• « Un chef d’État qui va reposer dans un quartier populaire, c’est en soi tout un symbole »

      le 15 Mars 2013

    Venezuela : Hugo Chavez repose parmi les siens

    Caracas (Venezuela), envoyée spéciale. La dépouille du « Comandante » a été acheminée vendredi vers la caserne de la Montagne, symbole de la rébellion civico-militaire de 1992, au cœur d’un quartier populaire, bastion des luttes et du processus bolivarien. 

    Le président défunt Hugo Chavez revient, «chez lui», dans le quartier populaire du 23 de 
Enero (23 janvier). C’est là, dans ce barrio de 100 000 habitants du nord-ouest de Caracas, que le 4 février 1992, le Comandante lança une insurrection civilo-militaire pour libérer un Venezuela soumis aux diktats du FMI par une oligarchie raciste et obeissante. Il reposera dans le musée de la Révolution, ex-caserne de la Montagne, aux côtés de fresques symboles de subversion et de luttes avec les représentations du Che, de Lénine, de Karl Marx, ou encore d’Alexis Vive, ce jeune du quartier, tué en avril 2002 en défendant le nouveau processus bolivarien, victime d’un coup d’État orchestré par le patronat et la droite.

    La dépouille d’Hugo Chavez a été transférée hier de l’école militaire, où des milliers de Vénézuéliens continuent de rendre hommage au président décédé, il y a dix jours, jusque dans ce quartier vivier des luttes et dont le nom vient de la date de la chute du dictateur Marcos Perez Jimenez, en 1958. On s’attend à ce qu’une nouvelle déferlante humaine accompagne le cortège funèbre à travers la capitale où les chefs d’État bolivien et équatorien, Evo Morales et Rafael Correa, ont annoncé leur présence.

    « Un chef d’État qui va reposer dans un quartier populaire, c’est en soi tout un symbole », s’exclame Gustavo Borges, journaliste d’un média alternatif du quartier. « Tout le monde s’accorde à dire que le processus bolivarien a débuté lors du soulèvement du 4 février, ici, dans un berceau de révolte, rappelle ce militant de longue date. Le rédempteur des pauvres reste auprès des pauvres », en attendant que l’Assemblée nationale décide de le transférer au panthéon. La décision, qui doit être ratifiée par référendum, reste suspendue, en raison de l’élection présidentielle du 14 avril.

    "Nicolas Maduro poursuivra les missions qui nous ont sortis de la misère "

    Les drapeaux et autres affiches du Comandante sont autant de signes ostentatoires de sa popularité, et de l’engagement de ce quartier. Dans sa minuscule échoppe, Annie Caballero déclare, sans ambages, qu’elle votera pour Nicolas Maduro, président intérimaire et candidat du Parti socialiste unifié du Venezuela (Psuv). « Il poursuivra les missions (programmes sociaux) qui nous ont sortis de la misère », affirme cette Afro-Vénézuélienne qui précise qu’hier encore l’accès à « l’éducation, la santé, le sport étaient des rêves inaccessibles pour les pauvres ».

    À l’entrée de la Maison populaire Freddy-Parra, siège de la coordination Simon-Bolivar, et de la radio communautaire Son du 23, un peintre pose la touche finale à une nouvelle fresque : Hugo Chavez, béret rouge et habit militaire, fusil en joue, côtoie désormais son maître à penser, le Libertador, Simon Bolivar. « Le Comandante a ressorti la bannière de la lutte de classes, et du socialisme, alors que depuis la chute du mur de Berlin plus personne n’osait le faire », affirme Juan Contreras, journaliste et animateur de ce collectif. « Cette lutte est toujours d’actualité », poursuit-il, dans un pays polarisé entre « un peuple, patriote et chaviste, qui a conscience du rôle historique qu’il joue dans ce processus démocratique et participatif et une oligarchie rance, représentative du pouvoir financier, et à l’origine d’un coup d’État, d’un lock-out pétrolier et qui continue de conspirer ».

    L’affrontement ne connaîtra pas de trêve, même si, reconnaît Gustavo Borges, « l’approfondissement de la révolution dépendra du degré de conflictualité ». Elle a été la norme ces quatorze dernières années, et les actuelles passes d’armes entre les candidats Henrique Capriles, de la Table d’unité démocratique (MUD, coalition droitière), et Nicolas Maduro, donné grand favori, le confirment. Le gouverneur de l’État de Miranda a même été contraint de présenter des excuses tant ses accusations sur de prétendus mensonges d’État visant à dissimuler les circonstances de la mort de Chavez ont choqué.

    « Les mythes de l’opposition tombent l’un après l’autre », considère Gustavo Borges. Le premier, soutient-il, est le dénigrement de la popularité du leader défunt. « La droite a toujours dit que les gens étaient payés pour participer aux mobilisations chavistes, explique-t-il. Qui peut croire qu’on a distribué de l’argent aux millions de Vénézuéliens qui font la queue sur l’avenue des libérateurs ? » Le second argument asséné par l’opposition est que ce processus ne survivrait pas à son mentor. « Lors des élections des gouverneurs en décembre, Chavez était à Cuba pour se faire soigner. Il n’est jamais intervenu, et nous avons remporté vingt États (sur vingt-trois – NDLR), en regagnant des bastions de l’opposition. »

    La campagne est désormais lancée. Nicolas Maduro se pose en garant de la poursuite de la révolution bolivarienne, avec pour cap le programme pour la patrie 2013-2019, élaboré lors de la dernière présidentielle. Henrique Capriles a, lui, exigé, sans rire, des chavistes qu’ils cessent toute référence à Chavez.

    « Ce programme patriote nous permettra de tendre vers le socialisme qui n’existe pas encore aujourd’hui », précise le journaliste Juan Contreras. Selon lui, la participation citoyenne et populaire sera essentielle. Et d’évoquer le cadre « d’un État communal, l’addition de conseils communaux favorisant la mise en place de politiques publiques, décidées en bas avec le peuple ».

    Au pied de la caserne de la Montagne, un monument rappelle la journée du 4 février 1992, fruit, selon Hugo Chavez, « de la prise de conscience collective qui a permis aux Vénézuéliens de se convaincre de l’énorme force souveraine qu’ils détiennent ».


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  • Mort ou vif, Chavez est la cible du mépris des médias (Fair, Usa)

    le 11 mars 2013

    La mort d’Hugo Chavez a suscité, en France, une tempête médiatique d’informations et de commentaires approximatifs, biaisés, voire mensongers qui les apparentent à de la pure propagande. Que le rôle du Président du Venezuela et la politique qu’il a conduite fassent l’objet de controverses, rien de plus normal. Pour peu qu’elles reposent sur des informations exactes et des enquêtes effectives, et non sur une surenchère de raccourcis et de slogans. Nous y reviendrons...

    … Après nous être tournés vers les médias états-uniens qui ont donné la pleine mesure de ce que des médias dominants peuvent accomplir. C’est pourquoi nous publions ci-dessous un article disponible sur le site de FAIR – « Fairness and Accuracy in Reporting » [1] –, un observatoire dédié à la critique des pratiques médiatiques aux États-Unis. “In Death as in Life, Chávez Target of Media Scorn” – c’est le titre de cet article date du 6 mars 2013 – est publié sous licence Créative Commons. En voici la traduction. (Acrimed)

    Le président populiste de gauche du Venezuela [2], Hugo Chavez, est mort mardi 5 mars après avoir lutté pendant deux ans contre le cancer. Si les dirigeants du monde devaient être jugés sur les doses de vitriol médiatique et de désinformation dont leur action politique ont fait l’objet, Chavez serait dans une catégorie à part.

    Juste après sa première élection en 1998, le gouvernement américain le dénonçait comme une menace contre les intérêts américains – une image que les médias états-uniens ont largement caricaturée. Lorsqu’un coup d’État préparé par les milieux du privé et les élites médiatiques réussit à évincer Chavez du pouvoir, de nombreux titres de presse états-uniens applaudirent (Extra !, 6/02). Le New York Times (4/13/02), annonça une « démission », expliquant : « la démocratie vénézuélienne n’est plus menacée par un dictateur en puissance ». Le Chicago Tribune (4/14/02) applaudit lui aussi le départ d’un dirigeant qui aurait « fait les louanges d’Ousama Ben Laden » – une allégation bien entendue complètement fausse.

    Ces allusions sans fondement eurent cependant des répercussions médiatiques. Sept ans plus tard, CNN (1/15/09) organisait une discussion sur Chavez avec le stratège démocrate Doug Schoen. Alors que le présentateur lui demandait si Chavez était pire ou non qu’Ousama Ben Laden, Schoen affirma que Chavez « avait donné une invitation à Al Qaida et au Hamas de venir à Caracas ».

    Ce genre de polémique médiatique sur Chavez ne connaît, semble-t-il, pas de limite. Dans un article de presse, Newsweek (11/2/09) parvint même à le comparer à Mussolini, Hitler et Staline. (Chavez s’était alors construit un studio de tournage, ce qu’apparemment font tous les dictateurs). Pour ABC (World News, 10/7/12) c’est un « ennemi farouche des États-Unis », pour le Washington Post (10/16/06) un « démagogue autocrate ». Fox News (12/5/05) annonça que le gouvernement était « authentiquement communiste  » malgré le fait que Chavez ait été régulièrement réélu lors d’élections certifiées par des observateurs internationaux (Extra !, 11-12/06), élections qualifiées de « meilleures du monde » par Jimmy Carter (Guardian, 10/3/12).

    Outre les accusations de terrorisme et la dénonciation d’une menace militaire croissante que le Venezuela ferait peser sur la région (FAIR Blog, 4/1/07), les médias ont souvent essayé de faire passer le message selon lequel Chavez était nuisible pour les Vénézuéliens, invoquant une prétendue ruine économique du pays. L’éditorial du Washington Post (1/5/13) se lamente sur les « souffrances économiques causées par M. Chavez », l’homme qui a « détruit leur pays jadis prospère ». Un article récent du New York Times (12/13/12) décrivait les difficultés de la vie quotidienne au Venezuela en expliquant que ces soucis sont typiques, pour les pauvres comme pour les riches, et comment le président Hugo Chavez s’était maintenu en poste 14 ans, restant populaire dans la majorité de la population grâce à sa personnalité hors du commun, les largesses de ses dépenses publiques et sa capacité à convaincre les Vénézuéliens que la révolution socialiste qu’il promouvait améliorerait un jour leur vie.

