• Afrique du Sud : la police tire sur les mineurs en grève, tuant 34 personnes

    Des policiers devant des corps allongés de mineurs, devant la mine de Marikana, le 16 août.

    Trente-quatre mineurs ont été tués et soixante-dix-huit blessés dans les affrontements, jeudi 16 août, entre grévistes et policiers à la mine de platine Lonmin de Marikana, en Afrique du Sud, selon un bilan officiel de la police nationale. Le syndicat des mineurs NUM a évoqué trente-six morts. Par ailleurs, deux cent cinquante-neuf personnes ont été arrêtées, "pour différents motifs, violence publique, meurtre, tentative de meurtre, rassemblement illégal, possession d'armes dangereuses", a ajouté la chef de la police nationale, Mme Riah Phiyega.

    Ces morts s'ajoutent aux dix survenues dans les violences entre syndicats survenues depuis dimanche sur ce site minier, où plusieurs centaines de grévistes réclamaient d'importantes augmentations de salaire.

    Le président sud-africain, Jacob Zuma, a annoncé la création d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur cette fusillade. "Nous devons faire éclater la vérité sur ce qui s'est passé ici, c'est pourquoi j'ai décidé d'instaurer une commission d'enquête pour découvrir les causes réelles de cet incident", a déclaré le chef de l'Etat à Marikana, revenu précipitamment d'un sommet régional au Mozambique pour se rendre sur les lieux du drame.

    En Afrique du Sud, grévistes, syndicats et forces de l'ordre s'opposent dans des affrontements violets à la mine de Marikana.

    LA POLICE INVOQUE LA LÉGITIME DÉFENSE

    Pour justifier son action, la police a montré des vidéos où l'on voit les forces de l'ordre tenter de disperser les mineurs en négociant avec eux, puis en utilisant différents moyens, dont des gaz lacrymogènes, des canons à eau, des grenades incapacitantes et des balles en caoutchouc. On y voit aussi un policier supplier les mineurs de se disperser : "Nous ne sommes pas ici pour vous arrêter, notre seul problème, ce sont les armes."

    Selon la chef de la police nationale, "les policiers ont dû faire usage de la force pour se défendre contre le groupe qui les chargeait". "La police a commencé par utiliser le minimum de force, conformément à notre politique et à la loi. (...) Ce n'est que lorsque cela n'a pas suffi à stopper les manifestants que nous avons utilisé un autre moyen. Et je pense profondément, nous pensons, que cela était justifié. Nous ne voulions la mort de personne", a-t-elle assuré.

    Selon Reuters, des policiers, lourdement armés et appuyés par des véhicules blindés, étaient en train de dresser des barrages de fils barbelés quand ils ont été débordés par quelque trois mille employés de la mine, située au nord-est de Johannesburg. Ils ont alors tiré des rafales d'arme automatique sur un groupe de mineurs qui surgissait de derrière un véhicule.

     
     

    "ILS N'ONT PAS L'INTENTION DE BOUGER"

    Jeudi matin, plusieurs centaines d'hommes armés de gourdins, de barres de fer et de machettes s'étaient de nouveau regroupés à l'extérieur de la mine pour réclamer des augmentations de salaire. Le porte-parole du syndicat des mineurs, Lesiba Seshoka, a déclaré à la chaîne d'information eNews que le président de l'AMCU, le petit syndicat qui avait appelé à la grève, avait tenté de persuader les mineurs de reprendre le travail, en vain. "Ils lui ont dit qu'ils étaient prêts à mourir (...) qu'ils n'avaient pas l'intention de bouger, qu'ils allaient appeler leurs enfants à les rejoindre" sur la colline où ils sont regroupés depuis lundi.

    Des incidents avaient commencé vendredi dernier à la mine, lorsque des centaines de mineurs de fond ont lancé une grève sauvage. Certains, encouragés par le syndicat AMCU, réclamaient 12 500 rands par mois (1 250 euros), soit plus qu'un triplement de leur salaire. Des affrontements ont alors éclaté entre partisans de la NUM et ceux de l'AMCU, né d'une dissidence de la NUM.

    Les mineurs, qui vivent dans des taudis accolés à la mine, sans eau courante, touchent environ 4 000 rands par mois (400 euros)."Nous sommes exploités, ni le gouvernement ni les syndicats ne sont venus à notre aide", avait déclaré l'un d'eux mercredi, Thuso Masakeng, "les sociétés minières font de l'argent grâce à notre travail et on ne nous paye presque rien. Nous ne pouvons pas nous offrir une vie décente. Nous vivons comme des animaux à cause des salaires de misère".

    Source LE MONDE


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  • Fabius_Ouatara_cle8a4de2.jpgDe l'entreprise de déstabilisation à l'intervention déléguée aux « amis » africains

     

    Un plan de dépeçage du Mali méthodiquement orchestré par les puissances occidentales

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Depuis le début de l'année 2012, le Mali sombre dans le chaos. Indépendantistes touareg, rebelles islamistes, coup d’État éclair, transition « démocratique », intervention des pays de la CEDEAO, ingérences occidentales : la confusion règne, mais le brouillard de guerre se dissipe pour peu à peu, permettant de démêler l'écheveau des événements successifs.

     

    Présenté abusivement comme un exemple de « démocratie », le Mali de l'ancien putschiste Amadou Toumani Touré (ATT) donnait en tout cas l'apparence d'un État stable. Une stabilité garantie par des relations guère conflictuelles avec l'ancienne puissance coloniale, par un étouffement de l'opposition (au nom du « consensus »), et par une pratique généralisée de la corruption et du clientélisme.

     

    Un système à bout de souffle pour un président réélu en 2007 avec 71% au premier tour. Une « démocratie » gérée de façon anti-démocratique, un pays « stable » de plus en plus incapable de gérer l'instabilité au nord et surtout un pays regorgeant de richesses mais enfoncé dans une pauvreté entretenue par le système ATT et par la mise en œuvre zélée des recettes désastreuses du FMI.

     

    L'enjeu : un pays pauvre regorgeant de richesses, objet de convoitises

    Car si le Mali reste un des pays les pauvres au monde – la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, le Mali occupant la 178ème place sur 182 pour son indice IDH – son sol et son sous-sol abrite des richesses considérables.

     

    Troisième producteur d'or du continent africain, derrière les géants Ghanéens et Sud-Africains, exportateur majeur également de fer et de coton, le sous-sol Malien recèle surtout de gisements pétroliers conséquents, découverts dans le Bassin de Touadenni, au Nord-ouest du Mali.

     

    Des richesses pétrolières encore largement inexploitées qui suscitent la convoitise des majors américaines, du grand groupe de la Françafrique Total, des entreprises d’État chinoises. Le ministère des mines Malien, encore maître des concessions pétrolières, a jusqu'alors préféré confier des blocs d'extraction à l'entreprise algérienne SONATRACH et à l'italienne ENI.

     

    La participation potentielle du Mali au projet de pipeline TSGP (Transaharian Gas Pipeline), acheminant le gaz du delta du Niger vers l'Europe via le Niger, renforce l'importance stratégique de l’État sahélien.

     

    La nécessité d'établir un État « stable » au Mali, c'est-à-dire plus conciliant envers les intérêts pétroliers occidentaux, mais aussi d'exercer un contrôle direct ou indirect sur un État sécessionniste au Nord-Mali, est un des facteurs explicatifs du déroulement de la crise malienne.

     

    Première étape : coup d’État d'opérette, déstabilisation et rupture de l' « ordre constitutionnel »

    La déstabilisation du Mali commence par un coup d’État confus, à une semaine d'élections qui allaient concrétiser le départ du président Amadou Touré. Le 22 avril, le capitaine Sanogo dépose le président malien et annonce la constitution d'un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDR).

     

    Des putschistes qui utilisent le prétexte de l'instabilité dans le Nord-Mali pour rompre l'ordre constitutionnel, et lancent un appel immédiat à une aide militaire et politique des puissances occidentales pour lutter contre le péril islamiste.

     

    Il ne faut pourtant que deux semaines pour voir ces militaires déterminés céder le pouvoir à un gouvernement de transition présidé par le bras de droit de Touré, Dioncounda Traoré, sur proposition de la CEDEAO, appuyée par les grandes puissances occidentales, et surtout concoctée par le dictateur du Burkina-Faso Blaise Compaoré.

