• Grèce : 11 millions de morts vivants

    Comment accepter que l’UE conçue « pour la paix » ait fait la guerre et pillé la Grèce ? Comment Sarkozy peut-il prétendre avoir « sauvé la Grèce » alors qu’il l’a humiliée, asservie, détruite socialement ? Ça s’est fait sans militaire et sans colonel, mais avec les agents de la Merkozye et de Goldman Sachs, les hommes en gris et en attaché-case de la BCE et du FMI : ils ont tout raflé pour le compte des grandes banques européennes. Sept plans d’austérité, une vaste destruction sociale sans précédent. Le prétexte était de lui faire « payer sa dette » : celle-ci était de 100 points par rapport à son PIB en 2009, elle est de 160 points par rapport au PIB aujourd’hui, ils prévoient qu’elle soit de « 120,5 points » par rapport au PIB en 2020…Le « remède » est celui de Diafoirus et Purgon, les médecins de Molière qui tuaient leurs malades en les saignant.

    Dimitri Christoulas, pharmacien en retraite de 77 ans, s’est suicidé, mercredi 18 avril, d’une balle dans la tête, devant le Parlement grec, place Syntagma, à Athènes. Malade du cancer, il a laissé une lettre manuscrite accusant le gouvernement de l’avoir privé de ressources, via les coupes effectuées sur les pensions de retraites. « Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique (mais si un Grec attrapait une Kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autre solution pour en finir dignement, avant de devoir commencer à faire les poubelles pour me nourrir » ajoutant : « Je crois que les jeunes sans avenir prendront un jour les armes et pendront les traîtres de ce pays sur la place Syntagma, comme les Italiens l’ont fait avec Mussolini en 1945. »

    L’émotion a été aussi grande dans le pays qu’elle l’avait été en Tunisie lors du suicide du jeune Mohammed Bouazizi que le régime empêchait de vivre décemment. Des milliers de personnes ont participé aux obsèques.

    « Peuple en avant, ne baisse pas la tête, la seule réponse est la résistance », a crié la foule en saluant par des applaudissements l’arrivée du cercueil dans la cour du cimetière central de la capitale. Dans son discours d’adieu, la fille du défunt, un pharmacien à la retraite de 77 ans, a notamment qualifié son suicide « d’acte profondément politique »

    Emy Christoulas, la fille du défunt, a souligné que son père s’était battu contre les mesures d’austérité, manifestant avec les « Indignés » ou le collectif « Je ne paierai pas ».

    « Papa, tu ne pouvais pas supporter qu’ils prennent notre démocratie, notre liberté, notre intégrité. Tu ne pouvais pas supporter l’apartheid économique et social qui nous cerne. Tu ne pouvais comprendre qu’ils aient donné notre souveraineté et les clés du pays » aux bailleurs internationaux de la Grèce, a-t-elle déclaré dans son discours d’adieu. Un message du compositeur et chantre de la résistance à la dictature des Colonels (1967-74), Mikis Theodorakis, devenu un pourfendeur de l’austérité infligée par l’UE et le FMI, a également été lu. Conformément aux voeux du défunt, la cérémonie a été civile, ce qui est exceptionnel en Grèce. La dépouille a été transférée en Bulgarie pour incinération, car l’influente Eglise orthodoxe grecque bloque toujours la création de crématoriums. À l’issue de la cérémonie, les manifestants se sont dirigés vers la place Syntagma, où des fleurs, bougies et messages d’adieu sont massivement déposés depuis mercredi sous l’arbre où Dimitri Christoulas s’est suicidé, devenu lieu de pèlerinage.

    Annulation immédiate et complète de la dette grecque odieuse !

    par Gérard Filoche


    votre commentaire
  • Le PC (KKE) dénonce les camps de concentration pour les immigrés mis en place par le PASOK et la droite avec des financements européens

    barbeles.jpg

    Le gouvernement de coalition des sociaux-démocrates (PASOK) et des libéraux (ND) va mettre en place des camps de concentration pour les immigrés, avec des financements européens. Ces camps auront comme objectif d'expulser des personnes démunies, ceux qui en raison des guerres et des interventions impérialistes ainsi que de la barbarie capitaliste dans leurs propres pays partent à la recherche d'un meilleur sort dans les pays de l'UE.

     

    Symptomatique la triple clôture de trois mètres de haut correspondant aux standards de l'OTAN. La surveillance extérieure sera confiée aux forces de police, celle du camp par des agents de sécurité privés. Ils bénéficieront également de dispositifs de vidéo-surveillance (CCTV).

     

    Ainsi, la coalition gouvernementale de ce deux partis bourgeois affirme qu'elle va résoudre d'une part la question des immigrés clandestins et d'autre part qu'elle créera des emplois, prétendant lutter contre le chômage.

     

    Le communiqué du bureau de presse

    du KKE affirme de son côté:

    « A l'intention de la coalition gouvernementale PASOK-ND, avec le consentement ou l'assentiment des partis et des préfets du capital, de créer 30 camps de concentration pour les immigrés dans 10 régions du pays, en commençant par Neapoli Kozani, doit faire face la résistance déterminée du peuple grec. Cela s'insère dans une impitoyable stratégie globale visant les droits des travailleurs autochtones et étrangers et cela ne va résoudre aucun des problèmes brûlants qui se posent actuellement. Ceux qui louent le profit capitaliste, n'ont ni la capacité ni la volonté d'affronter les questions du crime, de la prostitution, des drogues et la fermeture des petits commerces. Les régions qui seront « purgées » des immigrés seront livrées à l'exploitation du grand capital. Ils veulent s'affranchir des manifestations et mobilisations du mouvement populaire. Les rafles, arrestations de masse et expulsions d'immigrés s'accompagneront de l'intimidation et de la répression, s'en prenant aux droits des travailleurs locaux comme étrangers.

     

    La création de camps de concentration pour les immigrés est prévue depuis des années par les partis qui gouvernent le pays. Plusieurs pays membres de l'UE et des pays désireux d'y entrer ont déjà reçu de l'argent de l'UE pour mener le même type de programme. Ces opérations sont menées par ceux qui sont responsable de cette immigration de masse et des vagues de réfugiés en Grèce et dans l'UE, elle qui a saigné les peuples et les a poussé dans la misère et à l'émigration. Ce sont les mêmes qui paupérisent les Grecs et les poussent de plus en plus sur les sentiers de l'émigration. Ils veulent se servir d'immigrés comme d'une main d’œuvre bon marché, privée de droits, afin de booster les profits parasitaires du capital. Voilà la « civilisation » et voilà les « valeurs » du capitalisme. Les couches populaires dans les quartiers ne doivent nourrir aucune illusion sur les promesses de pseudo-avantages qu'elles pourraient tirer des camps.

     

    Ils veulent l'enfermement massif d'immigrés, dans des conditions inacceptables et insupportables, pour des périodes allant jusqu'à 18 mois, en dépit du fait que la plupart d'entre eux désirent se rendre dans d'autres États de l'UE, et sont piégés en Grèce avec Schengen et avec le Règlement Dublin II. Ils veulent même enfermer les réfugiés qui ont demandé asile afin de les expulser dans des pays où leurs vies seront en danger, violant ouvertement les droits des réfugiés édictés dans la Convention de Genève.

     

    Les problèmes explosifs de l'immigration de masse et de la montée de la criminalité font partie intégrante du système d'exploitation capitaliste et de l'impérialisme et se trouvent exacerbés par les rivalités inter-impérialistes et la crise systémique ne se résoudra pas par des mesures répressives, des camps et des barrières, et par les partisans de la barbarie capitaliste et du libéralisme.

    Les propositions du KKE s'attaquant aux véritables causes de l'immigration de masse, de la criminalité, des phénomènes sociaux qui démontrent l'état de dégénérescence du capitalisme et sont intensifiés par la crise et ses impasses. Avec le retrait de l'UE, de l'OTAN et des organisations impérialistes, la socialisation des monopoles, la planification centralisée de l'économie dans les intérêts du peuple, et le contrôle ouvrier et populaire de l'économie, dans les intérêts des producteurs, s'attaqueront aux racines de la traite des esclaves moderne, du travail sans couverture sociale, de la prostitution et de la violation des droits humains fondamentaux.

     

    Le KKE lance un appel aux travailleurs pour que, par leurs actions et leur vote, ils punissent ceux qui sont responsables de la création de problèmes sociaux de plus en plus explosifs qui plongent les vies des familles ouvrières et populaires dans l'insécurité.

     

    Il lance un appel aux Grecs et aux étrangers afin qu'ils luttent de façon unitaire et luttent immédiatement pour :

     

    1 – Les plans du gouvernement pour la création de camps de concentration doivent être mis en échec ;

     

    2 – Des centres d'accueil publics humains et décents pour les immigrés et réfugiés doivent être créés, avec prestation de soins médicaux, gratuité du gîte et du couvert, soutien juridique. L'administration doit prêter une attention toute particulière aux enfants, adolescents et mères parmi les immigrés, aux victimes des trafics profitant de la misère humaine ;

     

    3 – L'asile ou un statut humanitaire temporaire doivent être accordés aux réfugiés et à ceux qui viennent de pays sous occupation impérialiste ou touchés par la guerre civile ;

     

    4 – Des permis de voyage doivent être délivrés à tous ceux qui désirent aller dans un autre pays de l'UE. Il faut désobéir aux accords de Schengen et au Règlement Dublin II ;

     

    5 – Il faut mettre fin aux nouvelles mesures répressives contre les immigrés aux frontières et la surveillance d'une partie des frontières par des dispositifs de l'UE doit aussi cesser (FRONTEX, Système européen de surveillance des frontières) ;

     

    6 – La participation de la Grèce aux missions impérialistes dans des pays étrangers doit cesser ;

     

    7 – Les immigrés qui vivent et travaillent en Grèce doivent être régularisés et doivent pouvoir bénéficier de l'intégralité des droits sociaux et démocratiques ;

     

    Traduction MA

    Source : « solidarité internationale PCF »


    votre commentaire
  • Lu sur Basta : http://www.bastamag.net/article2244.html    

    Circuits courts  

    En Grèce, le mouvement des pommes de terre fait baisser les prix  

    Par Nolwenn Weiler (30 mars 2012)        

    25 centimes d’euros le kilo en vente directe, contre 70 centimes au supermarché : ce sont les nouveaux tarifs des pommes de terre en Grèce, où les habitants, étranglés par les mesures drastiques imposées par les financiers, apprennent la débrouille et la solidarité. Les agriculteurs sont ainsi de plus en plus nombreux s’engager dans ces circuits courts. Précisons qu’ils y gagnent aussi. Puisqu’aux dires des initiateurs de ce « mouvement des pommes de terre », ils les vendaient auparavant aux intermédiaires seulement 10 à 15 centimes d’euros le kilo !  

    Les populations s’organisent désormais pour procéder à des achats groupés de fruits, légumes, huile d’olive, riz et farine. Et court-circuitent ainsi les intermédiaires, habitués à empocher de fortes marges. Selon certaines associations de défense des consommateurs, les prix à Athènes en 2009 étaient jusqu’à 30% plus chers qu’à Berlin, dans une même enseigne de supermarché ! Depuis que les ventes directes se multiplient, les prix des pommes de terre en grande surface ont baissé de moitié... Comme quoi, quand cela s’impose, les profiteurs sont prêts à rogner leurs marge.        

    Faut il vraiment attendre une crise économique et une baisse des salaires comme en Grèce pour réagir ? N'aurions nous pas pu y penser plus tôt ?   

     

      Bin oui, c'est pas nouveau !

    http://hobo-lullaby.over-blog.net


    votre commentaire
  • akropoli-11febr12Le KKE répond à Pierre Laurent, président du PGE et secrétaire-général du PCF:

    « Les larmes de crocodile sur la Grèce, cela suffit ! »

    Lettre de la section des Relations internationales du KKE publiée dans le Morning Star, quotidien du PC Britannique

     

    Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    Chers camarades,

    il est vrai que le déroulement de la crise capitaliste en Grèce qui s'est accompagné d'une offensive sans précédent contre les droits de la classe ouvrière et des couches populaires, ainsi que d'une intensification en conséquence de la lutte de classe, a retenu l'attention des travailleurs d'autres pays. Dans ce contexte, même des forces politiques bourgeoises, qui portent une énorme responsabilité dans cette offensive anti-populaire, affirment qu'ils « sympathisent » avec la cause du peuple Grec tout en prenant bien soin de dissimuler les véritables causes des problèmes que connaît le peuple grec : la crise capitaliste, le piège qui se renferme sur notre pays, celui des unions impérialistes telles que l'OTAN et l'UE, enfin l'exploitation capitaliste.

     

    Les représentants de la « Nouvelle gauche » font des déclarations qui s'inscrivent dans ce contexte, comme la lettre du président du Parti de la gauche européenne (PGE) et secrétaire-général du PCF, Pierre Laurent, au sujet de la Grèce, que vous avez publié dans votre section courrier (Ici l'original en français).

     

    En réalité, le problème que rencontrent la classe ouvrière et les couches populaires en Grèce n'est pas un problème de « démocratie », de l'imposition de mesures de l'extérieur, par « les dirigeants européens et le FMI », comme l'écrit Pierre Laurent. La coalition gouvernementale du parti social-démocrate PASOK et du parti libéral Nouvelle démocratie (ND) ne sont pas non plus des « victimes » de ces « leaders européens et du FMI », telle que la situation est présentée à travers les verres déformants du président du PGE.

     

    La vérité, c'est que ces mesures, qui sont prises sous prétexte de l'ampleur de la dette publique, ont comme but de renforcer la profitabilité du capital en Grèce, au moyen d'une réduction drastique du prix de la force de travail. Nous ne devons pas oublier qu'en ce moment même 600 milliards d'euros (près du double de la dette publique grecque) appartenant aux capitalistes Grecs se trouvent dans les caisses des seules banques Suisses !

     

    Il s'agit ainsi de mesures qui correspondent pleinement aux intérêts des capitalistes en vue de faire payer la crise au peuple, afin que la Grèce puisse connaître une reprise capitaliste et que le capital accumulé dans la période précédente puisse trouver un débouché rentable. Il s'agit de mesures qui ont été décidées d'un commun accord, dans le cadre de l'UE, par le gouvernement Grec et la classe bourgeoise dont les intérêts sont défendus par les deux partis au pouvoir et qui n'ont pas été imposées par les « dirigeants européens et le FMI ». Toutes ces mesures se trouvaient plus ou moins dans les programmes du PASOK et de la Nouvelle démocratie, et avaient par ailleurs été prévues par les traités européens, en commençant par le traité de Maastricht. C'est la raison pour laquelle les classes ouvrières Grecques et Britanniques – et bien sûr toutes les autres – ont une si mauvaise opinion de l'UE et de son rôle anti-populaire. Dans le même temps, les représentants du PGE en Grèce, Synapsismos, après avoir voté le Traité de Maastricht, ont nourri et continue systématiquement de nourrir des illusions sur l'UE, en présentant la participation de la Grèce à l'UE comme la seule voie possible et imaginable, s'opposant en cela au KKE qui lutte pour le retrait du pays de l'UE avec pouvoir populaire.

