambitions militaires croissantes » de la Chine. Le « péril rouge » de la première guerre froide deviendra le « péril jaune ». Le fait qu'il s'agira d'une escalade suscitée par l'Occident lui-même ne fera évidemment plus partie du discours politique correct.



    Du pain sur la planche



    L'humanité ne peut se permettre ni une deuxième guerre froide ni de nouvelles catastrophes écologiques. La politique américaine et occidentale en Extrême-Orient doit être démasquée dès maintenant, pas dans vingt ans. Pour cela, la population mondiale ne peut pas compter sur les médias de masse actuels. C'est donc un point stratégique à l'agenda des nouveaux médias.
    Je ne peux qu'espérer que les médias alternatifs d'aujourd'hui acquièrent davantage d'importance et de combativité. C'est ce qu'ils doivent à l'humanité.

     http://www.pcfbassin.fr/

    Source originale : De wereld morgen

    Traduit du néerlandais par Anne Meert pour Investig'Action

    Source : michelcollon.info


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  • L'annonce du décès de Kim Jong-il, qui maintenait depuis 1994 un régime de fer sur son pays, ouvre une période d'incertitude. Le pouvoir semble revenir aux mains de son fils Kim Jong-un mais la dynastie héréditaire des Kim, qui dirige le pays depuis 1953 dans une opacité anti-démocratique et dans un consternant culte de la personnalité, va-t-elle perdurer ?

     

    Ce régime n'est plus, depuis des décennies, qu'une caricature grossière, étrangère à ce que nous nommons pour notre part, le communisme. Les relations du PCF et du parti au pouvoir en Corée du Nord sont rompues depuis bien longtemps.

     

    Les peuples de Corée du Nord et de Corée du Sud ont besoin de démocratie, de paix, de démilitarisation, de développement social.

     

    Depuis 1953, pourtant, les problèmes persistent et la tension régionale n'a jamais vraiment baissé comme le montrent les confrontations récentes, et la péninsule est une des régions les plus militarisées du monde.

     

    Le changement de dirigeant en Corée du Nord permettra-t-il le changement nécessaire ?

     

    La responsabilité des États-Unis, de chacun des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’ensemble des pays de la région est directement engagée.

     

    Tout doit être fait, notamment par la France pour aller dans ce sens.

     

    C'est à cela que les communistes français entendent œuvrer.

     

    Parti communiste français,

    Paris, le 21 décembre 2011.

     


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    "Le Grand Soir" publie à nouveau l’article de John Pilger s :

    Globalisation en Indonésie : le pillage après le massacre

    Quelques citations :

    "En 1966, l’ambassadeur US à Jakarta a rassuré Suharto que « les Etats-Unis voient plutôt d’un bon œil et admirent ce que l’armée est en train de faire. » L’ambassadeur britannique, Sir Andrew Gilchrist, a rapporté au Ministère des Affaires Etrangères britanniques : « Je n’a jamais caché que je pense que quelques pelotons d’exécution en Indonésie seraient un préliminaire indispensable à tout changement réel. »"

    ... ... "Le premier ministre australien, Harold Holt, en visite aux Etats-Unis, a fourni un bel exemple de son sens de l’humour. « Avec 500.000 à 1 million de sympathisants communistes éliminés, » a - t-il dit, « je pense qu’on peut dire qu’une réorientation s’est produite. »" ... ... "En novembre 1967, après la capture du « morceau de choix », le pillage fut organisé. La société Time-Life Corporation a organisé une conférence extraordinaire à Genève qui, en l’espace d’une semaine, a procédé au partage de l’Indonésie. A la conférence se trouvaient les hommes d’affaires les plus importants au monde, comme David Rockefeller, et tous les géants du capitalisme occidental étaient représentés. On y trouvait les grandes compagnies pétrolières et les banques, General Motors, Imperial Chemical Industries, British Leyland, British-American Tobacco, American Express, Siemens, Goodyear, the International Paper Corporation, US Steel.

    De l’autre côté de la table se trouvaient les hommes de Suharto, que Rockefeller appelait « la meilleure équipe d’économistes de l’Indonésie ». Plusieurs étaient des économistes formés à l’Université de la Californie à Berkley. Tous ont chanté la partition qu’on leur tendait et vanté les avantages de leur pays et de son peuple : « Abondance de main d’oeuvre bon marché... une mine de ressources naturelles... un marché captif. »

    A lire vraiment !

    http://www.legrandsoir.info/globali...

    Sur ce thème, l’émission de "Là-bas si j’y suis" (12/10/2005) :

    Retour sur un massacre oublié

    http://www.la-bas.org/article.php3?...

    http://bellaciao.org/fr


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