• <p>Manifestation contre les mesures d'austérité espagnoles à Madrid. Des milliers de personnes ont défilé dimanche en Espagne pour protester contre les sévères mesures d'austérité annoncées par le gouvernement. /Photo prise le 7 octobre 2012/REUTERS/Andrea Comas</p>
     

    par Clare Kane 

     

    MADRID (Reuters) - Des milliers de personnes ont défilé dimanche en Espagne pour protester contre les sévères mesures d'austérité annoncées par le gouvernement.

    Ces manifestations, qui se sont déroulées dans une dizaine de villes, s'inscrivent dans un mouvement de protestation grandissant qui ne montre aucun signe d'essoufflement et pourrait mener à une grève générale courant novembre.

    Quelque 60.000 Madrilènes ont répondu à l'appel des syndicats, certains vêtus de t-shirts portant l'inscription : "Avant, j'avais des droits du travail et des droits sociaux".

    "Comment peut-il y avoir la paix sans pain ?" ou encore "Leur pillage, ma crise", pouvait-on également lire sur des pancartes.

    Pour Carmen Lopez, employée dans un grande magasin, "c'est une honte (...) Retraites, salaires, santé publique et éducation : ils prennent tout".

    "Ils suppriment l'aide aux personnes sans emploi, juste au moment où elles en ont le plus besoin", déclare de son côté Francisca Valverde, une enseignante.

    L'éducation est particulièrement touchée, témoigne Agustin Moreno, professeur dans la banlieue madrilène. "Ils ont vraiment coupé dans le budget de l'éducation, raconte-t-il. Il y a moins de ressources, moins d'enseignants et plus d'élèves."

      Des centaines de milliers d'Espagnols sont régulièrement descendus dans la rue ces derniers mois pour protester contre la politique du gouvernement de droite, qui tente par ailleurs de rassurer les investisseurs sur la stabilité du pays alors que des élections régionales approchent. 

    Les syndicats menacent d'appeler à une grève générale si le gouvernement n'organise pas de référendum sur les mesures d'austérité.

    "La balle est dans le camp du gouvernement, concernant la question d'une grève générale. S'il s'apprêtait à organiser un référendum, les choses seraient complètement différentes", a déclaré Ignacio Fernando Toxo, dirigeant du premier syndicat espagnol.

    Ce syndicat, les Commissions ouvrières, avait indiqué à Reuters la semaine passée qu'un appel à la grève pourrait être lancé pour le 4 novembre.

    Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a dévoilé fin septembre un budget prévoyant 13 milliards d'euros de nouvelles économies.

    Des élections régionales se tiendront par ailleurs prochainement en Galice, au Pays basque espagnol et en Catalogne. Dans cette dernière, la voix des indépendantistes se fait de plus en plus entendre.

     Selon un sondage dont les résultats ont été publiés dimanche par le quotidien "El Pais", 77% des Espagnols soutiennent les manifestants. Neuf personnes interrogées sur dix s'attendent par ailleurs à un durcissement du mouvement.

    Madrid, qui n'a pas demandé de plan d'aide européen, pourrait cependant avoir à s'y résoudre afin de prévenir une envolée de ses taux d'emprunts sur les marchés des capitaux.

     

    Agathe Machecourt pour le service français


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  • Face aux barrages policiers qui protègent le Congrès des députés espagnol, des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir à Madrid aux cris de

    Face aux barrages policiers qui protègent le Congrès des députés espagnol, des milliers de manifestants se sont rassemblés ce samedi soir à Madrid aux cris de "démission", dénonçant les coupes budgétaires et réclamant le départ du gouvernement de droite. | Dani Pozo

     
    Face aux barrages policiers qui protègent le Congrès des députés espagnol, des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir à Madrid aux de "démission", dénonçant les coupes budgétaires et réclamant le départ du de droite.
    "NON", "gouvernement démission", "", proclament les petites pancartes émergeant de la foule, jeunes ou manifestants plus âgés côte à côte, qui a répondu une fois encore à l'appel de la mouvance des "indignés".
     

    On encore "ils volent, ils frappent, ils ne nous représentent pas", pour dénoncer pêle-mêle les coupes qui étranglent la population et la riposte policière lors d'une précédente manifestation mardi.
    Cette manifestation, convoquée via les réseaux sociaux sous le mot d'ordre "cerne le Congrès", "sauve la démocratie", avait dégénéré lorsque des groupes de jeunes avaient bombardé de pierres les barrages de policiers, qui avaient riposté à coups de matraques et en tirant des balles en caoutchouc.
    Depuis, les manifestants ont promis de revenir cerner le Congrès.
    "Je suis venue à toutes les manifestations des +indignés+ depuis le 7 avril 2011", l'époque de la naissance de ce mouvement, témoigne Nuria Camacho, 40 ans, salariée d'une entreprise pharmaceutique à Madrid, au chômage depuis trois mois.
    "Depuis que le gouvernement de droite est arrivé il y a quelques mois, ce ne sont que des coupes, dans la santé, dans l'éducation", dit-elle en racontant aussi que les frais d'université pour son fils de 20 ans, étudiant en philosophie, "ont doublé" cette année, passant "de 600 ou 700 euros à 1.400".
    "Mes parents, qui ont des retraites très modestes, doivent maintenant payer pour leurs médicaments", ajoute Nuria. "Il faut descendre dans la rue, tous les jours. Je crois que oui, le gouvernement peut faire marche arrière".
    Roberto Lareu, un salarié de l'automobile de 42 ans, n'a lui pas hésité à faire le chemin depuis Vigo, en Galice, à des centaines de kilomètres de Madrid, pour venir manifester pour la première fois dans la capitale espagnole.
    "Ils vont nous entendre, mais je ne sais pas si les choses vont changer. Les gens sont fatigués, nous avons supporté beaucoup", assure-t-il.
    Avec un salaire de 1.400 euros par mois, il se considère presque comme un privilégié. "Ils ne m'ont pas baissé mon salaire. Mais d'une certaine manière, oui, ils l'ont fait, en augmentant les impôts, l'essence. Et ils ont coupé dans l'éducation, la santé, tout cela est très injuste".
    La nuit tombée, ils sont rassemblés depuis plusieurs heures déjà sur la grande place de Neptuno, face aux cordons de la police anti-émeute déployée en masse autour du Parlement.
    "Qu'ils partent, ohé ohé ohé", "ils ne nous représentent pas", hurlent-ils en tapant dans les mains. "Démission", reprend la foule.
    Le gouvernement de Mariano Rajoy, qui a obtenu de Bruxelles un assouplissement de son objectif de déficit public, à 4,5% du PIB l'an prochain, devra en contrepartie poursuivre sur la voie de l'austérité et a présenté jeudi un budget 2013 prévoyant des économies pour un montant de 39 milliards d'euros.
    Et à mesure que le chômage augmente, à 24,63% de la population active, l'exaspération sociale devient de plus en plus palpable face aux mesures de rigueur, comme la hausse de la TVA qui, depuis le 1er septembre, a un impact négatif sur le pouvoir d'achat de tous les Espagnols.
    "Je crois que cette situation est en train de devenir très injuste, il y a des gens qui ont un niveau de vie très élevé et ils ne le méritent pas", lance Ines Sanchez, une jeune manifestante de 17 ans.
    "Il n'y a pas de justice et la seule façon de dire 'assez' est de venir ici, de nous faire entendre des hommes politiques, de leur transmettre le message selon lequel la population est mécontente".