    Il n’est pourtant pas si fou de penser que Chavez a d’ores et déjà amélioré le quotidien des vénézuéliens (FAIR Blog, 12/13/12), avec un niveau de pauvreté divisé par deux, la mise à disposition de nourriture et de soins, l’amélioration du système d’enseignement public et un effort pour construire des institutions démocratiques depuis la base (pour plus d’information, lire l’article de Greg Grandin dans Nation (3/5/13).

    Cet aspect-là n’est certes pas toujours entièrement omis par les médias étatsuniens. Mais ces politiques sociales, qui reflètent de nouvelles priorités dans la redistribution de la richesse pétrolière du pays, sont présentées comme un plan préparé par Chavez pour s’attirer les faveurs des pauvres. C’est ce que sous-entend à peine le Washington Post(2/24/13) indiquant que Chavez a gagné le « soutien inconditionnel des masses frappées par la pauvreté » en « distribuant des postes à ses soutiens et en faisant crouler les pauvres sous les cadeaux ». Pour l’émission « All Things Considered » de NPR – National Public Radio – (3/5/13), des « millions de Vénézuéliens l’aimaient parce qu’il multipliait à outrance les programmes sociaux pour les pauvres. »

    Acheter le soutien de ses propres citoyens est une chose ; faire état de sentiments hostiles à l’égard des États-Unis en est une autre. Ainsi comme le JT CBS Evening News (1/18/13) l’expliquait récemment, « Chavez a fait carrière en s’attaquant aux États-Unis ». Mais personne ne s’interroge sur la manière dont un dirigeant américain se comporterait à l’égard d’un pays qui aurait soutenu un coup d’État contre lui.

    Bien que le soutien des États-Unis au coup d’État de 2002 ait été clairement établi, ce simple fait est souvent considéré comme une des théories de la conspiration véhiculées par Chavez ainsi que l’explique le Washington Post (1/10/13) : « Un des piliers idéologique du pouvoir de Chavez pendant 14 années a consisté à s’opposer aux administrations républicaines et démocrates, qu’il accusait de vouloir déstabiliser son gouvernement.  »

    Des documents du département d’État (FAIR Blog, 1/11/13) montrent pourtant que plusieurs agences états-uniennes ont « apporté entraînement, formation au gouvernement et soutien aux personnes et organisations activement impliquées dans la brève éviction du gouvernement Chavez ». L’administration Bush avait d’ailleurs déclaré son soutien au régime d’un jour issu du coup d’État en expliquant que Chavez « était responsable de son destin » (Guardian, 4/21/09).

    Bien entendu, comme pour n’importe quel autre pays, il y a des aspects du régime de Chavez qui prêtent à critique. Néanmoins, il est vraisemblable que l’attention toute particulière que les médias états-uniens ont porté sur les points faibles du Venezuela n’était pas sans lien avec l’agenda de Washington ; une étude de FAIR (Extra !, 2/09) sur les éditoriaux sur les droits humains montre que le Venezuela faisait l’objet de critiques beaucoup plus virulentes que la Colombie, alliée des États-Unis, malgré la violente répression de l’opposition dans ce pays.

    La couverture médiatique de la mort de Chavez n’y change rien. « Le tyran du Venezuela Chavez est mort  » rapporte la Une du New York Post (3/6/13) ; « Mort d’un démagogue » peut-on lire sur l’écran d’accueil du Time (3/6/13). Le présentateur de CNN Anderson Cooper (3/5/13) a déclaré que c’était « la mort d’un dirigeant qui faisait l’Amérique voir rouge, rouge comme Fidel Castro, le président socialiste du Venezuela Hugo Chavez. »

    « Les mots “homme fort du Venezuela” ont souvent précédé son nom, et ce pour une bonne raison » déclarait le présentateur de NBC Nightly News Brian Williams (3/5/13) ; pour ABC World News (3/5/12), « de nombreux américains le voyaient comme un dictateur ». C’est en effet probablement le cas s’ils étaient à l’écoute des grands groupes de médias.

    Le fait que les intérêts des élites américaines soient l’un des principaux enjeux des relations entre les États-Unis et le Venezuela n’est pas toujours passé sous silence. De nombreux reportages sur la mort de Chavez ont noté la richesse pétrolière immense du pays. Williams expliquait sur NBC, « tout cela est très important pour les États-Unis, car le Venezuela est assis sur un tas de pétrole, et c’est là que ça devient intéressant pour les États-Unis ». Ce qui est confirmé par Rachel Maddow sur MSNBC (3/5/13) [3] : « Vous comprenez, le Venezuela est un pays qui compte sur la scène mondiale. Il est assis sur les réserves les plus importantes de pétrole de la planète ».

    Et Barbara Starr (3/5/13) d’expliquer sur CNN : « Désormais de nombreuses entreprises états-uniennes vont suivre de très près la transition au Venezuela. Ils vont vouloir s’assurer que les investissements sont sûrs, et que le pays est suffisamment stable pour investir ». Et parmi ces entreprises, comptons les grands groupes de média.

    Traduction de Frédéric Lemaire

    Notes

    [1] Que l’on peut traduire ainsi : « Pour des médias impartiaux et rigoureux ».

    [2] « Populiste » n’a pas, aux États-Unis, les connotations purement péjoratives qu’il a en France (note d’Acrimed).

    [3] MSNBC est une chaîne d’information en continu du câble diffusée aux États-Unis et au Canada.

    http://www.acrimed.org/article4023.html


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  • Chavez organise la rébellion des anges

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    Tandis qu’au ciel, Hugo Chavez, sans perdre une seconde, organise la rébellion des anges, à Caracas comme le prévoit la constitution le vice-président Nicolas Maduro a assumé la présidence de la République. Il sera le candidat du mouvement populaire face à la droite aux prochaines élections. Les sondages lui donnent un niveau de suffrages proche de ceux que recueillent les autres gouvernants progressistes tels qu’Evo Morales, Dilma Roussef, Rafael Correa, etc… Nicolas Maduro n’est pas plus « modéré » que Chavez n’était « dur ». Ces poncifs de journaliste science-po européen, oublient comme d’habitude que ce ne sont pas les « experts » mais une population qui décide qui elle souhaite favoriser dans les urnes parmi les divers candidats de gauche et de droite, et que cette population votera en conscience pour un des programmes qui lui sont soumis. Si Nicolas Maduro est élu lors de nouvelles élections présidentielles, il le sera sur la base d’un programme. C’est ce plan en cinq objectifs, déjà approuvé lors de la victoire du 7 octobre 2012 (et qui a suscité l’indifférence médiatique) qui sera soumis au vote, non un look.

    Lorsqu’on parle avec les millions de personnes (parmi lesquelles un marcheur nommé Evo Morales) qui forment depuis quatre jours à Caracas des files de plusieurs kilomètres pour rendre un dernier hommage à leur président, on se rend compte rapidement qu’il ne s’agit pas de croyance aveugle comme le prétendent des médias jamais à court de mépris de classe. Tous les peuples latino-américains sont profondément religieux mais il s’agit d’abord d’une réaffirmation d’une culture politique en expansion : la participation citoyenne dans la construction de l’État. Autre caractéristique de cette mobilisation populaire : le mélange de civils et de soldats de tout bord, sans que ceux-ci suscitent la moindre peur parmi les citoyens.  Des soldats qui avant Chavez étaient utilisés par l’élite pour réprimer toute rébellion sociale. C’est un autre trait des gouvernements de gauche latino-américains que d’avoir mis fin à cette histoire de disparus, de massacres et d’avoir reconstruit l’humanité, la vocation citoyenne, pacifique des forces armées. Le premier jour sont venus surtout des habitants de Caracas et à partir du deuxième jour, depuis l’intérieur du pays, et même d’Amérique Latine.  Piedad Chavez, ex-sénatrice colombienne et militante des droits humains : « Chavez s’est chargé de faire en sorte que le chavisme ne dépende pas de lui, c’est une école de leadership collectif, aujourd’hui il y a des millions de Chavez ».

    Ce samedi 9 mars 2013, depuis Quito, Rafael Correa a initié son programme alternatif de radio et télévision en parlant de « cet ami unique, sur qui on pouvait toujours compter, qui fut le président le plus diffamé, le plus attaqué par les élites propriétaires des médias ». Il a rappelé que lorsqu’il voyage en Europe, il se rend compte de l’impact de cette désinformation, quand il entend des jeunes lui parler de « Chavez assassin ». « Voilà ce qu’ils font des présidents qui luttent pour la souveraineté, pour la justice sociale : des assassins ! Et quand je demande : qui a-t-il assassiné ? quel pays a -t-il envahi ?, personne ne peut me répondre. Le fait qu’un visionnaire aussi solidaire, puisse être transformé en criminel, donne une idée de la dictature médiatique en Occident. Nous, nous devons continuer à lutter pour cette Amérique latine en pleine libération. « 

    Au nom du Mouvement des Sans Terre du Brésil, Joao Pedro Stedile a rappelé lors d’une interview à Telesur ce 9 mars 2013, « le combat commun des Sans Terre et du président Chavez : création d’écoles agro-écologiques, luttes contre les OGM, réforme agraire, souveraineté alimentaire, mais aussi promotion incessante des idées des  mouvements sociaux au coeur de l’intégration latino-américaine. Beaucoup de présidents lorsqu’ils arrivent au pouvoir, se croient les maîtres du monde, ne conservent que la bouche et perdent les oreilles. Chavez, lui, en toute simplicité, t´écoutait, cherchait à converser avec toi pour apprendre,  écouter ».

    Lula da Silva : “¡Si vous n’existiez pas, vous devriez renaître !”

    La présidente Dilma Roussef et l’ex-président Lula aux côtés du Vice-président Nicolas Maduro.