     

    Le président du PGE parle d'une « mise sous tutelle » de la Grèce par la Troïka. Est-il au courant que la classe bourgeoise grecque accepte consciemment depuis des décennies de participer aux unions impérialistes de l'OTAN et de l'UE, et que sa participation dans le cadre de relations inter-dépendantes, prévoyait la concession de droits souverains à l'UE et à l'OTAN ? Sait-il que, par exemple, la Politique agricole commune (PAC) ne laisse aucune place à un développement dans le secteur de l'économie agricole qui aille dans les intérêts du peuple ? Il faudrait lui rappeler que la Grèce avait, avant de rejoindre la CEE-UE, un excédent commercial agricole, alors qu'aujourd'hui, à cause de la PAC, elle importe même certains produits agricoles qui sont cultivés en Grèce, tandis que des centaines de milliers de petits et moyens agriculteurs ont rejoint l' « armée » des chômeurs.

     

    L'entrée de la Grèce dans l'UE, que le président du PGE évite de mentionner – il préfère plutôt dénoncer les « dirigeants européens » de façon abstraite – tout comme les dépenses militaires exorbitantes de l'OTAN, la politique d'exonérations fiscales pour le capital au nom de la « compétitivité » de l'économie, qui a été suivie dans le passé par les gouvernements du PASOK et de la ND, constituent l'origine de l'inflation de la dette publique et des déficits pour lesquels le peuple Grec ne porte aucune responsabilité.

     

    Bien sûr, ces « omissions » réalisées par le président du PGE ne nous inquiètent pas, car nous savons très bien que le PGE a prêté un serment d’allégeance à l'UE, et est généreusement financé en tant que « parti européen », c'est-à-dire en tant que parti qui accepte les « principes » de l'exploitation capitaliste qui caractérisent l'UE – cette alliance prédatrice des monopoles. Le PGE a même pris des engagements en ce sens dans ses statuts et ses documents fondateurs !

     

    Les propositions du PGE sur le « développement », un soi-disant « fonds de développement social », ne remettent pas du tout en cause le pouvoir du capital. Au contraire, le PGE et les forces opportunistes à l'échelle internationale jouent un rôle fondamental en semant des illusions, ce qui passe l'enjolivement des organisations impérialistes telles que l'UE et la BCE, c'est-à-dire en disant qu'elles peuvent être transformées dans les intérêts du peuple, au moment même où de plus en plus de travailleurs, et pas seulement en Grèce, comprennent que le capitalisme ne peut pas résoudre les problèmes fondamentaux de la population.

     

    Le PGE, en soutenant l'UE et son système d'exploitation, a choisi son camp. Pour cette raison, il constitue un instrument dans la mutation des Partis communistes et dans la liquidation de leurs caractéristiques communistes. Il ne pose aucun problème aux adversaires de la classe ouvrière et des couches populaires en Grèce, peu importe le nombre d'appels qu'il puisse publier.

     

    Néanmoins, l'expérience accumulée et le déroulement des luttes de la classe ouvrière en Grèce, avec en première ligne les communistes et le mouvement syndical de classe, le PAME, montrent bien que de plus en plus de travailleurs ont tendance à se radicaliser lorsqu'ils n'écoutent pas les « sermons » des opportunistes et des bourgeois pour la « collaboration de classe » et la « cohésion sociale », lorsqu'ils ignorent leurs « larmes de crocodile » sur les fardeaux qu'aurait à porter le peuple grec.

     

    C'est en suivant cette voie que la classe ouvrière peut atteindre le but ultime de sa lutte, l'abolition du pouvoir capitaliste et la construction du socialisme.


    votre commentaire
  • Par Agnès Rousseaux (5 mars 2012)

    Explosion du chômage, saignée dans l’éducation, salaires impayés, privatisations généralisées, élections reportées : les Grecs s’installent dans l’austérité imposée par la technocratie européenne au profit du secteur bancaire. Si la contestation ne faiblit pas, une alternative politique peine à émerger du fait de la division de la gauche. Basta ! Est allé à la rencontre d’acteurs de la résistance.

    Grece 49

    « On ne se bat pas seulement contre les mesures d’austérité imposées par l’Union européenne. C’est devenu une bataille pour la liberté et la démocratie », affirme Alexandros Frantzis. Ce biologiste fait partie des Indignés athéniens. Comme beaucoup de Grecs, il est révolté par les mesures imposées par la « troïka » (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) pour l’octroi de son nouveau plan de sauvetage, validé le 21 février. Parmi les multiples exigences : la création d’un compte budgétaire bloqué consacré au remboursement de la dette et au paiement des intérêts, et l’inscription dans la Constitution grecque, dans les deux mois à venir, de la priorité donnée au service de la dette. Un engagement de la Grèce à payer les créanciers étrangers avant toute dépense nationale.

     

    Pour Alexandros, ce plan constitue un inadmissible abandon de souveraineté : « La Grèce ne contrôle définitivement plus son budget. » Et les élections, sans cesse repoussées ? « Les élections, on a arrêté ! C’est mauvais pour l’économie », ironise sa camarade Sissi. La troïka a déjà exigé la signature des deux partis au pouvoir – Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie (conservateurs) – invités faire appliquer sans condition les mesures validées par le nouveau plan en cas de victoire aux prochaines élections. Des élections très démocratiques, donc, puisque le programme – soufflé, voire imposé par des institutions européennes et internationales – ne peut varier d’une ligne. Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, avait d’ailleurs proposé de reporter les élections grecques (prévues en avril) pour mettre en place un gouvernement de techniciens. Jusqu’à l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, qui se demande comment maintenir des élections dans un tel contexte : « Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire »…

     

    Le fisc allemand s’installe en Grèce

    Autant de déclarations qui attisent la colère des Grecs, déjà échaudés par les déclarations suggérant une « mise sous tutelle ». Des manifestants athéniens ont brulé un drapeau allemand, et des journaux ont publié des caricatures d’Angela Merkel en uniforme nazi. Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, a déclaré le 29 février qu’il souhaitait la création d’un commissaire européen délégué à la « reconstruction de la Grèce », pour superviser la gestion du pays. La proposition de la Commission européenne d’envoyer des dizaines d’inspecteurs permanents à Athènes ne devrait pas apaiser les tensions. Le ministre des Finances allemand a annoncé la semaine dernière que plus de 160 contrôleurs des impôts se sont déjà portés candidats pour un séjour en Grèce, afin d’aider à rendre plus efficace la collecte des impôts.

     

    Sans compter que ce deuxième plan de « sauvetage » marque une étape supplémentaire dans la perte de souveraineté de la Grèce : les nouvelles obligations grecques émises sur le marché sont régies par le droit britannique et non grec, comme c’était le cas du premier plan de 2010. Conséquence : l’arbitrage des conflits entre l’État grec et ses créanciers privés se fera au Luxembourg. Les créanciers pourront saisir les biens grecs et sont protégés en cas de future restructuration de la dette grecque.

     

    Écoles fermées, bibliothèques abandonnées...

    La nouvelle aide européenne est accordée en échange de mesures d’austérité renforcée. Objectif : 3,2 milliards d’euros d’économies en 2012. Un plan quasiment inapplicable avec des moyens de plus en plus réduits, comme la réforme fiscale à mettre en œuvre d’ici à juin. Ministres et Parlement enchaînent ces dernières semaines les réunions pour valider point par point les éléments du mémorandum négocié entre la Grèce et la troïka. Le 12 février, le Parlement a entériné la baisse de 22% du salaire minimum, qui passe de 740 à 590 euros (470 euros net /mois), et de 32 % pour les jeunes de moins de 25 ans (moins de 400 euros net/mois). Les retraites de plus de 1 000 euros ont été réduites de 20 %. À cela s’ajoute un milliard en moins pour les dépenses de santé, la suppression de 150 000 postes de fonctionnaires en 3 ans (sur environ 750 000), le non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5 [1]. Le mémorandum prévoit aussi de nombreuses privatisations, à hauteur de 15 milliards d’euros d’ici à 2015, avec la vente des participations publiques dans les compagnies gazière (Depa) et pétrolière (Helpe), la compagnie des eaux (Eydap-Eyath) et des Jeux (Opap). Un nouvel eldorado s’ouvre à l’oligarchie financière !

     

    Dans l’éducation, c’est la saignée : de 2009 à 2015, les dépenses publiques vont diminuer de près de 1,5 milliards d’euros selon les syndicats. Entre 2010 et 2011, les effectifs d’enseignants ont déjà diminué de 10 % [2], selon le syndicat des enseignants du secondaire (OLME). Plus de 1 000 écoles primaires et secondaires sont fermées définitivement, soit une sur 13. Le ministère de l’Éducation prévoit la fermeture de 800 bibliothèques scolaires. Leur mise en place a pourtant été cofinancée par les programmes européens, soulignent les syndicats enseignants… Les arts ou l’éducation civique, jugées non prioritaires, ne seront plus enseignées au lycée. « Comme le gouvernement a doublé le prix du fioul, il est certain que les établissements ne pourront pas se permettre de se chauffer tout l’hiver », ajoute Themis Kotsifakis, secrétaire général du syndicat Olme, lors d’une rencontre avec une délégation française composée de représentants d’Attac, de la FSU et de l’Union syndicale Solidaires. Les écoles ont commencé l’année sans livres scolaires après que le gouvernement a fermé l’institut qui les publie. « Les restrictions financières ont créé un chaos sans précédent, les photocopies sont le principal matériel pédagogique », dénonce le syndicat.

     

    Une hausse de 50 % du chômage

    La longue liste des mesures demandées par la troïka (350 pages) ne semble plus répondre à aucune logique. Le Parlement a voté la semaine dernière la suppression de l’Organisme du logement ouvrier (OEK, qui finance des logements sociaux) et d’un organisme de prestations sociales (OEE), qui emploient 1 400 salariés. Des structures indépendantes qui ne pèsent pourtant pas dans les comptes de l’État. Objectif affiché : diminuer de 1 % les cotisations patronales, prélevées pour financer ces protections sociales. Mais, surtout, effacer l’ardoise de 3 milliards d’euros de dette de la Sécurité sociale vis-à-vis de ces organismes. Un hold-up sur des cotisations payées par les salariés, estiment les responsables. « Et qui va administrer tous les bâtiments que possède notre organisme en Grèce ? », s’interroge Evi Kalia, responsable d’OEK. « Le gouvernement veut mettre la main sur les terrains, les magasins, les logements libres que nous possédons. »

     

    Conséquences de la crise et des mesures d’austérité : le chômage a atteint 20,9 % en novembre en Grèce. Soit plus d’un million de chômeurs pour 11 millions d’habitants. Un jeune sur deux est actuellement au chômage. Celui-ci a augmenté de près de 50 % en un an. Et ceux qui travaillent ne sont pas certains de percevoir leur salaire. « Sur les 7 000 travailleurs du secteur des médias, 1 500 à 1 800 n’ont pas été payés depuis environ six mois », décrit Moisis Litsis, journaliste au quotidien Eleftherotypia. Les salariés y sont en grève depuis décembre, le propriétaire du journal ayant cessé de payer les salaires à partir du mois d’août.

     

    Une opposition divisée

    Grèves et manifestations se multiplient. Certains ministères sont occupés par leurs salariés, comme celui de la Santé, dont la nouvelle appellation – « ministère de la Santé et de la solidarité sociale » – résonne de manière ironique tant ce mot semble aujourd’hui vain. À part la coalition au pouvoir, plus personne ne semble croire aux effets bénéfiques du mémorandum. Une quarantaine de députés de ces deux partis ont d’ailleurs voté mi-février contre le texte. Ce qui leur a valu d’être exclus de leurs partis. Mais la recomposition du paysage politique est surtout marquée par une hausse des partis à gauche du Pasok, qui ont refusé de cautionner la politique de la troïka : Parti communiste KKE (12 à 14 % d’intentions de vote), gauche radicale Syriza (11-12 %) et Parti de la gauche démocratique (16-18 %). Mais l’union, nécessaire pour remporter des élections, semble bien difficile.

     

    Quant aux syndicats, ils semblent en partie décrédibilisés. « La grève générale [au-delà de journée ponctuelles comme c’est déjà le cas] n’est pas réaliste, les syndicats ne s’y lanceront jamais, estime Alexandros, l’indigné. La participation serait faible car, dans le secteur privé, si vous faites grève, le lendemain vous n’avez plus de travail. Dans le secteur public, ce serait plus facile, mais les gens ne voient pas ce que ça peut changer, et ils pensent surtout qu’ils vont perdre une journée de salaire. »

     

    Reste la révolte de la rue. Dans le quartier Exarchia, un des foyers de la contestation, la police « préventive » anti-émeute est à tous les coins de rue. « Il y a quelques jours, les autorités ont dit avoir trouvé une bombe dans le métro. Nous craignons que le gouvernement ne rentre dans un nouveau jeu pour créer de nouvelles contraintes sécuritaires », souligne Sissi.

     

    À qui profite le « plan de sauvetage » ?

    Reste une question, pour tous les Grecs. Pourquoi accepter de telles mesures ? Le plan de sauvetage, promis contre toutes ces restrictions, va-t-il servir à quelque chose ? Son objectif est d’assurer que le pays ne fasse pas faillite le 20 mars, à l’échéance d’une obligation de 14,5 milliards.

