•  Un message de solidarité depuis le Venezuela

    La jeunesse espagnole et le besoin de réapprendre la politique. . Par Jesse Chacon

    lundi 18 juillet 2011

    Moyen Orient

    Après plusieurs décennies d’un voyage organisé dans un monde d’apolitisme et de démobilisation, la jeunesse espagnole redescend dans la rue. Avec un taux de chômage dépassant les 40% chez les moins de 30 ans, ils disent et sentent qu’ils n’ont pas d’avenir.

    Moyen Orient

    Ils émergent d’une léthargie néolibérale prolongée qui les a convertis en un « item » de plus dans les études de marché, en une marchandise de plus sur les grand marchés du consumérisme international.

    Parmi leurs demandes et leurs analyses nous trouvons des messages comme ceux-ci :

    « Il se peut que nos politiques ne sachent pas ce qui est arrivé aux citoyens ses dernières années ou alors il s’en fichent. Ils ne connaissent sûrement pas les conséquences des réformes libérales. Ils ne savent pas ce que signifie pour 5 millions de personnes de se retrouver sans travail. Peut-être ignorent-ils que la mise en marche du Plan Bolonia implique le démantèlement de l’université publique, que l’éducation concertée (écoles publiques dont la gestion est sous-traitée par l’État à des écoles privées) saigne le budget de l’éducation publique. Ils ignorent surement que des centaines de familles doivent remettre leur maison aux banques et continuer à leur payer le prêt contracté. Ils ne s’imaginent même pas que les hôpitaux privés sont plus chers et qu’ils contribuent au délabrement d’une santé publique déjà mal en point. Il se peut que personne ne leur ait dit que les citoyens refusent que l’on sauve les banques privées avec des fonds publics. » (Jeune manifestant madrilène de la Puerta del Sol).

    Et dire qu’au Venezuela, alors que toutes ses problématiques ont été assumées par le gouvernement révolutionnaire, existe un petit groupe de jeunes que l’irrationalité de l’opposition a réussi à emmener vers le scepticisme et l’angoisse. Aussi insolite que cela puisse paraître, ceux-ci rêvent de trouver leur épanouissement à l’étranger et de construire ce rêve ibérique qui s’effondre sous leurs yeux à travers Facebook et twitter depuis la Puerta del Sol.

    Le paradis espagnol n’existe pas. Il a eu son moment de gloire avant d’être anéanti par la furie franquiste qui perdure encore aujourd’hui sous une façade démocratique alors qu’expire cette prétendue transition.

    En ce début de siècle, Alors que le néolibéralisme finissait de détruire les rêves des citoyen(ne)s espagnol(e)s, au même moment, en Amérique Latine, leurs anciennes colonies sont en train de développer un modèle qui vise à répondre aux demandes du plus grand nombre. En Espagne l’année 2010 s’est achevée avec 20% de chômeurs contre 6.7% au Venezuela - malgré la crise mondiale.

    Dans cette même logique, alors que l’Espagne privatise la santé et l’éducation, le Venezuela reconstruit progressivement ces espaces d’inclusion que sont l’éducation, l’emploi, la santé, le système de retraite et le logement.

    Le peuple vénézuélien fut à l’avant-garde de cette lutte contre ce modèle. Déjà le 27 février 1989, à l’instar des espagnols, des grecs et des nord-africains aujourd’hui, le peuple vénézuélien se soulevait contre le système, sans organisation, sans programme mais avec un adversaire clairement défini : le modèle capitaliste.

    Il est important que la jeunesse vénézuélienne et celle du monde entier suivent avec beaucoup d’attention ce qui se passe en Espagne. Là-bas les jeunes ont dit : « Avant nous n’avions pas de raison de nous battre, nous étions une génération gloutonne, aujourd’hui nous n’avons pas de futur ». Devant cette situation, les jeunes ont choisi de lutter. A ce propos, leur message est clair : « Si tu te bats, tu peux perdre. Mais si tu ne te bats pas, tu es perdu ».

    Cette volonté de lutte est la réaction d’une jeunesse indignée contre le remodelage façon néolibéral de leur pays mise en place et dirigée par la social-démocratie et la droite dure.

    Les jeunes espagnols ont parfaitement identifié leurs adversaires, ils les dénoncent dans leurs slogans. Ce sont les banquiers et les politiques qu’ils accusent d’avoir montés conjointement ces structures corrompues qui saignent le pays. Ceci est fondamental car le rôle politique du capital est mis en évidence. Le capital tire les ficelles des marionnettes politiques. Il ne s’agit plus du concept de gouvernement corrompu uniquement, mais d’une association de malfaiteurs qui associe le monde de la finance et le monde politique. C’est le capital qui vole et s’approprie avidement les ressources publiques afin de sortir du rouge en temps de crise ignorant ainsi sa rhétorique d’austérité fiscale, d’efficacité. Que d’hypocrisie !

    Ceci, les jeunes ne l’acceptent plus !

    Cette grande vague générationnelle dépasse le cadre d’une lecture faite à partir des mouvements sociaux ou de la sociologie politique. Plus qu’a l’émergence d’un nouvel acteur social ou mouvement social, nous assistons à la genèse d’une nouvelle atmosphère sociale, politique et culturelle. Une atmosphère de malaise général face à la crise mais avec une particularité importante : contrairement aux vagues de protestation juvéniles qui ont précédé la chute du mur de Berlin, celle-ci a des exigences claires et un adversaire bien déterminé.

    Ce protagonisme nouveau de la jeunesse espagnol est beaucoup plus proche de celui de la génération utopique des années 60 qui avait pour contexte les luttes dans le tiers monde : les luttes anticoloniales, les nationalisations et la réforme agraire, le nouvel habitat, la nouvelle science, la nouvelle université, l’avortement, la libération sexuelle et les rêves révolutionnaires. Pendant qu’en Europe et particulièrement aux USA, la jeunesse se mobilisait contra la guerre. Dans son ensemble, la génération des années 60 représenta un défi politique et culturel au mode de vie de cette société capitaliste d’après guerre.

    Aujourd’hui en Espagne comme au Venezuela le 27 février de 1989, nous constatons l’irruption de la jeunesse indignée qui, tournant le dos aux agendas individuels, prend les rues. La rage croît. Cependant, dans cette première phase, tout comme le Venezuela élabora l’agenda bolivarien, un programme doit être établi en Espagne et une proposition antisystème, comme une convocation à une assemblée constituante, doit être lancée afin de pouvoir inaugurer, comme dans notre pays, une époque de révolution sociale scellée par un pacte social, incluant et démocratique : une nouvelle constitution !

    L’indignation actuelle ne se transformera en changement que si cette génération espagnole, tout comme la vénézuélienne le fit en 1989, est capable de réapprendre la politique et la convertir en catalyseur du changement social.

    Jesse Chacón

    Directeur de la Fondation GISXXI

    www.gisxxi.org

    Original : Juventud Española : Necesidad de reaprender la Política, http://www.gisxxi.org/articulos/juv...

    Traduction : Yerko Ivan, pour www.larevolucionvive.org.ve


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  • 12 juillet 2011 Espagne : Les 5 des Asturies (Legrandsoir.info)

    Loic RAMIREZ

    Moyen OrientSur la façade en brique d’une vieille installation minière laissée à l’abandon, près de Turon, on peut voir, écrit à la peinture noire, une faucille et un marteau précédés par l’inscription en asturien « Equi ta la moceda comunista » (Ici se trouve la jeunesse communiste) (1). Une inscription en guise d’avertissement à ceux qui oublierait que les Asturies, région verdoyante du nord de l’Espagne, reste l’un des bastion des forces communistes du pays, héritière de la combativité de ses mineurs et employés portuaires.

    Très actifs lors des différents mouvements sociaux qui ont secoués la péninsule durant ces derniers mois, les militants du Parti Communiste des Peuples d’Espagne (PCPE) ont subit l’arrestation, à Gijón, de cinq membres de l’organisation entre le 14 et 15 juin 2011. Des mises en détention pour « terrorisme » suite aux accusations d’avoir lancé des cocktails molotov contre la façade d’une succursale de la banque Cajastur lors d’une manifestation datant de janvier de la même année (2). Parmi les inculpés, Sergio Naves, candidat à la municipalité pour le parti, s’est lui même rendu au commissariat se sachant recherché pour de telles inculpations. Trois des accusés sont pour leur part membres des CJC-CMC (les jeunes communistes du PCPE des Asturies). Tous ont réfuté les accusations portées à leur encontre, recevant la solidarité pleine de la direction de leur parti. Seul trois des militants furent, par la suite, placés en garde à vue sous la suspicion d’être les auteurs de cette dégradation.