    “Je pense qu’un siècle ne suffit pas pour produire un homme qui possède les qualités de Chávez. On ne voit pas tous les jours un pays élire une personne qui possède un engagement différent avec son peuple”, a pour sa part exprimé l’ex-président du Brésil.  “C’etait un homme doté de 80 pour cent de coeur et 20 pour cent de raison, comme, je le crois, doivent l’être tous les grands hommes du monde”. Lula a rappelé que Chavez ne pensait qu’à son peuple et surtout aux personnes les plus pauvres. J’ai eu le plaisir de converser souvent avec lui. « Dès le début nous avons noué une relation très forte parce que nous avions de nombreuses affinités. Oui, nous avions des divergences idéologiques mais nous avions beaucoup d’affinités politiques, par exemple sur la relation stratégique entre le Brésil et le Venezuela, comme entre tous les pays d’Amérique Latine. Nous comprenions le rôle des pays pauvres, surtout ceux de l’Amérique du Sud, dans l’affrontement construit avec les pays du nord, surtout dans les questions commerciales et poltiques. Tout cela a fait qu’un jour, en 2007, nous sommes passés d’une relation entre présidents à une relation de compagnons. Chavez savait que les raisons d’arriver au gouvernement étaient de faire que le peuple du Venezuela se sente fier, qu’il dispose enfin de droits, de travail, de santé et de la possibilité d’étudier. Il a évidement subi une très forte opposition comme nous l’affrontons tous en Amérique Latine... Chavez a valu la peine non seulement pour ces conquêtes mais pour le symbole que signifia ce qe qu’il a fait pour son pays : un peuple, les enfants, tous ont repris confiance en eux-mêmes. Un peuple a compris que le Venezuela était beaucoup plus grand que ce que les élites voulaient lui faire croire. Je crois que les idées de Chavez comme celles de Bolívar, vivront longtemps, parce que l’Amérique Latine vit un moment exceptionnel. Et Chavez a beaucoup à voir avec cela : la création de l’UNASUR, de la CELAC, du Conseil de Défense de l’UNASUR, de la Banque du Sud, et de tant d’autres idées qu’ensemble nous jetions sur papier et que nous discutions, pour les concrétiser peu à peu. J’ai eu le plaisir de partager avec lui huit ans de présidence et je ressens la fierté d’avoir construit tant de choses positives avec lui. Et je sens aussi la tristesse de n’avoir pas pu faire davantage. »

    chavez-y-lula

    Thierry Deronne, Caracas 9 mars 2013

    URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/09/chavez-organise-la-rebellion-des-anges/


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  • Funérailles de Chavez : "La lutte continue", clame le président par intérim

     

    Le président par intérim du Venezuela Nicolas Maduro pendant les funérailles d'Hugo Chavez à Caracas, le 8 mars. Le président par intérim du Venezuela Nicolas Maduro pendant les funérailles d'Hugo Chavez à Caracas, le 8 mars. | REUTERS/HANDOUT

     

    Le président vénézuélien par intérim, Nicolas Maduro, a promis "loyauté au-delà de la mort" au défunt président Hugo Chavez, à la fin de funérailles d'Etat en grand pompe qui ont rassemblé 32 chefs d'Etat et de gouvernement, vendredi 8 mars à Caracas.

    Dans un discours enflammé et lyrique d'une demi-heure, le dauphin a promis d'honorer le testament moral du leader de gauche sud-américain mort mardi à Caracas d'un cancer, en poursuivant "son combat pour les pauvres, pour l'éducation et un monde plus juste". "La lutte continue ! Vive Chavez ! Vive Chavez ! Jusqu'à la victoire toujours, Comandante !", a scandé Nicolas Maduro, acclamé debout par la foule de dignitaires et militaires vénézuéliens, et applaudi par les dirigeants étrangers rassemblés autour du cercueil d'Hugo Chavez, dans l'Académie militaire de Caracas.

     

    Evo Morales, président de Bolivie, pendant les funérailles d'Hugo Chavez le 8 mars à Caracas, au Venezuela.Evo Morales, président de Bolivie, pendant les funérailles d'Hugo Chavez le 8 mars à Caracas, au Venezuela. | AP/Rodrigo Abd

     

    Parmi les chefs d'Etat présents se trouvaient la plupart des présidents latino-américains et certains de ses alliés controversés, comme l'Iranien Mahmoud Ahmadinejad, le Cubain Raul Castro et le Biélorusse Alexandre LoukachenkoLes Etats-Unis, cibles de prédilection des diatribes enflammées d'Hugo Chavez, et les Européens n'ont envoyé que des délégations de second rang. A l'exception de l'Espagne, qui, protocole oblige, a dépêché le prince héritier Felipe.

    Lire : Hugo Chavez, éternel adversaire des Etats-Unis

    Après ce discours, Nicolas Maduro a remis la réplique de l'épée en or du libérateur sud-américain Simon Bolivar à la famille d'Hugo Chavez, dont la dépouille restera exposée au public pendant encore au moins sept jours après avoir été embaumée. Vendredi, la foule canalisée de chavistes vêtus de rouge attendait la fin de la cérémonie, pour pouvoir s'incliner à son tour devant son président.

     

     

    EMBAUMÉ "POUR L'ÉTERNITÉ"

    La dépouille du leader de la gauche radicale sud-américaine, exposée dans un cercueil à demi-ouvert, a déjà été honorée par 2 millions de ses partisans depuis mercredi, selon les autorités. Jeudi soir, sitôt arrivés à Caracas, le président cubain, Raul Castro, la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, son prédécesseur, Luiz Inacio Lula de Silva, et le président équatorien, Rafael Correa, se sont recueillis devant le corps du défunt président. Hugo Chavez était considéré comme le principal allié politique et économique de Cuba et se présentait souvent comme le fils spirituel du père de la révolution cubaine, Fidel Castro.

     

    Comme celle de Mao Tse-toung (ici en septembre 1977), la dépouille d'Hugo Chavez pourrait être exposée dans un cercueil en verre.Comme celle de Mao Tse-toung (ici en septembre 1977), la dépouille d'Hugo Chavez pourrait être exposée dans un cercueil en verre. | AP/Uncredited

     

    Nicolas Maduro a annoncé, jeudi, que le président serait "embaumé" comme les grands révolutionnaires du XXe siècle – Lénine, Hô Chi Minh et Mao Tsé-toung – et que son corps serait "visible au moins sept jours de plus". "Nous voulons que puissent le voir tous ceux qui le veulent", a-t-il expliqué. Le corps d'Hugo Chavez sera ensuite transféré dans un "musée de la Révolution" en cours de construction à "la caserne de la Montagne", à l'ouest de Caracas, "pour l'éternité".

    L'annonce de la mort d'Hugo Chavez a provoqué une véritable onde de choc au Venezuela et ouvre une période d'incertitude. L'opposition fait pour le moment profil bas. Mais le massif et ultime déferlement d'idolâtrie chaviste ne fait pas l'unanimité. En quatorze ans au pouvoir, Hugo Chavez a ravivé la flamme de la gauche latino-américaine "anti-impérialiste" sur le continent. Au Venezuela, il a forgé sa popularité dans les couches défavorisées avec des programmes sociaux financés par une manne pétrolière infinie, et grâce à son charisme exubérant. Mais il a aussi fortement clivé la société, sans parvenir à endiguer les pénuries et une violence urbaine croissante.

    Voir l'infographie : Hugo Chavez, quinze ans de 'révolution bolivarienne'

     

    Des centaines de milliers de Vénézuéliens font la queue depuis mardi pour rendre hommage au défunt président Hugo Chavez.Des centaines de milliers de Vénézuéliens font la queue depuis mardi pour rendre hommage au défunt président Hugo Chavez. | AFP/JUAN BARRETO

     http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/03/08/le-corps-d-hugo-chavez-sera-embaume-pour-l-eternite_1844960_3222.html


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  • Décès du Président Hugo CHAVEZ (la réaction du PRCF)

    Communiqué du PRCF

     

    130306-hugo-chavez

     

     Nous apprenons le mort du Président du Venezuela, du chef de la Révolution bolivarienne. Patriote et révolutionnaire, Hugo CHÁVEZ a su symboliser le processus révolutionnaire de son pays, au Venezuela et dans le monde.

     

    Cela lui vaut, aujourd’hui encore, la haine et un tombereau de calomnies de la part des ennemis de la Révolution bolivarienne, c’est-à-dire des milieux oligarchiques, de l’impérialisme et de ses agents. La presse française fut en pointe dans la tentative de diabolisation d’Hugo CHÁVEZ. Alors que ce dernier a toujours été élu démocratiquement, qu’il a été l’objet d’une tentative de coup d’Etat, dirigé par les USA et le patronat local (le « président » putschiste était le président du MEDEF vénézuélien), c’est lui que Le Monde ou Libération traitent, contre toute évidence, de « dictateur » !

    Parions qu’il n’y aura aucune autocritique de leur part après les campagnes de haine qu’ils ont menées contre CHÁVEZ. Non pas que le processus révolutionnaire soit un chemin de roses, dépourvu de contradictions (y compris au sein du front révolutionnaire), mais il faut savoir que ce qui fut reproché à CHÁVEZ - volontiers opposé aux dirigeants réformistes - c’est la radicalité du processus en cours au Venezuela. C’est l’anti-impérialisme et l’amitié avec Cuba, avec les frères CASTRO, et l’exemple qu’a donné la révolution bolivarienne à d’autres pays d’Amérique, qui ont entamé des marches vers le progrès social et la justice, ouvrant à la perspective socialiste un avenir, après la défaite historique de l’URSS.

     

    Il faut rappeler le bilan du gouvernement progressiste de CHÁVEZ. Celui-ci est éloquent : les progrès en matière d’éducation, d’alphabétisation, de santé et de recul de la pauvreté sont impressionnants. Le taux d’analphabétisme a chuté de 9,1% en 1999 à 4,9% en 2011. 83% des jeunes accèdent à l’enseignement supérieur. La mortalité infantile a chuté de 19,15% à 13,95%. L’espérance de vie a progressé de deux ans. Près de la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 1999, moins d’un quart aujourd’hui. La pauvreté extrême a été divisée par deux (de 21,7% à 10,7%). Et, comme cela nous change des politiques imposées par l’UE et ses serviteurs, sous CHÁVEZ, 1.600 entreprises sont passées sous contrôle de l’État, ces entreprises qui représentaient en 2009 30% du PIB du pays.