     

    Les putschistes rentrent alors dans le rang, tout en occupant une place centrale dans la « transition démocratique », aux côtés du nouveau président intérimaire. Un intermède grand-guignolesque qui soulève des questions de fond :

     

    Qui est cet obscur capitaine Sanogo, putschiste formé aux États-Unis de 2004 à 2010, où il a bénéficié d'une formation d'officier de renseignement ?

     

    Quels intérêts servent ces putschistes, lançant des appels à l'aide aux puissances impérialistes et cédant le pouvoir à leurs premières injonctions ?

     

    Quelle transition avec le bras droit du système corrompu d'ATT, Dioncounda Traoré par ailleurs en « visite médicale » à Paris pendant les deux semaines précédant sa prise de fonction début juin ?

     

    Deuxième étape : un vide politique pour préparer le démantèlement du Mali

    Usant de l'instabilité comme un prétexte pour rompre l'ordre constitutionnel, les putschistes n'ont fait qu'acter la sécession de facto du Nord-Mali, sous les coups du mouvement sécessionniste Touareg (MNLA) et des groupes islamistes (Ançar Dine, AQMI).

     

    Tirant profit des justes revendications du peuple Touareg à l'autonomie et au respect de sa dignité, le MNLA revendique la sécession, autrement dit la remise en cause de l’État malien unifié. Une revendication qui rejoint certaines préoccupations des puissances occidentales intéressées par le gâteau pétrolier du Nord, ainsi que les objectifs à court terme des combattants islamistes.

     

    Des convergences matérialisées en mai dernier par un rapprochement avec Ançar Dine, islamistes fondamentalistes salafistes, issus du mouvement touareg, dominateurs à Tombouctou. Avec le MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest) hégémonique à Gao, Ançar Dine et le MUJAO contrôlent désormais l'essentiel du Nord-Mali, et gagnent du terrain au détriment des rebelles touaregs.

     

    La menace d'Al-Qaida Maghreb Islamique (AQMI) est plus présente dans les discours que dans la réalité du terrain. Ce groupe salafiste, issu d'une scission du GIA qui a semé le chaos en Algérie dans les années 1980, représente en réalité plus un groupe mafieux trans-frontalier qu'une puissance politique.

     

    Des groupes islamistes allègrement financés par le Qatar, la monarchie absolue du Golfe fournissant des fonds, mais aussi directement des armes et des formateurs militaires, acheminés via les aéroports de Tombouctou et Gao, sous le silence bienveillant de la France et des États-Unis.

     

    Un 'double jeu' occidental permettant de pérenniser la sécession du nord, de laisser croître un péril islamiste créé de toutes pièces par leurs alliés du Golfe, et in fine de justifier leur ingérence dans les affaires maliennes.

     

    Troisième phase : préparer l'intervention des puissances impérialistes, déléguée à leurs bras armés africains

    Après avoir soutenu la rupture avec l'ordre constitutionnel, laissé faire l'installation des rebelles au Nord, les puissances occidentales – France en tête – utilisent désormais le prétexte de la crise humanitaire et du péril islamiste, qu'ils ont eux-mêmes encouragés, pour justifier leur ingérence dans les affaires Maliennes.

     

    L'alternance et le gouvernement de « gauche » n'ont pas changé la donne. Le ministre de la Défense français appelle désormais à une intervention militaire. De son côté, le ministère des affaires étrangères Laurent Fabius prépare par sa tournée en Afrique du nord et de l'Ouest les modalités pratiques d'une intervention.

     

    Handicapée par son passé colonial et la réalité encore actuelle de la Françafrique, soucieuse de ne pas prendre en charge une action armée coûteuse économiquement et symboliquement, la France prépare une intervention déléguée aux Etats de l'Afrique de l'Ouest.

     

    Avec comme fer de lance, deux « amis démocrates » de la France.

     

    D'un côté, le président burkinabé Blaise Compaoré, le putschiste assassin de Thomas Sankara en 1987, dictateur depuis 25 ans ré-élu en 2010 avec 80% des voix. Compaoré est le premier artisan du plan de transition confiant le pouvoir à Dioncounda Traoré, et jouant le rôle du « médiateur » délégué par la CEDEAO.

     

    De l'autre, le nouveau président ivoirien installé par la France, le président de la CEDEAO Alassane Ouattara. L'ancien numéro 2 du FMI, ami des États-Unis et de la France, sécessionniste et putschiste expérimenté après son expérience en Côte d'Ivoire, est lui chargé de jouer le rôle du « va-t-en guerre », censé dessiner les conditions d'une intervention prise en charge par les Etats de la CEDEAO.

     

    L'intervention militaire africaine, parrainée par leurs tuteurs occidentaux, paraît désormais inévitable. La seule incertitude reste l'issue de ce conflit :

     

    vers un scénario à la Soudanaise ?Soit une sécession du Nord-Mali, abritant l'essentiel des gisements pétroliers actée par l'impérialisme occidental. Une indépendance reposant peut-être sur le combat de certains groupes islamistes, délégué aux États africains, mais aussi sur la négociation avec le MNLA et la frange dite « modérée » des islamistes ;

     

    vers un scénario à l'Ivoirenne ou à la Libyenne ?Soit le maintien d'un État unifié avec à sa tête un gouvernement acquis aux intérêts français et américains, concédant sans doute une large autonomie au Nord et livrant des concessions avantageuses aux grands groupes pétroliers occidentaux ;

     

    Quel que soit le scénario adopté, le peuple Malien en sera le grand perdant. Ébranlées par la crise capitaliste, concurrencés par les économies émergentes pour le contrôle des ressources et des marchés, les puissances impérialistes, françaises, européennes ou américaines ne reculent désormais plus devant l'usage systématique de la force pour briser toute résistance à son ordre.

     

    Comme en Libye hier, en Syrie aujourd'hui ou en Iran demain, il est nécessaire au Mali de s'opposer à ce plan de destruction d'une nation souveraine, dépecée après avoir été appauvrie au profit des grands groupes occidentaux !


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  • Chems Eddine CHITOUR
     

    « Au lieu de donner un poisson à quelqu’un, il faut lui apprendre à pêcher ». Mao Tsé Toung

    La semaine dernière s’est tenu à Pékin le forum de la coopération Chine-Afrique. Ce rendez-vous traditionnel - ignoré superbement par l’Occident - a pour ambition de développer un partenariat winn-winn, désintéressé en ce sens qu’il n’est pas connoté par des arrière-pensées paternalistes, reliquat d’un colonialisme qui ne veut pas mourir. Naturellement, cette coopération est brocardée notamment par les anciennes puissances coloniales qui continuent à intervenir d’une façon ou d’une autre dans les affaires internes des Africains par des canaux divers, le Commonwealth et la France-Afrique qui ne veulent pas lâcher leur « pré carré », en y plaçant à demeure, leurs troupes.

    L’Europe vieillissante en est encore à vouloir sérier les espèces, et imposer un magister dixit qui n’a plus cours. « Le « drame de l’Afrique » vient du fait que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». [...] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. [...] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » On comprend tout à fait Nicolas Sarkozy sans son discours de Dakar de juillet 2007, qui dénie aux Africains d’être rentrés dans « l’Histoire », à moins d’être guidé par lui.

    Les Etats-Unis, tard venus dans les aventures coloniales, ont la finesse et la délicatesse de l’éléphant dans un magasin de porcelaine. Ils prennent par la force ce dont ils ont besoin chez les pays faibles et tous les moyens sont bons avec chaque fois de nouveaux concepts : l’aspect humanitaire avec ses variantes de droits puis de devoirs d’ingérence et depuis Bush II, l’exportation de la démocratie avec le chaos-réorganisateur dans le sens des intérêts de l’Empire puis l’assistance aux peuples pour la liberté via Internet et Facebook... 

    La Chine et l’Afrique : une longue histoire

    « Les relations de la Chine avec l’Afrique sont anciennes. « Au XVe siècle, écrit S.Togola, le début de l’élargissement du monde faillit donner naissance à une scène qui ne manquait pas de piquant : la rencontre, au large des côtes africaines, de caravelles portugaises et de jonques chinoises. Les deux puissances menaient parallèlement des expéditions maritimes d’envergure. D’un côté, le prince Henri le Navigateur (...) De l’autre côté, un amiral chinois, Zheng He, homme de confiance de l’amiral Yongle, prenait la tête d’une armada de 300 navires et partait vers l’ouest. (...) Ce fils d’une famille musulmane du Yunnan, atteignit les côtes de la Somalie, du Kenya et de Zanzibar. D’aucuns assurent même qu’il aurait découvert, avant Christophe Colomb, les côtes de l’Amérique. » (1)

    Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle tant à l’Afrique ?