    Le jeudi 17 juin, le juge de l’Audience Nationale, Eloy Velasco, a décidé de libérer les trois membres du PCPE considérant que cette affaire ne relevait pas du “terrorisme” mais d’un “délit commun” et n’avait donc pas à être examinée par un tribunal d’exception (3). Une décision qui a anéanti les ambitions de la brigade d’information de la police de Gijón qui comptait appliquer aux dirigeants communistes la législation anti-terroriste du Code Pénal, comprise entre les articles 571 et 579 et qui se rapporte à ce qui est dénommé “Kale Borroka”. Un terme qui se rapporte aux agitations et affrontements urbains lors de manifestations dans le Pays Basque dans une stratégie de déstabilisation téléguidée par ETA (4). Une petite victoire donc pour les partisans des militants communistes. Leur avocat, Raul Martinez Turrero, a pour sa part affirmé que l’identification par la police des dits suspects ne repose que sur la mise sous écoute de leur téléphones et qui à révéler leur présence à la manifestation en question (5). Pour le PCPE, aucun doute, cette affaire fait partie d’une vaste campagne de criminalisation et de neutralisation du mouvement communiste dans le pays. Rappelons que le parti est toujours mobilisé pour la défense de trois de ses membres catalans accusés de violence à l’égard de force de l’ordre et dont le procès, reporté, est prévu pour le 1er décembre 2011 (6).

    En attendant, le PCPE mobilise ses troupes et coordonne une campagne de solidarité à travers toutes les provinces du pays. Rassemblements et affichages s’organisent afin de libérer de toute charge d’accusation ceux qui sont désormais connus comme les “5 des Asturies”.

    Loïc Ramirez

    (1) Voir le videoclip “Semillas de Rosario” de Dark la eMe sur http://www.youtube.com/watch?v=THuZ...

    (2) http://www.elcomercio.es/v/20110616....

    (3) http://www.publico.es/espana/382500....

    (4) http://www.guardiacivil.org/quesomo....

    (5) http://www.lne.es/gijon/2011/06/17/....

    (6) Lire l’article “Les trois catalans” sur http://www.legrandsoir.info/Les-tro...

    URL de cet article 14181 http://www.legrandsoir.info/espagne...


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  • Plus de 2 000 personnes ont afflué sur la place de la Puerta del Sol, à Madrid, par solidarité avec les "indignés" de Barcelone.

    Plus de 2 000 personnes ont afflué sur la place de la Puerta del Sol, à Madrid, par solidarité avec les "indignés" de Barcelone.Audrey Garric 

    Envoyée spéciale - Ils étaient plus fatigués que jamais, mais la violente expulsion des "indignés" de Barcelone les a réveillés. Vendredi 27 mai, plus de 2 000 personnes ont afflué sur la place de la Puerta del Sol, au centre de Madrid, pour crier leur colère et se montrer solidaires des manifestants de la capitale catalane, dont la police avait fait évacuer, dans un climat très tendu, le campement pour faire "place nette" avant les célébrations de la finale de la Ligue des champions.

    La foule a agité des fleurs et des bouquets pour signifier sa condamnation de la violence.

    La foule a agité des fleurs et des bouquets pour signifier sa condamnation de la violence.Audrey Garric

     Pendant près de deux heures, la foule a agité des fleurs et des bouquets de toutes les couleurs, les mains souvent peintes de blanc, pour signifier son refus de la violence, scandant "Barcelone n'est pas seule" ou "Nous ne sommes pas des délinquants mais des citoyens" et brandissant des pancartes indiquant "Moins de policiers et plus d'éducation". Aux abords de la place, les forces de l'ordre se tenaient immobiles, devant une dizaine de fourgons.

    ÉTEINDRE LA TÉLÉVISION

    "Il est inadmissible qu'une telle manifestation de violence ait eu lieu à l'encontre d'un mouvement qui n'a cessé d'être pacifique, s'offusque Eduardo, psychologue de 33 ans. Les autorités ont voulu nous faire peur. Mais nous n'avons pas peur !". "Cela ne change en rien notre mobilisation, confirme Miquel, professeur d'histoire de 56 ans. Au contraire, ces événements vont renforcer le mouvement, nous souder davantage."

    Les autorités étudient une éventuelle évacuation de la place.

    Les autorités étudient une éventuelle évacuation de la place.Audrey Garric

     

    Certains, parmi les plus indignés des "indignés", ont appelé à éteindre la télévision, ce samedi soir, au moment de la diffusion du match de football opposant le FC Barcelone à Manchester United à Londres. "Le foot, c'est la seule chose qui intéresse le gouvernement, car il draine beaucoup d'argent", déplore Santiago, l'un des porte-parole du mouvement madrilène.

    A Madrid, les manifestants sentent d'autant plus solidaires que la police a déjà tenté de les déloger de la place emblématique de la ville, où campent encore plusieurs centaines de personnes. Le ministre de l'intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, a aussi annoncé que les autorités "étudiaient" une éventuelle évacuation de la place, suite aux demandes insistantes du gouvernement régional et des commerçants.

    Sur la place de la Puerta del Sol.

    Sur la place de la Puerta del Sol.Audrey Garric

     

    "Le maintien d'une adhésion forte au mouvement du 15-Mai dépendra en grande partie du comportement des autorités, souligne Jaime Pastor Verdu, politologue espagnol. Si elles se livrent à la répression et évacuent les campements, la mobilisation  gagnera en force et bénéficiera d'une solidarité accrue de la population."

    Audrey Garric, envoyée spéciale à Madrid


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  •  

    Tolède

    Les"indignados", les nouveaux dons Quichottes 

    Reportage. Si Madrid focalise tous les regards, 
des campements ont lieu dans d’autres villes espagnoles. 
Tolède n’a pas échappé 
au soulèvement populaire. 
Ici aussi, on réclame l’indépendance 
de la justice, 
la défense du service public et la fin 
de la corruption.

    Ce qui frappe le plus lorsqu’on arrive à Tolède, ce sont ces dizaines de lotissements surgis de nulle part, posés là en plein cœur de la Meseta balayée par le vent et la chaleur. Ce sont ces kilomètres d’autoroutes, de bretelles, de ponts, de chantiers à ciel ouvert, de pelleteuses et autres engins qui se meuvent comme au ralenti au milieu de motels et de stations-service étrangement vides. On est en plein Far West castillan, hors du temps. De Tolède l’arabe, de Tolède la juive, il reste des traces indélébiles. Et l’esprit de don Quichotte, dont les moulins, à quelques kilomètres de là, tournent à vide, semble veiller de loin sur cette ville étonnante, belle, trop peut-être à force d’être toilettée et briquée pour les centaines de touristes qui déambulent tous les jours au milieu de ses ruelles étroites, de ses coupe-gorge où l’on craint de croiser un rufian brandissant son épée. Mais Tolède s’est transformée au fil des ans en une ville conservatrice, catholique, apostolique et romaine qui a bouté dehors les Arabes et les juifs pour devenir l’une des villes symboles du franquisme lorsque le général Moscardo, du haut de l’Alcazar, refusa de se rendre aux troupes de la République. C’est aussi une ville qui, dimanche dernier, a renouvelé sa confiance au maire PSOE mais qui vote, lors des autres scrutins, à droite.

    C’est sur la place Zocodover, en plein cœur de Tolède, que le campement du mouvement M15 s’est installé. Ils sont une vingtaine à se relayer jour et nuit, un peu plus de deux cents lors des assemblées publiques qui se déroulent chaque soir à 20 heures. Loin du brouhaha et de l’effervescence madrilène de la Puerta del Sol, à Tolède, tout est plus tranquille. Chacun parle en son nom propre, me répète-t-on, en boucle. Mais ce qu’expriment Raul, Ana, Gustavo ou Sonia est à l’image de cette prise de conscience qui vient, comme un chien dans un jeu de quilles, bousculer l’apathie générale, réveiller les esprits, déstabiliser les états-majors politiques.