     

    « Hugo CHÁVEZ a créé un système de protection sociale, il a rendu gratuit l’accès à la santé et à l’éducation, il a instauré un salaire minimum et généralisé les retraites pour le secteur informel : ce sont de vraies grandes avancées pour la population vénézuélienne, notamment pour les plus défavorisés », explique Jessica Brandler-Weinreb, doctorante en sociologie à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine (Paris 3). Résultat : l’écart de revenus entre les plus riches et les plus pauvres s’est réduit - l’indice de Gini est passé de 0,46 à 0,39 en dix ans, sachant que 0 signifie l’égalité parfaite des revenus.

     

    Hugo Rafael CHÁVEZ FRÍAS, a contribué au plus haut rang, à permettre à la révolution de revenir à l’ordre du jour dans le continent américain avec un rayonnement mondial. Les communistes du Venezuela et du monde furent les meilleurs soutiens de Chavez avec leur souci d’élargir les bases de la révolution et d’analyser avec lucidité la réalité des rapports de forces.

     

    Les hommes sont mortels. Mais leur exemple  leur survit et Hugo CHÁVEZ s’inscrit dans la longue chaîne de ceux qui, avec courage et abnégation, servent le peuple et consacrent leur intelligence et leur force à son service. Et le peuple est immortel, et la Révolution est immortelle car l’histoire est l’histoire de la lutte des classes. Aujourd’hui, la classe ouvrière, le peuple vénézuélien s’unissent dans le deuil, mais c’est pour se remettre en marche, pour approfondir le processus révolutionnaire, pour aller de l’avant vers le socialisme.

     

    Le PRCF salue la mémoire et s’incline devant notre camarade Hugo CHÁVEZ qui a combattu, avec vaillance et fougue, et le capitalisme et l’impérialisme et la maladie. C’est cette dernière qui emporte CHÁVEZ dans l’Histoire où il a déjà une place aux côté du Libertador Simon Bolivar.

     

    Hugo CHÁVEZ vit dans chaque Vénézuélien, chaque Américain, chaque être humain qui se bat pour un monde plus juste, plus libre, plus fraternel.

     

    VIVA CHÁVEZ ! 

    VIVE LA RÉVOLUTION BOLIVARIENNE !

    VIVE LE SOCIALISME !

     

    Communiqué du PRCF (5/03/2013)

    http://lherminerouge.over-blog.com/article-deces-du-president-hugo-chavez-la-reaction-du-prcf-115941511.html


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  • Chavez, aussi vivant que le peuple vénézuélien

    Ceux qui subissent jour après jour, depuis tant d’années, loin d’ici, la personnalisation médiatique des démocraties latino-américaines pour en faire des « dictatures » ou des «populismes» seraient sans doute étonnés de connaître les réactions des mouvements sociaux et des gouvernants latino-américains à l’annonce du décès du président Hugo Chavez à Caracas, ce mardi 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Mais quel grand média dira le mélange de douleur, de fierté pour le travail collectif accompli, de mobilisation populaire et de volonté de vivre pour livrer les batailles de l’avenir, ce « tout ne fait que commencer » qui remplit ce soir les avenues, les places publiques du Venezuela ?

    evo morales

    Evo Morales parle au peuple bolivien dès qu’il apprend le décès de Hugo Chavez, La Paz, 5 mars 2013.

    Parmi les nombreux leaders qui voyageront pour être présents aux côtés du peuple vénézuélien, il y a le brésilien Lula da Silva qui dit « son sentiment de fierté d’avoir vécu et travaillé aux côtés de Chavez, pour l’intégration de l’Amérique Latine et pour un monde plus juste », l’ex-président hondurien Manuel Zelaya et l’ex-président paraguayen Lugo, tous deux renversés par un coup d’État de l’oligarchie, et pour qui « Hugo Chávez est un de ces hommes qui ne meurent jamais parce qu’il est dans le coeur du peuple latino-américain », le président de l’Uruguay José Mujica qui exprime « sa confiance dans le peuple et dans la démocratie vénézuélienne » et explique que sa « douleur prend une autre dimension parce qu’ il n’a jamais connu quelqu’un d’aussi généreux » et salue « un militant de première ligne, un des plus grands hommes d’État et visionnaires de notre Amérique », le président équatorien Rafael Correa pour qui « Hugo, ce guerrier invincible dans les urnes, sera plus vivant que jamais, éclairant, guidant, inspirant ces révolutions irréversibles pour la souveraineté, la dignité, la vraie liberté, la justice, la joie, le bonheur » ou le Président de Bolivie Evo Morales, ému jusqu’aux larmes : « Nous sommes blessés par le décès du frère, du compagnon Hugo Chávez, mon frère solidaire, mon compagnon révolutionnaire, latino-américain qui a lutté pour la Grande Patrie comme le fit Simón Bolívar en donnant sa vie pour la libération du peuple vénézuélien. Je regrette de dire que les oligarchies impériales sont sûrement en train de faire la fête, que les médias et l’opposition à Chavez ont démontré leur inhumanité, leur incapacité de respecter un patient et un peuple qui souffre. Mais tant pis, le plus important est que nous luttons pour cette libération pour laquelle a lutté Chavez. Et les peuples qui luttent pour leur liberté, sont aujourd’hui unis : c’est le plus important. Chávez sera présent dans toutes les régions du monde, parmi tous les mouvements sociaux pour accompagner ces grands processus de changement, de construction de l’égalité, après tant d’années de soumission et de pillage ».

    Lire le récent message de Hugo Chavez : « Lettre à l’Afrique« http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

    Hugo Chavez à la rencontre du peuple haïtien.

     31 de marzo de 2011. Hugo Chávez junto con su homólogo boliviano, Evo Morales, saluda a la gente durante su visita al país andino. © AFP Aizar Raldes

    31 mars 2011, en Bolivie.

     18 de diciembre de 2007. El presidente venezolano abraza a su homólogo boliviano, Evo Morales, durante la XXXIV Cumbre del Mercosur en Montevideo. © AFP Pablo Porciuncula

    Avril 2009. Hugo Chávez offre à Barack Obama le livre d’Eduardo Galeano « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine » lors d’un Somet des Amériques à Puerto España, Trinidad y Tobago.

    Mars 2008. Chávez salue son homologue argentine, Cristina Fernández de Kirchner, à Caracas.

    Concert à Caracas, août 2004. Photos publiées aujourd’hui par le chanteur cubain Silvio Rodriguez sur son Blog http://segundacita.blogspot.com/

    URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/06/chavez-aussi-vivant-que-le-peuple-venezuelien/

      le 6 Mars 2013

    Hugo Chavez, un phare s'est éteint

    Les chroniques vénézuéliennes, par Jean Ortiz. Hugo Chavez est mort ce mardi à l'âge de 58 ans des suites de complications respiratoires. Chroniqueur de l'actualité vénézuélienne pour l'Humanité.fr, l'universitaire Jean Ortiz revient sur la vie du président de la république bolivarienne du Venezuela.

    Un phare s'est éteint. Comme Bolivar lors de son serment de Rome, à 20 ans, dès le départ, Chavez s'est engagé à consacrer sa vie à améliorer le sort de ses concitoyens. Il se réclamait de lui, et était l'une des consciences de l'Amérique des peuples. Je me souviens que, lors de sa première visite à Cuba, en décembre 1994, il avait déclaré à l'université : "Un jour, nous espérons venir à Cuba les bras ouverts, et pour construire ensemble un projet révolutionnaire latino-américain". Il annonçait une "ère d'éveils". Soldat rebelle, il avait créé le Mouvement bolivarien avec une vision à long terme pour rompre avec le bipartisme répressif et corrompu, inféodé aux Etats-Unis, de la IV République. Chavez avait une obsession : que le Venezuela soit désormais une vraie patrie, une nation souveraine, indépendante.

    Socialisme endogène

    Depuis sa première élection en 1998, il s'est "radicalisé", et a, par contrecoup, contribué à politiser profondément un peuple combattif, avançant un projet anticapitaliste, sans doute le plus radical au monde depuis la chute du Mur de Berlin. Le chavisme ne relève pas du culte de la personnalité, mais bien d'une création collective permanente, pour sortir du néolibéralisme par la voie électorale, démocratique, pacifique, et aller vers un socialisme endogène, participatif, un pouvoir populaire: des "communes socialistes", des Conseils communaux...

    Chavez était le fédérateur, le moteur, le centre de gravité d'un mouvement populaire pluriel, traversé de différents courants progressistes. Le peuple l'aimait parce qu'il avait changé la vie de millions de parias, parce qu'il avait du panache et du courage. Lors de la rébellion militaire de 1992, dont il fut l'instigateur, il alla au bout de la démarche. Emprisonné, il mit au point une stratégie de rassemblement qui cette fois-ci réussirait. C'est le peuple des "ranchitos" (bidonvilles) qui descendit sur Caracas pour faire échec au coup d'Etat de 2002, et sauver son président.

    Exemple possible

    Chavez a fait du Venezuela un pays central pour toutes les gauches latino-américaines, et un exemple d'alternatives possibles pour les gauches du monde entier. Il eut l'audace de réhabiliter dès 2004-2005 le mot et le concept de "socialisme". Un lien émotionnel, affectif, très fort, unissait Hugo Chavez et les Vénézuéliens "d'en bas". Il était comme eux. Le petit vendeur des rues, devenu président, tenait ses promesses, lui, le "zambo" de Sabaneta, le métis de Noir et d'Indien, qui aimait chanter des chansons de son "llano" (plaine). J'ai pu mesurer dans les beaux quartiers, la haine de classe et de race que lui vouait la bourgeoisie. S'il se réclamait de Bolivar, ce n'était pas par opportunisme; il donnait un sens nouveau au message bolivarien, à la doctrine politique du Libertador.

