• Par Thierry Meyssan

     

    A 150 jours de bombardements, l’OTAN a rasé de nombreuses infrastructures, mais n’a toujours pas obtenu le moindre résultat militaire probant. Cet échec est imputable à l’absence de réflexion stratégique préalable. L’OTAN a cru pouvoir appliquer en Libye les méthodes standard qu’elle avait conçues pour d’autres environnements. Elle se trouve désemparée face à un cas particulier. La plus grande alliance militaire de l’Histoire, qui avait été formée pour affronter l’URSS puis avait rêvé de devenir le gendarme du monde, n’a pas réussi sa reconversion.

     

    RÉSEAU VOLTAIRE | TRIPOLI (LIBYE) | 10 AOÛT 2011

     


     

    Voltaire 05

     

    Une victoire ou une défaite militaire se juge par rapport aux buts de guerre que l’on s’était fixés. Dans le cas de l’intervention de l’OTAN en Libye, il y avait un mandat des Nations Unies, la protection des civils, et un but tout aussi officiel bien que hors mandat, changer le régime politique du pays.

    A presque 150 jours de guerre, l’OTAN n’est pas parvenue à ébranler les institutions libyennes. Compte tenu de la disproportion des forces, il faut admettre l’échec militaire et se poser des questions sur la stratégie choisie.

    L’Alliance partait d’une analyse erronée selon laquelle les tribus de l’Est et du Sud, hostiles à Mouammar Khadafi, prendraient facilement Tripoli dés lors qu’elles disposeraient d’un appui aérien. Or, ces tribus ont au contraire considéré les bombardements comme une agression étrangère et se sont ralliées au « Frère Guide » pour repousser « l’invasion croisée ».

    Dès lors, l’Alliance n’a pu compter que sur deux composantes au sol : d’une part les 3 000 soldats aguerris que le général Abdel Fatah Younes avait emmené avec lui lorsqu’il avait fait défection, et d’autre part les centaines, peut-être milliers, de combattants arabes issus des réseaux du prince saoudien Bandar Bin Sultan et connus sous le nom de « nébuleuse Al Qaida ».

    Après l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces du général Younes par des jihadistes d’Al Qaida, les forces rebelles se sont effondrées : les soldats de Younes se ralliant au colonel Kadhafi pour combattre Al Qaida et venger leur chef. Le commandement opérationnel a échu dans les mains de Khalifa Haftar, c’est-à-dire sous les ordres des forces spéciales de la CIA. L’Agence n’a pas hésité à recruter d’urgence n’importe quel combattant, y compris des enfants-soldats.

    Cette armée improvisée, aux effectifs fluctuants, annonce un jour sur deux une victoire, mais ne fait qu’essuyer des défaites. Chaque bataille reproduit le même scénario : les bombardements de l’OTAN contraignent la population à fuir leurs maisons. La localité est immédiatement investie par les forces rebelles qui annoncent avoir gagné du terrain. C’est seulement alors que la bataille commence. L’armée libyenne entre dans la ville et massacre les rebelles. Puis, la population, sauve, retourne dans la localité partiellement détruite.

    L’Alliance atlantique pourrait interpréter la résolution 1973 d’une manière extensive et considérer que bien que ce texte interdise explicitement le déploiement de troupes étrangères au sol, un tel déploiement est légitime s’il a pour but de « protéger les civils ». L’OTAN devrait alors affronter une population armée jusqu’aux dents et prête à en découdre. La Jamahiriya a en effet distribué une kalachnikov à chaque adulte et mis en place un système populaire de distribution de munitions. Même si la population libyenne n’est pas entraînée en comparaison des soldats de l’Alliance, elle dispose d’une nette supériorité sur eux, en ce qu’elle est prête à accepter de lourdes pertes quand les soldats de l’OTAN ne sont pas prêts à mourir pour Tripoli.

    Depuis le début du conflit, les stratèges de Washington ont considéré que tout cela n’était pas très important puisqu’ils détiennent le pouvoir suprême : la domination aérienne.

    Cette doctrine, indiscutée aux États-Unis, s’étend progressivement dans les académies militaires des États membres de l’Alliance, alors qu’elle y était jusqu’ici très critiquée. Elle trouve son origine dans les leçons tirée par le général Giulio Douhet de la guerre italo-ottomane, c’est-à-dire la guerre de Libye de 1911. À l’époque, les Italiens expérimentèrent le premier bombardement aérien de l’Histoire à Tripoli. Effrayé par cette arme nouvelle, l’Empire ottoman céda sans combattre. Les troupes italiennes prirent possession de Tripoli sans avoir à tirer un seul coup de fusil. Douhet en conclua qu’il était possible de gagner une guerre avec la seule aviation. Cette analyse est fausse, parce qu’elle confond le fait d’arracher la propriété de la Libye aux Ottomans avec le fait de contrôler la Libye. Les vrais combats n’eurent lieu que plus tard avec l’insurrection populaire libyenne.

    Certains penseront qu’il existe une malédiction libyenne. En tous cas, c’est sur cette terre qu’exactement un siècle plus tard l’erreur conceptuelle se reproduit.

    La dominance aérienne a permis d’arracher la légalité libyenne à la Jamahiriya et de la confier au Conseil national de transition, mais cela n’a aucune importance sur le terrain. Pour contrôler le pays, l’OTAN devrait envoyer des troupes au sol et, à l’instar des Italiens dans les années 1912-14, exterminer plus de la moitié de la population de Tripoli, ce qui n’est pas exactement l’esprit de la Résolution 1973.

    L’Alliance atlantique avait jusqu’à présent conçu ses bombardements en fonction de la doctrine de Douhet et des perfectionnements qui y ont été apportés, notamment la théorie des cinq cercles de John A. Warden III, qui fut expérimentée en Irak. L’idée est que les cibles ne doivent pas être choisies pour détruire les forces armées ennemies, mais pour paralyser les centres de commandement, notamment en coupant les moyens de transmission et de circulation.