    On pourrait croire qu’ils sont une génération spontanée. Mais si l’on se penche attentivement sur les mouvements qui ont traversé le pays ces dernières années (manifs pour le logement, manifs contre la précarité, manifs contre les lois anti-étrangers, contre le traité de Bologne, contre les expulsions de squats), cela faisait plusieurs mois que le feu de la contestation couvait. Et ce sont ces jeunes qui, les premiers, font le lien avec ces luttes très récentes et l’histoire de leur pays, l’histoire de la transition démocratique, les dérives néolibérales des partis qui se sont succédé au pouvoir. On pensait cette génération accro aux jeux vidéo et bourrée de hamburgers aux hormones et voilà qu’au beau milieu de la conversation, Raul invoque les lois mémorielles, Roberto rêve de voir démolir El Valle de los Caidos ; qu’Ana, infirmière au chômage, refuse bec et ongles la privatisation des hôpitaux, de considérer les malades comme des clients ; qu’Alejandro ne lâchera pas les autorités tant que le Taje, autrefois majestueux, ressemblera à un cloaque. Non loin de là, de petits vieux, quatre-vingt-huit ans au compteur, béret vissé sur la tête, observent du coin de l’œil cette 
agitation. Ils comprennent la colère de ces jeunes « mais le chômage, c’est à cause de l’autre ». Quel autre ? 
« Felipe », précise l’un. « Zapatero, vous voulez dire ? » Bien sûr. Mais élevés au biberon du franquisme, la peur du rouge, même très pâle, et même très ancien, est encore vive par ici.

    Tout est affaire de contraste. Sol y sombra. Mais le soleil l’emporte ces derniers temps sur l’obscurantisme et la résignation. On ne peut toutefois s’empêcher d’éprouver une étrange sensation devant le contraste de plus en plus marqué et troublant entre la rue et les politiques. D’un côté, une rue déterminée, soudée, solidaire, qui fait l’apprentissage de la politique et de la démocratie directe chaque jour qui passe. De l’autre, des états-majors qui s’agitent. Au PP, on ne parle que d’élections anticipées. Au PSOE, c’est Règlement de comptes à OK Corral et ses camarades d’hier couvrent de goudron et de plumes Zapatero. À Izquierda Unida, on ne sait plus si l’on doit reconduire les alliances avec le PSOE en Estrémadure ou dans certaines villes de la banlieue sud de Madrid. Et au Pays basque, conservateurs (PP), PSE (Parti socialiste Euskadi) et PNV (nationalistes conservateurs) sont prêts à pactiser afin d’empêcher Bildu de diriger les régions de Vizcaye et de Guipuzcoa, détournant, sans état d’âme, le résultat des urnes qui a donné gagnante cette formation hybride qui regroupe des anciens de Batsasuna et une partie d’IU.

    Sous les fenêtres des mairies, là où los Indignados ont planté leurs tentes, les édiles restent sourds à la rue. Mais le débat se poursuit. À Tolède, on réclame l’indépendance de la justice, une réforme fiscale plus juste, la fin de la corruption, la défense du service public, une presse libre qui ne dépende plus des groupes financiers. À l’applaudimètre, Gustavo emporte le morceau : « Voilà quinze ans que l’on privatise, externalise dans tous les services publics de Castilla la Mancha. On le doit à un gouvernement qui se dit socialiste mais il est aussi corrompu que les autres. Ils ont favorisé la corruption, le clientélisme, j’approuve les revendications de la plate-forme ! » On décide d’étendre le mouvement dans quatre autres quartiers ce samedi : barrio Santa Maria, barrio Santa Teresa, barrio Santa Barbara, barrio de la Paloma. On approuve l’idée de retirer 155 euros le 30 mai prochain (15 pour le jour, 5 pour le mois, date de naissance du mouvement du M15). Enfin, « ceux qui le peuvent ! » lance un garçon qui récolte applaudissements et rires. Carlos reprend la parole. « Nous devons réfléchir à la suite du mouvement. Va-t-on lever le camp, rester ? On a pris Tolède, la rue est à nous. Mais si nous décidons de partir, qu’on se le dise bien fort : nous reviendrons ! »

    • A lire :

    "J’ai couru devant la police de Franco, alors ce mouvement, ça m’a mise  en joie. Cela fait des années que la classe politique se moque de nous,  nous trompe et que nous encaissons, encaissons, alors quand les gens  relèvent la tête, ça redonne de l’espoir. Sous Franco, on n’avait pas de  liberté, on avait peu de choses, nous étions un pays sous-développé, et  soudain, la démocratie : tout vous semble ouvert, possible." --> Lire la suite du témoignage

    --> Témoignages d'"Indignés" de la première heure

    --> Les « indignés » font des émules

    Tolède (Espagne), envoyée spéciale.

    Marie-José Sirach

     

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  • Pourquoi les Espagnols se mobilisent-ils en occupant les places des grandes villes ? Dans ce texte écrit sur le vif, une historienne de la pensée politique ouvre le débat. Elle montre que le mouvement du 15M s’appuie sur l’expérience de pratiques démocratiques autonomes mises en place par les centres sociaux autogérés.

    Ce texte est précédé d’une chronique écrite par un autre historien de l’Université Autonome de Madrid, Juan Luis Simal, qui permet de replacer les événements de la semaine dernière dans leur contexte.

    Chronique d’un mouvement horizontal, par Juan Luis Simal

    Pendant la semaine qui a précédé les élections du 22 mai ont eu lieu des protestations pacifiques dans les villes de toute l’Espagne, relayées à l’extérieur du pays, et qui ont réuni des milliers de personnes. Elles ont été baptisées de diverses manières, dérivées des plateformes qui les ont promues, des appellations utilisées pour les dénommer dans les réseaux sociaux, et de la presse : Democracia Real Ya (Une vraie démocratie maintenant), mouvement 15-M, #spanishrevolution, Indignados (Indignés), acampadasol (campement Sol), tomalaplaza (Prendslaplace), nonosvamos (Nousnepartironspas), yeswecamp etc.

    Parti Communiste Français
    Rassemblement à Barcelone
    (cc)Nora Gonsalvis

    Il s’agit d’un mouvement horizontal de citoyens qui ne représentent qu’eux-mêmes. Ils ont décidé de se réunir, en marge de tout parti et de tout syndicat, pour protester et débattre face à une classe politique qui, selon eux, ne les représente pas. Tout a commencé le dimanche 15 mai, avec des manifestations dans les principales villes espagnoles, convoquées par une plateforme indépendante de création récente : Democracia Real Ya. La protestation visait les mesures prises par le gouvernement après l’explosion de la crise financière, sous la devise « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiques et des banquiers ». À Madrid, après la manifestation, un groupe de jeunes décident de rester Puerta del Sol, mais ils sont délogés par la police le deuxième jour. Le 17 mai, de manière spontanée, un nombre plus important de personnes se concentre sur la place pour y passer la nuit, et d’autres campements surgissent dans beaucoup d’autres villes (cf. la carte des campements). Le mouvement s’accroît de manière exponentielle les jours suivants, sous l’impulsion de dynamiques internes et des réseaux sociaux. Des milliers de citoyens de tous milieux s’unissent aux concentrations, au sein desquelles aucun drapeau ni aucun signe politique n’est montré. Aucun leader n’apparaît parmi ces personnes, et une rotation s’instaure pour désigner les porte-parole qui répondent aux questions de la presse. Le campement de la Puerta del Sol, devenu le symbole de la mobilisation, improvise une efficace organisation par assemblées et se construit comme un petit village autosuffisant, qui subsiste grâce aux donations anonymes des habitants, seulement acceptées si elles sont en nature, car tout apport monétaire est refusé. Aussi bien à Sol que sur les autres places du pays, de nombreuses assemblées sont réunies, dans lesquelles la parole est donnée à tous. Des décisions sont prises sur les étapes suivantes, ainsi que sur les manifestes et les communiqués.