    Ben Kabou s’interroge sur le pourquoi de cette coopération. Il écrit : « Qu’est-ce qui pousse la Chine à s’investir autant en Afrique ? Satisfaire ses besoins en ressources naturelles nécessaires à son décollage économique ? S’implanter comme la première force économique dans un marché porteur, encore très peu développé ? La Chine fait décidément les choses en grand et pas comme tout le monde ! Sa politique étrangère est essentiellement basée sur la coopération économique à grande échelle, Sa démarche découle de sa propre histoire, de son ambition grandissante pour le leadership économique mondial, mais aussi d’une volonté manifeste de contrer celle des puissances occidentales au passé marqué par le combat démocratique et la colonisation, et dont les relations économiques avec les pays en développement en général, et d’Afrique en particulier, supposent souvent une contrepartie politique plus ou moins discutable. » (2)

    « Cet engouement chinois pour l’Afrique est réglé par la Conférence du Forum économique sino-africain, initiée à l’automne de l’année 2000 à Pékin. Il constitue aujourd’hui une réalité qui ne laisse pas indifférentes les autres puissances mondiales. Outre son engagement, dans le cadre du plan d’action sino-africain 2007-2009, à annuler les dettes pour 1,4 milliard de dollars de 31 pays pauvres lourdement endettés et des pays les moins développés en Afrique, et l’extension de l’application de taxes nulles à des importations africaines, la Chine a fixé en 2006 comme objectif de porter, à l’horizon 2010, le volume de son commerce avec l’Afrique à 100 millions de dollars, alors que ce volume progressait de 297% au cours de la période 2000-2005, passant de 10 milliards à 39,7 milliards de dollars « Cet objectif a déjà été dépassé en 2008 selon le ministère chinois du Commerce (106,8 milliards de dollars) (...). » (2)

    « En s’engageant en Afrique, poursuit l’auteur, la Chine ne fait donc que conforter sa propre stratégie globale de développement économique. Il y a d’abord l’approvisionnement en matières premières appelées à être de plus en plus importées par la Chine, compte tenu des objectifs de croissance prévisionnels du système de production chinois, fort ambitieux et très soutenus par les autorités chinoises. (...) Pétrole brut, minerais de fer, produits sidérurgiques, bois de grume, diamant, minerais de manganèse, produits en cuivre, minerais de cuivre, coton... représentent 87% des importations chinoises en provenance d’Afrique (...). Pour l’or noir, et dans un souci de diversifier ses sources d’approvisionnement, risques géopolitiques au Moyen-Orient obligent, l’Afrique constitue depuis quelque temps déjà le deuxième fournisseur de la Chine, avec un peu plus du quart des importations chinoises. » (2)

    Il y a naturellement le revers de la médaille. Ben Khabou en convient : « D’aucuns reprocheraient, à juste titre, les conditions infligées par les entreprises chinoises aux travailleurs africains - rémunération, sécurité, libertés syndicales, le non-respect de l’environnement, voire la protection politique par la Chine de certains régimes africains plus ou moins contestés. D’autres rétorqueront que l’Occident n’a pas fait mieux que la Chine jusqu’ici en termes d’investissement en Afrique, avec l’échec auquel ont mené les conditions imposées par l’Occident aux pays africains en matière de coopération économique, via la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ». (2)

    Est-ce que les pays occidentaux ont fait mieux ?

    Il est vrai que dans un monde qui va de plus en plus vers la pénurie, il n’y a pas de philanthropie : les besoins sont de tout ordre : matières premières, énergie mais aussi agriculture. Un des secteurs dans lesquels la Chine, mais avec elle d’autres pays asiatiques, s’engagent massivement. En 2008, l’Arabie Saoudite, les Emirats, la Corée du Sud, le Japon et la Chine ont acheté 76 millions d’hectares de terres arables, pour subvenir à leurs propres besoins alimentaires.

    L’influence de la Chine en Afrique est très souvent vue de façon exagérée et cette vision ne reflète souvent que les peurs des Occidentaux de perdre le contrôle de ce continent. Il faut ajouter à cela le fait que les Occidentaux peinent de plus en plus à avoir des marchés dès qu’ils sont en concurrence avec les Chinois. Quelles que soient les vraies intentions de la Chine, les Africains ne sont pas mécontents d’avoir, pour la première fois depuis des siècles, de vrais concurrents aux Occidentaux. Jamais l’Afrique ne pourra être plus martyrisée qu’elle ne l’a été depuis les premiers colonisateurs-profiteurs occidentaux

    Qui dira les génocides humains et culturels, les souffrances sans nom, les déportations massives, les désastres écologiques...les carnages, en un mot... auxquels « l’homme blanc » s’est livré sur cette pauvre, superbe, généreuse, incomparable Afrique ? On dit que la différence entre les Chinois et les Occidentaux est plus dans la méthode que dans le résultat qui est le même, à savoir se servir en matières premières. Il est vrai que la Chine dispose d’un matelas de 3000 milliards de dollars qu’elle doit recycler en achetant utile du fait d’une confiance toute relative dans le dollar.

    Avec un rare parti pris, une contribution sur Agoravox dont nous rapportons les grandes lignes, met sur le même pied la coopération chinoise et occidentale : « Lors du dernier en date, qui vient de se tenir à Pékin, le président chinois Hu Jin Tao a annoncé des prêts pour un montant total de 20 milliards de dollars US aux pays partenaires de la Chine sur le continent africain. Deux chiffres disent tout de l’évolution de plus en plus rapide des liens sino-africains : selon les données officielles des autorités de Pékin, en 2011, les exportations de la Chine vers l’Afrique ont atteint 166,3 milliards de dollars US. La même année, les exportations africaines vers la Chine ont culminé à 93,2 milliards de dollars US. (...) En dix ans, le montant des exportations africaines a donc crû d’environ 18 fois son chiffre initial de 2001. (...) Face à des Etats-Unis lointains, une Union européenne désargentée et en crise, une Russie qui n’a pas pour le moment les moyens de reprendre la politique d’amitié, fructueuse pour son économie, de l’époque soviétique, (...) Ainsi, quand des ministres européens vitupèrent contre ce qu’ils appellent ’la politique du chéquier’, des hauts responsables africains leur rétorquent, non sans quelque raison, que pour se développer, il vaut mieux avoir un partenaire riche et intéressé que des anciens Etats coloniaux financièrement exsangues et qui n’ont plus les moyens d’aider leurs ex-colonies. » (3)

    « Tandis qu’en Asie, la politique chinoise d’ensemble vise clairement à des relations apaisées, dans l’intérêt même de la stabilité du pouvoir à Pékin, en Afrique, il apparaît évident que la Chine entend maîtriser les sols et donc les sous-sols, protéger ses installations. Il en résulte que la Chine tourne des yeux militaires, notamment en termes de puissance navale, vers l’océan Indien et l’approche de ses côtes méridionales, riches en industries de transformation. » (3)

    L’auteur de l’article qui est carrément anti-chinois promet aux Africains le même destin avec la Chine, c’est-à-dire une colonisation en perspective, il écrit : « Cependant, à terme, il est manifeste que, face à la voracité des appétits chinois sur le sous-sol africain et l’intrusion croissante de ce pays dans la vie des peuples du continent noir, il n’est pas exclu que la Chine finisse par apparaître aux peuples d’Afrique comme un nouvel Etat colonisateur . » Nous ne sommes absolument pas d’accord !

    Qu’en est-il de la coopération avec l’Algérie ?