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  • Violente répression des manifestations populaires par le régime pro-européen en Espagne

    La droite au pouvoir en Espagne l'avait annoncé : elle ne tolérerait pas les manifestations populaires organisées hier, mardi 25 septembre.

    A l'initiative des indignés espagnols et de dizaines d'organisations citoyennes, syndicats et partis politiques, une grande mobilisation populaire était organisée hier autour du Parlement espagnol, pour protester contre un nouveau plan de mesures d'austérité. Les protestataires voulaient ainsi relayer l'opinion très majoritaire des espagnols auprès de parlementaires sensés le peuple.

    La droite espagnole (Parti Populaire issu du franquisme et allié de l'UMP) avait clairement annoncé ses intentions de criminaliser la manifestation. Non seulement elle parlait de poursuivre pénalement les organisateurs, mais elle comparait cette mobilisation à la tentative de coup d'état de militaires franquistes le 23 février 1982 ! Très fort quand on connait les origines du Parti Populaire et son refus de criminaliser le régime de Franco !

    Espagne-2012--Place-Neptune---Madrid---250912.jpgHier, ce sont des dizaines de milliers d'espagnols qui se sont rejoints aux abords du Parlement espagnol (Les Cortes) en provenance de plusieurs points de départ différents. Jeunes, étudiants ou chômeurs, salariés, retraités,...

    Il y avait là toute la société espagnole, une société touchée par un chômage désormais à 25 %, sans perspectives, et qui voit fondre ses revenus et ses acquis sociaux pour permettre aux banques espagnoles et étrangères de gonfler leurs bénéfices.

    Vers la fin du rassemblement, des dizaines de personnes encapuchonnées ont commencé ici et là à créer des incidents, balançant des projectiles sur la police et poussant les manifestants à en faire de même. Ce qu'ils n'ont pas fait.

    Ces provocations ont servi de justification à la police espagnole pour réprimer violemment les manifestants et arrêter des dizaines d'entre eux.

    Curieusement, certains de ces provocateurs ont contribué à l'arrestation de manifestants selon des images diffusées par la télévision espagnole ! Cette technique d'infiltration d'une manifestation pacifique pour créer des incidents et justifier des charges policières et des arrestations est largement connue et pratiquer dans nos soit-disantes démocraties.

    Rappelez-vous des images de ce provocateur en cirée jaune lors des manifestations contre le projet Devaquet en 1986 ! Les années suivantes, des individus identiques ont sévi dans tous les mouvements lycéens et étudiants : je me souviens personnellement d'un groupe de quadragénaires en civil au beau milieu de la place de la Nation, à Paris, au moment de la dispersion d'une manifestation contre la réforme Bayrou, en 1992.

    En Espagne, hier, cette technique pour décrédibiliser le mouvement anti-austérité et justifier les violences policières aura causé des dizaines de blessés côté manifestants et... 2 du côté des policiers. Un manifestant a subi de telles violences que sa moëlle épinière est atteinte et qu'il risque la paralysie !

    Les images de la télévision publique espagnole en bas de cet article illustrent mes propos.

    Dès ce matin, à la tribune de l'ONU, la présidente argentine a dénoncé publiquement ces violences policières. C'est vrai qu'elle fait partie d'un gouvernement progressiste, elle, dans un pays qui a su dire NON au diktat des banques et des multinationales dans les années 90, sauvant son économie et son peuple d'une crise dramatique.

    Comme en Grèce, les régimes pro-européens sont prêts à toutes les violences physiques pour soumettre leurs peuples aux mesures monstrueuses et inhumaines qu'exigent l'Europe, la Banque Centrale Européenne et le FMI pour le compte de la finance et des multinationales.

    Cette répression d'une manifestation populaire en Espagne, après celles contre le mouvement des mineurs avant l'été, montre le vrai visage de nos démocraties occidentales.

    Comme le disait Coluche, "La dictature c'est ferme ta gueule ! La démocratie, c'est cause toujours !". On serait tenté de dire que la démocratie occidentale, c'est cause toujours... tant que cela n'a aucun effet ! Le jour où le peuple se mobilise suffisamment pour mettre en danger les choix politiques de nos "élites" économiques et politiques, le masque tombe, et, avec, les coups de matraque.

    Alors que nos médias et nos grands défenseurs des Droits de l'Homme pleurent des larmes de crocodile quand ses répressions touchent les peuples libyens ou syriens, les voilà bien silencieux quand ces violences concernent des peuples dont les régimes sont nos alliés, à Bahreïn ou en Espagne, par exemple.

    Comme on l'a vu en 1986, avec la mort de Malik Oussekine, et comme on le voit à chaque occupation d'entreprise, les forces de l'ordre sont utilisées par l'Etat français uniquement pour défendre la propriété privée et l'ordre établi, jamais pour défendre les intérêts de la Nation, en termes d'emplois notamment.

    Il est clair que si le peuple français haussait la voix suffisament fort pour refuser l'austérité et la soumission au monde de la finance, nos forces de l'ordre seraient là pour briser le mouvement populaire.

    C'est pour cela que les travailleurs français doivent regarder ce qu'il se passe de l'autre côté des Pyrénées et être solidaires des luttes espagnoles contre une dictature de la finance qui tôt ou tard nous submergera.

     

    http://andree-oger-pour-deputee.over-blog.com

     

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    L’« Indigné » espagnol, ce balourd

    Un manifestant est arrêté par les forces de l'ordre lors d'une manifestation devant le parlement espagnol, à Madrid, mardi 25 septembre 2012.(SUSANA VERA / REUTERS)

    Soixante blessés, dont 27 policiers : n’allez pas nous déranger pour si peu.