    Le mouvement dénonce la perte de légitimité de la démocratie et réclame une régénération politique. Parmi ses revendications les plus immédiates figure la réforme de la loi électorale, destinée à lui conférer un caractère plus proportionnel, à cesser de favoriser le bipartisme et à exiger que les partis retirent de leurs listes les candidats les plus compromis dans des scandales de corruption.

    Le défi le plus important posé par le mouvement au système s’est posé lorsque la Commission électorale a interdit les rassemblements lors de la « journée de réflexion » et du jour des élections. Les « indignés » ne reconnaissent pas la décision, s’appuyant sur le fait que le droit constitutionnel de réunion prévaut sur toute autre considération. Finalement, la police n’est pas intervenue. Une fois les élections passées, les acteurs du mouvement ont décidé de continuer dans les rues avec l’objectif d’exporter vers les quartiers des villes le modèle de démocratie directe mis en pratique tout au long de la semaine.

    L’organisation rapide que le campement de la Puerta del Sol (ou campement de Sol acampadasol) est en train de mettre en place constitue la preuve pratique d’une perspective différente sur la démocratie de celle des grands partis, dans laquelle la citoyenneté gère et décide de ses propres ressources. Les mouvements sociaux qui existaient préalablement, souvent centrés sur des Centres Sociaux Autogérés, apportent aussi leur expérience. Leur fonctionnement est proche de celui du campement de Sol, avec des assemblées générales, des commissions et des groupes de travail (qui, à leur tour, organisent leur travail et leurs décisions en assemblées).

    Un modèle d’assemblées locales

    Ce qui est déterminant pour toutes les assemblées est leur fonctionnement. On y discute de ce qui a préalablement été adopté comme ordre du jour par les commissions (actuellement, il existe deux assemblées générales par jour à acampadasol), on prend des tours d’intervention auprès des modérateurs (il existe tout un protocole pour la modération), et l’on donne la parole aux citoyens. Toutes les opinions sont entendues, notées par le modérateur, qui note aussi les éventuelles répétitions d’idées. Lorsqu’un thème paraît épuisé, on demande s’il existe un consensus sur ce dernier. Si aucune voix contre ne s’élève, il est approuvé par l’assemblée, recueilli dans les actes et l’on décide quand et où aura lieu la prochaine assemblée. Si bien que la prise de décision se réalise par consensus et non par vote, ce qui empêche que l’opinion de la majorité s’impose sur les minorités et évite que quiconque ne se sente exclu. Toutes les commissions sont informées de ce qui a été approuvé dans les assemblées générales et l’information est aussi mise en ligne. Ce qui y a été approuvé par consensus est respecté par tous.

    Parti Communiste Français
    On a besoin / pas besoin
    (cc)Eduardo Romanos

    Une fois passée l’assemblée générale, les groupes de travail et les commissions retournent travailler dans leurs domaines. Les commissions sont très générales, elles agissent comme des coordinatrices d’un travail commun et résolvent des problèmes basiques qui affectent tout le monde. On décompte par exemple les commissions de la communication, du respect mutuel, des infrastructures, du droit, ou de l’action. Cette dernière, la Commission de l’Action, est essentielle car elle regroupe plusieurs grands groupes de travail qui, à leur tour, rassemblent un grand nombre de sous-groupes. Actuellement, la Commission de l’Action coordonne sept groupes de travail, dont ceux des propositions citoyennes, de l’éducation et de la culture ou de l’environnement. Pour donner un exemple de sous-groupes, le groupe Environnement est composé de groupes de travail plus réduits dont ceux de la souveraineté alimentaire, de la gestion du territoire, des résidus, des milieux rural et marin, de l’éducation, du contrôle industriel, de l’action, de la dignité animale, de la décroissance, de l’énergie et du changement climatique, des villes et campagnes, de la logistique et des boîtes à suggestions. Quant l’assemblée d’un sous-groupe de travail s’achève, il recueille les propositions sur lesquelles le consensus s’est fait, et un délégué les présente devant l’assemblée de son groupe plus grand, où sont discutés et approuvés les points à envoyer à l’assemblée générale. De là, le délégué du groupe les envoie à la Commission de l’Action, qui les recueille, tout comme l’information sur le lieu et la date de la prochaine assemblée des groupes de travail, puis les transmet à l’assemblée générale et les diffuse à ceux qui voudraient participer à ces groupes de travail dans l’avenir. Les commissions, les groupes et les sous-groupes de travail sont ouverts à tous : les citoyens qui le souhaitent peuvent y participer.

    La coordination d’une telle somme d’informations et le recueil des opinions de tous exige un énorme effort. Cependant, des voies pour garantir l’efficacité de cette organisation ont été ménagées. Un exemple est la figure de la personne de liaison (enlace). Des personnes de liaison existent entre toutes les commissions et entre les groupes de travail, qui se chargent de les mettre en contact pour résoudre les doutes ou les problèmes qui pourraient survenir. Comme cela arrive avec le reste de l’organisation, il s’agit de citoyens qui proposent spontanément leurs services pour accomplir cette fonction pendant le temps qu’ils peuvent, et se chargent de trouver une autre personne de liaison pour les remplacer avant d’abandonner leur poste. Toute participation est bienvenue. Pour les citoyens qui ne peuvent pas participer aux assemblées, aux commissions et aux groupes, un groupe de Propositions Citoyennes fonctionne, qui recueille l’information (extrêmement abondante) des nombreuses boîtes à suggestion et les ordonne par thème, pour les envoyer aux commissions et aux groupes, et pour en débattre et les présenter devant l’assemblée générale afin de les approuver.

    Voici un exemple qui illustre le fonctionnement de ce mécanisme : le 22 mai à 14 heures le groupe de propositions a relayé plusieurs centaines d’entre elles vers l’organisation interne : l’une d’elles sollicitait la traduction du manifeste en braille pour qu’il soit distribué au point d’information ; le 23 mai à midi, il était déjà disponible pour qui l’aurait sollicité. Les dimensions des assemblées générales sont considérables, et l’on songe à les organiser par quartiers, sur différentes places pour discuter des problèmes communs.

    Parti Communiste Français
    Le jardin de Sol
    (cc)Juan Luis Simal

    Un exemple pratique : le jardin de Sol. Le 20 mai à midi, différents groupes d’agriculteurs de Perales de Tajuña (un village situé à 40 km de Madrid) qui approvisionnent différents groupes de consommation agroécologique de la capitale, se sont présentés à la Commission juridique avec la proposition de mettre en place un jardin symbolique dans la fontaine de la Puerta del Sol, où il n’y avait rien d’autre que de la terre en friche. On leur a proposé d’en discuter avec le groupe Environnement, qui a approuvé la mesure par consensus et l’a présentée à l’assemblée générale. Elle fut approuvée, et le dimanche à 22h, les agriculteurs tout comme les consommateurs ont commencé les plantations.

    La rapidité de toutes ces actions ne tient pas seulement à la communication par le biais des réseaux sociaux virtuels, mais aussi aux voies traditionnelles. Tant les producteurs agroécologiques que les groupes de consommateurs fonctionnent entre eux par des dynamiques de participation et de prise de décision très similaires à celles du campement de Sol. De plus, les groupes de consommateurs sont composés de voisins, si bien que la transmission de l’information peut se produire rapidement par le bouche à oreille. Et c’est souvent le cas au campement de Sol et dans les campements des autres villes.