     

    Le plan d’aide prévoit de nouveaux prêts publics par les partenaires de la zone Euro et le FMI, à hauteur de 130 milliards d’euros, jusque fin 2014. Et une restructuration de la dette détenue par les banques, les assurances et les fonds de pension. Ces créanciers privés détiennent 206 milliards d’euros d’obligations grecques. Ils vont s’engager sur une décote de 50 %, permettant une réduction de dette de 107 milliards d’euros [3]. À moyen terme, ces mesures doivent permettre de ramener la dette grecque à 120,5 % du PIB d’ici à 2020. Celle-ci équivaut actuellement à plus de 160 % du PIB, pour un montant de 350 milliards d’euros. Soit autant que ce qu’aura coûté toute l’assistance à la Grèce (remise de dettes, aides), à l’Union européenne, aux banques et aux institutions internationales, en moins de deux ans…

     

    Personne ne croit plus au remède miracle. « Le mémorandum prévoit de revenir à la situation d’il y a trois ans (une dette à 120 % PIB), avec un scénario parfait, une économie en développement. Hors la récession est aujourd’hui de 7 %, souligne Natasha Theodorakopoulou, membre de Syriza et responsable du Parti de la gauche européenne. Même avec ce mémorandum, ils se rendent compte que l’objectif n’est pas atteignable. Wolfgang Schäuble (ministre des Finances allemand) n’exclut déjà plus un troisième plan de sauvetage, dans trois ans. » Surtout, les Grecs risquent de ne pas voir la couleur de cette aide, qui servira surtout à recapitaliser les banques et à payer les créanciers privés. Ou comment transformer une dette privée (celle des créanciers grecs, des banques françaises, des fonds de pension…) en dette publique (le prêt de 130 milliards des pays de la zone euro et du FMI).

     

    Les banques avant la démocratie

    Le 29 février, le Banque centrale européenne a distribué 530 milliards d’euros de prêts à 1 % sur trois ans à 800 établissements bancaires. De l’argent quasiment gratuit, qui vient s’ajouter aux 489 milliards d’euros accordés par la BCE aux mêmes conditions. Soit 1 000 milliards d’euros, des tonnes de liquidités injectées dans le système financier, en moins de trois mois. Mario Draghi, le président de la BCE et ancien de la banque Goldman Sachs (responsable du maquillage des comptes grecs lors de l’entrée du pays de la zone euro en 2001), a garanti que le nom des emprunteurs resterait confidentiel, pour ne pas ternir leur réputation… Pendant que la Grèce subit les exigences sans cesse accrue des financiers de l’UE et la pression de ses créanciers, les banques empochent de l’argent frais à 1 %. Et le gouvernement du Premier ministre grec, Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, continue la saignée. Selon le journaliste Marc Roche [4], Lucas Papademos « a joué un rôle non élucidé dans l’opération de maquillage des comptes publics perpétré avec l’aide de Goldman Sachs ».

     

    « Chers concitoyens européens. Nous sommes citoyens de ce pays, citoyens de l’Union européenne. Exactement comme vous. Nous sommes des êtres humains, pas des nombres. Personne ne peut nous sauver en nous détruisant », écrivent les salariés de l’OEE, l’un des organismes de prestations sociales qu’une loi du Parlement grec vient de supprimer. Seront-ils entendus ?

     

    Agnès Rousseaux

    Photo : CC John Kolesidis

    Notes

    [1] Selon le principal syndicat enseignant grec (Olme), la fonction publique représente entre 16% et 17% de l’emploi en Grèce. Les comparaisons sont difficiles entre pays car les statuts, entre fonctionnaires d’État, de collectivités locales ou d’entreprises publiques, et les secteurs concernés varient. En France, les trois fonctions publiques (d’État, hospitalière et territoriale) représente 20% de l’emploi.

    [2] 3 400 recrutements et 17 500 départs sur un total de 160 000 enseignants. Source : OLME.

    [3] Cet échange de dette, appelé PSI – « private sector involvment » – a été compliqué par la présence de hedge funds qui ont tout intérêt à ce que la Grèce fasse défaut pour pouvoir encaisser les « Credit Default Swap » (CDS, des assurances en cas de défaut de paiement) sur les obligations grecques.

    [4] Journaliste au Monde, auteur de Capitalisme hors-la-loi.

     

    URL article : http://www.bastamag.net/article2185.html


    votre commentaire
  • Grece 48


    Berlin exige la démolition du Parthénon. Le coût de l’entretien du site serait trop élevé et menacerait l’équilibre des finances publiques grecques. Non entretenu, le temple menacerait de s’effondrer et pourrait blesser des touristes visitant le site. Le consulat allemand à Athènes rappelle que des milliers de touristes allemands visitent le site chaque année.


     

    Seule capitale en Europe à protester, Rome a condamné les déclarations du gouvernement allemand. Paris se tait, à l’instar des autres capitales européennes.

    Le gouvernement allemand a répondu qu’il était prêt à envisager la déconstruction du Parthénon et son transfert puis remontage dans un musée allemand. Le monument, chef d’œuvre de l’humanité, serait ainsi mieux préservé que s’il restait sur le sol grec.

     

    La baisse des dépenses publiques a entraîné des coupes très importantes dans tous les services publics. En janvier, le célèbre cinéaste grec Theo Angelopoulos serait décédé en raison du mauvais fonctionnement des services ambulanciers dont les véhicules n’ont pas fonctionné, laissant l’artiste sans soin pendant près d’une heure. Les écoles manquent de tout.

     

    En février, une soixantaine de pièces anciennes en céramique, bronze et or ont été dérobées un matin dans un musée d’Olympie (Grèce), berceau des Jeux Olympiques, poussant le ministre de la Culture à présenter sa démission.

     

    Ce cambriolage intervient quelques semaines après le vol de trois œuvres, dont un tableau de Picasso et un de Mondrian, intervenu à la pinacothèque nationale d’Athènes où les voleurs s’étaient introduits en exploitant l’insuffisante surveillance du bâtiment, situé en plein centre de la capitale.

     

    Des responsables allemands ont, de nouveau (1), évoqué récemment la vente par la Grèce de certaines de ses îles. Plus précisément, les Grecs pourraient faire un geste symbolique en vendant des îles à l’écart, inhabitées. « Cela aurait comme conséquence d’améliorer l’humeur des Européens envers Athènes » (2).

     

    « Le sort de la Grèce entre les mains de l’Allemagne »

    Le titre d’un article publié par Le Monde (3) a de quoi inquiéter les Grecs. Ceux-ci ne devraient cependant pas être les seuls à s’interroger…

     

    En novembre 2011, on se souvient que le précédent premier ministre grec, Georges Papandreou, ayant envisagé de donner la parole au peuple grec par referendum, avait été « convoqué » par les deux dirigeants allemand et français, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, et sommé de s’expliquer sur la pertinence d’une telle démarche.

     

    En février 2012, suite à une proposition allemande appuyée par la France et la « Troïka » (BCE, Commission européenne, FMI), le gouvernement grec, en échange d’un nouveau plan « d’aide », a accepté la création d’un compte destiné au service de la dette: les montants dus devront être financés, trimestre après trimestre, par les bailleurs de fonds publics mais aussi grâce aux recettes fiscales nationales. Conformément à ce qui était demandé par l’Allemagne, le gouvernement grec s’est engagé à modifier dans les deux mois la Constitution du pays afin que le privilège du remboursement de la dette soit institutionnalisé. Athènes n’aurait ainsi le droit d’engager aucune dépense avec les recettes fiscales et l’argent emprunté tant que la Grèce n’aurait pas honoré ses dettes.

     

    La convention signée par le gouvernement grec stipule que toute nouvelle obligation émise dans son cadre sera régie par le droit anglais, qui engage des garanties matérielles. En d’autres termes, des créanciers étrangers non payés pourraient saisir des biens grecs. Les différends seront jugés par les tribunaux du Luxembourg, la Grèce ayant renoncé d’avance à tout droit de recours contre une saisie décidée par ses créanciers.

     

    C’est peu dire que le pays est ainsi, de facto, sous tutelle et que la souveraineté nationale est menacée.

     

    Dans la dernière période, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, s’est déclaré à plusieurs reprises «exaspéré», traitant la Grèce de « puits sans fond », suggérant d’installer un gouvernement technocratique (4) comme en Italie, et de reporter une nouvelle fois les élections législatives annoncées pour avril 2012.

     

    Les institutions internationales et certains pays créanciers, l’Allemagne en particulier, semblent donc bien vouloir dicter à la Grèce sa conduite et se comportent, en effet, comme s’ils tenaient le destin fragile du pays en leurs mains. Mais le tiennent-ils vraiment ?

     

    La réponse ne dépend pas tant des Allemands que des Grecs eux-mêmes, comme à tous les moments-clés de leur histoire.

     

    Sous la pression des marchés financiers et de leurs relais politiques, des sociétés européennes commencent à se disloquer (5). Le cas de la Grèce pourrait illustrer ce funeste processus. Le pire n’est jamais sûr cependant et nous montrerons qu’une voie alternative peut être explorée, dont on entrevoit déjà les contours. Avant d’évoquer cette voie, nous souhaitons faire un détour par l’histoire de la Grèce afin de montrer que le peuple grec, s’il décide d’explorer des solutions alternatives, devra pour ce faire se rappeler que la dette a toujours été un moyen qui lui a été opposé lorsqu’il a cherché à affirmer son indépendance et sa souveraineté.

     

    L’histoire grecque : une indépendance et une souveraineté toujours menacées

     Sans remonter à l’Antiquité où l’existence même de la Grèce a, comme on le sait, plusieurs fois été menacée par le puissant voisin perse, il convient de rappeler que le jeune État grec issu de la guerre d’indépendance contre les Turcs a tout de suite été mis sous tutelle. En 1833, Othon 1er de Bavière débarque en Grèce et est placé à la tête du pays par les grandes puissances. Comme l’écrit Jacques Bersani (6), « l’Europe du congrès de Vienne se méfie par-dessus tout de la démocratie. Elle a appris à se méfier des Grecs, dont elle a eu tout loisir de mesurer la propension aux luttes intestines ».

     

    Sautant plus d’un siècle d’histoire pour arriver à la fin de la seconde guerre mondiale, observons que les Grecs, une fois encore, s’ils sortent la tête haute du conflit grâce à une résistance acharnée aux Italiens d’abord et aux Allemands ensuite, ne vont pas pouvoir décider seuls de leur avenir. La guerre civile va déchirer les Grecs. Mais dans le conflit entre, d’un côté, l’EDES, alliance des républicains (droite «légitimiste») associée aux forces gouvernementales, et de l’autre, l’EAM et son bras armé, l’ELAS (à forte composante communiste), les premiers vont bénéficier du solide appui des Anglais. Il est vraisemblable que sans cet appui et hors partage des Balkans décidé avec Staline quelque temps plus tôt, la Grèce serait devenu une démocratie populaire.

     

    Un fil court ainsi toujours dans l’histoire ancienne et plus récente de la Grèce. La Grèce semble condamnée à se laisser imposer son destin par des puissances étrangères. Cette observation, cependant, est partielle. Car il convient de souligner que les dites puissances étrangères sont toujours intervenues lors de conflits opposant les Grecs entre eux. Cela était vrai pendant la guerre d’indépendance au XIXe siècle. Ceci l’a été, plus tard, entre 1946 et 1949. Cela reste vrai aujourd’hui.

     

    La dette comme moyen d’asservissement

    Rapportée au Pib, la dette grecque est assurément aujourd’hui une dette les plus élevée de la zone euro. Surtout, elle est très largement détenue par des non-résidents, c’est-à-dire par des banques étrangères ainsi que, dans une moindre mesure, par la BCE.

     

    Là encore, l’histoire est riche d’enseignement. Nicolas Bloudanis (7) –dont nous ne suivons pas toutes les thèses– nous enseigne que le jeune État grec d’Othon est d’emblée endetté. La Grèce de l’époque ne peut subsister sans une aide pécuniaire permanente des puissances « protectrices », sous la forme de prêts qui finissent par gonfler de manière démesurée la dette du pays.

     

    Un siècle plus tard, en 1931, dans un contexte politique marqué par la catastrophe d’Asie Mineure, une agence de notation, Moody’s, dégrade la note de la Grèce avec des conséquences catastrophiques: dévaluation de la drachme, explosion de la dette en dollars… défaut de paiement… puis chute du gouvernement Venizelos, suivie d’une brève restauration de la monarchie et du coup d’État, en 1936, de Metaxas.

     

    En 1936, Moody’s exprimera ses regrets… et annoncera qu’elle ne notera plus les dettes publiques (8). Fitch fait de même et annonce qu’elle ne notera plus les dettes de l’État… allemand.

     

    La dette comme le déficit signifient souvent des situations de servitude. Rappelons que Solon (9) entreprit de réduire ou annuler la dette publique comme privée. Solon, qui avait bien compris que la dette est susceptible d’entraîner une situation de servitude, entreprit d’abolir l’esclavage pour dettes et d’affranchir ceux qui étaient tombés en servitude pour cette raison.

     

    Nous suivons Alain Joxe (10) lorsque celui-ci, s’appuyant sur Aristote, rappelle que « l’extrémisme de la gestion « chrématistique » de la richesse a été pressenti dès l’antiquité, quand la monnaie est considérée non plus comme moyen d’échange mais comme outil de mesure de l’usure. L’enrichissement devient en soi illimité. Une dette infinie suppose alors une soumission totale: l’esclavage. Mais c’est bien, aujourd’hui, la globalisation réelle de « l’œconomie » (en même temps que la révolution électronique) qui permet la création de ces dettes opaques, les produits obligataires complexes, qui rendent la chrématistique capable d’aller jusqu’à l’extrême de sa définition, en tant que prédation infinie de la richesse, ne pouvant être modérée que par la force de la loi, en démocratie ».

     

    Ce point de vue est aussi celui de François Chesnais (11) qui estime qu’un audit citoyen de la dette est aujourd’hui indispensable et constitue avant tout un acte politique: faire pénétrer le peuple là où il n’est pas convié, c’est-à-dire dans le monde de la finance. Pour Chesnais, la crise de la dette publique et ses chantages offrent un levier politique qu’il faut saisir. Un retour de la démocratie passe notamment par la constitution de comités locaux (nationaux) contre la dette destinés à réunir et débattre les preuves de l’illégitimité de la dette.

     

    Si la question de la dette est assurément une question centrale et ne peut donc être ignorée dans la recherche d’une voie de sortie de crise (voir plus loin), nous pensons que davantage que la dette elle-même, ce sont ses déterminants qui importent. Formulé autrement, nous estimons que déficits et dette sont non la cause mais le symptôme actif d’une profonde crise économique, sociale et politique.

     

    La chose publique négligée et un déficit de démocratie

    L’État grec ne semble ni avoir été particulièrement bien administré, ni bien géré.

     

    Le clientélisme a souvent, sans doute à juste titre, été dénoncé. D’importantes recettes fiscales ont eu tendance à s’évanouir dans ce qui peut apparaître comme de la corruption généralisée.

     

    Généralisée, la corruption ne représente cependant pas les mêmes masses financières pour ses différents «bénéficiaires» et il y a quelque hypocrisie à considérer que «gros» et «petits» ont également profité du laxisme ou de la corruption.