    Populisme

    On l'accusait intentionnellement de "populisme", ce concept crapuleux et attrape-tout destiné à discréditer la révolution bolivarienne. Une analyse sérieuse du bilan de Chavez, des rapports sociaux, de sa pratique, des changements concrets, contredit cette allégation malveillante. Chavez était l'homme de l'intégration continentale, son fer de lance. Pour la première fois depuis les Indépendances, l'Amérique du Sud vit une véritable communauté de valeurs, dans un monde à présent multipolaire. Chavez en a été le principal artisan. De 1999 à 2008, il multiplia par 3 les dépenses publiques par habitants, fit reculer de 50% la pauvreté, instaura la santé et l'éducation gratuites, créa l'ALBA contre les accords de libre-échange, contribua à la naissance de la CELAC, sans les Etats-Unis, isolés désormais à l'échelle continentale. Voilà pourquoi cet homme d'une grande stature, d'une profonde humanité, fut l'un des plus haïs, diabolisés par l'ensemble des médias internationaux, par toutes les bourgeoisies, et les fausses gauches.

    Marx et Jésus

    Chavez croyait en Marx et en Jésus, authentiquement. Grâce à lui, les Vénézuéliens ont bénéficié de nombreuses "missions sociales". L'une d'elles consiste à opérer gratuitement de la cataracte, elle s'appelle "Mission Miracle". Le miracle de Chavez, c'est d'être devenu un Chavez collectif, un "Chavez-peuple". Il y a des morts qui ne meurent jamais.


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  • Hugo Chavez rentre au Venezuela sans mettre un terme à la vacance du pouvoir

    LE MONDE | 19.02.2013 à 12h36 

      Par Marie Delcas - Bogota, correspondante


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    Hugo Chavez est rentré. Après soixante-douze jours de convalescence à Cuba, le président vénézuélien a atterri dans son pays, lundi 18 février. Il a été transporté à l'hôpital militaire Carlos Arvelo, à Caracas. Aucune image de son arrivée n'a été diffusée. Dans les rangs de l'opposition, les spéculations vont bon train.

    Au petit matin, un tweet donne la nouvelle. Il est parti du compte d'Hugo Chavez : "Nous sommes arrivés de nouveau dans notre patrie vénézuélienne. Merci mon Dieu !! Merci mon peuple aimé !! Nous continuerons ici le traitement." Suivi par plus de 4 millions de sympathisants, le compte Twitter du chef de l'Etat (@chavezcandanga) était silencieux depuis le 1er novembre 2012.

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    Dès l'annonce de la nouvelle, les partisans de M. Chavez sont descendus dans la rue par centaines pour célébrer, euphoriques, le retour de leur chef de file adoré. "Volvió, volvió, volvió" (il est rentré, rentré, rentré), chante la petite foule réunie au pied de l'hôpital. C'était le slogan qui avait accompagné le retour de M. Chavez au pouvoir, après la tentative de coup d'Etat du 11 avril 2002.

    Selon le ministre des communications, Ernesto Villegas, "le président bataille pour sa santé, il est pleinement conscient et fait face à ses responsabilités". Depuis le 10 janvier, date à laquelle le président Chavez aurait dû prêter serment pour un nouveau mandat de six ans, le gouvernement ne cesse de répéter qu'il est aux commandes. "C'est le chef de l'Etat en exercice qui est rentré, le commandant des forces armées, le leader de la révolution bolivarienne", a déclaré ainsi le vice-président Nicolas Maduro, qui assure l'intérim.

    "PREUVE DE VIE"

    Au pouvoir depuis 1999, Hugo Chavez a été réélu le 7 octobre 2012. Ses compatriotes le savent atteint d'un cancer depuis juin 2011. En décembre 2012, juste avant de repartir à La Havane pour une nouvelle opération, il les a appelés à "voter Nicolas Maduro" si une nouvelle présidentielle devait être organisée.

    C'est dire que M. Chavez était conscient des risques que cette opération, la quatrième en dix-huit mois, impliquait. Au vu des problèmes de santé du président, la Cour suprême autorise le report sine die de la cérémonie d'investiture. Et l'incertitude concernant l'état de santé du président s'installe. Vendredi, le gouvernement diffusait des photos de M. Chavez sur son lit d'hôpital, entouré de ses deux filles. C'est la première "preuve de vie" en deux mois.

    Pourquoi est-il rentré ? Ses partisans veulent croire qu'il va guérir. "Hugo Chavez est plus fort que le cancer", explique à la télévision une vieille dame émue aux larmes qui tient sur son coeur un portrait usé du président. Les opposants continuent, eux, de douter. "Le retour d'Hugo Chavez ne nous dit rien de son état de santé", rappelle Fanny Rojas, de la Table d'unité démocratique (MUD), qui réunit les différents partis d'opposition. Elle est convaincue que M. Chavez, condamné par la maladie, est rentré mourir dans son pays.

    EXIGENCE DE "TRANSPARENCE" DE L'OPPOSITION

    Rafael Marquina, un médecin cubain exilé à Miami à l'origine de nombreuses rumeurs sur l'état de santé du président vénézuélien, n'affirmait-il pas il y a quelques jours que la médecine cubaine n'avait plus rien à offrir à Hugo Chavez ? Trois jours avant le retour du président, Jorge Arreaza, ministre des technologies et gendre de M. Chavez, mentionnait des "soins palliatifs". L'opposition a réitéré son exigence de "transparence" concernant la situation médicale du chef de l'Etat.

    Beaucoup d'opposants sont convaincus que M. Chavez va prêter serment et immédiatement démissionner. Aux termes de la Constitution, une présidentielle devrait alors être organisée dans un délai de trente jours. Selon le politologue Fernando Giraldo, "Hugo Chavez est rentré pour être le chef de campagne de Maduro". L'analyste Luis Vicente Leon considère que "la présence de M. Chavez au Venezuela renforce le transfert émotionnel vers Nicolas Maduro".

    Citant une source de la Cour suprême, l'Agence France-Presse affirmait, lundi, que "tout est prêt pour la cérémonie d'investiture d'Hugo Chavez". Interrogé, le ministre Villegas a évité de se prononcer sur une éventuelle démission de M. Chavez. Critiquant les "élucubrations" de la presse, il a affirmé que "la seule vérité c'est qu'Hugo Chavez est rentré au pays". C'est également l'avis de Bernabé Gutierrez, dirigeant d'Action démocratique (opposition), qui juge "prématuré et dangereux" de spéculer sur l'avenir.

    http://www.lemonde.fr


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  •   - le 18 Février 2013

    Hugo Chavez annonce qu'il est rentré au Venezuela sur Twitter

    Deux mois après son opération à Cuba, le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé sur son compte Twitter être rentré à Caracas : "Nous sommes rentrés dans la Patrie vénézuélienne. Merci mon Dieu ! Merci mon peuple aimé ! Nous allons continuer le traitement ici !".

    Selon le vice-président Nicolas Maduro, Hugo Chavez s'est envolé vers 2h30 locales de La Havane. Il se trouve actuellement dans un hôpital militaire à Caracas. "Je reste attaché au Christ et fais confiance à mes infirmières et à mes médecins. En avant pour la victoire ! Nous vivrons et vaincrons !" a également lancé le président sur Twitter. Il a remercié les dirigeants cubains Raul et Fidel Castro pour le traitement suivi chez eux. Les ministres vénézuéliens sont apparus radieux. L'un a entonné : "Il est de retour, il est de retour", en direct à la télévision publique. "Nous sommes si heureux", a déclaré Nicolas Maduro.

    Samedi 16 février, le gouvernement avait indiqué qu'à la suite de la grave infection pulmonaire dont il avait été victime après son opération, Hugo Chavez souffrait toujours d'insuffisance respiratoire et respirait "à l'aide d'un tube trachéal, qui le gêne temporairement pour s'exprimer". "L'équipe médicale administre un solide traitement pour la maladie de base, qui n'est pas exempte de complications", avait ajouté le ministre en précisant simplement que le président était "conscient" et en pleine possession de ses "moyens intellectuels".

    Vendredi, la télévision publique a diffusé les premières photos d'Hugo Chavez depuis son opération de décembre, le montrant allongé sur un lit d'hôpital et souriant en compagnie de deux de ses filles, Maria Gabriela et Rosa Virginia.

    Jeudi dernier, la principale figure de l'opposition vénézuélienne, le gouverneur Henrique Capriles, a de nouveau accusé le gouvernement de "mentir" au sujet de la santé du président Hugo Chavez. "Très probablement, à propos de l'état de santé du président de la République, ils nous ont menti au cours des deux derniers mois", a affirmé M. Capriles lors d'une conférence de presse. Henrique Capriles, candidat défait contre Hugo Chavez à la présidentielle du 7 octobre, a depuis été réélu gouverneur de l'Etat de Miranda (nord). Il a toutefois refusé de préciser s'il serait à nouveau candidat en cas d'élection présidentielle anticipée mais assuré que l'opposition était "prête" à prendre des décisions dans cette perspective.

    Au pouvoir depuis 1999, Hugo Chavez, âgé de 58 ans, n'a pas été en mesure de prêter serment le 10 janvier devant l'Assemblée nationale, après sa nouvelle réélection. Le Tribunal suprême de justice a toutefois estimé qu'il pourrait le faire plus tard et a maintenu en fonctions le gouvernement précédent.


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  • correa.jpgRafael Correa réélu au premier tour en Équateur : soutien populaire massif à sa politique progressistes mais critiques à gauche

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

     

    Rafael Correa a été ré-élu ce dimanche pour la deuxième fois à la tête de l'Etat équatorien, avec 60% des voix. Le peuple équatorien a soutenu massivement sa politique sociale, malgré des critiques venant de la gauche sur sa politique économique et sociale.

     

    Le verdict électoral est sans appel. Avec 60% des voix, Correa à la tête du mouvement « Alinza Pais » est élu au premier tour des élections présidentielles. Il devance le banquier libéral Guillermo Lasso (20%) et à l'ancien putschiste d'extrême-droite Lucio Gutierrez (5%).

     

    Le peuple équatorien a apporté un soutien clair et net à la politique sociale menée depuis 2005 par le président Correa, dans le cadre du « socialisme du XXI ème siècle » et de la « Révolution citoyenne ».