    Les racines associatives du mouvement

    Nous disions au départ que les mouvements sociaux de quartier travaillent dans des dynamiques similaires, liées à des pratiques de démocratie directe, depuis déjà un bon moment. Il y a un an et à partir de mouvements sociaux locaux, un Centre Social Autogéré (CSA) a été ouvert à Lavapiés, dont la répercussion médiatique a été très importante (par exemple, dans le New York Times, ou Le Figaro). Il s’est installé dans l’ancienne usine de tabac de Lavapiés, nommée la Tabacalera. Ce centre social, dont le fonctionnement est très similaire à celui qui se trouve à Sol, expose ses conceptions de la démocratie sur le site qui recueille toute la documentation relative au CSA, sans ignorer l’histoire de la démocratie et de débats sur la représentation ou la participation directe ou active à la vie publique et à la politique, bien au contraire. La démocratie redéfinie par le CSA considère que cette dernière s’obtient lorsque se produit :

    « la participation politique du citoyen-habitant (ciudadano-vecino), dans laquelle ce dernier gouverne lui-même et est gouverné par ses voisin/es, c’est-à-dire, qu’il participe à tous les processus de décision liés aux sujets qui le concernent, depuis le simple diagnostic de la situation, en passant par l’élaboration du projet jusqu’à son développement sur le long terme. »

    À cette fin, ils encouragent l’établissement d’« instruments et de mécanismes divers qui rendent possible la concurrence égalitaire dans le processus d’implication de tous les acteurs », et réclament en outre

    « la prise de pouvoir, ou ce qui revient au même, la répartition du pouvoir entre les différents acteurs en charge de la ville. Grâce à cela, tout ce qui détermine nos vies et les espaces où nous habitons est aux mains des citoyens, qui ont le pouvoir de décision dans la gestion de ce qui est public ». [1]

    Il existe d’autres centres sociaux, tant à Madrid (par exemple Le Patio Maravillas ou Casablanca) que dans d’autres villes (La Casa Invisible de Malaga par exemple) qui fonctionnent de manière similaire. Ils partagent tous certains principes fondamentaux. La préoccupation de l’immigration les conduit à intégrer tous les habitants immigrants possibles, à chercher à transformer les conflits engendrés par la multiculturalité et par le pouvoir d’achat différents des citoyens en opportunités d’enrichissement social et culturel, et à améliorer la vie de tous dans le quartier. L’intérêt pour les questions de genre conduit quant à lui à employer de manière volontaire des langages et des attitudes non sexistes.

    Cela ne veut pas dire que les dynamiques sont simples ou parfaites, parce que la dissension fait partie de l’essence de ces processus. Mais il s’agit de dynamiques souples et qui tiennent en compte toutes les opinions (avec des limites elles-mêmes discutées, relatives au respect de tous par tous), ce qui leur confère le pluralisme nécessaire pour arriver aux consensus essentiels et construire le commun sur le long terme.

    Texte traduit de l’espagnol par Jeanne Moisand.

    Esta democracia me da pena
     

    par Eva  Botella-Ordinas[24-05-2011]


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    Espagne : élections en proie à la fronde sociale 

    L' Espagne, en proie à une rébellion sociale inédite contre le chômage et la crise économique, votait dimanche pour des élections locales.

    A Madrid, les manifestants qui ont pris possession de la place de la Puerta  del Sol ont voté la poursuite de cette occupation "jusqu'à dimanche prochain au  moins", alors que celle-ci devait prendre fin ce dimanche. La foule des jeunes "indignés" restait mobilisée autour du village de bâches bleues et de tentes, devenu le coeur d'une contestation qui dans la nuit de samedi à dimanche, a encore rassemblé des dizaines de milliers de manifestants dans toutes les villes d'Espagne.

    Cette fronde soudaine a été l'invitée surprise de la campagne électorale, au moment où les socialistes s'apprêtent, selon les sondages, à affronter une sévère défaite aux élections régionales et municipales, face à leurs adversaires conservateurs du Parti populaire (PP).

    Le mouvement, qui rassemble beaucoup de jeunes mais aussi des citoyens de  tous horizons, a surgi depuis le 15 mai via les réseaux sociaux, pour très rapidement s'amplifier, gagner tout le pays et se structurer. Spontané, coloré, pacifique, laboratoire d'idées pour des réformes à venir, ce mouvement citoyen, qui se veut apolitique, dénonce l'injustice sociale, les dérives du capitalisme, la "corruption des hommes politiques".

    Si les revendications sont des plus diverses, le chômage, avec un taux record  de 21,19% et près de la moitié des moins de 25 ans, revient sur toutes les  lèvres. Et aussi la défiance envers les grands partis politiques, les socialistes et le Parti populaire, qui pourrait alimenter dimanche le vote blanc, l'abstention tant redoutée par la classe politique ou le vote pour de petits partis.

    A 14h00 (12h00 GMT), la participation était de 35,79%, en légère hausse par  rapport aux dernières élections de 2007.

    Le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a appelé après avoir  voté à Madrid à une "large participation" tandis que son adversaire Mariano Rajoy, chef du PP, rappelait que "la démocratie, c'est le vote". Mais les jeunes n'y croient pas. "Bien sûr, bien sûr qu'ils ne nous représentent pas", est l'un des slogans favoris, répété à l'infini chaque nuit à la Puerta del Sol. "Bien sûr je vais voter, mais pour un petit parti", confiait dimanche Ana Rodriguez, ingénieur au chômage de 29 ans, qui venait de passer deux nuits avec les manifestants. "Il faut un changement dans le système politique, pour que les petits partis soient mieux représentés".

    Le défi est double pour les socialistes, déjà en très mauvaise posture à dix mois des législatives de mars 2012, puisque les rassemblements se sont poursuivis samedi et dimanche en dépit de la trêve électorale qui interdit toute activité politique. Sous la pression de la rue, le gouvernement a dû renoncer à faire évacuer les  manifestants.

    Dans ce contexte troublé, toutes les communes d'Espagne élisent leurs  conseils municipaux et 13 des 17 régions autonomes leurs Parlements. La  Catalogne, le Pays Basque, la Galice et l'Andalousie votent à d'autres  dates.

    34,6 millions d'électeurs sont appelés à élire 8.116 maires, plus de 68.400  conseillers municipaux et 824 députés régionaux.

    L'annonce le 2 avril par M. Zapatero qu'il ne se présenterait pas pour un troisième mandat en 2012 semble être restée sans effet sur la chute de popularité des socialistes.

    A partir de lundi, ils pourraient ne plus contrôler qu'une seule des 17 régions espagnoles, l'Andalousie, et devraient perdre des fiefs historiques comme la Castille-la Manche et l'Estrémadure, ainsi que les grandes villes de Barcelone et Valence.

    Les bureaux de vote doivent fermer à 20h00 (18h00 GMT). Les premiers  résultats partiels sont attendus à partir de 20h00 GMT.

     

    • Lire :

    --> Espagne : en direct de la Puerta Del Sol

    --> Quand les « indignés » espagnols bousculent le ronron électoral

    Un mouvement inattendu émerge outre-Pyrénées à la veille des scrutins locaux de ce dimanche. Des dizaines de milliers de victimes de la crise manifestent, campent dans les grandes villes contre l’exclusion sociale et la démocratie confisquée.

    Les traditionnels meetings de campagne ont bien eu lieu. Mais les élections municipales et régionales espagnoles de ce dimanche 22 mai ont pris un autre visage, inattendu, sous les traits de milliers d’anonymes, en colère... lire la suite-->

     

     

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  • Alors que l'Espagne fait sa révolution sous nos yeux, Enrique Dans, professeur et blogueur reconnu, nous donne les clefs pour comprendre ce soulèvement massif du peuple espagnol.

     

    [tous les liens de ce billet sont en espagnol, sauf mention contraire]

    Enrique Dans est professeur des systèmes de l’information à la IE Business School et blogueur reconnu en Espagne. Il s’intéresse notamment aux effets des nouvelles technologies sur les populations et les entreprises. Dans ce billet publié sur son blog le 18 mai, il explique en sept points les causes de ce soulèvement.

    Vous entendez toutes sortes de bêtises sur les mobilisations à Sol1 et dans de nombreuses villes d’Espagne : des théories conspirationistes absurdes [émission de radio] de ceux qui voient des ombres derrière toutes choses, jusqu’à la simplification grossière2 de ceux qui mettent l’étiquette “anti-système” alors même qu’ils ont la réponse sous les yeux. Ou encore la stupidité de de ceux3 qui prétendent être d’accord avec les manifestants [pdf], alors que ceux-ci protestent précisément contre eux, ce qu’ils ont fait et contre ceux qu’ils représentent.

    Je suis totalement d’accord avec Periodismo Humano : quelque chose de grand est en train de se passer ici. Le rejet des théories conspirationnistes stupides est absolu et radical, l’interprétation est claire et convaincante : les gens descendent dans la rue parce qu’ils réclament un changement. Un changement sur le fond dans la manière de faire de la politique et d’exercer la démocratie.