    Même après des heures de violents affrontements avec la police, aux alentours du Parlement, le manifestant madrilène indigné ne fait pas la une des radios du matin. On le remise dans les profondeurs du journal de France Inter, loin loin loin derrière « l’évènement de la nuit » : les soupçons de trucage d’un match de handball.

    Il a droit à quelques phrases, en passant. Pas d’envoyé spécial haletant, en direct. Pas de bilan minute par minute. Pas de micro-trottoir. On en a même oublié son petit nom si pittoresque, « Indignado ». On est poli : on ne le passe pas entièrement sous silence. On le reçoit, mais en bout de table.

    Certes, les balles en caoutchouc, ça fait mal

    Certes, l’« Indignado » fait valoir ses droits à la médiatisation. Il tentait d’accéder au Parlement, ce n’est pas rien ; il a préparé sa manif de longue date sur Twitter, c’est moderne ; il est le sujet d’une iconographie abondante, ça pourrait aider ; il bat tous les records européens de précarité, c’est notable ; la police a tiré des balles en caoutchouc, c’est douloureux : autant de bons points, qui le sauvent de l’oubli total, et lui ouvrent des droits à la médiatisation minimum.

    Mais quel balourd : il a le malheur d’être à contretemps. La crise est entre parenthèses. « Lémarchés » regardent ailleurs. En tous cas, ailleurs qu’en France, c’est l’essentiel : pensez donc, les choses vont si bien que la France gagne même de l’argent en empruntant. On y reviendra, bien entendu, mais plus tard. Repassez le mois prochain.

    Totalement à côté de la plaque

    L’« Indigné » madrilène n’y met pas du sien. « Non aux privilèges des politiciens », « démocratie économique », proclament ses pancartes. Il proteste banalement contre les « marchés financiers ». « La troïka [Commission européenne, BCE et FMI, ndlr] et les marchés financiers ont pris en otage la souveraineté populaire, avec le consentement, et la collaboration de la majorité des partis politiques », dit-il.


    Bref, totalement à côté de la plaque, comme le fait remarquer avec une ironie amère une journaliste... de France Inter. Un petit « Allah akbar », quelques barbes, et il ferait la une de la presse européenne. Ce n’est pourtant pas compliqué.

    http://www.rue89.com/2012/09/26/l-indigne-espagnol-ce-balourd-235641


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  • Plusieurs milliers de manifestants s'élèvent contre la politique d'austérité du gouvernement conservateur. Au moins 14 personnes sont blessées et 14 ont été interpellées.

    Manif' des Indignés à Madrid

    Aux abords du parlement espagnol à Madrid, la police tente de disperser les manifestants, qui protestent contre la cure d'austérité imposée par le gouvernement de Mariano Rajoy. (Photo Susana Vera. Reuters)

    Manif' des Indignés à Madrid

    Les affrontements se poursuivent ce soir à Madrid entre indignés et forces de l'ordre. La police tire des balles en caoutchouc sur les manifestants, aux abords du Congrès des députés, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

    Selon un bilan provisoire au moins 14 personnes ont été blessées dont une «gravement qui souffre d’une possible lésion à la colonne vertébrale», a indiqué une porte-parole des services d’urgence. Au moins 14 personnes ont été interpellées, selon un bilan provisoire de la police.

    Mardi après-midi, les policiers avaient chargé une première fois à coups de matraques les manifestants qui tentaient de forcer un barrage, tandis que des milliers d’indignés étaient rassemblés près du Congrès, et que certains jetaient des projectiles sur les forces de l’ordre déployées par centaines. Manifestants, certains assis, et forces de l’ordre se sont alors installés dans un face-à-face tendu, ont rapporté des journalistes de l’AFP, sur la Place de Neptuno toute proche du Congrès. «Ce sont nos armes», criaient les manifestants, levant les mains au ciel.

    En fin de soirée, les policiers ont chargé une nouvelle fois contre les manifestants, certains le visage recouvert de cagoules, qui jetaient des pierres ou lançaient des barrières arrachées sur les barrages en direction des forces de l’ordre. La plupart des manifestants se sont alors dispersés vers les rues alentour, criant «le peuple uni ne sera jamais vaincu», «honte», tandis que d’autres s’asseyaient, mains en l’air, sur la place.

    Au moins deux manifestants ont été blessés lors de cette charge, selon une journaliste de l’AFP. Plusieurs mouvements d’indignés avaient convoqué cette manifestation via les réseaux sociaux.

    Bénéficiant d’un plan d’aide européen pour ses banques depuis juin et luttant au prix d’une cure de rigueur historique pour réduire son déficit public, le gouvernement conservateur a adopté depuis décembre des mesures d’austérité qui ont provoqué un profond mécontentement.

    «Toute une série de mesures ont été adoptées par décret, sans qu’elles ne passent par les députés», ont dénoncé les organisateurs.

    Plusieurs milliers d’indignés espagnols manifestaient dès mardi soir autour du Congrès des députés à Madrid, transformé en camp retranché derrière un dispositif policier ultrarenforcé, pour dénoncer une démocratie «séquestrée», assujettie «aux marchés financiers».

    Pour suivre les événements en vidéo et en direct cliquez ici http://elpais.com/elpais/2012/09/17...

    «Mains en l’air, c’est un hold-up», criait la foule massée face aux policiers casqués et aux barrières bleues dressées dans les rues menant au Congrès, reprenant le cri de ralliement des manifestations qui se répètent contre la politique d’austérité du gouvernement conservateur.

    «Non aux privilèges des politiciens», «Démocratie économique», proclamaient des pancartes. Plusieurs organisations et mouvements d’indignés avaient convoqué cette manifestation via les réseaux sociaux.

    «Ils nous ont volé notre démocratie. Nous avons perdu la liberté, notre Etat providence avec les coupes dans la santé et l'éducation. J’ai deux filles et cette année j’ai dû payer beaucoup plus pour leurs études», explique Soledad Nunez, une commerçante de 53 ans venue de Castille-Leon, dans le nord de l’Espagne.

    Cette manifestante porte deux œillets rouges et une pancarte avec les mots : «Tu crois vraiment qu’en croisant les bras, tout cela se règlera ?» «S’il n’y pas de consommation, je ne peux pas vendre», ajoute-t-elle, en racontant que les clients se font plus rares dans son magasin à cause des mesures d’austérité qui portent atteinte au pouvoir d’achat des Espagnols.