    Il est utile de rappeler l’aide importante financière, militaire et politique pendant la Révolution. Dans son ouvrage « les Fellagha s » très instructif et qui gagnerait grandement à être connu et lu notamment pas les jeunes, quant à la réalité de la lutte sur le terrain, le commandant Azzedine écrit : « La Chine nous a apporté une aide financière, matérielle et morale. Bon nombre de militants ont séjourné à Pékin et y ont reçu une formation solide, sans que jamais on n’essaya de les endoctriner ou d’influer sur leur choix politique.. (…) » Lors de l’entretien avec la délégation conduite par Omar Oussedik, le maréchal Pen To Hué déclare : « (...) Nous apprécions à sa juste valeur votre détermination. Vous pouvez choisir de quoi armer 180.000 hommes, escompter une aide conséquente pour les réfugiés et j’ai pour instruction de vous informer que notre ambassade au Caire versera au compte que lui indiquera le GPRA le montant du budget de guerre pour une année . » (4) 

    Cependant et bien que la coopération actuelle avec la Chine soit bien développée, il nous paraît évident qu’il n’y a pas, pour le moment, de transfert de savoir-faire. A titre d’exemple, la mise en place d’un Centre de formation et de recherche sur la construction d’autoroutes peut donner à l’Algérie le savoir-faire pour savoir pêcher. C’est notamment dans le système éducatif que l’apport de la Chine pourrait être décisif et relancer à titre d’exemple une coopération pour la fabrication d’équipements pédagogiques, que j’avais initiée à la fin des années 1980. Cette politique si elle avait été mise en oeuvre nous aurait permis de gagner chaque année des milliards de dinars par une création de richesse pérenne. Il n’est pas trop tard pour mettre en place cette nouvelle vision dans le cadre d’une refondation du système éducatif qui doit pouvoir concevoir et fabriquer ses équipements de base.

    Les colonies africaines sont indépendantes, mais la nostalgie de l’Empire reste ce qui fait que les relations de l’Europe avec l’Afrique ne seront jamais « normales » tant que subsistera le mythe de la race supérieure de l’homme blanc venu civiliser, apportant, éclairant de ses lumières, au besoin au napalm, ces contrées obscures qui ne sont pas rentrées dans l’Histoire dont Fukuyama nous annonçait déjà la fin avec le triomphe de l’hyper puissance américaine suite à la débâcle de l’Empire soviétique. Pour rappel, le montant de 50 milliards de APD - chantée par les médias occidentaux sur tous les tons - n’a jamais été respectée.

    Les Etats occidentaux conditionnent cette aide à de multiples contraintes, alors que le président chinois vient d’annoncer que la Chine met à elle seule 20 milliards de dollars sur la table. Sans faire dans l’angélisme, les affaires sont les affaires, il n’y a pas d’Opération publique d’achat (OPA), qu’elle soit amicale ou non. L’Afrique a besoin de la Chine pour son développement et réciproquement. Il n’y a pas cette posture paternaliste comme avec l’Europe et c’est tant mieux.

    Chems Eddine Chitour

    1 S.Togola http://www.chine-informations.com/guide/afrique-chine-une-lo...

    2. Ben Khabou http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/pourquoi-la-chine-s-interesse-t-55688 jeudi7mai 2009

    3. http://www.Agoravox.Fr/Actualites/International/Article/La-C...

    4. Commandant Azzedine. Les Fellagas Editions Enag Alger pp. 281 -283. 1997.

    URL de cet article 17354
    http://www.legrandsoir.info/la-chine-en-afrique-opa-ou-reelle-aide-au-developpement.html

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  • Les tribus s’entredéchirent pour la manne pétrolière

    La Libye est-elle la nouvelle Somalie ? (Counterpunch)

    Thomas C. MOUNTAIN

    La Libye semble en passe de devenir la prochaine Somalie avec la plus grande partie du pays déjà dominée par des milices armées tribales. Comme ce fut le cas en Somalie, la Libye est en cours de partition, étant donné que la région Cyrénaïque riche en pétrole de l’ouest du pays a de facto déclaré son indépendance.

    Tripoli, la capitale de la Libye, semble en passe de devenir ce qu’était Mogadishu, la capitale de la Somalie, il y a 20 ans, avec l’installation dans la ville de diverses milices bien armées venant de l’extérieur qui se battent pour prendre des territoires et tout ce que le pouvoir procure.

    Le seul vrai gouvernement national moderne que la Libye ait jamais connu a été celui de Kadhafi exactement comme le seul gouvernement moderne que la Somalie ait connu a été celui de Siad Barre.

    Les deux pays sont le fruit du colonialisme italien et faisaient partie de l’empire colonial italien en Afrique. Aucun des deux n’a d’unité historique. Avant le colonialisme italien, la Libye était constituée de deux villes état et de nombreuses tribus presque toutes nomades.

    Avant le colonialisme italien, il semble qu’il n’y ait jamais eu de roi en Somalie ; la Somalie semble plutôt avoir été le pays des Somaliens, gouverné par des conseils tribaux, des grands chefs et des conseils de grands chefs.

    Ce ne sont pas les peuples qui ont créé la structure dans laquelle ils se sont retrouvés, bien au contraire. Cependant les deux pays s’en sont bien sorti pendant tout un temps, même s’il est difficile de le croire en ce qui concerne la Somalie.

    En 2011 la Libye a été détruite par un bombardement aérien presque sans précédent, plus de 10 000 sorties aériennes au cours desquelles environ 40 000 bombes et missiles ont été larguées sur le pays en 8 mois à peu près. 40 000 bombes ! Si on compte deux personnes tuées par bombe cela fait environ 80 000 Libyens tués par l’OTAN en 2011, non ? Et tout ça sur une population de seulement 6 millions...

    A l’échelle de la Grande Bretagne, cela équivaudrait à presque 100 000 sorties, environ 400 000 bombes et 800 000 morts anglais. 800 000 Anglais tués en 8 mois, cela vous donne une idée de l’ampleur de la violence déployée par l’OTAN pour détruire la Libye.

    Aujourd’hui la Libye exporte plus de 90 % de sa production de pétrole et de gaz d’avant la guerre, environ 2 millions de barils par jour du meilleur pétrole de la planète. Où vont les presque 200 millions de dollars par jour, 6 milliards par mois, plus de 70 milliards à la fin de 2012, demeure globalement un mystère.

    Le parrain issu d’Al Qaeda des rebelles libyens qui a fait le nettoyage après les bombardements de l’OTAN est l’infâme Belhaj, l’ancien commandant d’Al Queda en Irak et un capo d’Al Queda en Afrique du nord. Aujourd’hui il dirige la milice la plus large et la plus efficace de Tripoli. Derrière lui on trouve des milices tribales de tailles et de compétences différentes, dont les milices Zintan qui détiennent actuellement Saif al Islam Kadhafi.

    Au milieu de tout ça et bénéficiant d’une paix fragile avec les milices, il y a le Conseil National de Transition dirigé par d’anciens lieutenants de Kadhafi.

    Les élections organisées par un gouvernement installé par l’OTAN ne sont qu’une comédie destinée à procurer un semblant de légitimité au régime actuel dont le rôle est de percevoir la part de la Libye sur les 70 milliards par an du pétrole ainsi que les 100 milliards et plus de la richesse souveraine de la Libye déposée dans les banques occidentales.

    En face de Belhaj et du CNT et de ses ramifications, on trouve ce qui porte le nom de Résistance Verte, ce que les médias internationaux appellent "les loyalistes pro-Kadhafi". Ils regroupent un grande partie de la plus grande tribu libyenne, les Warfalla, dont la mère de Saif al Islam est issue, et semblent être en train de constituer, lentement mais sûrement, une sorte de force défensive pour protéger leurs communautés des seigneurs de guerre et de leurs milices.

    Belhaj a été autrefois enfermé dans un donjon libyen et torturé par la volonté de ceux qui sont maintenant les capos du CNT, grâce au programme d’extradition de la CIA, et il n’a été mis fin à la torture et aux mauvais traitements qu’il subissait que lorsque Saif al Islam Kadhafi a convaincu son père de lui pardonner ainsi qu’à ses acolytes en échange d’une promesse de coexistence pacifique qu’il n’a pas tenue longtemps.

    D’après ce qu’on sait, Belhaj manifeste une sorte de bienveillance à Saif al Islam, ce qui pourrait expliquer pourquoi Kadhafi junior reste aux mains des alliés de Belhaj à Zintan, hors d’atteinte du CNT et de la Cour Criminelle Internationale.

    Il est fort probable que Belhaj ait très envie d’arracher le contrôle des milliards du pétrole au régime soutenu par l’OTAN tout autant que d’en finir avec ses anciens bourreaux qui dirigent maintenant le CNT à Benghazi (quand ils ne sont pas à l’étranger).

    Pour ce faire, Belhaj pourrait très bien conclure un cessez le feu avec la Résistance Verte qui aimerait aussi se débarrasser des marionnettes de l’OTAN. Une fois le CNT éliminé, il y aura peut-être même un accord entre Belhaj et Saif al Islam pour essayer de mettre fin à la destruction du pays ?

    Ce ne sont peut-être que des plans sur la comète qui, en outre, dépendent du fait que l’OTAN ne vienne pas au secours du CNT, ce qui explique peut-être la patience dont font preuve Belhaj et ses alliés.