     

    Si une part des Grecs s’est enrichie dans la dernière période, la chose publique a été négligée.

     

    Comment ne pas voir les routes inutiles, construites en dépit du bon sens, la spéculation immobilière généralisée, le développement touristique anarchique et dangereux pour certains sites et la nature?

     

    Comment aussi ignorer l’immigration exploitée d’abord par les grands mais aussi, dans une moindre mesure certes, les plus « petits »?

     

    Comment ne pas voir l’état de délabrement dans lequel se trouvent certains services publics où règnent le système des « enveloppes » et, par conséquent, l’inégal accès aux soins comme à l’éducation?

     

    Ce dont la Grèce souffre, c’est bien d’avoir négligé la «chose publique», la RES PUBLICA. Le moindre des paradoxes n’est-il pas qu’en grec, le mot «République» se confond avec celui de «Démocratie»?


     Déficit de la chose publique et déficit de la démocratie sont, en effet, synonymes.


     Le système politique grec est aujourd’hui malade (le rôle des grandes familles, celui du clientélisme, la rémunération élevée des députés grecs sont souvent critiqués). Mais, plus encore, c’est la considération de la chose publique qui, aujourd’hui, pose problème.

     

    Une des illustrations les plus caricaturales de la négligence du bien public est la relation à la nature. La nature en Grèce est assurément une des plus belles du monde. Mais les Grecs la protègent-ils? Est-il normal que la production de déchets de chaque grec soit de 371 kilos par an, soit le double de la moyenne européenne? Est-il normal que les décharges illégales, particulièrement nombreuses, aient valu à la Grèce d’être condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne (Luxembourg)? Est-il normal que le lac Koronia, non loin de Thessalonique, se meure, sa profondeur étant passée de cinq à un mètre en trente ans? La Grèce, pour ces cas et bien d’autres, est l’objet de plaintes déposées par la Commission européenne devant la Cour de Strasbourg pour sanctionner l’inaction du gouvernement (des gouvernements).

     

    Négligeant la chose publique, la protection de son patrimoine naturel en particulier, la société grecque fonctionne, depuis très longtemps, selon un schéma très éloigné de la démocratie directe athénienne, laquelle était caractérisée par le refus de la représentation, le refus de l’expertise politique, le refus d’un État compris comme instance séparée de la Société. La société grecque ne semble pas non plus être autonome (12): elle a perdu son indépendance et sa souveraineté. C’est la loi de l’autre, l’hétéronomie, qui règne, l’autre étant davantage les marchés financiers que d’autres pays, marchés qui prétendent imposer une nouvelle servitude en s’appuyant pour cela sur les déficits et la dette de l’État. C’est dans l’attention trop faible accordée à la chose publique et dans le déficit de démocratie que se situent, en grande partie, les problèmes les plus profonds de la Grèce plutôt que dans le montant des déficits. Avant de revenir plus loin sur ces questions, nous voudrions à présent compléter l’analyse des problèmes de la Grèce aujourd’hui par une réflexion sur ses activités économiques.

     

    Une crise économique liée au sous-développement des activités productives

     Dans la grande majorité des pays développés, les activités de production ont, depuis deux, voire trois décennies, reculé (13). Le mirage d’une société de services a partout (ou presque) produit des ravages. En Grèce, l’industrie ne pèse même plus 10% de l’emploi total.

     

    La Grèce ne peut cependant baser son développement sur les services ou le tourisme.

    Elle a laissé péricliter de nombreux secteurs comme le textile ou l’habillement, le travail du bois. Elle n’a pas su développer sa construction navale alors que les armateurs grecs restent puissants. Elle n’a pas su développer une agriculture de qualité basée sur les appellations contrôlées et la traçabilité des produits. À quelques exceptions près, elle n’a pas su développer une industrie agro-alimentaire efficace valorisant les produits agricoles et les ressources du terroir grec. Enfin, la Grèce n’a pas non plus su ou voulu développer des activités de moyenne ou haute technologie alors que les étudiants grecs sont parmi les plus diplômés d’Europe (ils recherchent désormais du travail souvent à l’étranger comme l’ont fait leurs aïeux moins qualifiés).

     

    En d’autres termes, un des principaux défis que la Grèce doit relever est celui de la dynamisation de ses activités productives car il n’y a pas de richesse possible à distribuer sans que celle-ci ait été produite. La question posée est donc comment (re)dynamiser les activités productives grecques.

     

    A l’instar de ce que l’on peut lire ou entendre à propos d’autres pays, un « déficit de compétitivité » et la nécessité d’exporter davantage sont désormais évoqués.

     

    La réponse, inadaptée, à ce «déficit de compétitivité» réside –dit-on souvent– en une diminution des salaires, jugés trop élevés. S’il est exact que les salaires en Grèce ont évolué plus vite que dans certains pays européens depuis le début des années 2000, ils ont cependant progressé à la même vitesse que la moyenne européenne. En 2010, le coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie est de 16,6 euros en Grèce contre 33,1 euros en Allemagne (source : Natixis), soit un niveau deux fois inférieur. Depuis 2010, le coût horaire en Grèce a baissé de près de 15% et va encore baisser de plus de 20% avec la baisse du salaire minimum annoncée en février.

     

    Retour sur la dette et la question de la sortie de la zone euro

    Dès 2008, nous avions écrit que la crise n’était pas centralement financière mais bien économique et sociale. Ce que l’on a fini par admettre aujourd’hui lorsqu’est évoqué le «problème» de la «compétitivité» de l’économie. Ce «problème» reste cependant mal posé, la réduction des coûts du travail et celle des dépenses publiques étant, a minima, un message réducteur.

     

    Plutôt qu’un énième plan d’austérité qui entraîne la Grèce vers l’abîme et désespère son peuple, ce dont la Grèce a besoin, c’est d’un projet national de développement.

     

    Quelles sont les conditions d’un tel projet? Comme nous le montrons plus loin, la condition essentielle est le patient travail de construction ou de reconstruction des institutions. Mais plusieurs interrogations économiques surgissent immédiatement. Au premier plan deux questions: celle de la dette et celle du maintien dans la zone euro.


     On entend souvent dire en Grèce que la difficulté est que, cette fois-ci, le travail de construction ou de reconstruction du pays est difficile à conduire car les dégâts de la crise ne sont pas ceux d’une guerre «classique». Ils sont inscrits dans des vies brisées, le chômage, et non dans des morts physiques ou des blessés que l’on pourrait dénombrer. Aucune troupe étrangère n’occupe la Grèce ni ne menace de le faire dans un terme prévisible. L’ennemi est invisible…

     

    Les Allemands, les pays du triple A plus généralement (Allemagne, Pays-Bas, Finlande, Luxembourg), la «Troïka» imposent cependant à la Grèce non seulement des sacrifices matériels considérables et aussi moultes offenses et humiliations. Les Grecs seraient donc en droit de considérer que les ennemis de la Grèce sont désormais ceux-là mais qu’ils utilisent des armes financières et économiques. L’arme qui résume toutes les autres –en réalité, l’arme des marchés financiers, c’est-à-dire des banques, des assurances, des fonds de toutes sortes et des spéculateurs de toutes les espèces– est cependant identifiable: la dette.

     

    La Grèce doit-elle ainsi continuer d’honorer ses dettes? Doit-elle, peut-elle rester dans la zone euro et quelles sont les conséquences sur la balance commerciale d’une sortie de l’euro?

     

    Rappelons que l’effacement de la dette dont il a été question très récemment (février 2012) doit permettre théoriquement de ramener la dette du pays à 120% en 2020… c’est-à-dire à son niveau de 2009 avant que le jeu de massacre ne commence avec le premier plan d’austérité. Comme cela était prévisible, les mesures d’austérité amplifiées d’un plan à l’autre ont eu pour effet d’enfoncer le pays dans la récession puis la dépression, privant l’État des recettes fiscales liées, pour l’essentiel, à l’activité économique

     

    Rappelons aussi que les privatisations –qui sont supposées se faire afin de réduire la dette– devaient rapporter 50 milliards d’euros jusqu’en 2015. Elles n’en rapporteraient plus aujourd’hui que moins de 20, voire aux alentours de 10 milliards seulement, si l’on en croit l’institut allemand IFO (14).

     

    Ne pas honorer sa dette, en d’autres termes, se déclarer en défaut de paiement est une hypothèse qui ne peut être indéfiniment écartée. Doit-elle pour autant être considérée comme faisant partie d’une perspective de sortie de crise? Nous pensons que oui mais à la condition que le défaut (cessation) de paiement ne concerne que les seuls non-résidents (les banques et institutions internationales, en particulier) et les Grecs résidents en Grèce dont les revenus et le patrimoine sont élevés (selon un seuil à définir). En d’autres termes, il convient de ne pas appauvrir davantage les petits porteurs grecs qui ont acheté des obligations d’État. La dette grecque doit être nationalisée, ce qui signifie que la Banque de Grèce doit –si besoin– se porter acquéreur des titres détenus par les petits porteurs et, surtout, devra à l’avenir subvenir aux besoins de financement de l’État grec. Il ne fait nul doute que le système bancaire grec doit aussi être nationalisé. Mais le défaut de paiement, comme le protectionnisme, ne constitue pas à lui tout seul une politique de sortie de crise et de reconstruction du pays. Il en est une condition et un moyen nécessaire d’affirmation de la souveraineté. La question de la sortie de la zone euro se pose dans les mêmes termes.


     Le lien entre, d’une part, le maintien dans ou la sortie de la zone euro et, d’autre part, la question de l’équilibre de la balance commerciale nous semble constituer un enjeu central.

     

    De façon quelque peu ambiguë, le journal Le Monde titre «La cure d’austérité ne sera pas suffisante faute d’industrialisation» (15).


     Aucun pays ne peut durablement vivre au-dessus de ses moyens et il n’est pas durablement possible de consommer davantage qu’il n’est produit. C’est ce qu’exprime le déficit très important de la balance commerciale grecque.

     

    L’issue pour la Grèce ne passe cependant pas par le maintien dans la zone euro et un accroissement des exportations via une baisse des salaires. Cet objectif est irréaliste en raison de la faiblesse du secteur exportateur, qui est quasi-inexistant hors quelques productions agro-alimentaires, les matériaux de construction, le textile-habillement. Mais, surtout, cet objectif n’est en rien souhaitable car il transforme la Grèce en pays de bas coûts alors que sa population est une des mieux formée d’Europe. Le paradoxe est qu’en dépit d’un haut niveau de formation, la productivité du travail est très faible en Grèce. Ce paradoxe tient non aux compétences de ceux qui travaillent mais des conditions dans lesquelles ils travaillent (insuffisance des investissements, modes d’organisation archaïques…).

     

    Une sortie de l’euro, en dépit des mesures qui devront être prises pour assurer le financement de l’économie et sauvegarder l’épargne populaire, en dépit aussi de l’avantage-prix dont peuvent bénéficier le tourisme et les exportations grecques, sera synonyme d’un abaissement du niveau de vie d’une part importante de la population. Nous pensons que cet abaissement s’est déjà en très grande partie produit avec les baisses de revenus et la hausse des taxes depuis le premier plan du gouvernement élu en 2009. Cette contraction était peut-être inévitable en raison du grave déficit des comptes courants de la Grèce lié à celui de sa balance commerciale. En d’autres termes, la forte dernière baisse des revenus (-22% du salaire minimum) peut être considérée comme ayant eu comme objet la résorption non pas du déficit budgétaire (16) mais bien celui de la balance commerciale.

     

    Mais il nous semble que la question doit se poser aujourd’hui en des termes différents. La sortie de la zone euro est souhaitable parce qu’elle est synonyme du nécessaire arrêt du processus de dévaluation intérieure auquel a correspondu la baisse, drastique, des salaires. Il est vraisemblable que la drachme nouvelle se déprécie fortement, de 40% au moins, voire davantage. Il est exact de considérer que la sortie de la zone euro renchérit le coût des importations. Classiquement, il convient ici de distinguer trois types d’importations: 1) les importations pour lesquelles la consommation est quasi-incompressible à court terme et qui ne peut être satisfaite par une production nationale car celle-ci n’existe pas ; 2) les importations pour lesquelles la hausse du prix provoque une baisse de la demande ; 3) les importations pour lesquelles la consommation est quasi-incompressible à court terme et qui peut être satisfaite par une production nationale, celle-ci existant ou étant susceptible d’exister rapidement (17). Seul le premier cas est vraiment problématique. Il concerne des produits comme les automobiles, les ordinateurs, les équipements électroniques en général. La hausse du prix de ces produits peut cependant conduire à une certaine baisse de la demande, l’effet prix étant compensé en partie par un effet négatif en volume. Nous pensons que le troisième cas est le plus intéressant en ce qu’il concerne les besoins fondamentaux de la population. Qu’il s’agisse de nutrition, de logements économes, d’habillement, de transports autres que les transports individuels, la production grecque peut rapidement se substituer aux importations aujourd’hui massives. Les transports collectifs peuvent aussi être privilégiés grâce à l’amélioration du réseau ferroviaire en état de sous-développement. Notons également que les chantiers navals grecs, aujourd’hui en rupture de commande du fait des conditions d’achat proposées aux armateurs grecs par les chantiers chinois, peuvent être réactivés grâce à des financements sélectifs et conditionnels.

     

    Une sortie de crise par un maintien dans la zone euro, la poursuite sans fin de la baisse des dépenses publiques et celle des salaires, et une relance de ses exportations est non seulement hypothétique, mais elle fait perdre un temps précieux à la Grèce et anémie davantage encore son tissu productif. C’est ce que le patronat grec a compris en refusant, comme l’ont fait les organisations syndicales, le dernier plan d’austérité (18).

     

    La Grèce ne peut retrouver le chemin de la croissance et du développement qu’en mobilisant l’intelligence et le haut degré de formation de sa population, et en assurant une hausse de sa production orientée vers ses besoins intérieurs (voir supra). Cette orientation est à même de produire une contraction significative du déficit de la balance commerciale (par une diminution des importations) sans aggraver –au contraire– les pressions sur le marché du travail, l’emploi et les salaires.

     

    Un projet national de développement passe par la (re)construction des institutions

    Nombre de Grecs oscillent bien naturellement entre l’illusion d’une crise qu’ils souhaiteraient passagère et l’angoisse liée à la perspective d’un « Moyen Âge social ».