    «La démocratie est séquestrée. Le 25 septembre, nous allons la sauver», expliquait le manifeste de l’une des organisations qui appelait à se mobiliser sur son site, Coordinadora #25S.

    Bénéficiant d’un plan d’aide européen pour ses banques depuis juin et luttant au prix d’une cure de rigueur historique pour réduire son déficit public, le gouvernement conservateur a adopté depuis décembre des mesures d’austérité qui ont provoqué un profond mécontentement.

    «Toute une série de mesures ont été adoptées par décret, sans qu’elles ne passent par les députés», dénonçait une porte-parole de Coordinadora #25S.

    Manif' des Indignés à Madrid

    Manif' des Indignés à Madrid

    (AFP)


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  • Affiche sur la TVA à Barcelone. La hausse de trois points de la TVA, de 18% à 21%, décidée par le gouvernement pour réduire les déficits publics est entrée en vigueur samedi en Espagne. Beaucoup de personnes estiment que cette mesure, qui devrait particulièrement affecter des consommateurs déjà peu fortunés et les petits commerces, ne fera qu'aggraver la récession actuelle. /Photo prise le 1er septembre 2012/REUTERS/Albert Gea
(c) Reuters

    Affiche sur la TVA à Barcelone. La hausse de trois points de la TVA, de 18% à 21%, décidée par le gouvernement pour réduire les déficits publics est entrée en vigueur samedi en Espagne. Beaucoup de personnes estiment que cette mesure, qui devrait particulièrement affecter des consommateurs déjà peu fortunés et les petits commerces, ne fera qu'aggraver la récession actuelle. /Photo prise le 1er septembre 2012/REUTERS/Albert Gea (c) Reuters

    par Silvio Castellanos et Marine Hass

     

    MADRID (Reuters) - La hausse de trois points de la TVA, de 18% à 21%, décidée par le gouvernement pour réduire les déficits publics est entrée en vigueur samedi en Espagne, un pays qui connaît une deuxième récession en trois ans.

    Cette mesure, qui devrait particulièrement affecter des consommateurs déjà peu fortunés et les petits commerces aux chiffres d'affaires faméliques, fait partie d'un vaste plan destiné à réduire le déficit public de 65 milliards d'euros d'ici à 2014 et à éviter que le pays ne tombe en faillite.

    Mais beaucoup estiment qu'elle ne fera qu'aggraver la récession actuelle, alors qu'un Espagnol actif sur quatre est au chômage et que Madrid a déjà fait appel à l'aide internationale pour sauver ses banques.

    "J'ai des enfants, ma femme est malade et ne peut pas travailler, donc cette augmentation de la TVA va beaucoup nous affecter. Mais que pouvez-vous y faire ? Le gouvernement prend ces mesures et nous ne pouvons que l'accepter", constate Carlos Asis Alema sur le marché de Las Ventas, à Madrid.

    Selon l'Organisation des consommateurs et des usagers (OCU), cette hausse de la TVA aura pour effet d'alourdir de 470 euros la dépense annuelle moyenne de chaque famille.

    Le chauffage, les factures téléphoniques, les vêtements ou encore le coiffeur sont concernés par cette réévaluation. La taxe sur les tickets de cinéma ou de théâtre est elle passée de 8% à 21%, celle sur la viande rouge de 8% à 10%.

    De grandes entreprises comme Inditex, qui possède la marque de vêtements Zara, ou la chaîne de supermarchés Mercadona ont dit qu'ils ne répercuteraient pas cette hausse sur leurs prix afin de préserver leurs clients.

    Mais les plus petits magasins, à l'inverse des grandes enseignes, ne peuvent pas se permettre de réduire leurs marges et sont bien plus inquiètes des conséquences de cette hausse de la TVA, alors que la vente au détail baisse mois après mois depuis deux ans.

    RAJOY: "MES RÉFORMES FONT MAL AUX GENS"

    L'Espagne est coincée dans un cercle vicieux. D'un côté, le gouvernement doit drastiquement réduire ses dépenses et licencier des fonctionnaires pour montrer aux investisseurs qu'il peut contrôler le déficit public, et ainsi espérer réduire les taux records auxquels il est pour l'heure obligé d'emprunter.

    Mais de l'autre côté, les recettes liées à l'impôt diminuent à cause du chômage et de la récession. Donc le gouvernement augmente les taxes, afin de garder la main sur le déficit, ce qui a pour conséquence de dissuader les Espagnols de consommer, et donc aggrave la récession.

    Le président du gouvernement Mariano Rajoy, qui avait promis l'an passé, au cours de la campagne des législatives, de ne pas augmenter la TVA, a reconnu samedi que cette hausse était "douloureuse". Mais il a assuré qu'elle ne serait pas vaine, parce que les profits qui en seront tirés vont permettre de financer les écoles et les hôpitaux.

    "Je comprends que mes réformes font mal aux gens. Mais nous essayons d'être justes et équitables lors de la répartition des efforts", s'est-il expliqué dans une interview accordée conjointement au Journal du Dimanche, à Bild am Sonntag (Allemagne), au Corriere della Sera (Italie) et à ABC (Espagne).

    "Mon objectif reste le même, retrouver la croissance et créer de l'emploi. Dès que possible, je diminuerai l'impôt sur le revenu. Je n'ai pas aimé non plus augmenter la TVA, mais en fin de compte, je suis convaincu que remplir mon devoir me conduira à gagner de nouveau les élections."

    Baptiste Bouthier pour le service français, édité par Henri-Pierre André


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  • bierzo.jpg Les mineurs espagnols reprennent à contrecœur le travail, à l'appel des syndicats réformistes UGT et CC.OO, après deux mois d'une grève héroïque

     


    Légende de l'image: AG des mineurs de Bierzo, refusant l'arrêt de la grève

     

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

     

    C'est la fin de soixante-sept jours de grève illimitée pour les mineurs Asturiens, Castillans et Aragonais pour sauver les mines de la fermeture programmée par le gouvernement espagnol et l'Union européenne.

    Deux mois de sacrifices pour les familles des 8 000 mineurs en grève, des sacrifices qui laissent un goût amer. En effet, ce jeudi 2 août, ce sont les syndicats réformistes dominants de l'UGT et des Commissions ouvrières (CC.OO) qui ont appelé les mineurs à reprendre le travail.