    L’OTAN découvre alors que la Jamahiriya n’est pas un slogan, mais une réalité. Le pays est gouverné par des Congrès populaires et Mouammar Kadhafi a réduit la plupart des administrations à leur plus simple expression. Ici pas de grands ministères régaliens, juste de petits bureaux. Les ministres ne sont pas des personnalités de premier plan, mais plutôt des chefs d’équipe. Ce sont les conseillers dont ils s’entourent pour leurs compétences qui sont puissants. Le pouvoir est dilué, insaisissable. Ce qui était un casse-tête pour les hommes d’affaire qui venaient en Libye : trouver les bons interlocuteurs, devient une énigme pour les stratèges de l’OTAN : qui faut-il cibler ? Cinq mois de bombardement n’ont pas permis de trouver la réponse.

    La seule tête qui dépasse est celle de Mouammar Kadhafi. L’Alliance atlantique fait une fixation sur lui. N’est-il pas le père de la Nation ? En l’éliminant, on détruirait le principe d’autorité dans la société libyenne. Celle-ci serait instantanément « irakisée » et plongerait dans le chaos. Mais, contrairement au précédent irakien, la structuration tribale et l’organisation horizontale du pouvoir perdureraient. Même déchirée par des conflits internes, la population libyenne resterait une entité organique face à l’invasion étrangère. Non seulement aucun problème militaire ne serait résolu, mais plus rien ne délimiterait le théâtre des opérations ; la guerre ne manquerait pas de déborder aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe du Sud. Finalement, tuer Kadhafi serait peut-être la pire des choses.

    En l’absence de toute stratégie adaptée à la situation, l’Alliance atlantique se replie sur les vieux réflexes de la culture militaire US, ceux des guerre de Corée et du Vietnam : rendre la vie de la population impossible pour que celle-ci se désolidarise de son « Guide » et le renverse. Depuis le début du Ramadan, l’OTAN a donc renforcé le blocus naval pour couper l’approvisionnement en essence et en denrées alimentaires ; elle bombarde les centrales électriques et les stations de maintenance d’approvisionnement d’eau ; elle détruit les coopératives agricoles, les petits ports de pêche et les halles.

    Bref, l’Alliance atlantique fait exactement le contraire du mandat que lui ont donné le Conseil de sécurité et les différents parlements des États membres : au lieu de protéger la population civile contre un tyran, elle terrorise les civils pour qu’ils se rebellent contre le leader qu’ils soutiennent.

    Cette stratégie devrait durer jusqu’à la fin du ramadan Il restera alors trois semaines à l’Alliance pour tenter d’emporter une victoire significative avant ne sonne le gong : le 19 septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies se réunira à New York. Elle pourrait demander des explications sur l’opération en cours, prendre acte de l’incapacité du Conseil de sécurité à rétablir la paix, et imposer ses propres recommandations.

    En vue de la reprise des combats au sol, début septembre, l’OTAN arme les rebelles de Misrata et nettoie la route qu’ils devront utiliser pour prendre Zlitan. La France ayant refusé de livrer une fois de plus des armes, c’est le Qatar qui a envoyé un avion pour opérer les livraisons, malgré l’embargo onusien. Dans la nuit du 8 au 9 août, l’Alliance a nettoyé la colline de Majer qui pourrait servir d’avant-poste pour défendre Zlitan. Elle a bombardé des fermes et des tentes qui abritaient une vingtaine de famille de déplacés, tuant 85 personnes dont 33 enfants.

    Thierry Meyssan


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  • Famine : Jean Ziegler « Ne parler que du climat est une hypocrisie totale »

     

    Par Cathy Ceïbe et Jean Ziegler

    L'Humanité.fr

     

    Huma 04Jean Ziegler est vice-président du Comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies.

    De 2000 à 2008, Jean Ziegler a occupé la fonction de rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des populations du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est l’auteur de la Haine de l’Occident.


    La réunion de la FAO tire la sonnette d’alarme sur la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique en raison de la sécheresse. Le facteur climatique explique-t-il à lui seul la situation catastrophique ?


    Jean Ziegler. Ne parler que de climat est une hypocrisie totale qui élude les vraies raisons de cette catastrophe effroyable. C’est le dernier coup porté aux 12 millions de personnes menacées de famine et aux dizaines de milliers de victimes. La première raison est l’absence de stocks de réserve. Cette sécheresse dure depuis cinq ans. Depuis, les récoltes sont déficitaires. Dans n’importe quel pays, il existe des réserves alimentaires. Les États se préparent en cas de catastrophe. En Somalie, Érythrée, Kenya, Éthiopie, Djibouti, les greniers sont vides. Ils le sont parce que les prix alimentaires (aliments de base c’est-à-dire riz, maïs, céréales qui couvrent 75 % de la consommation mondiale) ont explosé en raison de la spéculation des hedge funds et grandes banques. Les spéculateurs financiers ont perdu des milliers et des milliers de milliards de dollars lors de la crise financière de 2008 et de 2009. Ils ont quitté les Bourses de papier valeur et ont migré vers les Bourses des matières premières agricoles. Légalement, avec les instruments spéculatifs ordinaires, ils réalisent des profits astronomiques sur les aliments de base. Actuellement, la tonne de blé meunier est à 270 euros. Il y a an, elle était de moitié. La tonne de riz a plus que doublé en un an et le maïs a augmenté de 63 %. Les pays pauvres ne peuvent donc même plus acheter les aliments à même de constituer des réserves. Ils sont impuissants lorsque la catastrophe arrive. La deuxième cause profonde est le surendettement de ces pays. Le service (intérêt et amortissement) de la dette étrangère est tellement élevé qu’il absorbe pratiquement tous les revenus des États et les rend incapables d’investir dans les infrastructures notamment agricoles. Un exemple : seulement 3,8 % des terres arables éthiopiennes sont irriguées alors qu’en Europe, elles le sont à 60 %. L’Éthiopie n’a pas l’argent nécessaire pour puiser l’eau. Aujourd’hui, la nappe phréatique se trouve à 60, 70 mètres sous terre en raison de la sécheresse et, de ce fait, rend inopérantes les méthodes traditionnelles pour lever l’eau.


    De nombreuses ONG tirent la sonnette d’alarme quant aux promesses non tenues des États en matière d’aide. Quelle est votre réaction ?