     

    Si la perspective reste évanescente, les mesures sociales sont concrètes : notamment le triplement du budget de l'éducation et de la santé rendu possible par la manne pétrolière, après re-négociation des contrats avec les multi-nationales et le refus de payer la majeure partie de la dette extérieure.

     

    La politique de Correa : l'éducation et la santé publiques, gratuites et universelles

     

    L'éducation est redevenue entièrement gratuite. Les centres de santé tout comme les écoles ouvrent dans tout le pays, les investissements publics permettent aux hôpitaux de se doter d'un appareil moderne tout en construisant dans tout le pays un réseau routier digne d'un pays développé.

     

    Et le gouvernement donne les moyens à son peuple d'accéder à l'éducation et à la santé publiques.

     

    Le « bon de développement humain », passé en janvier de 35 à 50 dollars par mois, concerne 2 millions d'équatoriens. Elle est fournie en échange de l'obligation de scolariser les enfants et de leur accorder des soins gratuits réguliers.

     

    En six ans, 500 000 mineurs équatoriens sont sortis du travail infantile, le taux de scolarisation est passé de 75 à 90%.

     

    L'affiliation des employés à la sécurité sociale est devenue une obligation pour les entreprises privées sous peine de lourdes amendes. En six ans, leur proportion est passée de 41 à 61%.

     

    Des résultats sociaux incontestables : recul massif de la pauvreté depuis le début des années 2000

     

    Le pays au bord du gouffre en 2000, où trois équatoriens sur quatre vivaient dans la pauvreté, criblé de dettes, soumis aux diktats du FMI, de la Banque mondiale et des États-Unis, est un lointain souvenir.

     

    En six ans, le taux de pauvreté est passé de 37,6 à 25,3%, l'extrême pauvreté de 16,9 à 9,4%.

     

    Enfin, sur le plan international, si la dépendance envers les Etats-unis n'est toujours pas annihilée puisque l'économie reste dollarisée, l'Equateur privilégie désormais les relations avec ses voisins latino-américains progressistes dans le cadre notamment de l'ALBA proposée par Chavez.

     

    Correa est également un des principaux soutiens continentaux de Cuba socialiste, ainsi qu'un des partenaires privilégiés pour les autres présidents « progressistes » tels Evo Morales en Bolivie ou Hugo Chavez au Vénézuéla.

     

    Les communistes : alliés critiques de la « révolution citoyenne »

     

    Allié critique de Correa, le Parti communiste équatorien ne cache pas les limites du processus bien qu'elle apporte depuis 2005 – ainsi que sa centrale syndicale, la Centrale des travailleurs d'Equateur (CTE) – son soutien au président.

     

    En premier lieu, pour les communistes, la politique de Correa n'est pas socialiste, cela reste une politique « national-populaire » conséquente posant les bases d'une transition ultérieure vers le socialisme.

     

    Sa politique progressiste reste un « développementalisme » inspiré d'avancées sociales (éducation gratuite, sécurité sociale) importées en Équateur au moment où elles sont détruites en Europe.

     

    Les communistes perçoivent le mouvement de Correa comme un mouvement « réformiste » assumé reposant sur des concepts comme le « commerce juste », la prééminence de « l'Humain sur le capital », qui fondent une politique économique réformiste-humaniste et non révolutionnaire-socialiste.

     

    Deuxième limite, plus économique, celle d'un modèle fortement dépendant des hydrocarbures. Une économie de semi-rente piégée dans la mono-activité, peinant à s'industrialiser et à diversifier ses activités, tout comme le Venezuela voisin.

     

    Une économie encore dominée par le capital équatorien, que Correa ne cherche pas à déloger mais bien à consolider, et encore sous la dépendance du capital étranger, notamment sous les multi-nationales pétrolières ou minières nord-américaines et de plus en plus chinoises.

     

    Dernière limite, la faiblesse de la direction collective du mouvement, de participation démocratique à la base et le risque d'une direction personnelle.

     

    Liée au point précédent, on peut voir dans la politique sociale du gouvernement Correa une volonté plus d'acheter un consensus populaire que de réellement construire un mouvement social et politique autonome.

     

    Malgré toutes ses critiques, le Parti communiste a décidé de rester fidèle à son engagement dans la « Révolution citoyenne » et de soutenir le président Correa à la présidentielle.

     

    « L'unité pluri-nationale des gauches » : opposition gauchiste manipulée ou justes réserves ?

     

    L'élection a toutefois vu le front des soutiens à Correa se briser à sa gauche avec la constitution de l' « Unité pluri-nationale des gauches ». Une coalition d'une dizaine d'organisations de gauche, de mouvements sociaux dont le candidat n'aurait pas dépassé les 3%.

     

    Le mouvement est né des manifestations indigènes de mars 2012 contre les projets d'extraction minière en Amazonie. Un mouvement relayé et récupéré par diverses organisations, dont le syndicat des enseignants sous influence de forces d'extrême-gauche.

     

    Un mouvement aussi progressivement récupéré par l'ancien idéologue de la « révolution citoyenne », Alberto Acosta, qui s'est imposé comme candidat unitaire de la gauche anti-corréenne lors des primaires de 2012

     

    L'ancien bras droit de Correa a soudain noirci les pages de la presse bourgeoise pour dénoncer avec véhémence l'autoritarisme de Correa, sa « trahison » des idées de la révolution ainsi que la menace qu'il représenterait pour la démocratie et les libertés.

     

    Acosta s'est fait le défenseur de la presse « indépendante » (c'est-à-dire privée, du grand capital) contre l'étatisme de Correa, a critiqué les projets d'extraction de matières premières destructeurs des communautés indigènes au nom du « post-développementalisme ».

     

    Certaines de ses critiques touchent sans nul doute juste, rejoignant les critiques des communistes : absence de direction collective, politique strictement développementaliste plutôt que

     

    Toutefois, la violence de la rupture avec Correa, la décision de conduire une coalition contre lui, la complaisance de médias ménagés par Acosta, sont loin d'une critique dialectique des communistes, prenant en compte l'aspect progressiste du gouvernement et le danger de faire le jeu de la réaction.

     

    Par ailleurs, certains des arguments d'Acosta ne s'apparentent pas vraiment à une critique de « gauche » du gouvernement : sa défense acharnée des « libertés formelles », sa critique anti-développementaliste s'accompagnant de déclarations laissant la porte ouverte aux multi-nationales.

     

    Dans tous les cas, si cette opposition étiquetée comme « gauchiste » par Correa semble quasi morte-née, les critiques qu'elles a porté, les mouvements sociaux qu'elle a voulu relayer ou récupérer, les contradictions qui sont au cœur de la « Révolution citoyenne » sont toujours bien présents.

     

    Après sept ans de « révolution citoyenne » avec tous ses succès et toutes ses limites, l'Equateur de Correa est au milieu du gué : seule un processus de transition vers le Socialisme peut conduire à la transformation profonde du pays dans une perspective progressiste.


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  • Le chef des travailleurs sans terre tué au Brésil

    флаг Бразилии бразильский флаг Бразилия флаг

     
    © Flickr.com/Andre Maceira/cc-by-nc-sa 3.0

    Un inconnu a tiré sur le chef du Mouvement des travailleurs sans terre du Brésil, Cicero Guedes. Le militant a été tué dans l’État de Rio de Janeiro, lorsqu'il allait chez lui en vélo.

    Ces dernières années, les meurtres des militants «sans terre» ont commencé à avoir lieu moins fréquemment, mais ils reçoivent les menaces de mort trois fois plus souvent qu'avant.

    Le mouvement, qui a été dirigé par Guedes, exige une réforme agraire, et est considéré comme un mouvement sociale mieux organisé au Brésil.

     

    http://french.ruvr.ru/2013_01_27/Le-chef-des-travailleurs-sans-terre-tue-au-Bresil/

    Le Mouvement des Sans Terre (Brésil) : un mouvement qui reconstruit la vie.

    Rosa Cañadell / El Viejo Topo (Barcelone)
    A l´heure où, comme aujourd´hui, une crise s´abat sur les classes les plus défavorisées, incapables d´offrir une réponse solide pour stopper l´agression contre les droits sociaux et du travail, parler d´un mouvement social comme le MST est comme une bouffée d´air frais, et même si les circonstances diffèrent beaucoup, son exemple d´organisation, de lutte et d´éducation peut servir de source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, plus juste et moins plus égale.

    Le fait que depuis 1985 (année de la naissance du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terres, MST), ce mouvement n´a jamais cessé de croître et n´a jamais renoncé à ses principes, au point de devenir une référence au Brésil comme en Amérique Latine, jette une lueur d´espoir dans notre désert plein de rage et d´impuissance.
    Avec son slogan : « Occuper, résister, produire », le MST organise les paysans privés de terre pour occuper des zones improductives. Pour cela peuvent se réunir de 300 à 3000 familles, en général des personnes qui vivent dans les quartiers pauvres des grandes villes après avoir été expulsées de la campagne. Sortir de la pauvreté et retourner vivre à la campagne est ce qui pousse ces familles à se regrouper au sein du MST et à commencer le processus d´occupation et de résistance.

    Une fois que la zone, le jour et l´heure sont décidés, elles prennent possession collectivement de la terre. L´étape suivante est de la défendre. Parfois surgissent les sicaire. Parfois c´est l´armée. Les paysans n´ont pas d´armes et leur défense est la non-violence et l´abandon temporaire de la terre en cas d´expulsion, généralement violente, pour la réoccuper ensuite .

    Les familles montent les campements et commencent le processus de légaliser l´occupation. La Constitution brésilienne reconnaît le droit que les terres improductives soient « susceptibles de Réforme Agraire ». Ainsi l´occupation est une forme de lutte et de pression pour obliger le gouvernement à mettre en pratique le mandat constitutionnel de réaliser la réforme agraire et de faire en sorte que les terres remplissent leur fonction sociale.