    Analyser les demandes des uns et des autres est un exercice vain : parmi les gens que je vois manifester dans la rue, très peu soutiendraient explicitement ces demandes. Beaucoup arrêtent de les lire parce qu’elles n’en valent tout simplement pas la peine : les citoyens descendent dans la rue avec une contre-pétition, appelant à un changement radical, parce que les partis politiques et le système ne les représentent déjà plus. Ils en représentent d’autres.

    En ce qui concerne les demandes concrètes… cela viendra plus tard, pour le moment, nous sommes dans un processus de changement. De quoi ? Il est trop tôt pour le savoir, et il possible d’espérer que, quel qu’il soit, ce changement soit pacifique, ordonné et civilisé. Je suis entièrement d’accord avec le billet d’Antonio Ortiz à cet égard.

    Voici les clefs du mouvement que nous sommes en train de vivre :

    L’origine, le déclenchement

    C’est le moment où les trois grands partis, PSOE, PP et CiU, forment un pacte pour faire passer la ley Sinde4 , en contradiction flagrante avec la volonté d’une grande majorité de citoyens, pour faire plaisir à un lobby. Attention, ceci n’est que le début, le détonateur : à l’heure actuelle, cela n’a déjà plus d’intérêt ou de pertinence dans les manifestations. Mais en voyant l’acharnement pathétique à “faire passer cette loi à tout prix” alors que l’ensemble du réseau s’était soulevé contre elle, le relayer en direct a eu le même effet – avec tout le respect dû aux tunisiens et en demandant pardon d’avance pour la comparaison tragique – que le suicide de Mohammed Bouazizi s’immolant en Tunisie. De l’activisme contre la ley Sinde est né le mouvement #nolesvotes (ne votez pas pour eux), en plus de la cristallisation d’un climat de mécontentement évident contre toute une manière de faire de la politique.

    Les motifs réels

    Les véritables raisons sont, et cela n’a échappé à personne, des sujets tels que la gestion de la crise économique, la corruption, le chômage (en particulier le taux de plus de 40% de chômage pour les jeunes) et surtout, la désaffection envers une classe politique, identifiée comme l’un des problèmes majeur de la citoyenneté dans les enquêtes du CIS5. Egalement, le désenchantement que l’on peut ressentir face à cette manière de faire de la politique qui fait de l’électeur un être sans importance, juste bon à déposer un bulletin dans une urne et qui, par cet acte, donne à un parti politique toute la légitimité de faire ce que bon lui chante pendant quatre ans6. Un parti qui est devenu une grande entreprise inefficace et corrompue répondant aux intérêts des lobbies et pas à ceux des citoyens.

    Place Sol à Madrid : Nous ne nous tairons pas ! La démocratie, maintenant !

    Le témoignage est recueilli par d’autres associations

    D’abord JuventudSinFuturo (Jeunesse sans futur) et ensuite DemocraciaRealYA (Une vraie démocratie maintenant !) ont été capables de s’organiser brillamment, avec civilité et pacifiquement pour transposer ce mouvement dans la rue. Ce fut l’épreuve du feu, le “moment de vérité” : avant que les protestations ne prennent vie dans la rue, le réseau bouillonnait de dizaines de tweets par minute, de groupes Facebook et de posts de blogs, mais personne n’avait encore sauté le pas. Après les protestations, les gens se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas les seuls à partager cet opinion, et que si l’organisation et l’action sont possibles, ils sont aussi une réalité concrète. C’est comme cela qu’est tombée la barrière que beaucoup se mettaient pour descendre dans la rue.

    La décision de descendre dans la rue répond à un sentiment général

    Et non pas à une revendication particulière comme une série de points d’un programme. Dans la rue, vous pouvez voir des personnes de tous les âges, opinions politiques, de toutes les conditions sociales. Des étudiants en chemises jaunes, des chômeurs, des punks, des retraités, des entrepreneurs, des enseignants … J’étais là, concrètement, et j’ai rencontré tous ces profils, un par un, et plus encore. Un qui salue une connaissance, et j’ai pu moi-même saluer plusieurs anciens élèves, des collègues, des gens que je connais qui ont créé des start-up, des cinéastes, des avocats, des journalistes … On trouve de tout. Littéralement tout.

    Ne vous attendez pas à un accord sur les mesures à prendre, c’est impossible. Mais s’il y a une chose sur laquelle il existe bien un accord c’est la nécessité d’un CHANGEMENT. Et un retour en arrière n’est pas envisageable.

    La démocratie, maintenant !

    La simplification est mauvaise

    Que les jeunes de gauche soient les plus susceptibles de descendre dans la rue ne veut rien dire, et prétendre inscrire ce soulèvement dans une idéologie ou un parti spécifique est tout simplement absurde. C’est normal et inévitable. Tenter de se placer devant les gens pour faire croire qu’ils vous suivent est encore plus pathétique : dans un mouvement aussi connecté, la personne qui tente de “diriger” en appliquant des techniques pastorales comme on le ferait pour un troupeau de bêtes se fait immédiatement régler son compte sur les réseaux sociaux.

    En Égypte, il avait eu des moments où il semblait que les Frères musulmans monopolisaient la protestation, et d’autres qui montraient clairement la diversité et la pluralité au sein du mouvement. Ici il n’y a pas de leader, il y a des gens. Personne ne suit personne réellement, il ne s’agit même pas de savoir si c’est bien comme ça ou pas. Le désir de changement continue d’être présent, et c’est tout.

    Attribuer ces manifestations à des mouvements organisés, à une stratégie concrète ou a des personnes spécifiques est une vieille interprétation, typique de ceux qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Chercher à mieux organiser le mouvement, prétendre que des demandes concrètes sont en cours, demander un leadership plus clair et incarné ou chercher sous les pierres son origine alambiquée est absurde : cela ne peut pas être, et plus que tout, c’est impossible.

    Et maintenant ? Maintenant nous voulons plus !

    Une fois la mèche allumée, il est très difficile de l’éteindre. La manifestation du 15M (15 mai) à Madrid a rassemblé des dizaines de milliers de personnes ; un événement autorisé et organisé depuis des semaines. Cependant celui d’hier, le 17 mai à Sol, a été organisé en quelques heures, en utilisant uniquement Twitter et Facebook. La place de 10000 m2 fut presque entièrement remplie, jusqu’à la rendre impraticable.

    L’exemple s’est également largement étendu à d’autres villes. Le contrôle de tous ces mouvements est tout bonnement impossible. Il faut absolument, et par tous les moyens, que tout se déroule de façon civilisée et pacifique, mais ne nous ne sommes pas sûrs d’éviter des mouvements incontrôlés d’une part ou des réactions excessives d’autre part. L’ordre malheureux d’expulsion du camp de la place Sol dans la nuit de dimanche a déclenché le rassemblement de mardi après-midi, et ce phénomène pourrait se produire plus souvent.

    L'avarice nique la liberté

    Il est important de comprendre que nous avons passé une étape

    Une étape vers un modèle que les partis politiques devront comprendre, de gré ou de force. Ils ne peuvent plus ignorer les citoyens et défendre d’autres intérêts. La politique ne peut pas continuer à être menée de cette manière là.

    Nous ne sommes pas dans le cas de la Tunisie ou de l’Égypte : en Espagne il y a un gouvernement démocratiquement constitué et personne ne descend dans la rue pour le renverser, mais des changements importants sont nécessaires, des changements en profondeur et drastiques que les partis devront mettre en place maintenant.

    Pour l’instant, les partis politiques sont en train de minimiser l’importance de cette question, et pensent : « ça va leur passer ». Mais nous ne sommes pas dans cette dynamique. Probablement l’ampleur du changement nécessaire est telle que nous devrons faire des modifications depuis le code électoral jusqu’à la Constitution elle-même. Mais si cela ne se fait pas, si des avancées dans ce sens ne se font pas sentir, le mouvement continuera, et a de fortes chances de s’étendre.

    Si nous tenons jusqu’au dimanche 22 mai et que les élections nous ressortent le même scénario et toujours les mêmes messages, j’ai le sentiment que le mouvement va s’intensifier. Mais en qui concerne ces mouvements de société, personne n’en possède le contrôle ou le pouvoir de prédire ce qu’il en adviendra.
    La seule certitude est que l’Espagne a déjà sa révolution.