    Jean Ziegler. Les gens meurent par manque d’argent. Il est extrêmement simple de faire revenir à la vie un enfant gravement sous-alimenté avec de la nourriture thérapeutique intraveineuse. Mais, comme pour les biscuits vitaminés, l’argent fait défaut. Un seul chiffre : le Programme alimentaire mondial (Pam) avait un budget ordinaire planétaire de 6 milliards de dollars. Il a été réduit à 2,8 milliards, soit plus de la moitié parce que les pays riches ne payent plus leurs cotisations. Regardez l’absurdité : jeudi dernier, les États européens de l’euro ont mobilisé 162 milliards d’euros pour sauver les banques détentrices de la dette grecque. Dans le même temps, à Dadaab, au Kenya, le plus grand camp de réfugiés ne peut même plus accueillir des personnes au bord de l’effondrement.


    Entretien réalisé par Cathy Ceïbe


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  • Question écrite d'André Gerin

     

    Madame, Monsieur,

    Veuillez trouver, ci-dessous, ma question écrite au ministre des affaires étrangères concernant la menace de mort et de famine qui pèse sur des millions de femmes, d’enfants, d’hommes dans la corne de l'Afrique.

    Cordialement

     André GERIN

    Question écrite

    Monsieur André GERIN attire l’attention de M. le ministre d’État, ministre des affaires étrangères et européennes sur le terrible constat dressé par l’Organisation des nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) réunie à Rome.

     La sécheresse menace 12 millions de personnes de famine dans la corne de l’Afrique. Elle perdure depuis cinq ans. Or, il n’existe aucune réserve alimentaire dans les pays concernés parce que les prix alimentaires (riz, maïs, céréales) ont explosé en raison de la spéculation des banques et que les Etats ne peuvent les financer.

    Actuellement, la tonne de blé meunier s’élève à 270 €. Elle était moins chère de moitié, il y a un an. La tonne de riz a plus que doublé en douze mois et le maïs a augmenté de 63 %.

    S’ajoute à cela l’endettement des nations dont nous parlons. Le poids de la dette étrangère est d’autant plus lourde qu’il faut exporter ce qui ne peut être produit sur place faute d’investissements et d’eau et que les surfaces cultivables sont exploitées pour les exportations au profit des pays riches.

     Rien que pour la Somalie, 1,6 milliard de dollars sont nécessaires, dont 300 millions immédiatement.

     Or, la Banque mondiale a annoncé qu’elle débloquerait 500 millions de dollars, l’Union européenne 100 millions et la France 10 millions.

     Le programme alimentaire mondial (PAM) avait un budget ordinaire planétaire de 6 milliards de dollars. Il a été réduit à 2,8 milliards parce que les pays riches ne paient pas leurs cotisations.

     Pourtant, ces derniers ont été capables de mobiliser, en quelques heures, des centaines de millions de dollars pour éponger le fiasco spéculatif des banques. La semaine dernière, 162 milliards d’euros ont été dégagés pour les banques détentrices de la dette grecque.

     Pendant ce temps-là, des millions de femmes, d’enfants, d’hommes sont menacés de famine et de mort, le monde du capitalisme mondialisé étalant toute son indécence et tout son cynisme.

    Le député souhaite savoir ce que M. le Ministre compte entreprendre pour que la France contribue à mettre fin à ce scandale.

     


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  • Monde - le 25 Juillet 2011

    Vers une catastrophe humanitaire en Somalie

    La sécheresse qui sévit actuellement dans la Corne de l'Afrique, la pire depuis 60 ans, menace 12 millions de personnes en Somalie, où la famine a été déclarée dans deux régions, au Kenya, en Ethiopie, à Djibouti, au Soudan et en Ouganda.

    Le directeur général de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation, Jacques Diouf estime qu’il faut mobiliser 1,6 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) dans les 12 mois à venir et 300 millions de dollars dans les deux mois.
    Une réunion ministérielle d’urgence s’est ouverte à Rome, à l’appel de l’ONU. A l’ouverture de ce conseil, la Banque mondiale a décidé d'octroyer plus de 500 millions de dollars pour faire face à l'urgence dans la Corne de l'Afrique, frappée par la sécheresse, a annoncé l'institution lundi, peu avant la tenue d'une réunion à Rome pour enrayer la famine dans cette région. Cette somme s'ajoute à 12 millions de dollars débloqués pour apporter "une aide immédiate à ceux qui sont le plus touchés par la crise", a précisé la Banque mondiale dans un communiqué. Ces fonds serviront notamment à financer un programme de lutte contre la sécheresse dans la région, à aider les agriculteurs à replanter pour la prochaine récolte et à reconstituer le cheptel. Après l'urgence, la Banque mondiale insiste sur des solutions agricoles de long terme pour éviter ce type de catastrophe à l'avenir.

    L'Union européenne apporte 100 millions d'euros pour la Corne de l'Afrique et la France a doublé son aide à 10 millions.

    De son côté le Programme alimentaire mondial (PAM), a déclaré au cours de la réunion qu’un pont aérien d'aide pour Mogadiscio commencera ce mardi. La directrice du PAM, Mme Sheeran qui revient d'une tournée dans la région, notamment dans les camps de réfugiés somaliens, a dit avoir rencontré des femmes "qui ont du laisser leurs bébés sur la route, et faire le choix horrible de choisir de sauver le plus fort au détriment du plus faible", d'autres qui "ont vu leurs enfants mourir dans leurs bras". "Notre principal sujet d'inquiétude, ce sont les enfants. Nous voyons arriver des enfants qui sont tellement faibles, en état de malnutrition avancée, qu'ils ont très peu de chances -moins de 40% de chances- de s'en sortir. C'est le pire que j'aie jamais vu".

    La hausse des prix alimentaires a conduit à la pauvreté 44 millions de personnes depuis juin 2010.

    Retrouvez dans l'Humanité de demain mardi, le point sur cette crise humanitaire et les enjeux de cette réunion.


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  • Libye : Washington prépare sa revanche

    Par Thierry Meyssan

    Les négociations s’accélèrent entre la Libye et les États-Unis pour convenir d’un cessez-le-feu qui permettrait à l’OTAN de sauver la face. Mais loin d’abandonner son ambition de remodelage de l’Afrique du Nord, l’administration Obama prépare déjà une seconde manche, rapporte Thierry Meyssan depuis Tripoli.