    Ce processus de légalisation initié par une équipe d´avocats du mouvement lui-même, peut durer des mois, parfois des années. Dans 80 % des cas la démarche aboutit mais il y a des campements qui attendent depuis dix ans la fin du processus. Pendant toute cette période sont combinées actions légales, négociations, et mobilisations : marches, occupations d´édifices publics, etc.
    Finalement, une fois établie la légalisation de l´occupation, la terre devient propriété de l´État qui la donne en usufruit aux familles qui l´ont occupée. Ainsi commence l´”asentamento”, la construction de maisons et les activités productives. Les personnes qui ont conquis la terre planifient les aspects relatifs à sa répartition, à l´organisation du travail, au lieu de construction des maisons, de l´école, etc.
    C´est un processus démocratique, assembléiste, et participatif. La ligne politique du MST est d´impulser et de développer la production de manière collective, mais les décisions appartient aux personnes qui se sont établi(e)s sur les terres.

    Une fois cet objectif atteint, le MST continue à chercher de nouvelles terres pour installer de nouveaux groupes de paysan(ne)s. Une partie de la production de ceux qui sont déjà établis permet d´appuyer les nouvelles occupations et l’expérience des uns sert à l’organisation des autres, dans un vaste cercle de solidarité qui permet son expansion.

    Depuis le début, le mouvement n’a pas cessé d’occuper des terres, d´organiser la production, de construire des écoles et de former de nouveaux militants. Actuellement quelque deux millions de personnes vivent et travaillent sur les terres occupées et / ou légalisées. On compte des centaines d’associations paysannes et de coopératives de production.

    En abril 2010 on comptait près de deux mille écoles dans les campements (« acampamentos ») et dans les unités de production qui en naissent (« asentamentos »). Par l´École Nationale Florestán Fernandes sont passés 16.000 jeunes pour se former politiquement et techniquement. Pendant ce temps quelques 60.000 familles campent dans l´attente de légaliser les terres occupées.
    Comment ont-ils obtenu tant avec si peu ? Trois clefs sont à la base du succès du mouvement : la lutte constante, l´organisation comme construction de valeurs nouvelles et la formation comme garantie de continuité.

    1. La lutte comme moteur

    La lutte constante part de l´idée que la conquête de la terre par un groupe de familles n´est pas suffisante ; la lutte continue avec la réforme agraire et avec une conception nouvelle de la production dans la campagne : sans latifundios, sans monocultures destinées à l´exportation, sans produits agrotoxiques, sans variétés transgéniques. Une agriculture qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dans la campagne et de la campagne, de produire sans détruire la nature, de cultiver pour la consommation interne et de garantir la souveraineté alimentaire pour toute la population. Tout cela implique un changement dans les structures de la propriété et un changement de modèle économique et politique du pays. Un grand changement structurel et de sytème pour atteindre une société plus juste et viable, tel est l´objectif ultime de ce mouvement. «  Nous ne voulons pas créer de petites îles fantastiques, nous voulons changer la société  » nous disait un jeune dirigeant.

    Ainsi, la terre devient lutte et accumulation de pouvoir en trois sens : le premier, c´est la conquête de la terre et la défaite du latifundio ; Impressionnant spectacle que ces kilomètres et kilomètres sans maisons, sans habitants des grandes plantations d´eucalyptus, de maïs transgénique, puis soudain, comme dans une oasis, un campement productif doté de maisons, de jardins, de potagers, de garçonnets et de fillettes, d´animaux, d´écoles, en définitive, de vie. Le deuxième sens, c´est d´obliger l´État à légitimer l´organisation et l´occupation des terres par cette quantité énorme de personnes et ainsi d´observer ses propres lois constitutionnelles. Et le troisième sens est qu´en conquérant la terre, l´organisation des Sans Terre devient une référence politique et sociale capable d´influencer l´espace géographique et social autour de ses communautés organisées.

    La lutte, en outre, génère des coutumes et des aspects différents qui forgent l´identité de l´organisation. On occupe des terres, on lutte pour des crédits, on éduque les enfants, on enregistre des CDs, on proteste contre les privatisations, on mène des actions solidaires avec d´autres mouvements, on organise des rencontres, on réalise des marches, on édite des livres, et combien d´autres choses...

    2. L´organisation comme base de la société future

    Par la conquête de la terre, le MST démontre en outre qu´est possible une forme alternative d´organiser la vie : en tant que propriété et communauté. La propriété collective, la production sous forme de coopératives et l´organisation assembléiste de la communauté, permettent au mouvement de se maintenir et de croître. Selon des études de la FAO sur les campements productifs, les paysans bénéficiaires des occupations de terre gagnent trois fois plus qu´avant ; l´analphabétisme disparaît, ainsi que la mortalité infantile et les jeunes qui vivent là disposent d´un débouché, sur la base d´une formation technique, professionnelle et politique.

    L´organisation dans les campements, dans les unités productives, dans les écoles et dans les autres structures du MST est une des grandes conquêtes et un levier de changement. Avec l´organisation des campements et le travail volontaire et collectif, est menée une « réforme dans la réforme ».
    La vie dans les campements et unités productives reconstruit, réordonne la vie sociale : chaque groupe de dix familles forme un des “Noyaux de base” parmi lesquels on choisit un coordinateur et une coordinatrice (dans toutes les structures organisatrices la parité est une norme). On nomme des responsables pour les différents secteurs : Infrastructure, Education, Santé, Finances, Sécurité, Communication et culture, Production et Front de masses. Un groupe de cinq noyaux forme une brigade (soit 50 familles) dans laquelle se coordonnent les représentants des Noyaux des différents secteurs. Finalement, les coordinateurs et coordinatrices de chaque Brigade, avec les responsables de chaque secteur, forment la Coordination Générale du Campement initial (« Acampamento ») ou de l´Unité productive postérieure («  Asentamiento »).

    Chaque semaine, normalement les samedi, tous les Noyaux de base et tous les secteurs se réunissent. Au terme de la réunion la Coordination générale évalue toutes les propositions et les décisions émanant des différentes réunions. De même le coordinateur et la coordinatrice de chaque campement et de chaque unité productive se réunissent avec les unités les plus proches : c´est une coordination locale qui avec d´autres coordinations locales forment la coordination territoriale, puis celle de chaque état, et finalement la coordination nationale.

    Cette organisation depuis la base génère la participation et l´auto-organisation de la vie quotidienne des campements et des unités productives, favorise la vie en commun entre les diverses familles qui occupent une même terre et maintient en vie l´esprit de solidarité et de lutte. En même temps elle maintient en contact et en coordination constante les différentes structures du Mouvement lui-même, permettant de réunir les forces, d´additionner les luttes, d´échanger des expériences, d´unifier les slogans de lutte, ce qui rend le mouvement plus grand et plus fort. La démocratie, dit-on au MST, ne peut être comprise seulement comme la participation aux processus électoraux, elle doit s´enraciner dans toutes les dimensions de la vie sociale.

    Tout cela permet, dès le premier jour de l´occupation, de résoudre les problèmes produits par la précarité et la vie en commun de milliers de personnes, qui ne se connaissent pas. En peu de jours se construisent des réservoirs d´eau, des baraques de bois et de plastiques, des rues et des éclairages, des toilettes et l´école. Conjointement on établit des normes de vie commune et ainsi on réorganise en peu de jours la nouvelle forme de produire et de vivre. Le travail collectif, la participation démocratique créent une nouvelle culture sur la base de vertus nouvelles que l´organisation aide à développer. Des pères et des mères de familles qui jusqu´il y a peu étaient à peine nommés par leurs enfants, sont à présent appelés par les haut-parleurs pour participer aux réunions qui décideront du futur de leurs vies. Et en vérité il est étonnant de voir ces immenses rassemblements de personnes vivant ensemble sans besoin de représentation de l´État ni de forces policières.

    Les portes des maisons sont ouvertes et elles n´ont pas de murs, la délinquance est inexistante, de même que le vol ou la violence (mon séjour dans ces campements, logée dans ces maisons sans portes, avec tous mes documents, bagages, argent à l´intérieur, n´a pas éveillé le moindre intérêt ni le plus petit problème). Les conflits sont traités collectivement et l´esprit de lutte est présent dans tous les actes quotidiens. Dans tous les campements et unités de production, le drapeau du MST est peint sur les murs des granges, des maisons, des écoles. Il n´y a pas une seule place d´une seule unité productive sans un drapeau rouge qui flotte et contraste avec le vert de la végétation. Les animaux domestiques se promènent parmi les enfants et devant chaque maison, quelque pauvre qu´elle soit, il y a un petit jardin et quelques fleurs d´ornement.

    Les parents nous racontent leur satisfaction d´avoir éloigné leurs enfants “du climat de délinquance et de drogue des quartiers marginaux dans les grandes villes” et les plus petits manifestent leur sentiment d´être « plus libres et plus en sécurité”. La peur et l´exclusion semblent appartenir au passé.
    L´intérêt porté à l´entretien et au nettoyage des espaces fait partie des valeurs. Le contact avec la terre et la beauté naturelle pour embellir le quotidien génèrent le sens esthétique, par l´usage des produits de la nature elle-même, et l´éveil de l´intérêt artistique : chanter, peindre, décorer, faire du théâtre, transmettre à partir de petites radios locales, tout fait partie des activités collectives. “La beauté des unités productives sert à montrer que nous avançons vers la reconstruction de la vie” dit-on avec fierté. La conscience écologique naît aussi du respect de la nature et de la volonté de reconstruire la production sans poisons ni variétés transgéniques, en respectant et en récupérant les espèces autochtones.

    3. L´éducation comme semence du futur

    Pour le MST éduquer est fondamental. Sa préoccupation pour l´école existe depuis le début du mouvement. La lutte pour l´école est la phase suivante de la lutte pour la terre : il s´agit d´assurer l´accès à l´éducation de tous les enfants en âge scolaire, l´alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse.

    Éduquer pour le MST signifie basiquement “former pour transformer la société” : il s´agit d´une éducation qui ne cache pas son engagement de développer la conscience de classe et la conscience révolutionnaire, parmi les participants comme parmi les formateurs. L´école est conçue comme un espace où les enfants et les adolescents se forment comme êtres humains intégraux. L´organisation collective se conçoit comme un pilier fundamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L´auto-organisation des éducateurs et des participant(e)s ainsi que l´implication de toute la communauté sont aussi présentes dans l´éducation : depuis l´autoconstruction de l´école à la lutte pour elle et à la participation dans les conseils scolaires.