    « Nous avons décidé de réorienter les mobilisations, c'est pourquoi nous demandons aux travailleurs occupant les différents puits d'en sortir, et demain 3 août de reprendre le travail dans les mines », selon le communiqué rendu par l'UGT, auquel se sont joint les CC.OO.

     

    La montée en puissance d'un mouvement de classe, germe d'une convergence des luttes

    Les mineurs mènent depuis la fin du mois de mai une lutte déterminée contre la réduction de deux-tiers des aides accordées au secteur minier, de 300 à 100 millions d'euros. Une politique qui condamnerait à la fermeture des mines, au moment même où l’État espagnol renfloue Bankia à hauteur de 24 milliards d'euros.

    Le mouvement avait pourtant connu une montée en puissance.

    Un mouvement de classe impliquant dès le 28 mai l'intégralité des mineurs concernés, puis les populations des bassins miniers, notamment dans les Asturies. Le mouvement s'est étendu ensuite à tous les travailleurs des régions minières, avec la grève générale du 18 juin suivie à près de 100% dans tous les secteurs d'activités.

    Un mouvement qui a acquis un élan de solidarité nationale, devenant un symbole de la résistance à la politique de casse sociale du gouvernement et de l'UE, avec plusieurs centaines de milliers de personnes accueillant l'arrivée de la « Marche noire » des mineurs le 11 juillet dernier.

    Les travailleurs sont donc sommés de retourner au travail sans rien avoir obtenu. Les syndicats ont beau pester, la dernière réunion avec les représentants du Ministère de l'Industrie a montré l'inflexibilité du gouvernement.

     

    Tous les mineurs n’acceptent pas la décision d'arrêter la grève

    La majorité des bassins a donc repris le travail, les occupations de puits ont cessé. Dans la désillusion générale, avec aussi la pression de deux mois sans salaires. Une pression habilement utilisée par le patronat et le gouvernement, qui a laissé pourrir la grève.

    Tous les mineurs n'ont cependant pas accepté l'appel des deux centrales syndicales.

    Dans la province de Castille-Leon, les mineurs de l’entreprise de l'Union minière du nord(UMINSA) des puits de Bierzo, du Haut-Bierzo et de Hijos de Baldomero Garcíaont refusé d'obéir aux directives syndicales et de reprendre le travail.

    Une décision suivie par deux bassins miniers des Asturies, ceux de Degañaet Tineo.

    L'assemblée-générale des mineurs de Bierzo a notamment débouché sur une critique de la ligne syndicale générale avec une remise en cause de la « rupture de la ligne d'unité d'action » qui nous « a affaibli face au gouvernement ».

     

    santacruz.jpgLes cinq mineurs occupant le puits de Santa Cruz de Sil depuis le 11 juillet ont également fait pencher la bataille lors de l'AG en exprimant leur refus clair et net d'abandonner le combat.

    Pour ceux qui ont repris le travail en Leon, la « pilule est amère ». Abandonner la protestation « sans rien avoir obtenu »si ce n'est « une plus grande conscience de notre force et de notre unité », selon un mineur aux Hulleras vasco leonesa(HVL), occupant depuis 59 sièges le siège de l'Assemblée régionale du Leon.

     

    Des questions soulevées sur la ligne suivie par les deux syndicats réformistes espagnols

    L'arrêt de cette grève au moment, où la mobilisation montait pourtant en puissance, pose des questions sur la ligne suivie par les deux syndicats espagnols, des questions posées par les mineurs lors des dernières AG :

    Pourquoi avoir conduit les mineurs à une grève illimitée de 67 jours pour finalement l'arrêter au moment décisif ?

    Pourquoi ne pas avoir utilisé cet énorme potentiel de lutte pour créer un mouvement de convergences des luttes en Espagne contre la politique d'austérité du gouvernement ?

    Quel sens d'appeler à une « réorientation des mobilisations », si ce n'est alimenter le découragement et la résignation après une lutte aussi dure ?

    Hélas, la ligne de la Fédération de l'industrie de l'UGT et des CC.OO, en dépit d'un ton plus combatif, ne diffère guère de celle des deux directions confédérales, fer de lance de la Confédération européenne des syndicats (CES) :

    appeler à la négociation et la correction des contre-réformes, discréditer la grève comme moyen d'action pour privilégier des mobilisations inoffensives pour le capital, éluder les responsabilités de l'UE et du PSOE dans les politiques d'austérité.

    La lutte n'est pas encore terminée pour les mineurs espagnols, décidés à sauver les mines et leurs emplois, mais l'occasion décisive de construire un mouvement de convergence des luttes d'ampleur nationale, allant au-delà de l'indignation, semble passée.


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    Par Franco Antonio, El Periódico de Aragón

    Mariano Rajoy : "La réforme du marché du travail est juste, bonne et nécessaire… Et même si elle ne l'était pas, allez donc désobéir à Merkel !" En Espagne, l'UE n'a pas eu besoin de catapulter un technocrate à la tête du pays. Le gouvernement obéit docilement aux injonctions d'"en haut", pour le grand malheur de la démocratie, s'indigne cet éditorialiste.

    Ne faisons pas comme Mariano Rajoy et son gouvernement, appelons un chat un chat et admettons-le : nous sommes déjà passés sous la tutelle de l’Allemagne, de l’UE, de la BCE et du FMI. Ce n’est un secret pour personne, que ce soit à l’étranger ou dans notre pays, en matière de gestion de la crise, ce sont eux qui tiennent les rênes. Ce sont eux qui décident, établissent les diagnostics, puis appliquent leurs politiques sans plus attendre, sur notre dos.

    L'Allemagne et consorts poursuivent leurs expériences. Ils tentent de savoir si une austérité stricte et immédiate, avec dépeçage de l’Etat-providence, pourrait aboutir au miracle de la reprise - malgré la récession que ce type de mesures brutales engendrent habituellement. Dans les autres pays, cela n’a pas marché. Et ici, jusqu’à présent, cela n’a pas marché non plus.

    Il est possible que dans quelques mois, si la situation se dégrade encore, l'intervention devienne officielle. Mais jusqu'à présent, cela n'a pas été nécessaire. Actuellement, les administrateurs internationaux exercent un pouvoir total et effectif sur l’économie espagnole sans pour autant avoir confisqué ce pouvoir aux partis politiques élus par les citoyens, comme ce fut le cas en Italie. Rappelons que là-bas, ils ont placé un de leurs hommes au poste de Premier ministre, le technocrate Mario Monti. Certes, Berlusconi est une honte et Monti un type sérieux, mais le procédé n’en demeure pas moins inacceptable. Ils ont provoqué un autre scandale démocratique en Grèce, où les élections ont été invalidées pour la seule raison que ceux qui acceptaient de se soumettre aux directives internationales de l’austérité n’avaient pas obtenu la majorité pour gouverner.