    RÉSEAU VOLTAIRE | TRIPOLI (LIBYE) | 21 JUILLET 2011

     

    Lybie 125 

    Jeffrey Feltman conduit la délégation US aux négociations secrètes de Tunis. 

    Comme je l’expliquais à contre-courant dans ces colonnes, l’OTAN a perdu politiquement la guerre de Libye, le 1er juillet, lorsque 1 700 000 Libyens sont descendus dans les rues de Tripoli pour conspuer l’Alliance et faire bloc derrière Mouammar Kadhafi [1].

    Restait à tirer les conséquences de cette défaite. C’est ce que Washington a rapidement fait, sans juger utile d’informer ses alliés de la rapidité de son revirement, ni de sa nouvelle stratégie.


    Voler les avoirs et préparer le pillage


    En premier lieu, la Maison-Blanche a décidé de voler tout ce qui peut l’être parmi les avoirs libyens, histoire de ne pas avoir engagé des frais pour rien. Hillary Clinton a été informée de cette décision alors qu’elle était à bord de son avion en route pour Istanbul. Elle n’a pas eu son mot à dire, juste à obéir.

    Notez que les Turcs et les Français ont été logés à la même enseigne que la secrétaire d’État. Ils étaient arrivés avec leurs propres propositions qu’ils ont du ranger au vestiaire, sans même être autorisés à les exposer.

    Le sommet a été réduit à une chambre d’enregistrement. Les membres du Groupe de contact ont été informés de la décision de la Maison-Blanche de faire recenser les avoirs libyens et de les faire basculer dans l’escarcelle du Conseil national de transition libyen. Cela s’applique aussi bien aux avoirs financiers, qu’à l’autorisation d’émettre sur le satellite Nilesat, ou encore à l’exploitation pétrolière dans la zone contrôlée par l’Alliance. Pour réaliser cette spoliation, les membres du Groupe de contact qui ne l’avaient pas encore fait ont été priés de reconnaître le CNT comme seul représentant du peuple libyen en lieu et place de la Jamahiriya Arabe Libyenne [2]. Ils ont été informés que l’opération était supervisée par le Libyan Information Exchange Mechanism (LIEM), dont on leur avait annoncé laconiquement « l’activation » lors de la réunion précédente (Abou Dhadbi, 9 juin).

    Cependant, aucune information n’a été fournie à propos du statut juridique du Conseil national de transition ou du LIEM. Tout laisse à penser que la Maison-Blanche est en train de construire un dispositif comparable à celui qui avait si bien fonctionné en Irak [3]

    À Bagdad, Washington avait d’abord installé le Bureau de reconstruction et d’assistance humanitaire (Office of Reconstruction and Humanitarian Assistance – ORHA), dirigé par le général Jay Garner. On apprit ultérieurement que l’OHRA avait été créé par une directive présidentielle secrète signée avant même que l’on débatte de la guerre au Conseil de sécurité. Contrairement à ce que son intitulé pouvait laisser penser, cet organisme était rattaché au Pentagone.

    Selon toute vraisemblance, il en va de même pour le LIEM, même si — officiellement — son administrateur est un Italien.

    À Bagdad, l’ORHA fut rapidement absorbé par l’Autorité provisoire de la Coalition (Coalition Provisory Authority - CPA), dirigée par L. Paul Bremer, qui exerça tous les pouvoirs durant un an. J’ai montré que la CPA n’était pas une entité de droit international, ni de droit états-unien, mais une société privée. Toutefois, on ignore toujours aujourd’hui où elle était enregistrée et qui en était les actionnaires. La seule chose établie est que la CPA se livra à un pillage systématique du pays et ne se retira qu’après voir contraint le futur gouvernement irakien à valider une série de lois asymétriques qui garantissent aux multinationales le droit d’exploiter durement le pays pour 99 ans.

    Sans surprise, on peut donc s’attendre à ce que, une fois un cessez-le-feu entré en vigueur, le LIEM sera absorbé à Benghazi par une sorte de CPA.

     

    Négocier une sortie militaire


    Deuxièmement, immédiatement après le sommet, Washington a ouvert des négociations directes avec Tripoli. Celles-ci se déroulent à Tunis. La délégation US est conduite par l’assistant de la secrétaire d’État pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman.

    Dans le vocabulaire impérial, Proche-Orient (Near East) désigne tous les États arabes d’Afrique du Nord, du Levant et du Golfe, plus Israël. Et le titre d’assistant de la secrétaire d’État désigne un proconsul. Ainsi Jeffrey Feltman a t-il l’habitude de recevoir ses visiteurs à Washington en déplaçant sa main d’un geste ample sur une carte murale du « Proche-Orient » et en expliquant pour se présenter : « Ceci est ma juridiction ».

    En ouvrant des négociations directes, Washington ferme le canal de tractations ouvert avec Paris. Depuis le début du conflit armé, le colonel Kadhafi discute en permanence avec le président Nicolas Sarkozy et son ministre Alain Juppé. Il a déjà élaboré avec eux plusieurs plans de sortie de crise ; chacun accompagné de mirifiques promesses de dessous de table, mais chacun censuré par la Maison-Blanche.

    En début de réunion Jeffrey Feltman s’est exprimé comme s’il venait poser un ultimatum et non comme s’il engageait un processus diplomatique. C’est le comportement habituel d’un proconsul, mais il n’a pas besoin de forcer sa nature pour se montrer arrogant et cassant, c’est sa manière d’être depuis que son épouse, une brillante historienne de l’art, l’a plaqué.

    Une fois terminé son numéro de dominateur, le petit Jeffrey Feltman se fait rapidement plus conciliant. En définitive, Washington admet avoir perdu la partie et feint de renoncer à ses ambitions locales. La Maison-Blanche se contenterait d’un cessez-le-feu où l’OTAN ne contrôlerait pas la Cyrénaïque dans son ensemble, mais simplement trois enclaves, dont Benghazi (mais probablement pas Misrata). L’OTAN céderait sa place à une force de paix des Nations Unies.

    En termes de calendrier, le Ramadan (cette année du 1er au 29 août) serait une occasion pour interrompre les bombardements et pour effectuer cette transition.