     

    Le «marché» qui est proposé aux Grecs aujourd’hui est formulé de façon particulièrement perverse: accepter un sauvetage contre une perte de souveraineté. Ce «marché» est, en réalité, un marché de dupes. En contrepartie d’une perte certaine de souveraineté, la Grèce n’est en rien sauvée par le dernier plan «d’aide». Le terme d’«aide» à la Grèce, repris sans recul par les médias et l’ensemble des commentateurs, est, en effet, inapproprié. La participation de la BCE au plan d’aide est un simple renoncement à des plus-values (10 à 15 milliards d’euros) sur des titres de l’État grec acquis à un prix inférieur à leur valeur. Le plan d’aide proprement dit, de 130 milliards d’euros, n’est pas définitivement acquis pour ce montant. 30 milliards seront utilisés sous forme de garantie aux créanciers privés pour les encourager à restructurer la dette et 30 milliards seront destinés à la recapitalisation des banques. Les créanciers privés, essentiellement des banques, des assurances et des fonds réunis dans le cadre d’un Private sector involvement (PSI), acceptent de renoncer à un peu plus de 50% de leurs créances, mais vont être les bénéficiaires du plan d’aide. Le taux d’intérêt annuel auquel ces créanciers vont recycler leur dette auprès de l’État grec a été fixé, après de laborieuses négociations, à 3,65 %. Rappelons que le taux de refinancement des établissements bancaires en Europe ou aux États-Unis se situe entre 1 et 2 %.

     

    Les Grecs ne doivent donc pas accepter le marché qui leur est proposé. Ce dont la Grèce a besoin, c’est d’un projet de développement évitant de répéter les erreurs des trois décennies passées. Depuis l’entrée du pays dans l’Union européenne au début des années 1980, le niveau de vie des Grecs s’est sensiblement amélioré mais sans que cette amélioration corresponde à la mise en œuvre d’un véritable projet de développement. L’industrie grecque a largement périclité tandis que la faiblesse des institutions s’est accentuée.


     La Grèce ne peut se développer sans repenser ses institutions, ce qui inscrit la sortie de crise, mais aussi le renouveau, dans le temps long. Ce temps sera marqué par des étapes qui seront autant de pas vers l’amélioration progressive des conditions de vie matérielles et sociales.

     

    Les institutions sont les moyens par lesquels une société définit et met en œuvre les normes qu’elle a choisies. La chose publique, comme nous l’avons vu, a été négligée en même temps que la démocratie s’affaiblissait. L’État de droit ne s’est jamais véritablement constitué. Dans cette configuration, l’État est apparu à la fois faible et autoritaire, ne protégeant ni le citoyen ni l’intérêt collectif.

     

    Aujourd’hui, sont confondus les biens appartenant à l’État et ceux appartenant à la Nation : les «communs». Sous la pression des marchés financiers et de leurs relais internationaux (la «Troïka»), le gouvernement grec s’apprête à privatiser des biens qui ne lui appartiennent pas. Les créanciers internationaux de la Grèce veulent imposer à celle-ci que ce soit le droit anglais qui régisse les dettes du pays. Ces mêmes créanciers ignorent sans doute l’existence de la notion de « bien commun ».

     

    Cette notion, comme l’analyse très bien Ugo Mattei (19), a pourtant été forgée dans le monde anglo-saxon. La confusion entre bien appartenant à la collectivité et bien d’État susceptible d’être transféré au privé relève d’un anachronisme juridique et politique, et constitue, selon Mattei, une « irresponsabilité constitutionnelle ». Pareille irresponsabilité « autorise » les gouvernements en place à vendre impunément le bien de tous. Elle nous fait oublier, nous rappelle Mattei, que les pouvoirs politiques devraient se placer au service du peuple souverain, et non l’inverse.

     

    Les institutions grecques doivent être pensées et définies de manière à établir les fondements d’un État de droit qui se caractérise d’abord par une claire délimitation de ce que l’État, au nom de l’intérêt général, a le droit de faire… ou non.

     

    A l’opposé de la décodification actuelle en cours, les institutions relevant du droit du travail, en particulier, doivent être consolidées. Une concurrence généralisée sur le marché du travail, comme celle que veut instaurer le FMI pour la Grèce avec l’appui du gouvernement grec actuel, ne peut que détruire le lien social, lien qu’il convient tout au contraire de renforcer.

     

    Les services publics (écoles hôpitaux, etc.) doivent non seulement être dotés de moyens supplémentaires mais leurs missions doivent être redéfinies. Pour cela, ils doivent être démocratisés, les bénéficiaires de ces services devant participer à leur administration.

     

    La corruption de l’État a pu expliquer que de nombreux citoyens refusent l’impôt ou ne le considèrent que comme un sacrifice. Pire, certains ont pu penser que l’impôt n’est acquitté que par ceux qui ne peuvent s’y soustraire. Plutôt donc qu’une simple réforme de l’administration fiscale, le principe de l’impôt doit donc être réhabilité. Sans système fiscal, il ne peut y avoir de services publics répondant aux besoins dans les termes appropriés, ni de justice sociale assurant l’équité par le truchement d’une redistribution effectuée grâce à la modulation de l’impôt.

     

    La nature, enfin, si belle en Grèce, doit être protégée. Les restrictions budgétaires de plus en plus fortes ont aussi eu des conséquences affectant le patrimoine naturel: diminution de personnel dans les services s’occupant de l’environnement, légalisation des constructions sans permis, coupes sauvages dans les bois (compréhensibles cependant par temps de grand froid), relâchement des règles environnementales afin… de ne pas dissuader d’éventuels investisseurs. Comme ceci a bien été pensé et formulé, il convient de ne pas céder à la tentation de remplacer une dette (financière) par une autre (écologique) (20). Il ne peut y avoir de développement qui compromette le patrimoine naturel, lequel doit également être considéré comme un bien commun.

     

    Conclusion : une certaine Grèce semble en risque de disparaître mais sera sauvée d’abord par les Grecs eux-mêmes

    La Grèce, à l’évidence, comme espace géographique, ne peut disparaître. Comme espace politique, il est peu probable qu’elle disparaisse formellement, ses frontières n’étant réellement menacées par personne dans le contexte actuel.

     

    Contrairement à la fiction du début de ce texte, le Parthénon, pour l’heure, n’est pas visé par un ordre de démolition ni ne devrait être transféré sur le sol allemand pour mieux le protéger.

     

    Mais une certaine Grèce pourrait disparaître. Celle qui a été le berceau de notre démocratie. Celle qui a su jeter ses forces dans le combat contre la barbarie nazie et qui en a payé le prix. Celle que l’on a voulu assassiner peu avant que le régime des colonels ne s’installe avec le soutien de la puissance hégémonique. Celle qui a cependant survécu avec pour lettre symbole « Z » (21).

     

    D’autres hégémon se sont institués, plus pervers, mieux dissimulés, qui prétendent aujourd’hui surveiller la Grèce de manière renforcée. Surveiller et punir… Chronique d’une histoire annoncée comme inéluctable. Insupportable.

     

    Mais les Grecs ne l’accepteront pas. Passé le temps de la résignation puis celui de la révolte, ils reprendront l’écriture de leur destin. Ils en ont la volonté et la force. Comme le dit Manolis Glezos (22), si « la colère (des Grecs) ne se transforme pas en acte politique, ils seront perdus » (23).

     

    Ce qui leur a manqué est une perspective d’ensemble. Celle-ci se dessine aujourd’hui.

     

    La compréhension de la situation de la Grèce est chose complexe, mêlant des responsabilités qui sont celles des Grecs eux-mêmes (celles de leurs dirigeants tout d’abord) à d’autres facteurs et mécanismes (celui de la dette, en particulier) qui relèvent du fonctionnement d’un système global qui oppose les intérêts de la finance à la liberté des peuples. Les enjeux se clarifient cependant progressivement ainsi que les issues.

     

    Ce sont les Grecs qui sauveront leur pays et non ceux qui prétendent aujourd’hui vouloir les aider et qui ne pensent qu’à préserver leurs intérêts, ceux de leurs banques tout spécifiquement. Il est, en effet, probable que les dirigeants européens, tout occupés qu’ils sont à sauver les intérêts de leurs banques, voire les faire prospérer, ne sauront se départir d’un discours coercitif. Il est vraisemblable qu’ils ne sauront pas davantage trouver la sagesse de prendre une autre voie, celle qui s’est esquissée bien tardivement et très timidement d’un soutien à la réindustrialisation (24). Ces dirigeants ne semblent pas non plus voir que la tentation peut exister chez certains Grecs de voir dans les investissements chinois (ou russes) une (triste) porte de sortie (25).

     

    Il en va de l’intérêt des Grecs qu’ils s’engagent dans la voie du renouveau, à l’opposé de l’impasse dans laquelle certains voudraient les enfermer définitivement. Mais il en va aussi de l’intérêt de l’Europe et de la France, en particulier.

     

    Comme toujours, ce sont les peuples qui expriment et exprimeront leur solidarité. Non par simple altruisme, mais parce qu’ils prennent conscience, comme l’ont exprimé avec force Manolis Glezos et Mikis Theodorakis (26), que la Grèce est un laboratoire expérimental. Si les peuples européens devaient accepter le sacrifice des sociétés grecques, espagnoles, portugaise, irlandaise, sur l’autel de la dette et des banques, alors le tour des peuples suivants ne tarderait pas à arriver. Sauvons le peuple grec de ses sauveurs, comme nous y invite un collectif d’intellectuels et d’artistes européens (27) !

    • • • • •


    (1) En mars 2010, des députés allemands avaient appelé la Grèce à vendre des îles pour aider à financer sa dette. Le quotidien populaire allemand Bild avait alors résumé l’idée en ces termes: «On vous donne du fric, vous nous donnez Corfou»«L’État grec doit renoncer à sa participation dans des sociétés, et vendre des propriétés foncières, comme par exemple des îles inhabitées», avait affirmé au journal le député libéral Frank Schäffler.

    Interrogé par la suite par la chaîne de télévision N24, Frank Schäffler avait indiqué que financer la Grèce revenait à donner de l’alcool à un alcoolique. «Les Grecs doivent économiser. Depuis des années ils dépensent trop (…)Toute autre solution reviendrait à donner encore une bouteille de schnaps à un alcoolique. Cela ne change rien au problème de la dépendance», avait conclu Frank Schäffler. Peu en reste, un député du parti CDU d’Angela Merkel, Marco Wanderwitz, à la même époque, avait déclaré que «si l’Union européenne et donc l’Allemagne venaient à aider financièrement la Grèce, il faudrait qu’elle consente des garanties en échange»«Quelques îles pourraient ainsi faire l’affaire», avait-il estimé.

    (2) Déclarations de Christoph Leitl, Président de la Chambre économique, DiePresse.com, 14 février 2012

    (3) Le Monde, 18 février 2012

    (4) Le gouvernement grec actuel est déjà dirigé par un premier ministre, Lucas Papademos, ne disposant d’aucun mandat électif, ancien banquier central.

    (5) De la rigueur à la récession, Le Monde diplomatique, décembre 2011

    (6) Jacques Bersani, Histoire d’Athènes des origines à nos jours, Tallandier, 2011 ; lire aussi Georges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard, 1991 ou encore Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce, Hatier, 1992

    (7) Nicolas Bloudanis, Faillites grecques: une fatalité historique?, Éditions Xérolas, 2011

    (8) Les agences ont recommencé à noter les États depuis 1975. L’État grec, en particulier, en fait de nouveau les frais aujourd’hui.

    (9) Philosophe et législateur né en 640 et mort en 558 avant J.C.

    (10) Alain Joxe, Le peuple grec acculé à l’esclavage pour dette ou à la démocratie ?, Mediapart, 5 novembre 2011

    (11) François Chesnais, Quand les banques font main basse sur les politiques publiques, Raisons d’Agir, 2011

    (12) En référence aux enseignements que tire Cornelius Castoriadis de la démocratie athénienne

    (13) Gabriel Colletis, L’urgence industrielle !, Éditions Le bord de l’eau, 2012

    (14) A.-G. Pascual et P. Ghezzi, «The Greek Crisis: Causes and Consequences», CESifo Working Paper, n°3663, novembre 2011

    (15) Le Monde, 14 février 2012

    (16) Le déficit budgétaire primaire (avant paiement des intérêts) est passé de 10.6% du PIB en 2009 à 2.4% en 2011, proche du point où la Grèce n’aura à emprunter que pour reconduire et honorer le service de sa dette.

    (17) Les importations d’armes constituent un quatrième cas, à part des trois autres. Comme on le sait, la Grèce est un très important acheteur d’armes (le quatrième au monde, devant la Turquie). La baisse des achats d’armes s’est toujours heurtée aux impératifs de protection du territoire liés à la proximité du puissant voisin turc. On peut cependant se demander si d’autres motifs ne pèsent pas également très lourd, comme par exemple, les commissions et autres «pots de vin» qu’encaissent ceux qui assurent le commerce de ces armes.

    (18) Ainsi en a convenu le ministre allemand de l’intérieur, H.-P. Friedrich. Celui-ci a récemment déclaré auSpiegel que «les chances de la Grèce de se redresser et de redevenir compétitives étaient évidemment plus grandes en sortant de la monnaie unique qu’en restant dans la zone euro» (citation reprise dans Le Monde du 29 février 2012, «Les Allemands votent le plan d’aide à la Grèce, mais la majorité se divise»).

    (19) Ugo Mattei, «Rendre inaliénables les biens communs», Le Monde Diplomatique, décembre 2011.

    (20) «O Zeus, retiens-les!», Hervé Kempf, Le Monde, 23 janvier 2012.

    (21) «Z» comme Zoe, la vie ou, plus précisément, «il vit».

    (22) Manolis Glezos est très connu et respecté pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole dans la nuit du 30 au 31 mai 1941.

    (23) «L’oracle de Naxos», Le Monde, 29 février 2012.

    (24) En septembre 2011, une mission de l’Union européenne destinée à relancer l’économie s’est rendue en Grèce, dotée de 15 milliards d’euros. Cette mission ne semble pas avoir beaucoup progressé du fait des procédures et des difficultés à satisfaire les conditions d’éligibilité «standards», notamment un cofinancement local.

    (25) http://www.lepoint.fr/monde/grece-le-piree-port-chinois-sur-la-mediterranee-20-02-2012-1433069_24.php

    (26) http://www.mleray.info/article-grece-resistance-elada-manolis-glezos-et-miki-theodorakis-99399142.html

    (27) «Sauvons le peuple grec de ses sauveurs!», tribune par un collectif d’intellectuels et d’artistes européens, Libération, 21 février 2012.