    Rajoy, un partenaire docile 

    En Espagne, ceux qui nous contrôlent ont trouvé en Mariano Rajoy une personnalité qui leur facilite les choses et leur permet de mener leurs politiques sans malmener les principes démocratiques. La situation est idéale : Rajoy, élu démocratiquement par les Espagnols, assume dans notre pays les fonctions du technocrate qui applique docilement, sans chercher à en savoir plus sur les critères économiques décidés pour notre bien par Angela Merkel. En outre, Rajoy n’a pas eu à tracer de ligne rouge, puisqu’il a une grande affinité idéologique avec la chancelière allemande.

    Quant à nous, les Espagnols, nous avons si peu d’exigences en matière de démocratie que nous acceptons non seulement que le programme économique validé par les urnes ne soit pas appliqué, mais en plus que Rajoy fasse tout le contraire de ce qu’il avait promis [Rajoy avait, entre autres, promis de ne pas augmenter la TVA et de s'opposer à toute hausse d'impôts]. Avec Rajoy, Montoro et De Guindos [ministre des Finances et ministre de l'Economie et de la Compétitivité] - qui exécutent des politiques auxquelles ils ne croient pas, font sans remords le sale boulot, et habituent l’opinion publique à s’informer directement à Bruxelles et de Berlin plutôt que de les écouter - pourquoi Merkel se donnerait-elle la peine de mettre à la tête du gouvernement espagnol un technocrate indépendant ?

    Les Espagnols ont encore un autre problème. La crise a appris à Rajoy et son équipe à intervenir dans des domaines qui ne relèvent pas de leurs compétences. Pour la gestion de la crise économique, Rajoy s’en remet à l’Allemagne en bon technocrate obéissant. Pour le reste, il intervient dans les compétences d'autrui en appliquant l’idéologie de l’aile dure du Parti populaire (PP), c'est-à-dire recentraliser et défaire les réformes de Zapatero. Pour tous les sujets autres qu’économiques, la crise est un alibi pour prendre des décisions graves à la hâte et sans débat. L’Espagne s’enfonce dans l’opacité, le pouvoir met les médias publics sous tutelle et complique le travail de la justice pour les affaires de corruption qui le concernent de près.

    Non seulement cette crise nous appauvrit, mais en plus, elle menace notre démocratie.  
     

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  • La place de la Puerta del Sol jeudi soir à Madrid, lors de la grande manifestation contre l'austérité.
     
    La place de la Puerta del Sol jeudi soir à Madrid, lors de la grande manifestation contre l'austérité. (Photo Sergio Perez. Reuters)

      Tous les corps de métier ou presque se sont rassemblées jeudi soir dans une manifestation monstre jeudi soir à Madrid, en réaction aux mesures d'austérité sévères appliquées en contrepartie du sauvetage des banques du pays.

    Les Espagnols manifestent leur ras-le-bol face à l'austérité

    Dans une forêt de drapeaux multicolores, une énorme marée humaine a envahi jeudi soir le centre de Madrid, pour crier «non» au nouveau plan de rigueur du gouvernement espagnol, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs.

    Des incidents ont éclaté après la fin de la manifestation, lorsque la police anti-émeutes a dispersé de petits groupes de jeunes à coups de matraques et en tirant des balles de caoutchouc. Six personnes ont été légèrement blessées et sept interpellées, selon la police.

    «Mains en l’air, c’est un hold-up», hurlait la foule qui s'était rassemblée quelques heures plus tôt, défilant lentement sur les grandes avenues, reprenant le slogan devenu le cri de ralliement des manifestations qui se multiplient depuis l’annonce, le 11 juillet, de ce plan destiné à économiser 65 milliards d’euros.

    «Si tu veux gagner, lutte sans relâche», «Rajoy nous vole», «Je veux un Noël», proclamaient de petites pancartes. D’autre portaient ce seul mot «NO» illustré d’une paire de ciseaux, symbole de ces coupes budgétaires qui ont déclenché la colère de tout le pays.

    A Madrid, les manifestants étaient plusieurs centaines de milliers, selon des journalistes sur place. Les syndicats avaient appelé à manifester dans 80 villes, sous le mot d’ordre «Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher».

    Rajoy renonce à ses promesses

    Car le malaise des Espagnols, déjà soumis à de lourds sacrifices dans un pays en récession, étranglés par un chômage de près de 25%, est monté d’un cran face à ce nouveau tour de vis.

    «Nous ne pouvons rien faire d’autre que de descendre dans la rue. J’ai perdu entre 10% et 15% de mon salaire depuis quatre ans. Et les nouvelles mesures ne serviront pas à résoudre la crise», s’indigne Sara Alvera, fonctionnaire de 51 ans à la Cour des comptes, venue manifester avec son mari, employé dans le privé.

    Le gouvernement cherche ainsi à redresser les comptes publics : le budget 2012, d’une rigueur historique avec 27,3 milliards d’euros d'économies, n’a pas suffi et l’Espagne s’est vu imposer par Bruxelles des conditions draconiennes, en échange d’une aide à ses banques et d’un délai, jusqu’en 2014, pour ramener son déficit public à moins de 3%.

    Pour renflouer les caisses, c’est cette fois le pays tout entier qui va payer : renonçant à ses promesses, le chef du gouvernement de droite Mariano Rajoy a décidé une hausse de la TVA, qui devrait rapporter 22 milliards d’euros d’ici à 2014.

    Les fonctionnaires, qui ont déjà vu leur salaire réduit de 5% en 2010, puis gelé, perdent en 2012 leur prime de Noël, l'équivalent de 7% du salaire. Et les nouveaux chômeurs verront leurs indemnités réduites au bout de six mois.

    Enseignants, infirmières, architectes, policiers...

    Les Espagnols manifestent leur ras-le-bol face à l'austérité

    «Quel Noël fabuleux nous allons passer. Il n’y aura aucun extra cette année. Tous les ans, ils baissent les salaires, pendant que les prix montent, le métro, le bus...», s’inquiète Paloma Martinez, une fonctionnaire de 47 ans, une petite pancarte à la main portant les mots : «Si tu ne luttes pas, qu’auras-tu ?»