    Seules conditions de Washington : se montrer généreux en matière de concessions pétrolières et gazières, et organiser la retraite anticipée du « Guide ». Vu du côté libyen, la première exigence peut se discuter, mais la seconde est un affront, Mouammar Kadhafi étant devenu au fil de cette guerre le symbole de l’unité et de la résistance à « l’agression croisée ». La délégation ressent cette exigence comme une humiliation.

    En guise de réponse, un Libyen dont le frère est mort au combat, vient de vendre son exploitation agricole pour financer l’érection sur la Place verte de Tripoli d’un gigantesque portait du héros national, vendredi 21 juillet.


    Préparer une seconde manche


    Troisièmement, ce repli de l’OTAN ne vaut pas abandon définitif des ambitions de Washington. D’ores et déjà une nouvelle manche se prépare. Une fois le cessez-le-feu entré en vigueur, les États-Unis entendent déployer une intense activité secrète pour renverser la donne politique.

    Se basant sur une analyse britannique incomplète, Washington avait cru que les tribus hostiles à Mouammar Kadhafi se rallieraient au Conseil national de transition. Les experts du Conseil national de sécurité furent surpris de les voir au contraire se réconcilier avec le « Guide » et le rejoindre pour combattre l’ingérence étrangère. Il conviendra donc, durant la trêve, de nouer des contacts directs et de les convaincre de choisir le camp occidental si une nouvelle occasion se présentait.

    D’autre part, sous couvert d’opérations humanitaires entreprises par des organisations prétendument « non gouvernementales » ou par des États de l’OTAN n’ayant pas participé aux opérations militaires, la CIA et le Pentagone entendent déployer des agents de déstabilisation. D’ores et déjà, on discute couloirs humanitaires, avions, équipes d’assistance etc. qui seront autant de couvertures pour des actions secrètes. L’idée est détournée le processus de réforme que Saif el-Islam el-Kadhafi avait initié avant la guerre pour fomenter une révolution colorée. Celle-ci pourrait suffire à prendre le pouvoir. Et dans le cas où elle échouerait, elle fournirait le prétexte à la reprise des opérations militaires.

    Quoi qu’il en soit, Washington refuse de s’en tenir à la situation actuelle et prépare sa revanche. En faisant bloc, le peuple libyen l’a tenu en échec. Pour vaincre, l’Empire devra d’abord le diviser.


    Thierry Meyssan

    [1] « L’OTAN face à l’ingratitude des Libyens », Réseau Voltaire, 11 juillet 2011.  

    [2] « Fourth Meeting of the Libya Contact Group Chair’s Statement », Voltaire Network, 15 juillet 2011.

      [3] « Qui gouverne l’Irak ? », par Thierry Meyssan. Conférence de soutien à la Résistance irakienne et Réseau Voltaire, 13 mai 2004. 

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    Famine en Afrique fatalité ?

    Une flottille humanitaire pour Afrique de l’est

    La famine qui s’abat sur Afrique de l’Est represente une crise humanitaire importante,

    12 millions de personnes sont concernés et menacés en Somalie au Kenia en Ethiopie mais aussi en Erythrée et Djibouti

    Le camps de Dadaad

    Au KENYA qui est le plus grand camps de refugiés du monde, où deux millions d’enfants y sont entassés et meurent affamés,

    On a vu quelques images à la télévisons,

    Ce camp ne suscite pas assez l’intérêt des médias et des partis politiques, C’est un gouffre de l’ humanité ;

    Rappeons que Dadaab est une ville du Kenya connu pour accueillir les plus grands camps de réfugiés du monde. Autour de Dadaab, ont ainsi été mise en place les camps de Ifo, de Dagahaley, de Hagadera /

    Les organisations humanitaires n’ont pas les moyenS DE de faire face ;

    Il y a un dérèglement climatique ,de la sécheresse, L’Absence de pluie mais on peut aussi constater que l’agriculture familiale n’a reçu aucune aide, Les terres arables sont vendus à l’exportation pour exporter des fleurs du kenia par exemple

    Des pays ont achètes 4milllions de terres agricoles à des pays africains c’est un colonialisme spéculatif pour investir dans les bio carburants.

    Des millions d’africains ont été chassé de leur terres par les gouvernements et travaillent pour 17 dollars par mois.

    Les conséquences humanitaires sont catastrophiques

    Martine Lozano


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    350.000 affamés en Somalie, 10 millions d'Africains touchés

    La famine touche près de 350.000 personnes dans deux régions du sud de la Somalie, contrôlées par les insurgés islamistes et où sévit une gravissime sécheresse. Ce chiffre effrayant a été annoncé par l'ONU, ce mercredi à Nairobi, qui évoque "la plus grave crise alimentaire en Afrique" en 20 ans. Plus largement, plus de dix millions de personnes sont frappées dans la région de la Corne de l'Afrique par la sécheresse qui, selon les Nations unies, est aussi la pire depuis plusieurs décennies.

    "Les Nations unies ont déclaré aujourd'hui que la famine existe dans deux régions du sud de la Somalie : le sud de Bakool, et Lower Shabelle," selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) en Somalie. "Si nous n'agissons pas maintenant, la famine va s'étendre à toutes les huit régions du sud de la Somalie dans les deux mois à venir, en raison de mauvaises récoltes et de l'apparition de maladies infectieuses," a averti Mark Bowden, coordinateur humanitaire des Nations unies pour la Somalie.

    La moitié des Somaliens en situation de crise

    L'ONU dit parler de famine quand au moins 20% des foyers sont exposés à une très forte pénurie alimentaire, quand le taux de malnutrition aiguë dépasse les 30% et quand le taux de mortalité dépasse les deux personnes sur 10.000 par jour. Ocha estime que près de la moitié de la population somalienne, soit 3,7 millions de personnes dont 2,8 millions vivant dans le sud, sont désormais en situation de crise.

    Djibouti, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda sont également affectés par la sécheresse. Et les Américains ont exhorté l'Erythrée à révéler dans quelle mesure elle souffre de la catastrophe climatique.