    La première chose qu´on construit dans un campement, c´est l´école. Ensuite on cherche les jeunes les plus formés pour qu´ils se chargent d´éduquer les plus petits. Le pas suivant est la lutte pour l´école publique, pour exiger de l´administration (locale ou de l´état, selon qu´il s´agit de primaire ou de secondaire) la construction de l´école publique et l´adjudication de maîtres et maîtresses.
    Pour le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, la formation de ses propres enseignants est une question centrale, et ce pour deux raisons : la première est d´assurer la continuité de l´école, puisque tant les campements que les unités productives sont situées dans des zones éloignées et souvent, les enseignants qui ne font pas partie du mouvement abandonnent l´école ou ne veulent pas y travailler. La deuxième est de mettre en oeuvre sa conception de l´éducation liée à l´histoire du campement, de la lutte pour la terre et du travail agricole.

    Quand on a obtenu l´installation d´une école publique dans le campement ou dans l´unité productive, le programme de formation est “officiel” et les maîtres ou maîtresses sont payé(e)s par la Municipalité ou par l´État. Dans la grande majorité de ces écoles on obtient que les jeunes du lieu, déjà formés, puissent occuper ces postes.

    Tout ceci implique qu´ils doivent transmettre les contenus officiels. Mais il n´en restent pas là. Ils mettent en pratique leurs propres principes éducatifs : une méthodologie « émancipatrice », inspirée de Paulo Freire et d´une éducation théorico-pratique liée à la terre, avec jardins scolaires, soins des arbres et des fleurs, etc... Ainsi on élargit les contenus officiels avec des contenus propres et on élabore un matériel pédagogique alternatif. La “mystique” (chants, hymnes, slogans, poésie, représentations symboliques, etc.) est toujours présente dans les écoles, de même que l´éducation artistique et culturelle : musique, danse, théâtre, art. Ces écoles, situées dans les unités productives, sont souvent ouvertes au reste des enfants des villages voisins, de sorte qu´elles offent aussi un service à la communauté locale.

    Par ailleurs le MST, en partenariat avec plusieurs universités, organise des cours techniques et pédagogiques pour ses jeunes. Ces cours fonctionnent toujours à temps partiel, combinant théorie et pratique : deux mois de formation dans le Centre éducatif et trois mois de travail dans l´unité productive, et ainsi de suite durant trois ans, au bout desquels on acquiert une formation et un titre universitaire qui leur permet de travailler dans les unités productives (« asentamentos ») comme professeurs des écoles publiques ou comme techniciens en agro-écologie ou en coopérativisme.
    La conception de l´école au MST embrasse un grand nombre d´aspects : la planification, l´évaluation, la formation des professeurs, les matériels didactiques, la relation professeur/élève, le travail pédagogique, etc. En d´autres termes, l´école est repensée de manière intégrale et vise de nombreux objectifs : comme outil d´émancipation sociale, elle veut éliminer l´analphabétisme et rendre la culture accessible à tout le monde. En tant que promotion intellectuelle et technique, elle veut permettre aux jeunes de rester vivre sur place et de disposer d´un emploi. Elle cherche à transmettre des valeurs : amour de la terre, travail collectif, solidarité, discipline, créativité. Elle vise à améliorer la vie des unités de production et de leur environnement local : production, coopérativisme, agro-écologie.

    Elle est une manière de stimuler l´engagement : la lutte pour la terre, la récupération de l´histoire propre (celle de l´occupation, du campement) et collective (les luttes sociales et paysannes, les révolutions en Amérique Latine, etc.). Elle sert aussi à former les futurs cadres et dirigeants : la formation politique.

    L´éducation se veut donc à la fois un processus de rétroalimentation du mouvement lui-même et un outil de transformation sociale.

    Au cours de son quart de siècle d´existence, le MST a construit un vaste réseau d´écoles, dans leur majorité publiques, qui se situent dans les zones d´influence du Mouvement. Selon des données du secteur de l´éducation, en avril 2010, existaient dans les campements et dans les unités de production, près de deux mille écoles, basiquement d´éducation infantile et de primaire complète, et quelques unes d´enseignement secondaire. On compte 300.000 personnes étudiant dans des écoles publiques, depuis l´infantile jusqu´à l´universitaire, en pasaant par l´éducation de jeunes et d´adultes. Dans les écoles des campements et des unités de production travaillent 10.000 professeurs, plus 5.000 autres travailleurs de l´éducation, normalement des jeunes qui exercent cette fonction d´éducateurs sans en avoir le titre mais qui sont en formation dans les cours pédagogiques du MST.

    Tout cela a permis de mettre un terme à l´analphabétisme, de disposer d´écoles dans tous les campements et unités productives, d´avoir des maîtres et des maîtresses jeunes, motivés et impliqués dans cette éducation comme projet global au-delà de la simple instruction. Et de compter des jeunes formés, munis de titres, et d´un ensemble d´étudiants motivés, avec peu de problèmes de discipline et un grand sens des responsabilités.

    Autre résultat, jeunes et adultes possèdent un haut niveau de formation idéologique et politique, il n´y a qu´une faible désaffection des jeunes dans le Mouvement. L´enracinement renforcé dans les unités productives a permis d´augmenter la qualité de la production et de l´auto-organisation. Tout cela revient à continuer la lutte pour la terre et pour la transformation sociale tout en multipliant les opportunités de vie personnelle, professionelle, des paysan(ne)s sans terre.

    L´École Nationale Florestán Fernandes (ENFF) : la connaissance libératrice de consciences

    Avec l´éducation, la formation politique a toujours été un des piliers du MST, et c´est pourquoi a été créée l´Escuela Nacional Florestán Fernandez, en 2005. L´idée de cette école nationale est née à la fin des années 90 quand a surgi le besoin de disposer d´un espace de formation de la militance et d´échanger des expériences ou de mener des débats sur la transformation sociale en Amérique Latine.
    Cette école est située à Guararema (à 90 KM. de Sao Paulo) et a pour objectif d´ètre un espace de formation supérieure plurielle dans les divers domaines de la connaissance, non seulement pour les militants du MST, mais aussi pour ceux d´autres mouvements sociaux, ruraux et urbains, du Brésil et d´autres pays d´Amérique Latine.

    L´école a été construite à partir du travail volontaire de brigades de personnes venues des campements et d´autres mouvements sociaux. Plus de mille personnes ont collaboré à l´auto-construction de l´École, qui, en outre, se caractérise par une grande beauté et simplicité architecturale, ainsi que par un environnement bien entretenu. Elle compte des dortoirs pour 250 personnes, avec un grand réfectoire, una salle de projections, une salle pour les réunions et les assemblées, une bibliothèque, 15 classes, un grand jardin, une garderie d´enfants et de vastes espaces externes avec jardins et petites unités de production agricole.

    Depuis 2005 sont passés par cette école plus de 16.000 jeunes, près de 500 professeurs volontaires de diverses universités du Brésil, d´Amérique et d´autres continents, et 2.000 visiteurs du monde entier. Les espaces de l´école servent aussi à l´organisation de diverses rencontres : de jeunes, de professeurs, d´autres mouvements sociaux comme la Via Campesina, le Mouvement Noir, le Mouvement des Sans Toit, etc., ainsi qu´à la réalisation de séminaires et d´autres évènements. Les principaux intellectuels de gauche sont passés par l´école au moins une fois, beaucoup y reviennent.
    Les élèves ne paient rien et le professorat ne perçoit pas de salaire. La conservation du centre se fait à partir du travail des jeunes qui étudient et qui assument les tâches de nettoyage, de cuisine, de travail productif dans les potagers et de soins des animaux qui seront une partie fondamentale de leur propres repas. Ainsi l´École se soutient par ses propres forces et le travail collectif revêt une dimensión pédagogique et éducative fondamentale pour les étudiants.

    La formation des militants, ou formation politique, combine des questions de théorie et de connaissance avec une formation éthique et morale, mettant l´accent sur la coopération, la solidarité, la fierté de classe, l´importance de l´étude, du travail et de la beauté. L´école se valorise par sa capacité à impulser la formation de militants, la formation à de nouvelles formes de travail dans la campagne et à des valeurs humanistes et socialistes.

    Conclusion

    En ces temps de néo-libéralisme radical et de pensée unique, le Mouvement des Sans Terre du Brésil montre qu´il est possible d´établir un nouveau type de propriété de la terre et de produire sans préjudices pour la nature, d´avancer et de perfectionner la démocratie et la solidarité, de participer dans toutes les luttes contre l´oppression et de mettre en pratique de nouvelles valeurs avec de nouveaux contenus.

    De son organisation, de sa lutte, de sa ténacité pour une éducation émancipatrice, nous pouvons apprendre en tant qu´éducateurs et activistes de mouvements sociaux. L´histoire n´est pas écrite mais il y a des voies tracées et cela vaut la peine de les explorer.

    Dans la nuit, quand on les attend le moins, on voit des légions de familles juchées sur des camions prendre la route pour occuper des grandes plantations abandonnées, pour retrouver la possibilité de renaître comme êtres humains et politiques. En peu de temps le rouge des drapeaux brille comme un brasier et annonce que là-bas, des esclaves cherchent la liberté et invitent les autres à forger ensemble leur propre destin”. (Ademar Bogo :”Le MST et la culture”, Sao Pâulo 2009))

    LUTTER EST LA MEILLEURE MANIÈRE D´ESPÉRER
    Rosa Cañadell est professeur, porte-parole de l´USTEC•STE. Membre du Comité de soutien au MST, Barcelone (Catalogne). Membre de Socialisme 21.
    Source : El Topo Viejo, http://www.elviejotopo.com/
    Traduction française : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve
    Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br
    Pour une information continue en français sur les activités du MST, http://mouvementsansterre.wordpress.com/

    http://amisdessansterre.blogspot.fr/2012/01/rosa-canadell-el-viejo-topo-barcelone.html#more

    http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/


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