    URL article : http://histoireetsociete.wordpress.com/2012/03/04/la-grece-peut-elle-disparaitre-par-gabriel-colletis/


    votre commentaire
  • Révélation d’une employée de l’Elstat, l’institut statistique grec

     

    Zoé Gorganta a révélé que le chiffre du déficit public de 2009 avait été gonflé artificiellement lors de sa révision à la hausse en novembre 2010 de 13,6 % à 15,4 % du PIB.

     

    Ces chiffres auraient été aggravés à dessein afin de culpabiliser les Grecs jusqu’à ce qu’ils acceptent l’abaissement de leur niveau de vie, la ruine de leur économie et le dépeçage de leur patrimoine, le tout imposé par l’Union européenne. Il fallait pour cela que le déficit grec dépassât celui de l’Irlande et devînt ainsi un record dans la zone euro.

     

    Zoé Gorganta a été bien sûr immédiatement licenciée.

     

    Le procureur d’Athènes, Grigoris Peponis, a obtenu jeudi du parlement grec, la mise en place d’une commission parlementaire d’enquête concernant le niveau du déficit public hellénique en 2009. Georges Papandréou et de son ministre des Finances d’alors Georges Papakonstantinou semblent d’ores et déjà mouillés jusqu’au cou. La Commission d’enquête doit démontrer qu’ils auraient commandités le tripatouillage des chiffres.

     

    La transmission de l’affaire au parlement a provisoirement évité au président de l’Elstat, Andreas Georgiou, d’être mis en examen pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », et de risquer une condamnation de prison à vie. Pour sa défense, il tente de noyer le poisson dans un océan d’eau trouble : il a soumis au procureur un dossier de pas moins de 74.500 pages au prétexte d’expliquer le mode de calcul du déficit et a effectué mercredi une déposition de 110 pages.


     La commission parlementaire grecque devra donc faire la lumière sur un scandale susceptible de révéler la gigantesque entreprise de corruption qu’est devenue la « construction » européenne. Si cette première victoire de la liberté est encourageante, il est à craindre que tout soit fait pour lui mettre des bâtons dans les roues et les médias français – champions de la désinformation – testent déjà leur manœuvre de dé crédibilisation sur le thème éculé de « théorie du complot ».

     

    Il est désormais indéniable que la troïka n’a plus aucune crédibilité pour « contrôler » sur place les comptes grecs,


     Il devient évident que la manipulation de la crise visait à mettre en place le fameux « Nouvel Ordre Mondial » où les banquiers mettraient en faillite les états pour installer une dictature en Eurozone, puis en Europe, puis ailleurs.

     

    http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite1_1_29/11/2011_416985


    URL article : http://www.wikistrike.com/article-revelations-sur-le-deficit-public-grec-100102805.html


    votre commentaire
  • Travailleurs français, solidarité avec le peuple grec face à l’ennemi commun : la BCE, l’UE du capital et les gouvernements à leur solde

     120211_Akropoli.jpg

    Voilà deux ans que la BCE, l’UE et le FMI sont « au chevet » de la Grèce, que Merkel ou Sarkozy donnent des leçons au peuple grec, que les gouvernements grecs successifs se défaussent.

    Le résultat est dramatique. Les salaires et les retraites ont été amputés de 20 à 40%. Les services de santé sont complètement désorganisés. Des enfants vont à l’école sans avoir mangé. Un tiers de la population se retrouve sous le seuil officiel de pauvreté. La jeunesse qualifiée ne trouve pas d’autre voie que l’exil.

    Pourtant, malgré ces sacrifices, la dette publique, ce prétexte à la casse des acquis sociaux et démocratique, ne cesse encore de se creuser. Quoi de plus logique ? Les intérêts des financiers enflent toujours. L’économie est paralysée. Les salariés, les retraités, à qui on demande de payer la crise, n’y sont pour rien !

     

    Devant une telle injustice, devant le pillage du pays, le peuple grec exprime de plus en plus fortement sa colère. Le pouvoir a de plus en plus de mal à la contenir. Les organisations syndicales réformistes (socio-démocrates) sont dépassées. Les agents provocateurs incendient le centre d’Athènes pour préparer une répression violente, pendant que le gouvernement réorganise l’armée. Mais les capitalistes européens sont-ils prêts à cela ? Quel effet une telle répression pourrait-elle avoir dans les autres pays de l’UE ?

     

    Travailleurs français, nous sommes directement concernés par ce qui se passe en Grèce. L’UE du capital a besoin de faire un exemple en saignant le peuple grec. Il s’agit de préparer les plans de super-austérité dans les autres pays dont la France.

     

     L’UE, avec son instrument l’euro, soutenue par les capitalistes grecs, a contribué à ruiner le pays. La production nationale a été écrasée par la concurrence des pays plus développés (zone euro) ou à monnaie faible (Turquie). Les gouvernements, de gauche et de droite, ont été encouragés à recourir à l’endettement pour compenser les cadeaux inouïs consentis aux armateurs et autres capitalistes grecs dont les rejetons peuplent les luxueuses stations de sport d’hiver de Suisse ou de France, pendant que leurs compatriotes sont dans la rue.

     

    Depuis le début de la « crise financière » en 2008, la Grèce, pays plus fragile, avec un Etat et une démocratie plus faibles, est plus précocement et plus durement frappée. Mais les capitalistes, avec l’UE, visent tous les pays européens, dont la France. 

     

    Au nom de la dette publique, en Italie, un nouveau gouvernement non élu, soutenu par la droite et par la gauche opère des reculs sociaux, comme la casse du contrat de travail, que le repoussoir Berlusconi ne pouvait pas commettre. Idem en pire au Portugal ou en Espagne où la gauche a préféré avancer les élections pour passer la main à la droite.  En France, la situation est gelée par les élections mais la prochaine majorité, quelle qu’elle soit, aura la même tâche. La dérive à droite du débat électoral, marqué par le consensus européen droite-gauche, l’annonce. Souvenons-nous que les socialistes de Papandréou ont gagné les élections en Grèce en 2008 sur la promesse d’une augmentation des salaires de 5%...

     

      C’est pour cela qu’ils ont un problème avec la Grèce. C’est une raison supplémentaire pour être solidaires des travailleurs grecs et de leurs organisations les plus conséquentes, le Parti communiste (KKE) et le mouvement syndical PAME.

     

    Les capitalistes ont besoin de l’euro pour enfermer les peuples dans les plans d’austérité, pour leur imposer le Traité de Maastricht à perpétuité.

    L’idée même que le peuple grec, qu’un seul peuple, puisse rejeter l’euro et l’UE par référendum, dans la période, était inacceptable pour les eurocrates. Merkel et Sarkozy ont fait annuler le projet de référendum que Papandréou avait trouvé pour se sortir d’une situation politique intenable.

    Ils ont imposé un nouveau premier ministre, un financier, en bafouant la démocratie grecque.

    S’ils doivent faire la part du feu, laisser la Grèce sortir de l’euro, ce doit être en accusant les Grecs d’être « indignes de l’euro » et surtout pas de les laisser exprimer leur rejet de la monnaie de l’UE du capital. Les autres peuples pourraient suivre la même réflexion.

     

    En Grèce, plus visiblement qu’ailleurs, est apparue la connivence totale de la droite et de la gauche pour enfoncer le pays dans l’intérêt des capitalistes européens. D’ici les élections générales d’avril, le pouvoir a du mal à trouver une coalition d’alternance, de droite ou de « gauche » qui puisse continuer à défendre l’UE du capital, tenter de la réhabiliter pour que sa domination perdure.

     

    Communistes français, nous appelons, plus que jamais, à la solidarité avec les travailleurs grecs. Notre ennemi commun est l’UE du capital et les forces politiques qui la soutiennent : droite UMP, gauche PS et leurs satellites.

     

    Remise en cause de l’UE et de son instrument l’euro ! Non au projet de nouveau traité européen ! Abrogation du traité de Maastricht !

    Par PCF - Section Paris 15ème


    votre commentaire
  • Inhumain, infernal et inacceptable!

    Voilà où conduit l'accord Sarkzy-Merkel

     

     Une vie infernale pour la classe ouvrière, pour l’ensemble des travailleurs, voilà ce que réserve le « front noir » de la coalition gouvernementale, de la Troïka et de la ploutocratie.

     

    Leur accord sur les mesures qui ont été annoncées n’est que le début, préfigurant de mesures bien pire encore, qu’ils vont mettre en place avec leur nouveau accord d’ici juin 2012. Par Nicolas Maury.

     

    1 – Salaires :

     

    - Diminution du salaire minimum de 22% ( Convention collective de travail/ CCT ; accords professionnels et sectoriels);
    - Diminution supplémentaire du salaire minimum pour tout nouvel embauché de 10%, en plus de la diminution de 22%, à savoir une baisse de 32% ;
    - Suppression des conventions de branche ;
    - Gel des salaires jusqu’en 2015 ;
    - Les emplois à temps plein peuvent être transformés en emploi à temps partiel, sur décision du patron ;
    - Les augmentations automatiques de salaire basées sur l’ancienneté sont suspendues tant que le chômage ne descendra pas en-dessous de 10% ; de fait elles sont abandonnées ;
    - Les conventions collectives auront une durée maximale de 3 ans ;
    - Toutes les conventions collectives qui s’appliquent aujourd’hui expireront une année après l’adoption du nouveau mémorandum ;
    - Révision de la nouvelle CCT d’ici la fin juillet afin de s’aligner sur le salaire minimum des pays concurrents (Portugal, Turquie, Europe centrale et du sud-est) ;
    - Suppression du recours unilatéral à l’arbitrage de commissions paritaires;

     

    2 – Retraites – contributions sociales :

     

    - Diminution des pensions de 300 millions d’euros par an. Les nouvelles baisses toucheront à la fois les pensions de base et complémentaires ;
    - De nouvelles baisses dans les retraites de base de plusieurs fonds de pension qui vont s’appliquer rétrospectivement à partir du 1er janvier 2012 ;
    - Fusion de tous les fonds de pension complémentaires d’ici juin 2012 ; (mise sur pied d’une étude qui conduira à de nouvelles coupes dans les pensions complémentaires et des primes de départ à la retraite.)
    - Baisse de 2% des cotisations sociales patronales avec suppression des cotisations pour l’Organisme du logement ouvrier et des allocations sociales. Ces organisations vont fermer leur portes ;
    - Nouvelle baisse des cotisations que les patrons vont payer pour l’IKA (le plus grand fonds de pension des travailleurs du privé) à partir du 1er janvier 2013, de 3% ;

     

    3 – Employés du secteur public, des anciennes entreprises et banques publiques

     

    - La suppression des emplois stables dans les anciennes entreprises et banques publiques et baisse des salaires ;
    - Nouveaux licenciements de 15 000 fonctionnaires en 2012, à travers le dispositif de la « réserve de main d’oeuvre » ;
    - Réduction du nombre de travailleurs du secteur public, travaillant avec des contrats temporaires, par le non-renouvellement des contrats ;
    - Coupes de 636 millions d’euros des salaires des employés du secteur public payés selon une échelle de salaires spécifique d’ici la fin juillet 2012 ;
    - Nouvelles coupes dans les salaires du secteur public par la révision de l’échelle des salaires ;
    - Suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d’ici 2015, et non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5 ;
    - Diminution du nombre général de nouvelles recrues dans les académies (armée, police) qui garantissait un emploi automatique dans le secteur public ;
    - Fermeture d’organisation et d’entités publiques d’ici juin 2012 ;

     

    4 – Nouvelles mesures en 2012 :

     

    - Réduction des dépenses dans le secteur de la santé de 1,1 milliards d’euros ;
    - Coupes dans une série d’allocations sociales, en adoptant des critères de revenu ;
    - Baisse des allocations pour les familles avec plus de 3 enfants ;
    - Baisse des dépenses de fonctionnement et de consommation de l’État de 300 millions d’euros ;
    - Coupes dans plusieurs entités sous contrôle des ministères de l’Éducation et de la Culture de 200 millions d’euros ;
    - Réduction des dépenses sur les heures supplémentaires pour les médecins dans les hôpitaux, de 50 millions d’euros ;
    - Diminution du budget des Programmes d’investissement public de 400 millions d’euros ;
    - Baisse des dépenses sur les équipements militaires pour la défense du pays

     

    Un nouveau système fiscal en juin 2012 qui supprimera une série d’exemptions fiscales qui reste au bénéfice de certaines catégories de travailleurs. D’importantes exonérations fiscales seront concédées au grand capital .


    votre commentaire
  • La crise est celle du système capitaliste même et non celle de la dette comme l'affirment plusieurs forces bourgeoises et opportunistes. La crise capitaliste est l'occasion et le prétexte pour imposer maintenant des mesures qui étaient prévues à l'avance et sont nécessaires à la compétitivité et à la profitabilité des monopoles Européens

     

    Grèce : Les mythes sur la crise et la réponse du KKE et du mouvement syndical de classe

    On ne vient pas de découvrir ce massacre des acquis de la classe ouvrière et des couches populaires acté par le mémorandum du 12 février 2012 tout comme par le premier Mémorandum (2010) et le Programme à moyen terme, il était écrit depuis le Traité de Maastricht jusqu'à la « Stratégie Euro 2020 » dont ont convenu l'ensemble des gouvernements de l'UE avant la crise. La crise est celle du système capitaliste même et non celle de la dette comme l'affirment plusieurs forces bourgeoises et opportunistes. La crise capitaliste est l'occasion et le prétexte pour imposer maintenant des mesures qui étaient prévues à l'avance et sont nécessaires à la compétitivité et à la profitabilité des monopoles Européens. Ce sont des mesures réactionnaires qui ont comme objectif immédiat de créer une force de travail bon marché et de pousser à la faillite toute une série de PME. Sans transformations radicales au niveau de l'économie et du pouvoir, tant que les monopoles capitalistes seront partout dominants au sein de l'UE il ne pourra y avoir de solution dans les intérêts du peuple, comme on le retrouve chez certaines conceptions de forces opportunistes, tel SYNAPSISMOS et les forces du Parti de la gauche européenne (PGE). Les divers fonds soi-disant dans les intérêts du peuple, l'utopique humanisation de la BCE, les divers emprunts qui seront financés par le peuple à travers les Euro-bonds ou par la re-négociation proposée par le PGE ou par le partage de la dette entre une partie supposée légitime et une autre odieuse, ce qui signifie que le peuple aurait encore à la payer.

    De tels propositions gestionnaires vont dans le sens de la profitabilité capitaliste et contre les intérêts du peuple, elles doivent être rejetées.