    Qui sait ? La réalité dépasse parfois la fiction, et les hypothèses d’aujourd’hui peuvent se réaliser demain. Mais en attendant, l’histoire semble bien aller dans le sens de la transformation de la Libye en une nouvelle Somalie.

    Thomas C. Mountain

    Thomas C. Mountain est le journaliste indépendant le plus publié en Afrique ; il vit en Erythrée depuis 2006. Il est régulièrement interviewé par Press TV et RT. On peut le joindre à : thomascmountain (at) yahoo.com.

    Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/07/25/is-libya-the-next-som...

    Traduction : Dominique Muselet

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  • carlos-latuff-smells-like-foreign-intervention-libya-march-Derrière la mascarade électorale en Libye, la victoire d'une (re)composition politique maîtrisée par les puissances occidentales

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Les élections qui se sont tenues en Libye ce 7 juillet ont été présentées comme une victoire de la « démocratie ». Les résultats proclamés ce 18 juillet donnerait la victoire à ce que les médias occidentaux appellent les « libéraux ».

     

    Une farce électorale difficile à faire accepter après un an d'une guerre sanglante, d'une intervention cynique qui a débouché en premier lieu sur le partage du gâteau pétrolier entre les grandes majors occidentales.

     

    Une farce qui passe mal alors que près de la moitié de la population a déserté ce « scrutin historique », que la confusion était maximale parmi les électeurs sur les personnes, idéologies, acteurs extérieurs derrière les quatre partis officiellement autorisés à concourir.

     

    Alors que la scène politique a été épurée de tous les restes de l'ancien régime, qu'aucune force progressiste n'a pu voir le jour à l'ombre de l'intervention occidentale, et que près de 120 députés sur 200 seraient des « indépendants », à l'identification politique encore peu claire.

     

    Après 60 ans de régimes autoritaires, dans un pays immense mais sous-peuplé, dominé par les relations de type tribales, la société civile est quasi inexistante, la vie politique déserte.

     

    Un paysage politique entièrement façonné par les occidentaux

     

    L'idée qu'une « démocratie » à l'occidentale puisse être importée en Libye en moins d'un an apparaît plus comme une construction idéologique destinée à légitimer la réalité d'un paysage politique libyen façonné par les occidentaux qu'autre chose

     

    Tout comme les grandes puissances européennes et américaines ont monté de toute pièce un CNT composé d'anciens kaddafistes de haut rang, de personnalités libérales exilées collaborant avec les grandes puissances et d'une base islamiste militante, elles ont créé une scène politique à leur service.

     

    Les élections du 7 juillet n'ont servi qu'à formaliser cet état de fait, à recomposer ou plus exactement à composer une vie politique au service de l'impérialisme occidental.

     

    Les médias occidentaux ont eu du mal à distinguer les quatre forces en présence tant leurs points de convergence apparaissent manifestes et difficilement dissimulables : ultra-conservatisme islamiste sur le plan sociétal, libéralisme économique assumé, politique étrangère pro-impérialiste.

     

    La différence entre les différentes forces présentes ne peut se trouver moins dans la nuance de leurs positionnements, que dans l'étroitesse de leur lien avec l'impérialisme occidental.

     

    Les médias ont tenté de construire une ligne de fracture artificielle entre « libéraux » et « islamistes ».

     

    Les « islamistes » libyens : des alliés bien commodes dans la lutte pour dépecer la Libye

     

    Du côté des islamistes, on retrouve le dit Parti al-Watan du seigneur de guerre Abdelhakim Belhadj et du religieux Ali al-Sallabi, issu du groupe terroriste islamiste Groupe islamique combattant en Libye.

     

    Belhadj, combattant anti-communiste dans la guerre soviéto-afghane aux côtés des talibans, a été à partir de la fin des années 1990 un membre actif d'Al Qaida, impliqué dans plusieurs opérations terroristes en Europe. Quant à Al-Sallabi, théologien formé en Arabie saoudite, et exilé depuis au Qatar, il a joué le rôle d'intermédiaire entre la rébellion islamiste et les bailleurs de fond issues des monarchies absolues du Golfe, Qatar en tête.

     

    Les occidentaux ont fait preuve d'une bienveillance pour les activités du groupe islamiste de Belhadj dans les années 1990, tout comme dans la guerre civile dont ils furent pour partie à l'origine en 2011.

     

    Outre le Parti de la patrie, on trouve la branche libyenne du mouvement islamiste des Frères musulmans, le Parti de la justice et du développement. Actifs depuis l'Égypte, les Frères musulmans allient un profond activisme social à une vision économique et politique réactionnaire.

     

    Quant à leurs relations avec l'impérialisme occidental, elles restent ambiguës, soumises à des revirements tactiques. Elles ont néanmoins trouvé de multiples convergences dans le passé, notamment dans la lutte contre les mouvements nationalistes, laïcs et communistes arabes.

     

    Les formations « islamistes » ont surtout servi d'épouvantail commode pour valoriser les partis dits « libéraux »

     

    Les « libéraux » Libyens : des formations créées de toute pièce pour servir les puissances occidentales

     

    Tout aussi islamistes en leur fondement, et surtout liés depuis longtemps ou depuis le début de la guerre civile en Libye, aux impérialismes américains comme européens, les dits « libéraux ».

     

    Vieil allié des États-Unis, le Parti du Front national, localisé dans l'est du pays riche en ressources pétrolières est issu de l'ex-Front national pour le salut de la Libye (FNSL).

     

    Le FNSL fut pendant les années 80 le bras armé des États-Unis contre le régime de Kaddafi. Après l'échec de plusieurs tentatives de coups d’État, le mouvement s'était replié vers un exil doré, le siège du mouvement se trouvant par ailleurs aux États-Unis.

     

    Néanmoins, l'impérialisme occidental ne pouvait compter uniquement sur une telle force composée de dissidents en exil et de putschistes en retraite.

     

    C'est la raison de la création de l'Alliance des forces nationales, un mouvement prétendument issu de la société civile, en réalité directement façonné par les États-Unis.

     

    L'Alliance des forces nationales défend la synthèse d'un islamisme conservateur et d'un ultra-libéralisme économique, la garantie d'une stabilité sociale au service des affaires réalisées par les investisseurs étrangers.

     

    Cette formation créée de toute pièce a passé toute sa campagne à piétiner l'image même que voulait lui donner les médias occidentaux : celle d'une force libérale, laïque et progressiste. Elle s'est fait le premier partisan de l'instauration de la Sharia comme base du droit, ne revendiquant le qualificatif de libéral que sur le plan économique, avec le parti-pris assumé d'une politique massive de libéralisations et de privatisations.

     

    Son leader, Mahmoud Jibril, est directement lié aux manœuvres américaines. Formé lui-même aux États-Unis, ses contacts avec les services secrets américains sont un secret de polichinelle. En 2009, Wikileaks a publié un télégramme de l'ambassadeur américain le qualifiant alors d' « interlocuteur sérieux comprenant la position américaine ».

     

    Il faut rappeler qu'il fut aussi un proche du clan Kaddafi dans la dernière période, un des artisans du tournant libéral-autoritaire des années 2000. Nommé par Saif-al Islam à la tête du Bureau de développement économique national,il avait donné une nouvelle impulsion à une politique de privatisations, directement inspirée des préceptes du FMI et de la Banque mondiale.

     

    L'évolution de la situation en Libye, la destruction d'une nation et la recomposition d'une vie politique entièrement soumise au diktats de l'impérialisme occidental, incite à la plus grande vigilance et à manifester une opposition ferme et sans ambiguïtés aux manœuvres bellicistes visant la Syrie et l'Iran.


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  • Ce 6 mai 2012, en Afrique, les regards étaient tournés vers la France. Une France qui décidait de redevenir normale après cinq années de règne de Nicolas Sarkozy. De cette joie à l’annonce des résultats, de ce concert géant place de la Bastille est né un nouvel espoir pour les Africains. L’espoir d’avoir, dans les années à venir, une joie normale à la fin d’une élection dans nos pays. Parmi les premiers sur le continent à se féliciter de la victoire des socialistes, les partis et mouvements d’opposition, qui, systématiquement, à l’issue des élections, se voient usurper le résultat des urnes. A la vue de la gauche française sabrant le champagne de la victoire, des médias vantant la démocratie apaisée à la française, l’Africain se remémore les alternances ratées et les après- élections douloureuses et sanglantes sur le continent.