    Publié initialement sur le blog de Enrique Dans, sous le titre “Entiendo la #spanishrevolution”

     http://owni.fr/2011/05/21/comprendre-la-revolution-espagnole/


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  • Comment changer le peuple ou Tunis, La Havane, Madrid arrêt buffet   

         madrid-20-mai.JPG

          

    http://s2.lemde.fr/image/2011/05/20/540x270/1525271_3_c2dc_rebaptise-ces-dernieres-heures-toma-la-plaza.jpg

          

              Ce n'est pas le lecteur des pages La Canaille qui sera surpris d'entendre    combien l'ex patron du FMI est plus qu'un très grand commis du capital.

    Le quel lui a octroyé les moyens de l'être, à voir le niveau du cautionnement exigé…et payé.

    Il laisse songeur ce chiffre qui au bar Tabac de la ZUP ressemble plus à une super tranche du loto qu'à    une somme disponible pour une cellule à Broadway. A combien de Smic mensuels cela met-il le barreau ?

    Jusqu'au bout du mandat, un grand commis du capital. Même s'il ne sera pas forcément payé en    retour.

    Il aura réussi quand même à faire passer sous le tapis les suites de Fukushima, les suicides dans les    boites privatisées, quelques autres broutilles du type bombardements, agressions impérialistes, mises en place de valets, coup d'états et mêmes un mouvement tellement citoyen qu'il en devient    joyeusement subversif dans cette Espagne bordée à un point que même les communistes (du moins ce qui reste de leur direction) étaient devenus monarchistes ; la version ibérique de révolutionnaire    institutionnels mexicain.

    A propos d'Amérique latine, un truc qui tourne à la blague, grandiose :

    Tout ce que la presse de langue castillane ou péri castillane compte de plumes et micros depuis des    semaines en appelle à l'exemple du Maghreb à ce que le peuple se soulève et exige enfin la démocratie …à Cuba.

    Le peuple les a entendu…à Madrid.

    Comment faire confiance à des Peuples qui chassent Ben Ali et rejette le FMI, qui préfèrent Castro à    Zapatero ?

    Sages sont les aborigènes australiens qui d'entrée ont compris qu'il ne faut jamais tenter de rattraper le    boomerang en vol sinon il vous rebondit dans la figure.

    Posture coloniale des héritiers de conquistadores, la hauteur de vue de nos BHL d'outre Pyrénées fait    qu'ils n'ont pas vu le retour dans leurs pattes et …coucou, c'est à la Puerta del Sol qui les rattrape au col.

    La dénonciation par les manisfestants du PPSOE où leur FN est inclu dans le PP, version ibérique de notre    UMPS, pousse à Madrid le PS à interdire le droit de manifester au nom de la démocratie.

    Différence d'avec la France, quelques dirigeants du PCE moins ensiestés que leurs homologues français    lèvent une paupière et appellent à soutenir le mouvement, avec un fond politique dont ont aurait aimé qu'il aille un contenu de même type ici il y a quelques mois :

     "…Le succès de la    mobilisation (du 15 mai dernier)… a surpris les partis et les représentants du système qui devenaient de plus en plus nerveux au fur et à mesure que les rassemblements se renforçaient. Cela a    surpris également certains militants qui ne parviennent pas à comprendre les aspects positifs de cette mobilisation et peuvent en venir à le disqualifier et ni plus ni moins qu'à le rejeter, ce    qui les place dans un sectarisme qui nous isole du peuple.

    Nous    devons avoir en tête que lorsqu'une partie du peuple descend dans la rue pour manifester sa colère et pour protester contre les banques, les grands patrons, le bi-partisme, identifiés comme les    coupables de la crise sociale et économique, le devoir de tout révolutionnaire est de l'écouter, de le respecter, de l'analyser et de lui apporter une réponse..." Qu'en France le PCF ayant oublié le sens du mot révolutionnaire a décidé de ne pas proposer(Lettre de José Luis Centella,    secrétaire-général du PC Espagnol, aux militants du PCE)

    Heureusement, pour limiter la contagion, la bulle financière dispose de l'effet DSK. Un placébo certes    pour la maladie mais jusqu'au bout, il servira de petit soldat des territoires d'opérations extérieurs du capital.

    Avec tout ce cinéma, même s'il n'est pas sur la Croisette, il aura à droit à la croix à la médaille    Bilderberg, link…avec palme.

     

    Pacte pour l’euro : un FMI européen

      http://canaille-le-rouge.over-blog.com/article-comment-changer-le-peuple-ou-tunis-la-havane-madrid-arret-buffet-74321766.html 


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  •  Lettre du secrétaire-général du PC Espagnol aux militants du PCE à propos du « mouvement de    rébellion » dit du 15 mai et des mobilisations dans diverses villes d'Espagne

          El-movimiento-de-los-indignados-irrumpe-en-la-campana-elect

    Lettre de José Luis Centella, secrétaire-général du PC Espagnol, aux    militants du PCE 

    Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ 

    Chers camarades,

     Ces jours-ci se développent un mouvement de rébellion qui depuis les manifestations du 15 mai mobilise des milliers de personnes    qui protestent contre la situation de crise que nous subissons et les sorties que nous imposent le gouvernement et les institutions de l'UE suivant les diktats du capital financier-spéculatif qui    cherchent seulement à maintenir son taux de profit au détriment des travailleurs et des couches populaires. 

    La réalité de ce mouvement est très plurielle et diverse. Malgré le fait que, de façon intéressée, les médias mettent en avant    les positions minoritaires, les attitudes anti-partis, abstentionnistes et mettent l'accent sur son caractère anti-système, avec toute la connotation péjorative que ces médias y mettent, l'essentiel est que ses propositions politiques, ses propositions pour sortir de la crise sont celles qu'en tant que Parti communiste (PCE), Jeunesse communiste (UJCE) et Izquierda Unida (IU) nous avons porté dès son déclenchement. Ainsi, on pointe les coupables (les banques et/ou les marchés), on dénonce ceux qui avec leurs politiques nous font payer la crise et nous privent de nos    droits de citoyens (le PSOE et le Parti populaire) et on exige un système électoral plus juste et un changement de système qui redonne sa dignité à la politique et garantisse les droits des  citoyens. 

    En ce sens, j'estime nécessaire de revenir sur certaines réflexions concernant la situation actuelle. 

    Le succès de la mobilisation du 15 mai dernier a surpris en premier lieu ceux qui l'avaient convoqué, les militants de diverses    organisations, parmi lesquelles les nôtres (PCE, UJCE, IU).

    Mais surtout elle a surpris les partis et les représentants du système qui devenaient de plus en plus nerveux au fur et à mesure    que les rassemblements se renforçaient. Cela a surpris également certains militants qui ne parviennent pas à comprendre les aspects positifs de cette mobilisation et peuvent en venir à le    disqualifier et ni plus ni moins qu'à le rejeter, ce qui les place dans un sectarisme qui nous isole du peuple. 

    Nous devons avoir en tête que lorsqu'une partie du peuple descend dans la rue pour manifester sa colère et pour protester contre    les banques, les grands patrons, le bi-partisme, identifiés comme les coupables de la crise sociale et économique, le devoir de tout révolutionnaire est de l'écouter, de le respecter, de    l'analyser et de lui apporter une réponse... 

    Mais dans ce cas, c'est que, au-delà du dire, nous et particulièrement l'UJCE participons activement au mouvement. Quand cela    fait des mois qu'on appelle à des mobilisations, lorsque celles-ci commencent à se produire, nous ne pouvons pas en rester en-dehors, au contraire nous devons considérer que nous sommes sur la    voie d'atteindre notre objectif, que commencent à se mobiliser la jeunesse, les femmes, doublement exploitées, les chômeurs, les retraités, ceux qu'on a mis à la porte de chez eux, les éternels    précaires, en définitive toutes les couches sociales qui paient une crise qu'ils n'ont pas causé, que commence à prendre forme un mouvement qui affronte la crise. 