     


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    Mandela Day: 67 minutes pour aider ses semblables 

    Et vous, que faîtes-vous d'utile aujourd'hui? A l'occasion du 93ème anniversaire de Nelson Mandela, ce lundi, la fondation du père de la Nation Arc-en-ciel propose à tous de consacrer 67 minutes de son temps à aider ses semblables, conformément  aux  valeurs défendues par l'ancien président sud-africain. Ces 67 minutes représentent  les années qu'il a consacrées à son combat pour  une démocratie  multiraciale. La journée du "Mandela Day"  (Journée Mandela) est désormais reconnue par l'ONU.

    Dans le cadre d'opérations souvent parrainées par les médias ou des   syndicats, les Sud-Africains étaient appelés à nettoyer ou repeindre  écoles,  orphelinats et hospices, réparer des cabanes délabrées dans les  bidonvilles,  distribuer des colis aux plus démunis, donner leur sang,  etc. De nombreux hommes politiques de tous bords ont ainsi fait  leur bonne action  lundi, non sans l'avoir auparavant fait savoir.  Certains avaient déjà commencé  pendant le week-end.

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    Le  secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a élargi l'opération, appelant   tous les citoyens du monde à consacrer également 67 minutes de leur  temps à  faire le bien. "Chacun se souvient d'une figure  inspiratrice qui a joué un rôle important  dans sa vie. Nelson Mandela a  joué un rôle de modèle pour d'innombrables  personnes dans le monde.  (...) La meilleure manière de remercier Nelson Mandela  pour son  travail, c'est en agissant ensemble pour les autres et inspirer le   changement", a-t-il déclaré dans un communiqué.

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    "Il  doit se reposer"

    Dans toutes les écoles d'Afrique du  Sud, à précisément 08H05,  plus de 12 millions d'enfants ont chanté,  avec plus ou moins de bonheur, un  "joyeux anniversaire" spécial,  africanisé pour l'occasion par un compositeur  local. Radios et  télévisions retransmettaient la chanson, que tous les habitants du  pays  avaient été invités à reprendre en choeur. "Il doit se reposer, il n'a  pas le droit de tomber malade. Il doit vivre  longtemps", a dit à l'AFP  Kabelo Masemola, 10 ans, qui venait de chanter dans  une école de  Johannesburg.

    Tous les journaux faisaient leur Une sur  l'anniversaire du plus célèbre des  Sud-Africains, des partis politiques  et des entreprises publiant des pages  alliant publicité et bons voeux.  Le traditionnel jeu des sept erreurs du Times  proposait même une photo  du grand homme. "Comme premier président d'une société libre et  démocratique en Afrique du  Sud, il a posé les bases d'une société  véritablement non-raciale, non-sexiste,  démocratique et prospère", a  souligné le président Jacob Zuma dans son message  de voeux, concluant  par un retentissant "joyeux anniversaire, Madiba. Nous  t'aimons!"

     

    • Sur Nelson Mandela et la lutte contre l'Apartheid, à lire:

    Nelson Mandela a rejoint son domicile

    L'adieu  des Sud-Africains à Ma Sisulu

    L'hommage  de Zuma à Dulcie September

     

    • Sur l'Afrique du Sud, à lire:

    Les jeunes sud-africains dans l'attente de changement

    L'affrontement social se projette sur le débat politique

     

    • Sur "Mandela day", à lire:

    Jim Kerr: La Fête, Mandela, Sarkozy et moi

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  • AFP 110106manifestation-tunisie 8

    Le pouvoir mafieux de Ben Ali balayé, l’union des forces sociales intervenue au cours de la révolution tunisienne se fissure progressivement. C’est normal. Dans tout processus révolutionnaire, la période de transition est en réalité une bataille rangée entre ceux qui veulent aller au bout du changement et ceux qui, pour conserver les situations acquises, veulent s’arrêter. C’est ce qui se passe aujourd’hui à Tunis. Par Sami Naïr
      

      Le problème institutionnel principal concerne la nature du régime politique qui sera adopté. Il n’y a pas de consensus sur ce point. Les élections pour la Constituante, qui devaient avoir lieu le    24 juillet, ont été retardées pour cette raison. Dans l’épreuve qui s’est engagée entre, d’un côté, le pouvoir de la révolution - incarnée par la Haute instance présidée par Yadh ben Achour et    les principaux partis d’opposition, y compris les islamistes – et, d’un autre côté, le gouvernement composé de membres de l’ancien régime et de vieux militants du parti du Néodestour de l’époque    de Bourguiba, c’est la légitimité révolutionnaire qui l’a emporté : les élections ont été reportées au 23 octobre 2011. L’argument des partisans d’élections rapides était qu’il fallait rapidement mettre un terme à l’absence de légitimité institutionnelle du pouvoir et au chaos économique ; l’argument des    représentants de la société civile est qu’un pays qui n’a jamais connu de démocratie ne peut pas adopter un modèle institutionnel au pas de course : il faut, au contraire, engager un débat dans la société pour choisir des institutions solides qui soient réellement garantes de l’irréversibilité du processus démocratique. L’Etat de droit ne doit pas se construire dans le dos des citoyens.    Cette solution a prévalu.

    Au-delà de cette divergence, il y a deux points conflictuels qui taraudent  le champ politique : la question sociale et celle de la sécularité de l’Etat. Ces deux questions sont liées. La première ne peut être résolue sans la mise en place d’une grande politique de développement dans laquelle l’Etat devrait jouer un rôle stratégique. Or les milieux d’affaires qui ont soutenu la dictature voudraient aujourd’hui un redémarrage rapide de l’activité économique sans donner des gages sur les droits sociaux des salariés. Ils plaident pour un libéralisme dur, alors que la révolution est le résultat des désastres économiques et sociaux provoquées par les privatisations sauvages de l’ère Ben Ali et la corruption qui en constituait le cœur. Ils ne veulent pas d’un Etat social, qui leur imposerait une part des sacrifices que tout le monde est disposé à faire. La question sociale divise donc de plus en plus. Et les partis issus de la révolution la chevauchent dans la compétition politique pour les élections. Le syndicat UGTT joue le rôle d’un quasi-parti ; il est un élément clé de la lutte pour un Etat social. Il se rachète ainsi de ses accommodements passés avec la dictature. Mais rien ne dit qu’il parviendra à conserver son hégémonie sur les salariés. Car l’économie tunisienne est constituée à environ 50 % par le secteur informel ; les chômeurs non syndiqués sont des centaines de milliers. La radicalité religieuse est ici à l’affût. Les islamistes, qui n’ont joué aucun rôle dans la révolution, font assaut de démagogie sociale pour se donner une légitimité. Ils peuvent, par leurs propositions extrêmes, séduire une partie de la population, désorientée par l’absence de changement de sa situation.