    Togo, Tchad, Cameroun, République Démocratique du Congo, Gabon, Côte d’Ivoire, longue est la liste des pays du pré carré français où les dernières élections présidentielles ont soulevé déceptions et crises. Derrière toutes ces déceptions, la France forte est toujours pointée du doigt pour ne jamais laisser les populations africaines décider de leur destin, surtout quand elles souhaitent voir des dirigeants opposés au néocolonialisme conduire leur destinée. En cinq ans de Sarkozysme et dix ans de gestion sans partage par la droite française, l’Afrique francophone autant que le peuple français a subi peine et humiliation. De la promesse non tenue de la fin de la Françafrique aux guerres néocoloniales en Côte d’Ivoire et en Libye, en passant par l’insulte de Dakar et le soutien aux dictateurs d’Afrique du Nord contre leurs peuples en révolution, la France s’est incontestablement renforcée dans son pré carré. Au service des multinationales françaises et en imposant, toujours par la force, comme il sait si bien le faire, des diktats aux Africains, Sarkozy a fait naître une haine tenace à l’égard de la France et de l’Occident dans le cœur des opprimés d’Afrique. Des émeutes à Port Gentil au Gabon suite à l’élection d’Ali Bongo jusqu’aux récentes manifestations anti-françaises à Bamako, le sentiment persiste, et le pire peut encore être évité.

    Pour éviter le pire, la France normale doit revoir sa politique envers l’Afrique et entendre enfin les voix africaines. Les cercles françafricains restent fort puissants au sein du Parti Socialiste, tenus qu’ils sont par les intérêts des multinationales françaises. L’exigence de Justice et la « fin de la Françafrique » annoncées par le Président Hollande doivent être rapidement mises en place car l’Afrique demande justice.

    Justice pour son apport depuis des siècles au développement de la France. Justice pour toutes les conséquences subies à cause de la colonisation et du pillage du continent. Justice pour les milliers de descendants des tirailleurs sénégalais morts en mer alors qu’ils revendiquaient le respect de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui assure la liberté de circulation. Justice pour ces opposants torturés dans les prisons et ces dirigeants africains assassinés avec l’aide des services secrets français. Justice enfin pour ces milliers de morts lors d’élections en Afrique aux mains des gouvernements soutenus et armés par la France. Justice pour Thomas Sankara, assassiné en 1987 avec le soutien du réseau Foccart, sous le gouvernement Mitterrand. Justice pour le peuple rwandais par la reconnaissance de l’État français dans une complicité toujours inavouée dans le génocide des Tutsi au Rwanda |1|. Justice aux peuples africains par la rupture nette avec les réseaux de la Françafrique. Aujourd’hui plusieurs personnalités du PS sont liées à ces réseaux et s’affichent en compagnie des dictateurs : Ségolène Royal auprès de Blaise Compaoré en novembre 2011, Laurent Fabius auprès d’Ali Bongo au Gabon en février 2012 ou encore Jean-Louis Bianco auprès d’Alassane Ouattara en avril 2012. Justice à travers la restitution des fonds spoliés aux populations africaines, des biens mal acquis des dictateurs, à travers l’annulation totale et sans condition de la dette.

    En cinquante ans, malgré l’oppression néocoloniale, certains pays africains ont prouvé leur capacité à relever le défi du développement et du bien-être de leurs peuples. D’où une forte demande de partenariat et non d’aide, dans le respect de leur souveraineté et de leurs choix. L’Europe reste encore sourde à ce message, préférant suivre le chemin de l’injustice et imposant des accords de partenariats économiques contraires à la souveraineté économique, alimentaire et surtout politique de tout un continent. Monsieur Hollande, l’Afrique a soif de justice. Le changement c’est maintenant !

    http://www.cadtm.org/Une-joie-normale


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  • Libye, Afrique et Africom : une catastrophe en cours (Counterpunch)

    Dan GLAZEBROOK

    La destruction du pouvoir régional indépendant qu’était la Libye a pavé la route pour la reconquête militaire de l’Afrique.



    L’étendue de la tragédie que l’OTAN et ses alliés ont engendrée en Libye devient de plus en plus tristement évidente avec chaque jour qui passe. Les estimation sur le nombre des victimes varient, mais il semble qu’il y en ait eu au moins 50 000 ; à vrai dire, le ministère de la Défense britannique se vantait déjà en mai dernier que la massacre avait fait 35 000 morts. Mais ce chiffre ne cesse d’augmenter. La destruction des forces de l’état par le blitzkrieg Anglais, Français et Etasunien a laissé le pays dans un état de totale anarchie - au pire sens du terme.

    Les anciens "rebelles", qui n’avaient rien d’autre pour les unir que la volonté temporaire de servir de soldats au sol à l’OTAN, se retournent les uns contre les autres. 147 ont été tués au cours d’un conflit interne dans le sud de la Libye plus tôt dans l’année, et ces dernières semaines des bâtiments gouvernementaux - dont les quartiers du premier ministre - ont été attaqués par des "rebelles" qui réclamaient leurs salaires. 1,4 milliards de dollars leur ont déjà été versés - ce qui prouve une fois de plus que c’étaient les forces coloniales de l’OTAN, et non Kadhafi, qui employaient des "mercenaires" - mais les règlements ont été suspendus le mois dernier à cause du népotisme généralisé. La corruption devient générale - 2,5 milliards de revenus du pétrole qui devaient être remis au trésor public se sont évanouis. Les ressources libyennes sont maintenant pillées à la fois par les multinationales pétrolières et par une poignée de familles issues des nouvelles élites du pays ; un schéma néocolonial classique. L’utilisation des ressources pour de grands projets d’infrastructure comme la Grande Rivière Artificielle (1) ainsi que la hausse massive du niveau de vie des habitants pendant les quatre dernières décennies (l’espérance de vie des Libyens est passée de 51 à 77 ans depuis l’arrivée au pouvoir de Kadhafi en 1969) ne sont apparemment déjà plus que des souvenirs, hélas.

    Mais malheur à celui qui oserait le dire aujourd’hui. Il a été décidé il y a longtemps qu’aucun partisan de Kadhafi ne serait autorisé à participer aux élections à venir mais des décisions encore plus drastiques viennent d’être prises. La loi 38, que le nouveau gouvernement imposé par l’OTAN a votée le mois dernier, a créé un nouveau crime : la "glorification" de l’ancien gouvernement ou de son leader est punie d’une peine qui peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie. Un commentaire aussi vague que de dire que les choses allaient mieux sous Kadhafi tombe-t-il sous le coup de la loi ? La loi est volontairement assez vague pour permettre toutes les interprétations. C’est la porte ouverte à la persécution étatique institutionnalisée.

    La loi 38 est encore plus révélatrice du mépris du gouvernement pour l’état de droit - un gouvernement, souvenez-vous, qui n’a toujours pas le moindre mandat populaire et dont le seul pouvoir repose sur les forces armées coloniales. Cette loi accorde l’immunité à tous ceux qui ont commis des crimes dans le but "de promouvoir ou de protéger la révolution". Les responsables du nettoyage ethnique de Tawergha - telle que "la brigade pour purger le pays des noirs" comme elle s’est elle-même nommée - peuvent tranquillement continuer leur chasse aux réfugiés de la ville sachant qu’ils ont la loi de leur côté. Les responsables des massacres de Syrte et d’ailleurs n’ont rien à craindre. Ceux qui ont participé à la torture généralisée des prisonniers peuvent continuer à le faire en toute impunité -tant que cela "protège la révolution" - autrement dit tant que cela maintient la dictature de l’OTAN et du Conseil National de Transition (CNT).

    Voilà la Libye d’aujourd’hui : la guerre civile y fait rage, les ressources sont pillées, la société s’effondre et le fait d’exprimer le regret du temps où la Libye était prospère et en paix est puni comme un crime tandis que le lynchage et la torture ne sont pas seulement permis mais encouragés.

    De plus le désastre a dépassé les frontières. La déstabilisation de la Libye s’est propagée au Mali où elle a engendré un coup d’état et la fuite d’innombrables réfugiés - notamment parmi les noirs immigrés en Libye - vers les pays voisins ; ces réfugiés en essayant d’échapper à la fois aux attaques aériennes et au lynchage ont ajouté aux difficultés économiques d’autres pays. De nombreux combattants libyens qui ont fini leur travail en Libye sont maintenant transférés en Syrie par leurs maîtres impérialistes pour y répandre aussi leur violence sectaire.