    La réponse du KKE et du mouvement syndical de classe

    Il en est désormais de la responsabilité du peuple. Il nous faut empêcher le pire. A cette fin, l'objectif fondamental du mouvement populaire doit être le renversement du capitalisme. La seule issue est le pouvoir populaire de la classe ouvrière avec retrait de l'UE et annulation unilatérale de la dette. Il n'y a pas d'autre solution dans les intérêts du peuple.

    Dans le déroulement d'une lutte de classe qui s'intensifie, la chute du gouvernement et les élections seront un point d'appui dans la lutte de classe, à condition que l'on s'en serve comme d'une arme pour produire une rupture encore plus importante dans ce système politique. Désormais, la question pour le peuple et pour chaque travailleur, pour les chômeurs, les travailleurs indépendants, les pauvres paysans, les jeunes et les femmes des couches populaires, pour chaque individu ce n'est pas juste de se libérer des partis de la ploutocratie, mais de soutenir le KKE. C'est seulement de cette façon qu'il pourra y avoir vraie rupture dans le fond.

    Tout autre option politique ne les effraie pas, ne leur rend pas la vie plus difficile, mais rend plus facile l'adoption d'une solution politique qui va rapidement se matérialiser pour continuer le massacre du peuple. Cela facilitera la promotion de nouvelles forces de réserve dans le système politique bourgeois, probablement de nouveaux partis ou alliances politiques, qui chercheront à berner de la manière la plus efficace le peuple. Seule l'alliance avec le KKE peut servir les intérêts du peuple, car une ligne politique dans les intérêts du peuple ne peut exister que sous le pouvoir populaire. Mais cela n'est pas suffisant ; aujourd'hui, les travailleurs ne doivent pas seulement se considérer comme de simples électeurs. Ils doivent être actifs, contribuer au travail syndical sur une base quotidienne, aux comités de lutte sur les lieux de travail, aux comités populaires sur chaque problème qui se pose au peuple afin que l'offensive anti-populaire rencontre une réponse concrète jusqu'à l'affrontement final pour le pouvoir.

    Rizospastis - traduit par le PTB

    votre commentaire
  • Par Sonia Mitralia

    (Ce discours de Sonia Mitralia, membre du Comite grec contre la Dette et de l’Initiative des Femmes contre la Dette et les Mesures d’Austérité, a été prononcé au meeting de Marseille du 17 février, organisé par la campagne française « pour un audit citoyen de la dette publique »).


    Le cours de l’histoire s’accélère et les événements cataclysmiques des derniers jours en Grèce doivent désormais convaincre même les plus hésitants : La Grèce tend à devenir aujourd’hui pour cette Europe de 2012 ce qu’a été l’Espagne pour l’Europe de 1936 ! Cette constatation apparemment osée n’est pas le fait de quelques romantiques.


    Non, c’est le fait de nos gouvernants car ceux qui nous l’assènent à longueur de journée depuis bientôt deux ans, ce sont ceux d’en haut, les Merkel et Sarkozy, le FMI et les banquiers, la réaction néolibérale par delà les frontières nationales, ceux qui ont choisi de transformer la Grèce en laboratoire de leurs politiques inhumaines et les grecs en cobayes de leur thérapie de choc. Il est plus que temps que nous, ceux et celles d’en bas de toute l’Europe, prenons à la lettre ce que nous disent nos Merkozy et leur Troika, et que nous agissons enfin en conséquence.


    Acceptons le défi et répondons leur que désormais, sans tarder, la Grèce va devenir un cas/test pour nous aussi, pour le mouvement des travailleurs, pour les mouvements sociaux et féministes, pour les peuples et les exploités de toute l’Europe ! Oui, faisons leur comprendre que Oui, nous sommes tous des grecs car, nous sommes pleinement conscients que le combat du peuple grec est plus que jamais notre combat. Que s’ils arrivent à briser les résistances et à soumettre le peuple grec, après ce sera notre tour, le tour de tous les autres peuples européens, l’un après l’autre, de passer à la trappe…


    Peut être vous vous souvenez qu’au tout début ils nous racontaient des balivernes du genre « c’est un cas unique et spécifiquement grec dû au fait que ces grecs sont des fainéants, rompus à la corruption et au mensonge » Cependant depuis lors, on a appris que le trou noir de la dette n’est pas spécifiquement grec, qu’il n’est pas dû à la prétendue…hypertrophie de l’Etat grec, car il est aussi bien américain que français, italien que japonais. En somme, qu’il est typiquement capitaliste et sa crise tout simplement…systémique.


    Mais, attention aux phrases toutes faites et aux clichés parce qu’ils sont inopérants pour décrire l’actuelle réalité grecque. Peut-on encore parler d’austérité même draconienne quand les salaires et les pensions baissent en Grèce de 40, 50 ou même de 60% ? Quand le pouvoir d’achat de l’écrasante majorité de la population est déjà amputé de 50, 60, ou même de 70% et plus ? Quand la classe moyenne de ce pays est ruinée et en voie de paupérisation galopante ? Quand les nouveaux salariés ne touchent plus que 417 euros et les nouveaux pensionnés 320 euros ? Est-ce de la simple « rigueur » quand un sur deux jeunes grecs est chômeur et le chômage atteint désormais 25% ? Comment peut-on parler des simples… « sacrifices passagers » quand la malnutrition fait des ravages parmi les petits élèves de l’école primaire, et la faim pointe le nez dans les quartiers même petit bourgeois des villes grecques ? Et comment peut-on prétendre que tout ca c’est « nécessaire pour mettre de l’ordre dans les finances » de la Grèce quand les bourreaux eux-mêmes admettent cyniquement que leurs politiques imposées de force à la Grèce ont échouées, ne font qu’enfoncer ce pays toujours plus profondément dans une récession monstrueuse et que la dette grecque ne pourra jamais être remboursée ?


    Alors, simple sadisme de la tristement célèbre Troïka ou plutôt guerre ouverte et déclarée du capital contre le monde du travail ? La réalité quotidienne nous oblige à l’admettre : Oui, nous en Grèce nous assistons à une véritable guerre de ceux d’en haut contre ceux d’en bas, des très riches contre tous les autres. Et en même temps, ne l’oublions pas car c’est très grave, nous assistons à la résurrection du pire néocolonialisme quand nous voyons la Grèce humiliée et dépourvue de pratiquement toute souveraineté nationale, traitée pas ses prétendus… partenaires européens comme une véritable colonie, un protectorat sous tutelle, dirigée sur place par un quelconque Gauleiter de Madame Merkel et de Monsieur Schaeuble…


    Et les grecs eux-mêmes, que font-ils ? Attention, ne croyez pas ce qu’on vous raconte des grecs. Vos medias sont comme les nôtres : la réalité qu’ils nous décrivent est totalement irréelle. Nous parlant de la Grèce actuelle, ils insistent sur le fait qu’il y a à Athènes un gouvernement d’Union Nationale appuyé par les quatre cinquièmes des représentants du peuple grec. Donc, si on les croyait on arriverait à la conclusion que les grecs sont plutôt maso et adorent être maltraités…
    Evidemment, la réalité est toute autre. Une douzaine de grèves générales en moins de deux ans, d’innombrables luttes et grèves très dures dans tout le pays, un climat presque insurrectionnel depuis des mois, un mouvement des Indignés -les Aganaktismeni grecs- qui a balayé toute la Grèce pendant 3 mois, des affrontements très violents avec les forces de répression déchaînées, des ministres et des députés qui n’osent plus sortir de chez eux depuis 10 mois car ils sont hués ou même tabassés par les passants, un parlement assiégé de plus en plus fréquemment par des centaines des milliers de manifestants qui tôt ou tard vont le prendre d’assaut,… voila un bref aperçu de ce qu’est devenue la routine presque quotidienne en Grèce depuis de longs mois.
    Mais tout ca ne représente que des secousses prémonitoires du très grand séisme social qui est en train de se préparer. En effet, un coup d’œil plus attentif suffirait pour qu’on découvre que la colère populaire bat actuellement des records historiques, que le pays est comme un volcan social prêt à exploser. D’ailleurs, les sondages qui se multiplient sont tous éloquents. L’appui populaire à ce gouvernement dit d’Union Nationale ne dépasse plus le 8% tandis que l’ensemble des partis à la gauche du PASOK social-démocrate font un score dépassant désormais les 50% ! Tout change à une vitesse hallucinante et le paysage politique grec subit un véritable chambardement sans précédent parce que des pans entiers de cette société sont à la recherche des solutions radicales à la crise et à leur paupérisation galopante. Vous voulez un exemple qui illustre parfaitement cette situation tout à fait exceptionnelle, qui ressemble de plus en plus avec ce qui se passait dans un certain entre deux guerres dans notre continent ? Le PASOK qui, il y a deux ans, a fait un triomphe gagnant les élections avec le score-record de 45%, obtient maintenant, selon tous les sondages, moins de 10% tandis qu’un groupuscule de tueurs néonazis atteint depuis peu les 3% ! Oui, la société grecque est déjà en train d’expérimenter sa propre République de Weimar…


    Alors, que faire ? La première chose c’est de crier haut et fort que les grecs ne doivent pas payer cette dette qui les étrangle et qui n’est pas la leur. Qu’on doit suspendre tout de suite son paiement. Pourquoi faire ? Pour faire ce que nous oblige de faire le droit international, l’ONU, nombre de conventions internationales signées d’ailleurs par nos gouvernements : Pour investir les sommes astronomiques consacrées maintenant au service de cette dette, à la satisfaction des besoins élémentaires de la société grecque, à la santé, l’éducation, les infrastructures, les services publics, les chômeurs, les gosses affamés, les familles monoparentales, les malades et les infirmes, les femmes qui sont maintenant contraintes d’assumer gratis et en famille toutes ces taches assumées par les services publics avant leur démantèlement et leur privatisation.


    Pour combien de temps ? Pour le temps qu’il faudra pour réaliser un audit citoyen de la dette afin d’identifier sa part illégitime qu’il faudra annuler et ne pas payer. Et tout ca en refusant obstinément de tomber dans le piège des chantages de nos bourreaux qui nous répètent à longueur de journée qu’une telle politique radicale mène automatiquement le pays à la sortie de l’euro et de l’Union Européenne, à un repli national obligatoire…


    Non, non et non. Nous refusons de payer cette dette et en même temps nous restons dans la zone euro. Et la raison principale est simple : parce que nous voulons nous battre avec vous, tous ensembles, la main dans la main avec tous les peuples et tous les travailleurs de ce continent, pour foutre en l’air cette Europe du capital, des Merkel et des Sarkozy. Parce que nous voulons créer et amplifier ce qu’on appelle la « crise systémique » de cette Union Européenne antidémocratique et antisociale des riches. Oui, il n’y a désormais qu’une seule perspective, la seule réaliste et faisable, celle du combat commun de ceux d’en bas partout en Europe. Camarades, c’est maintenant plus que jamais que l’union fait la force. Unissons-nous car tous ensembles nous pouvons toujours changer ce monde qui est en train de pourrir. Avant qu’il ne soit pas trop tard… Et rappelez-vous : Si ce n’est pas nous, alors qui ? Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?...


    votre commentaire
  • GRECE - Scandale : Frégates & sous-marins contre de "l’aide financière" Les Grecs ont faim, mais leurs arsenaux de guerre sont remplis.

    Et ils continuent à acheter des armes.

    Cette année 3% du PIB vont êtres brûlés en dépenses militaires. Seuls les États-Unis, en proportion,peuvent s’en permettre autant. Mais qu’est-ce-qui pousse Athènes à dépenser ainsi des montagnes ? La peur des Turcs ?

    Non, c’est la cupidité de Merkel et Sarkozy. Les deux dirigeants européens ont mis le gouvernement grec dos au mur depuis des mois : si vous voulez de l’aide, si vous voulez rester dans la zone euro, vous devez acheter nos chars et nos beaux navires de guerre . La pression de Berlin sur le gouvernement d’Athènes pour vendre des armes a été signalée ces derniers jours par une presse allemande choquée par le cynisme de Mme Merkel, qui impose des coupures et des sacrifices aux citoyens helléniques et se justifie ensuite en prétendant soutenir l’industrie de guerre de l’Allemagne.

    Jusqu’en 2009, les relations entre Athènes et Berlin étaient en plein essor, le gouvernement grec était dirigé par Kostas Karamanlis (au centre), un grand ami de Mme Merkel. Les "années Karamanlis" ont été une aubaine pour l’Allemagne. "En cette période - a calculé un magazine - les fabricants d’armes allemands ont gagné une fortune." L’une des commandes d’Athènes portait sur environ 170 panzers Leopard pour un coût 1,7 milliard d’euros, et sur 223 canons abandonnés par la Bundeswehr, la défense allemande.

    En 2008, les dirigeants de l’OTAN ont regardé, émerveillés, les folles dépenses d’armement qui ont propulsé la Grèce à la cinquième place dans le monde comme nation importatrice de munitions de guerre.

    Avant de finir son mandat de Premier ministre, M. Karamanlis a fait un dernier cadeau aux allemands en commandant 4 sous-marins produits par ThyssenKrupp. Son successeur, George Papandreou, un socialiste, a toujours refusé de les faire livrer.

    Il voulait éviter une dépense monstrueuse. Mais Berlin a insisté. Puis, le chef grec a trouvé une excuse pour dire non. Il a fait procéder à une évaluation technique par ses officiers de marine, qui ont jugé que ces sous-marins ne pouvaient pas prendre la mer.

    Mais la vérité,a tonné Théodore Pangalos vice Premier Ministre sous Papandréou, était que "on voulait nous imposer d’autres armes, mais nous n’en avons pas besoin." Le Ministre turc Egemen Bagis, dans un entretien avec le Herald Tribune, lui a donné raison et a déclaré catégoriquement : « . Les sous-marins de l’Allemagne et la France ne servent ni à Athènes ni à Ankara."

    Toutefois, M. Papandréou, dans un besoin désespéré de fonds internationaux, ne pouvait pas dire non à tout. L’été dernier, le Wall Street Journal a révélé que Berlin et Paris avait imposé l’achat d’armes comme condition de l’approbation du plan de sauvetage de la Grèce.

    Et ainsi, les dirigeants d’Athènes ont dû plier. En mars dernier une réduction a été obtenue de l’Allemagne : au lieu de quatre sous-marins achetés deux pour un prix de 1,3 milliards d’euros. Il a également dû prendre 223 chars Leopard II pour 403 millions d’euros, en enrichissant l’industrie allemande au détriment des pauvres Grecs. Du proxénétisme, selon le chef du Parti Vert allemand Daniel Cohn-Bendit.

