• Arnaud Montebourg, La Poste a besoin de vous

    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/6461343921222.jpgAprès avoir reçu les organisations syndicales, les administrateurs salariés et échangé avec les représentants du gouvernement au Conseil d’administration de La Poste, le ministre du Redressement productif attendra le compte rendu de la Commission Kaspar sur le "Grand dialogue" en septembre et convoquera ensuite le PDG Jean Paul Bailly.

     

    Le constat de la crise sociale qui frappe l’entreprise et qui peut entraîner des situations dramatiques pour certains de nos collègues est partagé désormais par l’ensemble des observateurs. Le malaise social, les souffrances au travail sont en effet bien réels et le dialogue social est inexistant.

     

    Le fait de devoir aller chercher une personnalité extérieure comme monsieur Kaspar pour parler de "grand dialogue" est bien la preuve de ce terrible échec.

     

    Le modèle économique de court terme

     

    Le modèle économique mis en place par Jean-Paul Bailly est un modèle basé sur le court terme, une gestion à courte vue, ce qui ne peut donner de solutions pérennes pour l’avenir du groupe. Cette stratégie est fondée en effet essentiellement sur la baisse des charges, sur la suppression d’emplois et la vente du patrimoine.

     

    C’est plus d’un plan social du constructeur automobile PSA qui se produit tous les ans à La Poste avec en moyenne 10.000 emplois supprimés par an, soit quasiment un emploi supprimé toutes les heures depuis l’arrivée de Jean-Paul Bailly, en 2002.

     

    Pour ce qui est de la vente du patrimoine, le groupe continue sur sa lancée, y compris par le biais de la vente du patrimoine social.

     

    La mise en échec de la privatisation

     

    Une des particularités de La Poste est l’absence de véritable direction du groupe. Le projet de Jean-Paul Bailly, à son arrivée, avait en effet pour finalité la création de filiales-métiers chapeautées par une holding pour une introduction rapide en bourse.

     

     

    Il faut bien dire que les luttes des postiers en interne et les actions en externe l’organisation de lavotation populaire ont eu raison de ce projet. Il n’en demeure pas moins que tous les enseignements n’ont pas été tirés et que nous avons maintenant des directeurs de métiers qui siègent systématiquement au Conseil d’administration et qui rendent des comptes au président uniquement sur des données chiffrées, mais jamais sur la manière de les obtenir.

     

    Il faut un autre projet pour la Poste

     

    Les activités postales, en participant à la communication, ont un rôle à jouer dans l’aménagement équilibré du territoire et dans la cohésion sociale, en favorisant l’intégration des plus démunis.

     

    Nous avons donc besoin d’un grand service public qui puisse répondre aux besoins de la population et pour cela, nous devons pouvoir débattre de la proposition d’appropriation publique des activités postales qui va bien au-delà d’une simple nationalisation, car elle y intègre la démocratisation par l’intervention du personnel et des usagers dans la gestion ainsi que des droits nouveaux pour le personnel.

     

    Nous avons besoin de voir mises en oeuvre des propositions de renforcement du service public, basées sur ses missions, qui donnent un souffle nouveau, qui se tournent vers l’avenir et qui soient donc en rupture avec une gestion fondée uniquement sur la recherche de l’augmentation du taux de dividendes.

     

    Il nous faut travailler sur les métiers actuels en leur donnant les moyens de leurs objectifs, mais d’envisager également de nouvelles activités basées sur la culture de la solidarité, de l’intérêt général et sur le capital humain. Nous devons également veiller, dans le cadre de la mission de service public de l’acheminement et de la distribution de la presse, à stopper le détournement de la contribution de l’État par la seule presse de loisirs. Ce n’était pas l’objectif initial recherché à la Libération.

     

    C’est à ces conditions que le service public peut avoir de l’avenir car il n’est pas synonyme de passé. L’exemple du courrier est symptomatique des possibilités d’évolution.

     

    La communication d’entreprise fait tourner en boucle le discours larmoyant de la baisse du trafic au courrier, qui lui permet de présenter des budgets prévisionnels sur une baisse de 5% par an (ce qui sert d’argument pour supprimer un nombre important d’emplois), alors que nous faisons régulièrement le constat en fin d’année d’une baisse non pas de 5%, mais de 3%.

     

    Ce discours terne, négatif, pessimiste, qui présente la baisse du trafic courrier comme inéluctable doit être renversé. Pourquoi en effet le pourcentage du trafic des particuliers ne représente en France même pas 5% du trafic global alors qu’il est de 20% au Japon, pays des nouvelles technologies ? Il y a là de quoi nous rendre au contraire optimistes pour l’avenir, pour peu que des décisions politiques soient prises pour le développement du courrier.

     

    Réorganiser les relations sociales dans le groupe

     

    La Poste a besoin d’une véritable direction du groupe qui donne de la cohérence à la stratégie, au pilotage financier, à l’application des règles RH et à l’établissement de relations sociales dignes de ce nom.

     

    Pour cela, il faut une présidence qui joue son rôle politique avec les différents intervenants, mais qui soit dotée d’un contrôle interne comme par exemple celui de la Commission de surveillance à la Caisse des dépôts et consignations, et d’une intervention réelle dans la gestion de représentants des salariés et des usagers.

     

    D’autre part, le PDG a actuellement l’intégralité des pouvoirs de gestion de l’entreprise et il préside en plus le Conseil d’administration, ce qui lui donne un pouvoir personnel exorbitant qu’il nous faut revoir, car c’est une conception rétrograde et autoritaire.

     

    Enfin, les administrateurs salariés, doivent être reconnus pour leurs compétences et pour leur légitimité à pouvoir intervenir dans la gestion de l’entreprise, tout en étant présents dans l’ensemble des comités spécialisés. Ils ont droit à toute l’information, à des moyens pour assurer leur responsabilité.

     

    Pour le service public

     

    En résumé donc, le chantier est énorme et les postiers n’ont pas le temps d’attendre parce que des solutions alternatives existent. Ils veulent aujourd’hui des actes concrets et rapides, qui soient en rupture avec la situation qu’ils ont connue jusqu’à présent.

     

    En effet, les réorganisations continuent, les militants syndicaux sont sanctionnés et des membres de CHSCT sont traînés devant les tribunaux.

     

    Tout cela doit cesser immédiatement. Le contexte politique est nouveau et le gouvernement, en tant qu’actionnaire majoritaire à La Poste, a désormais le pouvoir politique de mettre rapidement en place une équipe capable d’inverser les choses, en proposant sans tarder une stratégie qui visera à renforcer et à développer un des plus grands services publics de notre pays.

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/603576-arnaud-montebourg-la-poste-a-besoin-de-vous.html


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