    «Si nous n’achetons plus, les commerces fermeront, ils vont licencier encore des gens», ajoute-t-elle. «Les gens doivent sortir dans la rue, plus s’il le faut, tout le temps qu’il faudra.»

    Depuis la semaine dernière, répondant aux mots d’ordre des syndicats ou des «indignés», ou alertés par les réseaux sociaux, des Espagnols de tous horizons se rassemblent quotidiennement dans les rues, portant les t-shirts jaunes des fonctionnaires de la Justice, verts de l’Education ou les blouses blanches des infirmières.

    Les architectes, sous une banderole «Non à la précarité», les chercheurs, avec une pancarte «moins de science, plus de pauvreté», le monde du spectacle, promenant un mannequin noir pendu avec l’inscription «théâtre public exécuté» étaient au rendez-vous jeudi.

    Dans la foule encore, des policiers en chemises noires, des pompiers casqués, promenant la maquette géante d’un hélicoptère rouge sur un chariot.

    «Ils dévalorisent notre travail, qui est un travail dur. Nous devons descendre dans la rue. Pompiers, balayeurs, infirmiers, pour dire "assez"», lance Manuel Amaro, un pompier de 38 ans.

    Après le défilé qui s’est dispersé dans le calme autour de la place de la Puerta del Sol, au cœur de Madrid, un petit groupe de jeunes manifestants s’est massé face à un cordon de policiers qui gardaient les abords du Parlement.

    Comme ils refusaient de s'éloigner, les policiers les ont repoussés à coups de matraques, tirant des balles en caoutchouc. Lançant quelques bouteilles ou canettes de bière, les manifestants se sont dispersés dans les rues alentour, allumant des feux de poubelles sur leur passage, se regroupant parfois pour défier encore les cordons de policiers.

    (AFP)

    http://www.liberation.fr/


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    Chroniqueuse d’El País et romancière à succès, Almudena Grandes, dans une interview donnée à Courrier international, porte un regard critique sur les politiques d’austérité en vigueur en Espagne et en Europe. Et appelle les citoyens à vaincre leur peur.

    COURRIER INTERNATIONAL D’un côté, des coupes dans les dépenses publiques d’éducation et de santé, l’augmentation des frais de scolarité ; de l’autre, une amnistie fiscale, aucune augmentation d’impôts pour les plus fortunés, ni aucune taxe sur les transactions financières. C’est le retour de la lutte des classes en Espagne ?

    ALMUDENA GRANDES Ce n’est pas propre à l’Espagne, la même chose s’est produite en Grèce, au Portugal ou en Irlande. C’est le grand business de notre époque : fini l’économie productive, place à la spéculation ! Ce qui est en jeu, c’est plus qu’une crise économique, c’est un changement de cycle et une attaque concertée contre un mode de vie. Il ne s’agit pas d’une lutte des classes telle qu’elle existait au XIXe siècle. La gauche ne peut pas combattre aujourd’hui avec un discours du passé. La crise économique est l’argument utilisé pour en finir avec les droits sociaux conquis dans la difficulté depuis une centaine d’années. En outre, la conscience de classe a disparu, le peuple est passif et se laisse arracher ses droits et une partie des libertés. On a réussi à le convaincre que c’était inéluctable, que c’était pour son bien. Il faut dénoncer ce discours mensonger. Si nous n’avons pas réussi à étendre notre bien-être aux puissances émergentes, doit-on maintenant importer leur modèle social ? Pour que les Chinois ou les Indiens vivent mieux, sans doute faut-il que nous vivions un peu moins bien, mais cela ne doit pas se faire n’importe comment, de façon injuste. Il est faux également de dire que nous avons vécu au-dessus de nos moyens : nous avons vécu en fonction de ce que la banque nous a offert en accordant des crédits sans retenue. Les coupables de la situation actuelle sont les pouvoirs financiers. Le paradoxe, c’est qu’ils vont en ressortir renforcés. Il faut donc réinventer la gauche, un discours, la façon de lutter contre cette nouvelle tyrannie. En Espagne, ce gouvernement ne fera rien pour changer les choses.

    Comment mettre fin à l’injustice du système actuel sans la force que portaient les millions de syndicalistes, d’anarchistes, de communistes et de socialistes au temps de la Seconde République espagnole (1931-1939) ?

    C’est impossible. Mais si la société, si les jeunes se mobilisent, j’espère que le degré de conscience va progresser. Le problème de l’Espagne n’est pas seulement la crise économique. Les gouvernants cherchent à faire peur aux gens, à les terroriser en essayant de les convaincre que, s’ils bougent, ils peuvent mettre en danger leur travail, leur futur, le bien-être familial. Cette façon d’instiller la peur dans les consciences doit cesser. Tant que les gens auront peur, n’appelleront pas les choses par leur nom et ne dénonceront pas les mensonges du pouvoir, il sera impossible d’en finir avec le système actuel. Il faut dire non. Pas besoin de violence. Dire simplement non est une grande force qui peut ébranler le pouvoir.

    La moitié des jeunes Espagnols sont au chômage. Pensez-vous qu’ils vont continuer à s’indigner, comme ils l’ont fait massivement au printemps 2011, ou bien se révolter ?

    Le problème des "indignés", c’est qu’ils ne sont pas véritablement organisés. Leur apparition a été impressionnante, émouvante – le premier signe de révolte contre la passivité. Mais cela doit déboucher sur une organisation. Le plus grave avec le chômage des jeunes, c’est l’émigration, la fuite des cerveaux de la génération la mieux formée de notre histoire. Je n’oserais pas parler de révolution, ni même de révolte, mais je crois que la situation en Espagne va changer. La passivité, le manque d’intérêt pour la politique va reculer. La victoire de la gauche en Andalousie [le Parti socialiste a conservé la tête de la plus grande région d’Espagne en mars dernier, avec le soutien de la gauche alternative] montre que les choses commencent à changer. Il y a une autre façon de répondre à la crise. J’espère que l’indignation sera désormais plus productive.

    Les scandales qui ont récemment frappé la monarchie espagnole sont-ils susceptibles de la mettre en péril ?