    Et chose plus inquiétante encore pour le continent africain, AFRICOM - le commandement militaire étasunien - progresse dans le sillage de l’agression contre la Libye. Ce n’est pas par hasard que seulement un mois après la chute de Tripoli - et au cours du mois où Kadhafi a été assassiné (octobre 2011) - les Etats-Unis ont annoncé qu’ils envoyaient des troupes dans pas moins de quatre pays africains -la République Centre Africaine, l’Ouganda, le Sud-Soudan et la République Démocratique du Congo. Et AFRICOM vient d’annoncer 14 importantes manoeuvres militaires conjointes dans les pays africains en 2012, ce qui ne s’était jamais vu. La reconquête militaire de l’Afrique est en bonne voie.

    Rien de tout cela n’aurait été possible avec Kadhafi au pouvoir. En tant que fondateur, principal donateur et ancien président élu de l’Union Africaine, il exerçait une grande influence sur le continent. C’est en partie grâce à lui que les Etats-Unis ont été forcés d’installer le quartier général d’AFRICOM à Stuttgart en Allemagne quand l’organisme a été créé plutôt qu’en Afrique ; ils avaient offert de l’argent et des investissements à des gouvernements africains mais ces derniers ont refusé d’accueillir leurs bases. On estime que la Libye du temps de Kadhafi avait investi à hauteur de 150 milliards de dollars en Afrique et la proposition libyenne, avec un apport de 30 milliards de dollars à la clé, de mettre en place une Banque de développement de l’Union Africaine aurait sérieusement diminué la dépendance financière de l’Afrique à l’Occident. Bref, la Libye de Kadhafi était le seul obstacle notable à la pénétration d’AFRICOM en Afrique.

    Maintenant qu’il n’est plus, AFRICOM met les bouchées doubles. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan ont montré les guerres qui faisaient des victimes occidentales n’étaient pas populaires en Occident ; AFRICOM est conçu pour que, dans les guerres coloniales qui seront lancées contre l’Afrique, ce soient les Africains eux-mêmes qui se battent et meurent et non des Occidentaux. Les forces de l’Union Africaine doivent être intégrées à AFRICOM sous commandement étasunien. Kadhafi ne l’aurait jamais accepté ; c’est pourquoi il devait être éliminé.

    Et pour avoir une idée de ce que sera l’Afrique sous la tutelle d’AFRICOM, il suffit de regarder la Libye, le modèle africain de l’OTAN : un état condamné à des décennies de violence et de traumatisme et complètement incapable de nourrir sa population et de contribuer à l’indépendance de la région ou du continent.

    Il faut absolument mettre un terme immédiat au nouveau colonialisme militaire en Afrique.

    DAN GLAZEBROOK

    Pour consulter l’original:http://www.counterpunch.org/2012/05/25/libya-africa-and-afri...

    Notes : 1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Rivi%C3%A8re_Artificiell...

    Traduction : Dominique Muselet pour LGS

    URL de cet article 16793
    http://www.legrandsoir.info/libye-afrique-et-africom-une-catastrophe-en-cours-counterpunch.html

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  • Législatives en Algérie : large victoire du FLN

    Les élections législatives en Algérie ont été largement remportées par l'alliance présidentielle. Les islamistes connaissent eux un important revers, une première depuis le début du Printemps arabe. Les femmes entrent enfin en nombre à l'assemblée, leur représentativité au parlement passe de 7 à 31 %.

    Ces sept derniers mois, les partis islamistes ont accédé au pouvoir par la voie des urnes après avoir remporté les élections en Tunisie, pays ayant initié en janvier 2011 le Printemps arabe, puis au Maroc et en Égypte. Mais en Algérie, le Front de Libération Nationale (FLN, parti présidentiel) a largement gagné le scrutin avec 220 sièges sur 462, tandis que son allié le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia a décroché la seconde place avec 68 sièges.

    Ces deux partis, membres d'une Alliance présidentielle depuis 2004, remportent donc la majorité absolue de la nouvelle assemblée, selon des résultats officiels encore provisoires, alors qu'ils avaient dû pour cela s'allier dans l'assemblée sortante aux islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP). Ce dernier avait quitté ce groupement en janvier pour former l'Alliance de l'Algérie Verte (AVV) avec deux autres formations islamistes Al-Islah (Réforme) et Ennhada (Renaissance), qui n'a remporté que 48 sièges lors du scrutin de jeudi. L'ensemble de six des sept formations islamistes en lice, dont l'AVV, totalisent 59 sièges, au lieu de 66 comme initialement annoncé.

    L'AVV a dénoncé dans un communiqué, avant l'annonce des résultats par le ministre de l'Intérieur Daho Ould Kablia, "une grande manipulation" du scrutin et une "exagération illogique" des chiffres rendus publics "en faveur des partis de l'administration". Cette "pratique" risque d'"expose(r) le peuple à des dangers dont nous n'assumons pas la responsabilité", a ajouté l'AVV, qui a l'intention de déposer des recours auprès du Conseil Constitutionnel.

    Le taux de participation a été dans le pays de 42,36% contre 35,67% en 2007. En tout, la nouvelle assemblée comprend 26 partis politiques et 19 députés indépendants, contre 21 partis et 33 indépendants dans la précédente, qui était moins nombreuse avec 389 élus.

    • A gauche

    Le Front des Forces Socialistes (FFS) du leader historique Hocine Aït Ahmed a remporté 21 sièges, surtout en Kabylie, talonné par le Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche) avec 20 sièges. Le FFS avait pourtant boycotté la vie électorale pendant plus de dix ans tandis que son rival en Kabylie, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a, lui, boycotté le scrutin. C'est d'ailleurs le FFS qui s'est taillé la part du lion dans la région contestataire de l'est. Mais avec le taux le plus faible de participation, moins de 20%.

    • Près d'un tiers de femmes

    Autre fait notable, la nouvelle assemblée comptera 145 femmes contre 30 dans la précédente. Cent quarante-cinq femmes ont été élues aux élections législatives tenues jeudi, à la faveur d'une loi votée en novembre 2011 sur leur représentativité au parlement, passant ainsi de 7% au sein de l'assemblée sortante à 31,39% dans la nouvelle chambre. Les candidates aux législatives ont bénéficié d'une réforme présidentielle imposant aux partis un quota féminin de 20 à 50% des sièges sur leur liste sous peine d'être éliminés du scrutin. Cette loi avait suscité de vives polémiques de la part de députés hommes qui la considérait injuste envers eux.
    Jeudi, 7.700 femmes se sont présentées sur 24.916 candidats pour briguer une partie des 462 sièges de la future Assemblée.


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  • Balkanisation de l’Afrique : Un plan machiavélique « made in Occident »

    Balkanisation de l’AfriqueLa question de l’Est de la RDC et du Nord du Mali n’est pas un fait divers. C’est l’avenir de tout un continent qui est en train de se jouer en ces moments. Dans cette conquête des espaces économiques, de nombreux pays africains sont dans le collimateur des « faiseurs de guerre et des faiseurs de paix ».

    La situation au Mali soulève un certain nombre d’interrogations. Comme si l’on venait de sortir d’un long sommeil et l’on éprouve des craintes, des inquiétudes quant à l’avenir de l’Afrique avec toutes ces similitudes troublantes. De la RDC au Mali en passant par le Soudan, d’aucuns n’hésitent plus à parler d’une nouvelle balkanisation de l’Afrique mise en marche.

    Balkanisation : voilà un concept qui suscite un débat houleux et intéressants, parfois même inutiles, selon certains. Ainsi, lorsqu’on évoque les dangers qui guettent la République démocratique du Congo, la balkanisation serait l’un des objectifs poursuivis par les commanditaires de ce complot machiavélique. Sinon, on ne peut s’expliquer pourquoi le Kivu, par où tout danger arrive, l’insécurité soit devenue récurrente et que depuis plus d’une dizaine d’années, le pouvoir de Kinshasa ait du mal à rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat. On y fait mention d’existence des administrations parallèles. Comme une épine sous le pied, l’Est de la RDC est devenu le ventre mou, une poudrière de la République. Malgré tous les appels à l’alerte qu’un Congo faible, divisé, est un danger pour toute l’Afrique, l’indifférence est totale au sein de la communauté internationale. L’on balaie même d’un revers de la main cette probabilité avec de initiatives qui se multiplient pour « étouffer » l’éveil de conscience et émousser l’ardeur des Congolais.