    Deuxième question de fond : celle de la sécularité et des libertés individuelles. Une très dure bataille est en cours. Nadia El Fani, cinéaste courageuse, a fait un film intitulé    significativement Ni Allah ni maître. Elle a proclamé à la télévision son athéisme en demandant le respect pour ceux qui pensent comme elle. Les fanatiques islamistes la vouent aux gémonies :    attaques contre la salle de cinéma qui projette le film, menaces de mort contre la cinéaste, attitude plus que réservée du gouvernement dans le soutien à la liberté de conscience. Par ailleurs,    les islamistes « modérés » du parti Ennahdha viennent d’abandonner la Haute instance de la révolution, se préparant probablement à pactiser avec les partisans de l’ancien régime encore au    pouvoir… à moins qu’ils ne se croient assez forts pour se séparer, déjà, d’une révolution séculière qui n’est pas la leur. Le message est en tous cas clair pour tous : le deuxième acte de la    révolution est commencé. La bataille future tournera inévitablement à l’affrontement idéologique avec les islamistes qui prétendent respecter la liberté d’expression, mais refusent la sécularité    de l’Etat. La révolution tunisienne est loin d’être terminée. 

    * Ancien député européen, professeur à l’université Pablo de Olavide, Séville


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  • Kadhafi et la gestion des contradictions occidentales : le conseil national de transition souhaite le départ de Kadhafi pour ses propres intérêts aux dépens du peuple libyen. 

    L’OTAN, la France et le monde occidental ont promis une « Blitzkrieg », une guerre éclair, après la résolution (1973) du conseil de sécurité obligeant Kadhafi à quitter le pouvoir. C’est un échec total car l’Occident est obligé de reconsidérer sa stratégie politique et militaire et de changer de stratégie afin de négocier avec Kadhafi par l’intermédiaire d’un conseil national de transition, aussi fantasque que fantasmagorique. 

    Un des membres influents de ce conseil national de transition, Ali Salabee, essaie de négocier les conditions de la crise libyenne avec Kadhafi. Salabee a la permission de l’Occident qui pensait défaire le colonel Kadhafi après quelques frappes provenant d’avions mobilisés par le monde occidental. Il s’agissait d’obliger Kadhafi à quitter le pouvoir, or on note qu’aujourd’hui il faut négocier avec Kadhafi. C’est un échec pour l’alliance occidentale chargée de bombarder la Lybie sous mandat du conseil de sécurité de l’ONU. 

    L’Afrique par l’intermédiaire de Jacob Zuma, Président sud-africain mandaté par l’Union africaine souhaite une fin des hostilités, une négociation entre les parties et donc une solution politique de la crise en Libye. 

    La Libye de Kadhafi n’est pas la Côte d’Ivoire de Gbagbo. La France peut obliger Gbagbo à quitter le pouvoir après deux ou trois tirs par les hélicoptères gazelles, à cause de l’inorganisation et de l’incapacité stratégico-militaire des Noirs ivoiriens pro-Gbagbo ; rien de tel avec les forces de défense de Kadhafi, mieux entrainées et plus structurées que les forces ivoiriennes. L’Afrique noire francophone n’est pas l’Afrique du Nord francophone et arabe. L’Occident donne l’impression de s’enliser en Libye car les différents protagonistes ne poursuivent les mêmes objectifs. Au sein de l’alliance occidentale, les Américains sont intervenus en Libye à reculons. Pour des raisons électoralistes, Obama ne veut pas s’enliser en Libye comme Bush s’est enlisé en Irak. La France est piégée car elle s’est engagée dans cette aventure sous l’injonction du philosophe Bernard Henry Levy qui a réussi à convaincre Nicolas Sarkozy que le Conseil national de transition était prêt à remplacer Kadhafi et à gérer la vie politique libyenne. Le conseil national de transition est traversé par des courants contradictoires et des oppositions fortes. Pour la France, il faut qu’elle sache que la Libye n’appartient pas à l’Afrique francophone et que les relations ethniques sont beaucoup plus complexes que celles qu’elle gère depuis le 19ième siècle en Afrique noire (traite, esclavage, colonisation et néo colonisation). Attention au piège d’enlisement que favorisent les guerres non évaluées, comme en Libye, comme en Afghanistan où se trouve Nicolas Sarkozy ce 12 juillet et peut-être demain en Syrie où l’ambassade de France vient d’être attaquée. Attention à l’Orient improbable et incompréhensible pour la pensée rationaliste occidentale. 

    Le conseil national de transition est fondamentalement représenté par une ethnie majoritaire dont la capitale est Benghazi qui s’est toujours opposée à Kadhafi lors de sa prise de pouvoir en 1969. Après 42 ans de pouvoir de Kadhafi, l’Occident en général et la France en particulier se sont compromis en recevant Kadhafi, la France en acceptant qu’il déroule sa tente en plein Paris au nom du pétrole et du gaz, alors que tout le monde savait que Kadhafi a été le parrain financier du terrorisme international. L’Occident doit arrêter de mentir à son opinion publique en érigeant les fantasmes de la démocratie et de la libération du peuple libyen. Le véritable problème est l’instrumentalisation du conseil national de transition par l’Occident pour faire partir Kadhafi et utiliser à bon compte pétrole et gaz libyens en utilisant un modèle lowcost en termes de production et d’approvisionnement à l’avantage de l’Occident. Le conseil national de transition devenant la caution morale de l’Occident aux dépends de la population libyenne et au profit des dirigeants du conseil national de transition qui remplaceraient Kadhafi dans la confiscation de la rente pétrolière. 