    Ce qui est arrivé dernièrement à la famille royale démontre qu’il est impossible de démocratiser une institution monarchique. L’affaire du gendre de Juan Carlos est terrible [Iñaki Urdangarin, l’époux de l’infante Cristina, est accusé de corruption], car elle se produit au moment où le pays traverse une crise majeure. L’affaire de la chasse à l’éléphant [le roi part pour un safari au Bostwana en avril dernier, alors que le pays est miné par le chômage et la crise] et celle de son petit-fils de 13 ans qui se tire une balle dans le pied [lors d’une séance de tir avec son père] n’arrangent évidemment pas les choses. Le problème, c’est que personne n’a voté pour ce roi. Il a été désigné par l’Assemblée franquiste [en 1975]. Et, lors de la transition, le sujet a été esquivé en écartant l’organisation d’un référendum. C’est un héritage du franquisme ! Et si, malgré tout, il a réussi à garder une certaine popularité, c’était à cause de son exemplarité. La famille est populaire, Juan Carlos est sympathique et bénéficiait jusqu’à présent d’une image d’honorabilité. Juan Carlos est plus fort que l’institution qu’il représente, mais les épisodes récents l’affaiblissent. Et son fils Felipe est en position de faiblesse. La fragilisation de l’institution a néanmoins commencé avant les affaires : 38 % des Espagnols se disaient déjà républicains en 2005, alors que c’est un sujet relativement tabou. Désormais, la monarchie n’est plus intouchable.

    Selon José Antonio Martín Pallín, ancien procureur général, "le franquisme est toujours intact" au cœur de l’Etat. Souscrivez-vous à son analyse ?

    Il subsiste des réduits du franquisme au sein du Tribunal suprême ou au sommet de l’Eglise catholique espagnole. Mais ce sont des exceptions. Le PP, la droite espagnole, n’a rien à voir avec le franquisme, c’est plutôt l’équivalent du Tea Party !

    Comment en vient-on à décider de consacrer quinze ans de sa vie à écrire sur la guerre d’Espagne et le franquisme ?

    Le thème de la récupération de la mémoire historique est la question de ma génération. Celle de mes grands-parents, c’était la guerre et celle de mes parents, la transition. La normalisation démocratique de la mémoire doit être faite. Je crois que je continuerai à le faire tant que justice ne sera pas rendue aux hommes de cette époque. N’oubliez pas que l’Espagne a connu un sort particulier, injuste et cruel : elle a été le premier champ de bataille de la Seconde Guerre mondiale et a vu, en 1945, les vaincus conserver le pouvoir. Les fascistes sont restés quarante ans au pouvoir, dans l’indifférence de ceux qui s’étaient alliés contre Hitler !

    Comment définiriez-vous l’Espagne d’aujourd’hui ?

    Un pays stupéfait, abasourdi. On ne croit pas à ce qui nous arrive. On ne comprend pas ce qui se passe. Nous n’avons pas eu la même histoire que les autres pays d’Europe : ou nous avons été lentement, ou alors très vite, mais jamais au bon rythme. Nous avons eu une histoire très dure, très difficile avec beaucoup de pauvreté. Et, au XXe siècle, nous avons oublié très vite que nous avions été pauvres. Nous sommes devenus un pays de "nouveaux riches appauvris". Il faut retrouver la mémoire, sortir de la crise avec dignité, comme nous avons déjà réussi à le faire par le passé. Le point positif, c’est qu’il n’y a pas de discours xénophobe au niveau national, même s’il existe quelques groupes d’extrême droite marginaux. Et ce malgré la crise, le chômage ou encore le nombre d’immigrés.

    Quel regard portez-vous sur la victoire de la gauche en France ?

    Le succès de la gauche est important pour l’Europe et permet de rompre avec la politique de Merkel et l’hégémonie néolibérale. La démocratie reprend ses droits, car les marchés ont imposé leur loi à la Grèce, à l’Italie. Hollande devra gouverner en ayant à l’esprit les échecs de Zapatero et de Papandréou. J’espère qu’il ne décevra pas les Français et les Européens. J’ai été séduite également par Mélenchon, notamment par le fait qu’il affronte réellement l’ennemi avec un discours nouveau à la hauteur de l’enjeu et un programme réaliste, pragmatique. La gauche n’a pas beaucoup de marge du fait des conséquences perverses de la mondialisation, de l’attitude des médias, qui soutiennent le capital. C’est important pour la gauche d’autant qu’elle avait même perdu la bataille de la créativité, de l’imagination.

    Peut-on qualifier vos romans de ’politiques’ ?

    Oui, bien sûr. De toute façon, tout est politique. La littérature, l’écriture est un acte idéologique car écrire, c’est regarder le monde et raconter ce que tu vois. Et le filtre par lequel passe ce regard, c’est l’idéologie. Deux personnes peuvent regarder un même endroit et écrire un récit radicalement différent. Malgré tout, j’ai évité de faire de mes romans des pamphlets car, sinon, j’aurais dû renoncer à la subtilité, à la flexibilité, aux nuances... Ce qui fait la littérature. J’ai décidé de faire des romans politiques d’un point de vue sentimental, en montrant comment la politique affectait le cœur de mes personnages. N’oublions pas que la seule obligation des écrivains, c’est d’écrire de bons livres !

    Propos recueillis par Daniel Matias source Courrier international 11/07/2012

    PARCOURS : Ecrivaine et femme engagée

    Née à Madrid en 1960, Almudena Grandes Hernández publie Les Vies de Loulou (Albin Michel), son premier roman, à l’âge de 29 ans, un ouvrage érotique qui sera traduit en vingt et une langues et adapté au cinéma par le réalisateur Bigas Luna. Son deuxième roman, Te llamaré viernes, publié en 1991, et Malena, c’est un nom de tango (1994) la consacrent définitivement comme romancière. Avec Le Cœur glacé (Lattès), en 2007, elle donne un tournant à sa carrière en se penchant – avec succès – sur l’histoire tragique de son pays depuis la guerre d’Espagne.

    Depuis 2010, Almudena Grandes s’est lancée dans un vaste projet romanesque narrant plusieurs épisodes héroïques de la résistance antifranquiste durant la dictature. Le premier opus,

    Inés et la joie (2010, Lattès), raconte une expédition menée en octobre 1944 par des centaines de guérilleros antifranquistes, pour la plupart membres de la Résistance française, ayant pour objectif de reconquérir le pouvoir, avec l’aide des Alliés et de la population locale. Cinq autres romans suivront, parmi lesquels El lector de Julio Verne a été publié chez Tusquets en mars dernier.

    Almudena Grandes tient par ailleurs une chronique à El País et est proche de la gauche alternative. Elle a été, avec Pedro Almodovar notamment, l’un des plus grands soutiens du juge Garzón dans son combat contre l’impunité des crimes commis par le régime franquiste.

    Transmis par Linsay

    http://www.rougemidi.fr/spip.php?article7046


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