    Mais la vérité historique est têtue. Comme une gangrène, la « nouvelle balkanisation de l’Afrique » est bel et bien en marche. Le Mali est aujourd’hui touché dans sa partie nord. Le même prétexte est brandi par ceux qui se croient lésés : comme en RDC avec la minorité rwandophone, les Touaregs se disent « marginalisés, excluent de la société malienne ». D’où la création du Mouvement national pour la libération de l’Azawar, MNLA.

    Aujourd’hui, les Touaregs, soutenus par des forces extérieures, ont pris les armes. Tout le Nord du Mali est occupé et le pays est divisé en deux. Mais le Nord est la partie la plus riche du pays avec la découverte des minerais, du gaz et un couloir propice au trafic d’armes et de drogue.

    Dans la capitale, Bamako, tout se passe comme si l’on ne voyait pas venir le danger. Un groupe de soldats organise un putsch et déstabilise les institutions démocratiques. Cependant, 10 jours plus tard, la junte qui tâtonne est obligée de rétablir l’ordre constitutionnel sans réussir à mater la rébellion, motif pour lequel il avait évincé le pouvoir légitime. La junte a-t-elle été manipulée ? Tout laisse à le croire tant il est évident maintenant que cette junte ne disposait d’aucune stratégie, d’aucun programme. Par voie de conséquence, le Mali est divisé. Pour retrouver son unité, il faut recourir à la force, à de longues séances de négociations. L’Afrique et le Mali se trouvent devant une situation de fait accompli.

    Fait accompli, c’était déjà le cas du Soudan du Sud. Pour mettre fin à la guerre au Soudan, il a fallu reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple. Le Soudan du Sud qui regorge du pétrole pour lequel les deux Soudan se battent ces dernières semaines.

    Cela donne des idées, et si ce n’est pas encore fait, aux « sécessionnistes » du Nord du Mali désormais « libéré ». Mais surtout à tous les pays voisins aux deux Soudan, au niveau de l’Afrique des Grands Lacs, et avec le Mali en ce qui concerne les pays de l’Afrique de l’Ouest.

    DES POUDRIERES DU CONTINENT

    La question de l’Est de la RDC et du Nord du Mali n’est pas un fait divers. C’est l’avenir de tout un continent qui est en train de se jouer en ces moments. Dans cette conquête des espaces économiques, de nombreux pays africains sont dans le collimateur des « faiseurs de guerre et des faiseurs de paix ». Ils procèdent de plus en plus de la manière. Tenez.

    Dans un premier temps, ils ciblent leur proie. Tel le cas de la RDC, du Mali, de la Côte d’Ivoire, et certainement déjà du Nigeria. Ensuite, ils s’emploient à trouver des « pays tremplins », apparemment moins nantis, donc facilement manipulables, avant de transformer en poudrière les Etats visés. La RDC a été agressée par le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, considérés comme des pays moins nantis. Curieusement, ils passent, par ces temps qui courent, pour des « Etats organisés », accusant une forte croissance économique, pendant que la RDC, riche, est devenue un Etat pauvre, moins organisé, affaiblie administrativement militairement, économiquement.

    La Côte d’Ivoire n’est plus le « leader » de l’Afrique de l’Ouest. Ce pays a accusé à plusieurs reprises le Burina Faso de le déstabiliser, par où tout se « comploterait ». Le Burkina Faso est aujourd’hui incontournable en Afrique de l’Ouest jusqu’à damner le pion à la Côte d’Ivoire, au Sénégal dans le règlement des questions sous-régionales.

    Des similitudes troublantes qui ne sont rien d’autre que la mise en marche d’une nouvelle balkanisation de l’Afrique. Entre-temps, le silence dans la plupart des Etats africains. En effet, pendant que la RC est à feu et à sang, une bonne partie de son territoire est sous occupation par des forces étrangères et négatives, l’Afrique centrale et des Grands Lacs sont devenues de « grandes muettes ». Tout s passe comme si la RDC était si loin. Fait plus grave, certains pays voisins se font complices de cette politique de balkanisation en vue de l’expansion de leur étendue géographique dans la perspective d’imposer leur souveraineté à la RDC.

    Voilà qu’aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest est touchée à travers le Mali. Bientôt ce sera le Nigeria. Péril est dans le continent.

    Freddy Monsa Iyaka Duku

    Par Freddy Monsa Iyaka Duku source KongoTimes.info - 2012-04-03

    Transmis par Linsay

    http://rougemidi.fr/spip.php?article6790


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  • Mali 01

    « Il faut dire et répéter que le facteur déclenchant de tout cela est l'intervention occidentale » en Libye. La sentence est sévère, elle concerne le Mali et est signée Eric Denécé, Directeur du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement). Co-auteur en mai 2011 d’un rapport intitulé « Libye, un avenir incertain », il y décrivait déjà les liens historiques entre Kadhafi et les Touaregs en provenance du Mali, activement protégés et financés par le Guide dans les années 90. « Kadhafi fait de nouveau parler de lui en 2005, en accordant à tous les Touaregs nigériens et maliens présents sur son territoire une carte de séjour à durée illimitée » rappellent les auteurs du rapport.


    Très vite apparaissaient les craintes du régime malien quant aux risques de déstabilisation régionale. Des centaines de combattants venant du Niger et du Mali viendront porter assistance à Kadhafi au moment de la rébellion «  considérant avoir une dette de sang à son égard ».

     

    Rencontrés par la mission, les services de renseignement se montrent très inquiets quant au devenir des armes pillées par les insurgés dans les arsenaux libyens. Des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)  auraient en effet acquis plusieurs centaines d'exemplaires de ces matériels des mains de trafiquants libyens. « Si l’information n’a pas été confirmée, les services français ont émis la crainte de les retrouver demain au Sahel, en Afghanistan ou à La Courneuve ».Claude Guéant confirmera par la suite  la présence de ces armes dans le Sahel. « En effet, les autorités maliennes ont récemment déclaré avoir déjà enregistrés plusieurs signes d'infiltration d'armes (AK 47, RPG 7, ZU 23 SAM 7) et de matériels (pick-up et camions de transport de troupes) dans le nord du pays. C’est pourquoi, fin avril, le ministre malien des Affaires étrangères, Mr Soumeylou Boubeye Maïga, jugeait la situation « grave et préoccupante » dans la région ».

     

    Le Mali en lambeaux

    Après le coup d'Etat militaire, le Mali est coupé en deux. Le Nord est aujourd’hui contrôlé par les Touaregs et les islamistes d’Ansar Dine, proches d’Aqmi,  qui souhaitent instaurer la charia dans tout le pays, rééditer « l’exploit de la « longue marche », eux dans le rôle de Mao-Tsé Toung, le Coran à la place du livre rouge, la lance-roquettes à la place du glaive » écrit l’éditorialiste du Républicain qui diagnostique qu’en prenant le Mali « Aqmi a désormais sa grande muraille ». Au Sud, la confusion est totale...

     

    Ancienne colonie, zone d’influence française, l’attitude hexagonale est vertement critiquée, notamment par le site d’information Guinée Conakry Infos : « quand le chef de la diplomatie française indique qu’il n’est pas question pour la France de déployer des troupes au sol pour ramener l’ordre et la stabilité au Mali, on se dit que c’est l’ultime insulte que cette ancienne puissance coloniale assène à toute l’Afrique, affirme Guinée Conakry Infos. Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que c’est parce que cette même France, aux côtés d’autres puissances, a choisi de déclencher une guerre en Libye, que le Mali se retrouve aujourd’hui en lambeaux. ».

     

    Justement Alain Juppé a reconnu que « la situation en Libye, et la circulation des personnes et des armes, ont ravivé ce conflit et favorisé l’offensive de la rébellion en janvier » mais le Ministre des affaires étrangères a souligné qu’ « elles ne l’expliquent pas », excluant que la France, ex-puissance coloniale, envoie des troupes au Mali pour y garantir l’intégrité et la sécurité du pays. La plupart des opérations militaires, Afghanistan, Libye, Somalie, ont montré leurs limites politiques.  Déjà en Libye, au sud et à l’est les tribus réclament leur indépendance, quand elles ne proclament pas l'autonomie.

     

    Compte tenu de la responsabilité portée par les puissances occidentales dans le chaos qui vient, face à cette zone de non-droit, incontrôlable, en expansion permanente, l’occident sera sans doute contraint d’intervenir pour gérer au moins la situation humanitaire. Mission : réparer les pots cassés.

     

    Marianne 2

     

    Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-mali-consequence-de-l-intervention-de-l-otan-en-libye-102942501.html


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