    A l’ouest de la Libye, les troupes du conseil national de transition ont gagné la bataille, mais sur le terrain il leur manque tout, la nourriture, de l’eau et de l’essence afin de progresser vers Tripoli. L’inorganisation du Conseil national de transition est abyssale. Sur le terrain les troupes de Kadhafi résistent et l’Occident est obligé de trouver des compromis alors qu’il était question de gagner rapidement la guerre par des frappes chirurgicales qui auraient défait immédiatement le régime de Kadhafi. Le maintien du régime du guide libyen valorise la théorie du faible au fort qui veut qu’aucun armement sophistiqué ne peut détruire la volonté d’un peuple qui résiste, même pour des mauvaises raisons, comme dans le cas libyen. Néanmoins, la parabole biblique de David et Goliath vaut toujours lorsqu’un peuple s’estime attaqué. C’est le message que Kadhafi infuse à une partie de la population libyenne qui lui est restée fidèle.

    http://larepubliqueenmouvement.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/07/12/la-guerre-en-libye-enlisement-ou-piege-pour-le-monde-occiden.html

    La Libye, objectif politique devenu incertain pour l'Elysée

    Le premier bombardement français en Libye a eu lieu à 17 h 45, heure de Paris, le samedi 19 mars 2011.

    Le premier bombardement français en Libye a eu lieu à 17 h 45, heure de Paris, le samedi 19 mars 2011. REUTERS/HO

    "Un tournant de la politique étrangère menée par la France depuis la fin de la colonisation." C'est ainsi que Nicolas Sarkozy présentait, dans un entretien à L'Express en mai dernier, l'intervention française en Libye. Une intervention qui devait au départ "se compter en jours ou en semaines – certainement pas en mois", selon Alain Juppé, ministre des affaires étrangères.

    En retard face aux révolutions arabes de décembre et janvier 2010, Paris souhaitait avec le soutien militaire aux insurgés libyens montrer que la donne avait changé.

    L'objectif est alors clair. Le chef de l'Etat le résumait ainsi, le 27 mai, en marge du sommet du G8 à Deauville : "Il n'y a pas de médiation possible avec M. Kadhafi. Les soldats de M. Kadhafi doivent rentrer dans les casernes et M. Kadhafi doit partir. On peut discuter des modalités du départ dans l'honneur, dans quel pays… tout cela, c'est effectivement discutable [...]. M. Kadhafi a en main sa situation personnelle : il part et il évite bien des souffrances au peuple libyen ; il s'entête et lui-même en paiera les conséquences." Un argument répété le 24 juin, lors d'une conférence de presse à Bruxelles : "Nous devons continuer jusqu'au départ de M. Kadhafi."

    "SE METTRE AUTOUR D'UNE TABLE"

    Mais l'offensive militaire n'a pas pour l'heure connu le succès escompté. Sur le terrain, la situation est difficile. Et l'Elysée, s'il escomptait des bénéfices politiques rapides de l'opération, doit déchanter. Le quotidien britannique The Guardian ou Le Canard enchaîné en France avaient évoqué une pression de Nicolas Sarkozy sur l'état-major, dans l'espoir d'obtenir une victoire définitive avant le 14-Juillet.

    Pour renforcer les anti-Kadhafi, la France avait par ailleurs parachuté en secret des armes aux insurgés libyens, à la surprise de ses alliés américains ou britanniques. Avant de stopper ces livraisons, non sans avoir finalement admis leur existence. D'autres échos parlaient d'une visite du chef de l'Etat sur le terrain libyen d'ici là. Il a finalement préféré se rendre en Afghanistan, mardi 11 juillet, pour une visite éclair de quelques heures, au cours de laquelle il a confirmé le retrait de 1000 soldats français engagés dans ce pays.

    Alors que la France se retire d'Afghanistan après neuf ans de présence, l'assemblée nationale doit se prononcer mardi 11 juillet sur la poursuite de l'intervention en Libye. Une intervention dont les objectifs semblent désormais plus flous. Interrogé sur BFM TV, dimanche 10 juillet, le ministre de la défense, Gérard Longuet, a ainsi estimé qu'il "va falloir se mettre maintenant autour d'une table. On s'arrête de bombarder dès que les Libyens parlent entre eux et que les militaires de tous bords rentrent dans leurs casernes. Ils peuvent parler entre eux puisqu'on apporte la démonstration qu'il n'y pas de solution de force".

    KADHAFI "DANS UNE AUTRE PIÈCE DE SON PALAIS"

    Quant au sort réservé au dictateur libyen, il semble lui aussi incertain. Pour Gérard Longuet, s'il y a des négociations, "il sera dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre". Une déclaration corrigée lundi 12 juillet par le ministère de la défense, pour qui il n'y a "pas d'inflexion de la position de la France" : "Pour Gérard Longuet, il est clair que Kadhafi n'a plus sa place comme dirigeant du pays."

    Pourtant, Seif Al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi, a assuré dans un entretien à la presse algérienne que Paris négocierait désormais officieusement avec Kadhafi des modalités d'un cessez-le-feu. Une affirmation réfutée par Paris, qui nie toute "négociation directe" avec Tripoli, mais reconnaît désormais faire passer des "messages" au régime. "Toute solution politique passe par le retrait de Kadhafi du pouvoir et son renoncement à tout rôle politique", assure cependant le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero.

    Ces précisions données par Paris ont suscité une mise au point de Washington : "Ce sont les Libyens qui décideront eux-mêmes la manière dont la transition doit s'accomplir, mais nous restons fermes dans notre conviction que Kadhafi ne peut pas rester au pouvoir", a réagi le département d'Etat américain.

    "METTRE LE TREILLIS"

    Le vote des députés mardi ne devrait pas poser de problème : la majorité et l'essentiel de l'opposition, à l'exception du groupe Gauche démocrate et républicaine (PC, Verts et Parti de gauche), devraient voter en faveur de la poursuite de l'intervention. Mais l'opération commence à coûter cher, dans un contexte de crise économique et de déficits records : 160 millions d'euros, selon la porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, qui contredit les chiffres de M. Longuet, qui évoquait pour sa part 100 millions d'euros.

    Autant d'incertitudes qui rendent l'exploitation politique de cette opération libyenne difficile pour l'Elysée. Nicolas Sarkozy devrait cependant profiter du 14-Juillet pour "mettre le treillis", selon son expression, reprise par Le Figaro. Ce mardi, il rend visite à des soldats blessés en Afghanistan, avant d'assister jeudi aux cérémonies militaires du 14-Juillet à Paris.

    Le Monde.fr

     


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