    Il est vrai qu'existent des contradictions, la décision de continuer la mobilisation avec installations de tentes à la Puerta    del Sol et dans d'autres lieux d'Espagne pour donner une suite à la mobilisation s'est révélé une sage décision, la réponse arrogante et myope du gouvernement central et local de déloger la    Puerta del Sol, la plus grosse erreur que l'on pouvait commettre si ce que l'on cherchait était de dissoudre le mouvement et le réduire à l'état d'anecdote. La réponse citoyenne a surpris la    classe politique dirigeante qui ne sait plus comment réagir (pour la première fois dans l'histoire de ce pays, on pouvait voir les unités anti-émeutes expliquant « gentiment » à ceux    qui voulaient rejoindre la manifestation de la Puerta del Sol que celle-ci était interdite). 

    Le mouvement est contradictoire car, comme nous    le disions, il est hétérogène et pluriel, ce qui a résisté depuis dimanche peut être l'avant-garde d'un mouvement de masse beaucoup plus large ou peut finir par devenir un point de référence    minoritaire et testimonial, les mobilisations convoquées pour samedi peuvent être un baromètre de ce que nous disons. En tout cas, il paraît clair que moins l'on tentera de « corseter »    le mouvement, dans un sens ou dans un autre, plus il y aura de possibilités que se consolide un mouvement de masses, si au contraire les gens perçoivent que l'on cherche à manipuler à des fins    particulières (aussi légitimes puissent-elles être), ils feront sûrement machine arrière. Ecouter, respecter, analyser et apporter des réponses à ceux qui se lancent dans la lutte, telle est    nôtre tâche en ces moments-ci. 

    Pour nous, l'essentiel est d'impliquer dans la    mobilisation le plus grand nombre de secteurs touchés par la crise et transformer la mobilisation de samedi en une démonstration de force de ceux d'en bas, il faut faire descendre des centaines    de milliers de personnes dans la rue et réfléchir, après, pour voir comment elles s'orientent et se maintiennent dans le temps sans, et cela est fondamental, nous l'approprier ou le manipuler,    nous faisons partie du mouvement, rien de plus. 

    De façon naturelle, nous verrons que nombreux    sont les travailleurs et les citoyens qui peuvent trouver un point de référence en notre parti, si nous sommes capables de gagner leur confiance, en démontrant concrètement que nous sommes    différents, que nous ne faisons pas partie de la « classe politique », mais que nous faisons partie de la classe ouvrière et comme tels, nous avons les mêmes intérêts que ceux qui    descendent dans la rue ces derniers jours, nous sommes partie prenante de la mobilisation. 

    Pour cela, nous devons nous impliquer dans la    consolidation de cette dynamique mobilisatrice, comme une lutte politique et sociale qui contribue à construire une alternative au système capitaliste coupable de cette    crise. 

    A partir de ces réflexions, avec sincérité,    loyauté et sens de l'unité, je désire lancer un appel aux militants du Parti, à ses sympathisants et amis pour qu'ils rejoignent la mobilisation et contribuent à lui apporter une perspective    d'avenir. 

    De la même manière, nous devons discuter avec    les camarades qui se méfient de la politique, non pour les combattre, mais pour les convaincre, non pour les affronter mais pour rechercher la synthèse et construire ensemble    l'avenir. 

    D'autre part, tout en travaillant à la    mobilisation sociale, nous ne pouvons pas oublier le travail propre du Parti et reconnaître la nécessité de réactiver, une fois passées les élections municipales et régionales, la campagne du PCE    contre la crise et pour la défense de l'unité de la gauche autour d'une ALTERNATIVE SOCIALE et ANTI-CAPITALISTE pour sortir de la crise à partir de la certitude que nos propositions contiennent    des éléments fondamentaux pour apporter des réponses aux questions que posent les milliers de citoyens qui continuent la mobilisation.

    José Luis Centella, secrétaire-général du PC Espagnol


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  • Manifeste du collectif espagnol Democracia Real Ya

     Traduction du manifeste du collectif espagnol Democracia Real Ya, à l’origine des mobilisations du 15 mai qui se sont transformées en un gros mouvement de contestation et d’occupation.

    Notes pré­li­mi­nai­res :

     

    • le but de la traduction de ce manifeste est de documenter ce mouvement dont on parle peu dans les médias alternatifs francophones ;
    • la traduction est approximative et perfectible, n’hésitez pas à laisser en compléments d’informations de meilleures formulations ;
    • le texte, ainsi que l’a signalé le traducteur qui l’a fait passé (merci !), est « transversal et réformiste » mais il a eu le mérite de « rassembler beaucoup de sensibilités, un peu à la façon (mais avec un discours très »péninsulaire« ) des revolté-es arabes ou du Wisconsin ».
    • il existe d’autres textes de réflexion sur ce mouvement, parfois très critiques de ce collectif Democracia Real Ya, ils peuvent être trouvés sur http://www.csocasablanca.org/REFLEX....

     

     Manifeste de « Democracia Real Ya ! »

    Nous sommes des per­son­nes cou­ran­tes et ordi­nai­res. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour tra­vailler ou pour cher­cher un boulot, des gens qui ont famille et amis. Des gens qui tra­vaillent dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à celles et ceux qui les entou­rent.

    Parmi nous, cer­tain-e-s se consi­dè­rent plus pro­gres­sis­tes, d’autres plus conser­va­teurs. Quelques un-e-s croyants, d’autres pas du tout. Quelques un-e-s ont des idéo­lo­gies très défi­nies, d’autres se consi­dè­rent apo­li­ti­ques. Mais nous sommes tous très préoc­cupé-e-s et indi­gné-es par la situa­tion poli­ti­que, économique et sociale autour de nous. Par la cor­rup­tion des poli­ti­ciens, entre­pre­neurs, ban­quiers, ... . Par le manque de défense des hommes et femmes de la rue.

    Cette situa­tion nous fait du mal quo­ti­dien­ne­ment ; mais, tous ensem­ble, nous pou­vons la ren­ver­ser. Le moment est venu de nous mettre au tra­vail, le moment de bâtir entre tous une société meilleure. Dans ce but, nous sou­te­nons fer­me­ment les affir­ma­tions sui­van­tes :

    • L’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes doivent être les priorités de chaque société avancée.
    • des droits basiques doivent être garantis au sein de ces sociétés : le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation, au libre développement personnel et le droit à la consommation des biens nécessaires pour une vie saine et heureuse.
    • Le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental ne répond pas à ces priorités et il devient un obstacle pour le progrès de l’humanité.
    • La démocratie part du peuple, par conséquent le gouvernement doit appartenir au peuple. Cependant, dans ce pays, la plupart de la classe politique ne nous écoute même pas. Ses fonctions devraient être de porter nos voix aux institutions, en facilitant la participation politique des citoyens grâce à des voies directes de démocratie et aussi, procurant le plus de bienfait possible à la majorité de la société, et pas celle de s’enrichir et de prospérer à nos dépens, en suivant les ordres des pouvoirs économiques et en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature partitocratique menée par les sigles inamovibles du PPSOE
    • La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-uns crée inégalités, crispations et injustices, ce qui mène à la violence, que nous refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel, coince le système social dans une spirale, qui se consomme par elle-même, enrichissant une minorité et le reste tombant dans la pauvreté. Jusqu’au malaise.
    • La volonté et le but du système est l’accumulation d’argent, tout en la plaçant au-dessus de l’efficience et le bien-être de la société ; gaspillant nos ressources, détruisant la planète, générant du chômage et des consommateurs malheureux.
    • Nous, citoyens, faisons parti de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir cette minorité qui ne connait même pas nos besoins. Nous sommes anonymes, mais, sans nous, rien de cela n’existerait, car nous faisons bouger le monde.
    • Si, en tant que société nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une abstraite rentabilité économique qui ne tourne jamais à notre avantage, nous pourrons effacer les abus et les manques que nous endurons tous. Nous avons besoin d’une révolution éthique. On a placé l’argent au-dessus de l’Etre Humain, alors qu’il faut le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, pas des produits du marché. Je ne suis pas que ce que j’achète, pourquoi je l’achète ou à qui je l’achète.

    A la vue de cela, je suis indi­gné/e

    Je crois que je peux le chan­ger.

    Je crois que je peux aider.

    Je sais que, tous ensem­ble, on le peut.

    Sors avec nous. C’est ton droit.


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