    Papandreou a également promis de payer à Sarkozy. Lors d’une visite à Paris en mai dernier il avait signé un accord pour la fourniture de six frégates et 15 hélicoptères. Coût : 4 milliards d’euros. Et pour plus de 400 millions d’euros de patrouilleurs. En fin de compte, Merkel a réussi à se débarrasser de Papandreou, remplacés par Papademos, plus docile. Et les programmes militaires repartent de nouveau : la Grèce envisage d’acquérir 60 chasseurs intercepteurs. Les budgets sont en plein essor. Pour 2012, la Grèce prévoit des dépenses militaires plus de 7 milliards d’euros, 18,2 % de plus qu’en 2011, 3% du PIB. L’Italie est encore inférieur à 0,9 pour cent du PIB.

    Comme les paiements sont étalés au fil des ans, si la Grèce fait faillite, au revoir l’argent. Mais un porte-parole de Mme Merkel est convaincue qu « le gouvernement Papademos respectera les engagements ."

    Qui sait si ils vont respecter ce genre d’accord au Portugal, un autre pays qui a la tête sous l’eau et pour lequel l’Allemagne et la France ont encore des frégates, des sous-marins et des chasseurs...Quelles pressions Merkel et Sarko font pour obtenir des commandes en imposant la même recette : achat d’armes en échange d’aide.

    Les producteurs de ces armes ont besoin du soutien fort des gouvernements de leurs pays pour vendre leurs marchandises. Et les gouvernements font pression sur les acheteurs potentiels. Ainsi, dans le monde, les dépenses militaires risquent de se développer de façon alarmante : en 2011 elles ont atteint 1,8 billions de dollars, 50 % qu’en 2001...

    (Traduction La Louve pour BC)

    Source du document original Corriere della Sera


    votre commentaire
  • « Pas de solution à la crise dans les intérêts du peuple au sein du système capitaliste ! »

    programme matinal de la chaîne de télévision ANT1.

    aleka-papariga-KKE.jpg

     

    Que propose le KKE ? C’est un parti qui ne cherche pas à conquérir le pouvoir bourgeois. Il ne dit pas « Votez pour nous, nous formerons un gouvernement et cela va changer ». Que proposez-vous afin de nous sortir de l’impasse ?


    Aleka Papariga : Quand nous disons aux gens que le système capitaliste – et nous disons cela au sujet du système capitaliste Européen qui est en fin de cycle – ne peut objectivement aujourd’hui apporter de solutions, il a donné tout ce qu’il avait à donner, ce qui signifie qu’ils ne faut pas attendre du KKE qu’il participe au système politique bourgeois, dans un gouvernement de gestion du système qui n’a plus rien à offrir.


    Donc, vous parlez de renverser le système.
    Aleka Papariga : Bien entendu.


    Cela ne vous intéresse pas de participer à une coalition gouvernementale ?


    Aleka Papariga : La question n’est pas de savoir si cela nous intéresse. Les conséquences en seraient désastreuses pour notre peuple. Et nous serions nous-mêmes confrontés à une grosse contradiction qui est d’une part que nous lancerions des mots d’ordre qui vont dans les intérêts du peuple et invoquerions nos 90 ans d’histoire et d’autre part nous nous assiérions pour négocier la suppression des primes de Pâques et de Noël. La question n’est pas ce que nous voulons.


    Si les gens votaient pour vous et vous permettaient de réaliser un gros score, je fais une hypothèse, que leur diriez-vous : « Je ne vais pas gouverner, car je vous ferais du mal, puisque je ne peux pas gouverner dans le cadre du système capitaliste » ?


    Aleka Papariga : Le peuple Grec, lorsqu’il donnera une telle majorité au KKE, sera prêt à se jeter dans la bataille. Nous expliquons notre ligne politique dans son intégralité. Nous ne sortons pas dans la rue pour dire qu’un gouvernement peut imposer deux ou trois bonnes solutions. C’est le genre de mensonges que sortent les autres partis. Et, selon moi, nous devons dire soit que les politiciens et les cadres sont incompétents, chose que je ne crois pas, soit qu’ils mentent consciemment.
    Si nous pouvions nous prémunir des conséquences de la crise et résoudre les problèmes que connaît le peuple, en participant à un gouvernement, nous y participerions. Nous avons de l’audace et nous prenons des risques. Mais c’est impossible. Que ces partis qui parlent de gouvernements progressistes de gauche ou de centre-gauche, ou de centre-droit nous expliquent qu’ils vont former un gouvernement. Le jour suivant, ils auront à faire face à plus de mémorandums, de prêts, à la Fédération hellénique des entreprises, aux fédérations patronales. Vous savez ce qui se passe actuellement ? Même lorsque dans un secteur ou une usine, la lutte permet de faire pression sur le patron et le contraint à un petit recul, la fédération patronale lui saute dessus et lui dit surtout de ne pas reculer car cela créerait une brèche dans d’autres entreprises. Ainsi, le travailleur n’a pas seulement à affronter son propre patron, mais aussi les propriétaires de capital et des moyens de production dans son ensemble.


    Élections : si nous jetons un œil aux sondages, nous n’aurons pas de gouvernement sans coalition. Quelle place jouerez-vous dans ce processus ? Est-ce que le KKE va encore une fois clamer haut et fort qu’il est le seul à représenter la gauche ?


    Aleka Papariga : Nous le disons pas de la manière dont vous le dites. Nous cherchons à exprimer objectivement, par nos positions, les intérêts de la classe ouvrière et d’une grande partie des travailleurs indépendants et d’une grande partie des paysans, mais pas tous les indépendants ni tous les paysans. Nous identifions des forces sociales. Nous nous adressons au travailleur, tant à ceux qui votent Nouvelle démocratie que ceux qui votent PASOK. Nous ne voyons que des forces sociales, car, quand vous parlez en termes de gauche, de droite, de centre, aujourd’hui vous ne dites rien.
    Les gens n’ont rien à perdre ; au contraire, ils ont quelque chose à gagner si un gouvernement faible sort des élections. Plus fort sera le gouvernement, plus dur et résolu il sera contre le peuple.
    Soyons réalistes sur les prochaines élections. Il est possible que le peuple en sorte grandi et puisse être en mesure de faire obstacle au travail du prochain gouvernement. Le peuple ne doit pas avoir peur. Si il n’est pas possible de former un gouvernement avec un seul parti, ils s’entendront entre eux. Ils s’y préparent déjà. N’écoutez pas M.Samaras, n’écoutez pas ce que M.Papandreou ou le prochain leader du PASOK disent. Certains sont déjà prêts à y apporter leur contribution. Nous espérons qu’un moment viendra où la formation d’un gouvernement sera impossible et le peuple interviendra. Ce qui est compte, c’est que nous n’ayons pas un gouvernement fort. Nous ne pouvons pas avoir de gouvernement dans les intérêts du peuple.


    C’est assez habile, d’un point de vue politique. Vous dites qu’il ne peut y avoir de gouvernement progressiste, excluant la possibilité d’un gouvernement non seulement avec votre parti mais aussi avec M.Tsipras (SYRIZA) et M.Kouvelis (Gauche démocratique).


    Aleka Papariga : Nous l’affirmons clairement. On ne fait pas simplement allusion.


    Donc vous l’affirmez clairement.


    Aleka Papariga : Il ne peut y avoir de gouvernement progressiste qui puisse coexister avec les monopoles, non seulement dans l’économie mais partout, qui entamerait des négociations au sein de l’UE – car c’est ce qu’ils disent : qu’ils vont mener les négociations dans un esprit combatif, mais cela ne peut se produire. Ces deux choses sont incompatibles. Mais nous pouvons avoir un mouvement fort, le lendemain des élections.


    Les gens nourrissent des attentes envers vous. Ils disent que le KKE pourrait se trouver devant une situation historique qu’il n’a peut-être jamais connu depuis la fin de la dictature, pouvant faire sentir sa présence sur la base des voix qu’il pourrait gagner et ils veulent connaître les propositions du KKE pour une sortie de crise. C’est ce qu’attendent des gens qui n’ont pas de lien idéologique avec le KKE.


    Aleka Papariga : Nous avons une proposition de sortie de crise. Je ne vais pas juste vous dire que nous l’avons distribué sous forme de tracts. Nous organisons des rassemblements, des réunions dans toute la Grèce. Nous ne pourrions en réalité vous la présenter en une minute. Si il s’agit de dire qu’il peut y avoir une sortie de crise alors que tout restera à l’identique et qu’un gouvernement qui sortira des élections changera tout par des lois votés au parlement, et bien cela est impossible. Autrement dit, il ne peut y avoir d’issue dans les intérêts du peuple dans le cadre du système actuel.


    Vous parlez de renverser le système.


    Aleka Papariga : Oui, mais cela ne se fera pas en un soir ni en une seule offensive. Nous disons la chose suivante : dans chaque bataille, le peuple doit concrétiser des avancées par des victoires, même partielles, conquises dans la lutte. Nous ne pouvons pas exclure la possibilité d’une rupture radicale dans les années à venir. Les gens décideront d’eux-mêmes et dans le même temps ils doivent y être prêts et exercer une pression décisive, en empêchant le pire et en remportant des acquis. Nous ne pouvons pas fixer de date pour la transformation du système politique, nous ne pouvons pas fixer un délai d’une, deux ou trois années car cela dépend de la majorité du peuple, cela n’est pas du ressort du seul KKE. Si le peuple n’en prend pas la décision, il n’y aura pas de changement.


     Source : site du PC Grec (KKE) en français


    votre commentaire
  • Mikis Theodorakis : « Je veux les regarder dans les yeux avant qu’ils votent » « Je veux les regarder droit dans les yeux, avant qu’ils votent pour les mesures d’austérité » a déclaré le célèbre compositeur Mikis Theodorakisaux aux journalistes avant d’entrer dans le parlement grec.  »Ils se préparent à voter pour la mort de la Grèce » a-t-il souligné.  Mikis Theodorakis, 85 ans, et Manolis Glezos, 89 ans, avait appelé les gens à manifester devant le Parlement ce dimanche.

    Les deux hommes se rendirent ensemble à joindre à la manifestation, quand ils ont été victimes du gaz lacrymogène tiré par la police. Les masques chirurgicaux qu’ils portaient ne les ont pas empêché de se sentir mal à l’aise. Ils ont tous deux été traités au cabinet médical du Parlement. Comme anciens députés, Theodorakis et Glezos assisteront au vote des sièges réservés pour le public.

    « Nous envoyons un message d’optimisme. Nous nous sommes battus et cette fois nous allons gagner  », a déclaré Theodorakis, qui avait combattu pendant la guerre civile et la dictature militaire et qui a été condamné plusieurs fois à exil.

    source : keeptalkinggreece.


    votre commentaire
  • Athènes, envoyé spécial. Malgré les défections d'une quarantaine de députés des partis de la coalition gouvernementale, le nouveau plan d'austérité imposé à la Grèce par l'Union européenne et le Fonds monétaire international a été adopté par le parlement. Dans la rue, les manifestations sévèrement réprimées ont fait au moins 50 blessés à Athènes et de nombreux immeubles en feu. Deux figures historiques de la Grèce contemporaine, Manolis Glezos et Mikis Theodorakis, présents dans la manifestation, ont reçu de fortes doses de gaz lacrymogène. Retour sur cette journée cruciale avec le récit de notre envoyé spécial, Fabien Perrier.

    Grèce: malgré la résistance de la rue, Athènes adopte l’austérité

    Athènes, dimanche soir

    Les scènes qui se déroulent actuellement à Athènes sont d’une violence inouïe, indécente dans un pays membre de l’Union Européenne, censée respecter des valeurs aussi fondamentales que les droits de l’Homme ou la démocratie. Alors que les milliers de manifestants se rassemblaient tranquillement sur la place Syntagma, à l’appel des deux confédérations syndicales GSEE (privé) et Adedy (public) et de la gauche (Syriza, Andarsia…) ou sur la place Omonia à l’appel du KKE, la police a littéralement gazé la place, puis les rues alentours. Le prétexte invoqué pour justifier ces actes: des groupes de contestataires ont fait pression sur un cordon des forces antiémeutes devant l'esplanade du soldat inconnu, en contrebas du parlement, selon les images en direct du site internet Zougla.

    Au sein de la Vouli, les députés débattaient d'un plan d’austérité, dont l’application est une condition sine qua non afin que les gouvernements de l’Union Européenne accordent un nouveau prêt à la Grèce. Ce plan comporte pourtant le même type de mesures que celles appliquées depuis mai 2010, lors du vote du 1er mémorandum contre un premier prêt de 110 milliards d’euros. Depuis, la Grèce s’enfonce dans la récession, le chômage et la misère. Le nombre de chômeurs a ainsi franchi la barre des 1 million dans un pays qui compte 12 millions d’habitants! Dans ce contexte, le ras-le-bol grimpe dans la population. Son expression alterne cependant entre un sentiment d’impuissance, correspondant à un reflux des protestations, et une volonté d’agir, voire d’en découdre, correspondant à un renouveau des mouvements sociaux.

    Tout a été fait pour vider la place de la Constitution

    Depuis lundi 6 février, les Grecs auront ainsi vécu 3 grèves générales, dont une de 48 heures, trois journées d’action consécutives, avec, à la clé, un dimanche au cours duquel l’encerclement du Parlement était prévu. Il n’aura pu avoir lieu tant tout a été mis en œuvre pour vider la place de la Constitution du moindre manifestant : gaz lacrymogènes, et autre produits chimiques, bombes assourdissantes, escadrons de police à moto… 

    A 22 heures, 5 heures après le début de la manifestation, la population restait cependant massée dans les artères avoisinantes. La télévision grecque, publique comme privée, passait sous silence cette persistance de la contestation. En revanche, elle ne cessait de retransmettre les débats dans la Vouli, où les deux principaux groupes, Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie (droite) tenaient le discours de la dramatisation: le nouveau plan ou la faim.

    Des barricades dans les rues

    La faim, de toute façon, est elle aussi contenue dans le plan: baisse de 22% du salaire minimum, coupe dans les retraites, licenciements facilités… Tous les ingrédients de la paupérisation que connait actuellement le pays sont renforcés. Mais la population ne souhaite pas accepter cette dose supplémentaire d’austérité. Ainsi, à 22h.15, elle commençait à établir des barricades dans les rues adjacentes à la place Syntagma. La sécurité civile évacuait des blessés. Des bâtiments étaient en feu. Malgré tout, une importante quantité d’irrésistibles continuait à rester dans les rues, bravant les forces de l’ordre, défiant un pouvoir qui refuse de les entendre.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique